BULLETINS
DE
}
AGADEMIE KOYALE
DUS
SCIENCES , DES LETTRES ET DfcS BEAIX-ARTS
DE BELGIQUE
53 me ANNEE, 5™ SERIE, T. VIII
1884.
Mo. Rot. Garden,
1896
IMIUXELLES
*
. HAYEZ, IMPIUMEUn DE l'aCADEMIE ROYALS DE BELGIQOB,
rue de Louvam, 108.
ini(:cr.L\x\[V.
BULLETINS
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L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES
5
DF.S
LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
BULLETINS £ > 3
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ACADEMfE KOYALE
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SCIENCES, DKS LETTRES ET DES BEAUX-ARTS
DE BELGIQUK
CINQI'ANTE-TROISIKMFANNEE.— 3""SERIR, T. 8.
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Mo. Bot. Garden,
1S96.
BRUXELLES,
K. HAVE/., IIIPRIMEUIl HE l'aCADEMIE ROYAI.E I)E BELGIQUR,
me tie Louvain, 108.
1884
WVnUIl! ROYAl.t DE BELGIQDK.
BULLETIN
DE
L'ACADEMIE KOYALE DKS SCIENCES,
1>ES
LETTRES IT »ES BEAUX-ARTS DE B8L6IQUE.
53 fc auuee, B e Aette totue 8.
u
Mo. Bot. Garden,
1896.
BRUXELLES,
P. HAYEZ, IMI'RIMEUI*. DK l'aCADKAJIK ROYALS,
Rue de Louvain, 108.
1884
BULLETIN
DE
L/ACADEM1E ROYALE DES SCIENCES,
DES
LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQIE.
4884. — N° 7.
CLASSE DES SCIENCES.
Seance du 5 j nil let 4884.
M. £d. Dupont, directeur, president de I'Academie.
M, Liagre, secretaire perpetuel.
Sont presents : MM. Morren, vice-directeur; J.-S. Stas,
P.-J. Van Beneden, le baron Edm. de Selys Longchamps,
Glugc, Melsens, G. Dewalque, H. Maus,F. Donny,Ch.Mon-
tigny, C. Malaise, F. Folie, Al. Briart, F. Plateau, Fr. Cr6-
pin, Ed. Mailly, J. De Tilly, F.-L. Cornet, Ch. Van Bam-
beke, G. Van der Mensbrugghe, membres; E. Catalan,
associe; W. Spring, L. Fredericq, P. Mansion et A. Renard,
correspondants.
M. Chalon, raembre de la Classe des lettres, assiste a la
seance.
3 m * serie, tome tiii. i
2
CORRESPONDANCE.
• Le Cercle artistique et litteraire de Bruxelles fait savoir
qu'il a pris l'initiative d'ouvrir une souscription publique a
1'effet d'elever, au cimetiere d'lxelles, un monument a la
memoire de Louis Hymans, correspondant de la Classe des
lettres.
II demande le concours des membres de I'Academie pour
assurer le succes de cette entreprise.
M. L. Pasteur, president du comite international
pour rejection d'une statue a la memoire de Jean-Baptiste
Dumas, dans sa vilie natale, a Alais (Gard), demande a
I'Academie de prendre part a la souscription, ouverte au
palais de rinstilut a Paris.
M. le professeur G. Mittag-Leffler , a Stockholm,
adresse tous les numeros qui ont paru de son journal : Acta
mathematica, et en propose I'echange contre le Bulletin
de l'Acadernie. — Renvoi a la Commission administrative.
M. Edmond Van Aubel, a Liege, adresse, pour etre
depose dans les archives, un pli cachete portant poursus-
cription : Deuxieme note sur quelques analogies entre le&
phenomenes electriques et optiques. — Accepted
Gou
• 9 \j — - -- Fj ^ ~ ^*- w - ■— — — —
ment anglais, les dix premiers volumes de la relation du
Voy
Remercimenls
(3
M. Delaey adresse un travail manuscrit intitule :
Projet de nouvelles distributions de la vapeur dans les
machines. — Depot aux archives et remerciments a Tau-
teur.
Les travaux manuscrits suivants sont renvoyes a
I'examen de commissaires :
1° Perfectionnement de I'helice comme moyen propul-
seur des bateaux a vapeur, letlre par J. Martin, de Vise.
Commissaire : M. Maus;
2° Recherches sur la production de Facide cyanhydrique
dans le regne vegetal, par A. Jorissen. — Commissaires :
MM. Morren, Staset Gilkinet;
3° Relations theoriques, basees sur la hi de la gravita*
tion moleculaire, entre le coefficient de dilatation , la chaleur
interne de vaporisation et les chaleur s specifiques des
corps, etc., par P. De Heen. — Commissaires: MM. Van der
Mensbrugghe et Spring ;
4° Etude sur la penetration des projectiles dans les
milieux resistants , par P. Henrard. — Commissaires:
MM. De Tilly, Brialmont et Liagre;
5° Quelques Theoremes d'arilhmetique, par E. Catalan.
Commissaires : MM. De Tilly et Folie.
La Classe recoil, a titre d'hommages, les ouvrages
suivants, au sujet desquels elle vote des remerciments aux
auteurs:
1° Musee royal d'histoire naturelle de Belgique , service
de la carte geologique : Feuille de Clavier, avec texte expli-
catif f par Dupont, Mourlon et Purves;
2° La Belgique horticole, 1883, par fid. Morren. In-8°;
5° Sttr les arnas de sables et les blocs de gres dissemi-
.,(4)
nes.... dans CEntre-Sambre-et-Meuse, par M. Mourlon.
Exlr. in-8";
A Observations meteorologiques faites aux stations Inter-
nationales de la Belgique et des Pays-Bas, sous la direction
de J.-C. Houzcau, pour la Belgique, el Buijs-Ballot, pour
les Pays-Bas, 4 e annee, 1880. Bruxelles, 1884; in-4°,
presente par le comite directeur de PObservatoire royal
de Bruxelles;
5° Bulletin du Club alpin beige, n° 4, in-8°, presente par
M. F. Crepin;
6° Traite pratique d'analyses chimiques et d'essais
industriels, par R. Jagnaux. Paris; in-18.
RAPPORTS.
Sur la ventouse abdominale du Liparis barbatus;
par M. Maurice Stuckens.
Mt<*Pl>oii de JT. i*.~jr. Wan iieneden.
« Pendant son sejour a la station biologique d'Ostende,
M. xMaurice Stuckens a eu Poccasion de voir un petit
poisson que les pecheurs de crevettes trouvenl commune-
ment dans leurs filets, le Liparis barbatus , et, sur les
conseils du professeur Plateau, il a enlrepris 1'elude ana-
tomique de la ventouse qui sert a I'animal a se fixer.
Apres avoir expose ce que Ton a ecrit sur cet organe,
M. Maurice Stuckens compare le bassin et les muscles des
ventouses de la Perche au bassin et aux muscles du meme
5
organe des Liparis; il decrit et figure le squelctte des
nageoires venlrales avec les muscles qui les actionnent
etexplique par leur conformation le mecanisme de Padhe-
rence.
Ce petit travail est fait avee tout le soin qu'exige le
sujet et je n'hesile pas a en demander I'impression dans
les Bulletins de PAcademie. »
Rapport de ft. Ed. Wan MMeneden.
« Je me rallie bien volon tiers aux conclusions du rap-
port de mon p6re. L'auleur du travail qui nous est soumis
me parait digne d'etre encourage par PAcademie. Son
travail, fort interessant quoique portant sur une question
speciale d'anatomie comparee, semble indiquer chez Pau-
teur d'excellentes dispositions et de bonnes tendances
scientifiques. d
La Classe a adopte les conclusions de ces rapports,
auxquelles s'est rallie M. F. Plateau, troisieme commis-
saire.
Sur la respiration des C/tauves-Souris pendant leur som-
meil hibernal; par M. Delsaux, preparateur de physio-
logie a PUniversite de Liege.
Rapport tie ft. (mt*9(j<\
«
La respiration des animaux hibernants a fait le sujet
de nombreuses recherches depuis Sa
de
bien des annees, <r que Pon connait mieux le
les animaux hibernants que celni de Phomme ».
<
(6
Tous les naluralistes connaissent les Iravaux classiques
ie Regnault el Reiset et de mon regrelt6 ami G. Valentin
sur cette question.
Nous nous permettrons de donner un conseil au jeune
auteur, a I'occasion de sa bibliographie, celui de ne pas
i'aire de citation de seconde main; e'est ainsi qu'il parait
considerer Saissy comme un auteur allemand ayant ecrit
dans les Archives de Reil, tandis que Saissy est bien un
auteur frangais. Le titredeson ouvrage est:
Recherches expert men tales sur la physique des animaux
mammiferes hibernants. Paris et Lyon. (Extrail qui a parti
dans HorkeVs Repertorium et Meckel's Archiv.)
Les observations si curieuses de Pallas sur influence
du froid auraient bien merite aussi une mention. On con-
nail depuis longlemps la raret£ des mouvemenls respira-
toireset la diminution de Texhalaison de Tacidecarbonique
pendant le sommeil des animaux hibernants.
M. Delsaux, apres avoir fait remuneration des travaux
de ses devanciers, expose le resullal de ses propres expe-
riences, faites sur des Chauves-Souris des Grolles de Maes-
tricht. II les fit Iransporler dans les caves du laboratoire de
physiologie de TUniversite de Liege avec des precautions
ingenieuses, pour ne pas reveiller ces animaux tres sensi-
bles au moindre attouchement de la peau.
L'auteur expose successivement les resultats de ses
experiences sur ['influence de Fair rarefi6, du refroidisse-
ment et de la temperature ambiante sur la respiration et
sur la quantite d'acide carbonique exhale.
J'ai I'honneur de proposer k TAcademie d'adresser des
remerciments k Pauteur pour sa communication qu'il
promei de completer Thiver, prochainet d'inserer sa note
dans le Bulletin de la seance. »
7
Minppot't d& JM. f*.-JT. Van Mivneden.
« Les experiences faites par M. Delsaux sur le rhythme
de
Souris, rOreilla
abaissant
carbon iq
et que ces mammiferes se conduisent pendant leur sommeil
hibernal comme les animaux k temperature variable.
d
prochain et nous nous rallions a la proposition du premier
commissaire d'imprimer cetle note dans les Bulletins de
PAcademie. »
flappoft t, r o MM. Eieon Fredwicq.
c Je me rallie entitlement aux conclusions des deux
premiers commissaires en ce qui concerne Timpression de
llnteressant Memoire soumis a notre appreciation, ainsi
que les remercimenls a adresser & son auleur.
La figure qui accompagne le Memoire, tout en n'etant
pas absolument indispensable, me parait cependant faci-
liter considerablement rintelligence du texte. Je propose
done de faire egalement executer le dessin comme figure
sur zinc ou sur bois a intercaler dans le texte. »
La Classe a adopts les conclusions de ces rapports.
(8)
Le rein cephalique da Polygordius. — Le systeme ner-
veax central et peripherique des Archiannelides; par
M. Julien Fraipont.
JRappo»*$ de 3M. t*.-Jf. I «»• Mteneden.
a A la demiere seance de la Classe, M. Julien Fraipont,
charge de cours a l'Universite de Liege, a communique un
travail sur le rein cephalique des Polygordius et sur le
systeme nerveux central et peripherique de trois genres
d'Annelides inferieurs, le Protodrilas, le Polygordius et
le Saccocirrus.
Ces observations ont ete failes a la Station zoologique
de Naples pendant Thiver 1881-1882 et M. Fraipont a
ensuite continue ses recherches au lahoraloire de zoologie
de rilniversite de Liege.
Dans la notice sur le rein cephalique des Polygordius,
M. Fraipont fait savoir que M. Hatschek a parfaitement
connu la forme, la structure el le developpement de Tap-
pareil secreteur en general, mais que ses resultats sur la
structure decet appareil, qui int^ressent particulierement
la morphologie generate, ne s'accordent guere avec celles
du naturaliste hongrois.
Ainsi, d'apres Hatschek, chaque entonnoir de l'appareil
excreleur serait direclement en communication avec la
cavite generale, ce qui n'est pas le cas du moins dans
Pespece dont M. Fraipont s'est occupee. D'ou il resulte
que les entonnoirs en question ne seraient pas a identifier
avec ceux des Rotiferes et des Ceslodes.
M. Fraipont compare le rein cephalique transitoire de la
jarve du Polygordius a celui de 1'fichiure; il trouve pour
( 9
seule difference que Its touffes de lins canalicules de
I'fichiure ne sont pas reunies par une membrane cellulaire
etqu'il exisle encore des traces des enlonnoirs terminaux.
M. Fraipont considere les gros canaux du rein cepha-
lique du Polygordius comme representant le systeme de
gros canaux des Rolateurs et des Platodes, et les canali-
cules, termines en cul-de-sac, comme homologues du
systeme des fins canaux des Rotateurs et des Plathel-
minlhes. Quant aux vrais entonnoirs terminaux, ils sont
atrophies, dit M. Fraipont.
II parait que le D r E. Meyer est arrive au meme resultat
par Fetude de deux especes de Polygordius.
La seconde note a pour objet le systeme nerveux cen-
tral el peripherique des genres Polygordius, Protodrilus et
Saccocirrus.
Ces genres ont eu Fa vantage dans ces dernieres annees
d'attirer Fatten tion de divers zoologistes qui voient dans
ces Anneles inferieurs les caracteres de groupes plus
elev£s.
M. Fraipont s'est livre a Fetude du systeme nerveux de
ces trois Annelides; il fait connaitre comment il a procede
dans ses recherches et Fon voil par son expose historique
qu'il est parfaitement au courant de ce qui a ete publie
sur ce sujet.
En general le systeme nerveux des Annelides fait son
dans
d
developpement, de maniere que les muscles el le tissu
conjonctif le separenl complement de sa couche origi-
nelle.
Le systeme nerveux central des Protodriles conserve
son caractere embryonnaire, c'est-a-dire qu'il ne s'isole
paset reste confondu dans les aulres tissus.
( 10 )
Une partie seulement de I'Ectoderme prend des carac-
teres histologiques speciaux; la chaine ganglionnaire ne
s'entoure pas d'une membrane propre et Ton passe sans
ligne de demarcation Inmchee des cellules epidermiques
ordinaires aux cellules verilablement nerveuses.
C'est le stade le plus primilif de revolution des Anne-
lides.
Les ganglions c^rebroides sont enloures d'une gaine
propre, tout en restant meme a Tetat adulte, dans Pepais-
seur de I'epiderme.
Chez les Polygordius les deux cordons de la chaine
ganglionnaire sont unis dans toule leur longueur sur la
ligne mediane comme chez plusieurs Annelides meme
superieurs, el les cellules ganglionnaires conserveut les
memes rapports, comme les Prolodriles, avec la parlie
iibrillaire qu'elles recouvrent.
Dans le Saccocirrus le systeme nerveux central n'est
pas plus 6leve que dans les genres precedents et les gan-
glions c6rebroides sont plus condenses sans etre isoles
comme ceux des Polygordius; la chaine ganglionnaire
reste double.
Les Prolodriles et les Polygordius sont des vers infe-
rieurs au Saccocirrus et les observations de M. Fraipont
s'accordent avec celles de Hatschek sur les affinites de ces
interessants organismes.
M. Fraipont a vu ensuite chez le Polygordius napolitanus
des nerfs emerger des ganglions et il a vu rexlremite
peripherique dechaque fibrille en continuile de substance
avec un prolongemenl d'une cellule epidermique. M. Frai-
pont a vu en outre les cellules epitheliales ciliees des
fossettes vibratiles en rapport avec des cellules nerveuses
des ganglions; il a observe egalement dans les Saccocirrus
II
un contact immeMiat entre les cellules nerveuses des gan-
glions ee>ebroides et les cellules £pidermiques, et cette
disposition determina M. Fraipont a admetlre un systeme
nerveux peripherique, dont ni Schneider, ni Hatschek
n'onl fait mention dans leurs travaux; il termine son
Memoire par un expose d'un plexus nerveux intermuscu-
laire et il elablit les rapports de ce plexus avec le systeme
nerveux central, avec l'epiderme et avec les muscles.
Af. Fraipont admet meme des cellules nerveuses agissant
Jes unes comme des nerfs sensibles, les autres comrae des
nerfs moteurs el une Iroisteme categoric formanl un centre
nerveux.
Cette notice est terminee par des considerations sur
I'origine du systeme nerveux des Ann61ides et par 1'etude
des homologies avec les Choelognathes (Sagilta) et les
Actinies.
Nous avons pleine confiance dans les observations de
M. Fraipont et nous eprouvons une veritable satisfaction
en proposant a PAeademie d'ins^rer ce travail dans les
Bulletins de la Classe. *
La Classe a adopte ces conclusions, auxquelles ont
■
uscrit les deux autres commissaires, MM. Van Bambeke
fid. Van Beneden.
Theoreme de mecaniqne applicable aux systemes dont
le mouvement est periodique ; par M. Ronkar.
nttppori de M. Van tier Mvnsbrugghe .
« Conformement au grand principe de la coi
I'lnergie, tout mouvement vibraloire offre
la transformation periodique de Penergie a
12 )
energie potentielleet reciproquement: clans cecas Fenergie
totale peut tour a tour devenir enlierement actuelle ou
entierement potentielle. Si Ton considere le cas du mou-
vement elliptique produit par Fattraclion d'un centre fixe
en raison inverse du carre de la distance, on sait encore
que Fenergie totale se compose toujours de deux parties,
Tune actuelle, I'autre potentielle; la premiere atteint son
maximum au point de la trajectoire le plus rapproche
du centre detraction, la seconde au point le plus eloigne.
II £tait interessant, d'apres cela, de connaitre comment,
dans un mouvement periodique et soumis au principe de
la conservation de Fenergie, varient les valeurs moyennes
de Fenergie actuelle et de Fenergie potentielle, lors d'un
accroissement infiniment petit de la periode. Tel est le
probleme que s'est pose M. Ronkar; la solution que donne
le jeune savant me parait Elegante. Voici le resultat auquel
il parvienl :
Dans unsysteme dont le mouvement est periodique et qui
satis fait au principe de la conservation de Venergie, si les
conditions initiates du mouvement eprouvent une variation
infiniment petite, V accroissement que subit Venergie poten-
tielle moyenne surpasse celai que subit Venergie actuelle
moyenne d'une fraction de celte derniere equivalente au
double de V accroissement relatif de la periode.
L/auteur applique ce theoreme a deux cas particuliers :
dans le premier, la periode est independante des conditions
initiales du mouvement; aussi les deux valeurs moyennes
a comparer sont-elles alors 6gales entre elles.La deuxieme
application est relative au mouvement elliptique soumis a
la loi de Newton; le theoreme se verifie encore.
En resume, la communication de M. Ronkar me parait
interessante, et j'ai Fhonneur d'en proposer Fimpression
au Bulletin, p — Adopte.
I
15
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Le systeme nerveux central des Ascidies adultes et ses
rapports avec celui des larves urodeles; par MM. Ed.
Van Beneden et Ch. Julin.
On decril chez les Ascidiens sous le nom de cerveau, de
centre nerveux inlerosculaire, de bandelette nerveuse cen+
trale, de ganglion nerveux, un organe peu volumineux,
siegeanl entre les deux oscules, dans Pepaisseur de la
tunique interne. Sa forme est d'ordinaire allongee. De
ses deux exlremiles parlent des nerfs musculo-cutanes
qui president, les ant£rieurs & Innervation du siphon
buccal, les posterieurs a la sensibilite et a la motility du
siphon cloacal. Le cerveau se constitue d'une masse axiale
fibrillaire, poneluee h la coupe, et d'une couche corticale
ganglionnaire; cette derniere est composee de cellules
nerveuses serrees les unes contre lesaulres, de dimensions
variables et disposees d'ordinaire en plusieurs assises. Les
nerfs sont des faisceaux de fibrilles delimites par une
enveloppe conjonctive; on n'y trouve aucune trace de
cellules.
D'apresles donnees actuellement existantes, le cerveau
formerait h lui seul le systeme nerveux central Le present
travail a pour objet de montrer qu'une partie importante
du systeme nerveux central de ces animaux a passe
inapenjue jusqu'i present. Elle consiste en un cordon
ganglionnaire qui, partant de rexlremite posterieure du
i4 ;
cerveau, s'etend dans toiite la longueur du raphe dorsal,
s'incline ensuite sur la droite et se termine brusquement
entre les lobes droit et gauche du foie. Ce cordon, prin-
cipalement form6 de cellules nerveuses, preside proba-
blement a Innervation du sac branchial.de I'oesophage,
de I'estomac et du foie ; nous lui avons donne le nom de
cordon ganglionnaire visceral, ou plus simplement de
cordon visceral.
Nous etablirons ensuite, par Tetude du developpement
du systeme nerveux de 1'adulle aux depens de celui de la
larve urodele, que le cordon visceral proeede de cette
partie du myel-encephale du tetard qui se irouve inter-
posee entre la vesicule cerebrale et la moelle epiniere.
Chez les Appendiculaires, les trois parties constitutives
du myel-encephale persistent pendant toute la duree de la
vie : Thomologue du cordon ganglionnaire visceral des
Ascidies adultes, de la portion viscerate du myel-encephale
des larves se trouve dans ce cordon qui, chez les Appen-
diculaires, relie le cerveau a la moelle, cordon que Fol a
considere a tort comme etant un simple nerf.
C'esl tout d'abord chez les Ascidies sociales, chez les
Perophores et les Clavelines que nous avons constat^
1'existence d'un cordon cellulaire plein qui\ partant de la
region interosculaire, au voisinage immediat du cerveau,
p^netre bientot dans la paroi du sac branchial et longe le
raphe dorsal jusqu'& Fentree de Toesophage. II n'est gu^re
possible de le poursuivre au de\h. et il est fort difficile
de trancher la question de savoir quels sont les rapports
exacts du cordon k son point d'origine. Voici pour quels
motifs :
15 )
On sail qu'il existe chez les Ascidiens, au voisinage du
cerveau, un organe enigmatique decouvert par A. Han-
cock. De Lacaze-Duthiers, pour avoir applique h cet organe
le nom de glande prenervienne, ne fit qu'emettre line
hypothese sur sa vraie nature : il n'en fit pas connaitre la
structure et il ne put lui decouvrir de canal excr&eur,
L'eminent zoologiste de la Sorbonne n'a pas eu recours a
la seule methode qui permit de deceler irrefu tablemen t la
presence d'un semblable canal, la methode peu prisee par
ce naturalisle qui consiste a faire des coupes longitudinales
et transversales dans la region interosculaire.
Dans deux publications successives Fun de nous (1) a
fait connaitre les resultats de ses recherches sur les organes
qui siegent dans cette region. Ses etudes ont porte sur
plusieurs especes d'Ascidies simples appartenant a la
famille des Phallusiades. Le canal excreteur de la glande
s'abouche par son extremite ant^rieure dans une gouttiere
en forme de fer k cheval qui repond au tubercule ant6-
rieur de Savigny et auquel on a donn6 depuis les noms de
fossette vibratile,d'organe olfactif (Flimmergrabe, Geruch-
sorgan, olfactory Tubercle.)
La glande est placee tantot en dessous, tantot sur Tune
des faces laterales, tantot au-dessus du cerveau. Son
volume varie autant que sa structure; mais toujours son
canal excreteur court parallelement a l'axe de Torgane
nerveux central, tout au moins dans la partie posterieure
de son trajet. Ce canal est toujours intimement uni k la
(1) Ch. Julin, Sur Vhypophyse el les organes qui s'y rattachent dans
les genres Corella, Phalllsi a et Ascidia. (Archives de Biologie, vol. II.)
Sur Vhypophyse et des organes qui s'y rattachent chez Ascidia
compressa et Phallusia mamillata. Ibid.
( 16 j
masse nerveuse et le plus sou vent il n'existe entre les
de
Cla
lines ne differe en rien d'essentiel de celui des Ascidies
I
simples. On pent en dire autant de la glande, de son
canal excreteur et de I'embouchure infundibuliforme de
ce dernier. Settlement, a raison des dimensions exigues des
Ascidies sociales, tous ces organes sont fort petits; si!
est facile de les debiter en coupes longitudinales et trans-
versales, si Ton peut s'assurer sans aucune difficulle de
Texistence dans le cerveau d'un axe fibrillaire et d'une
couche ganglionnaire cortieale, s'il est aise de constater
la presence d'une glande sous-jacente au cerveau, de voir
le canal excreteur de cette glande, accole a la face infe-
rieure du ganglion, s'ouvrir dans la region prebranchiale
par un orifice infundibuliforme, bien des points sont diffi-
ciles k trancher a raison de la petitesse des organes et de
Fexiguile des elements cellulaires qui les composent.
L'intimit6 de leur union rend l'6tude plus difficile encore :
a son extremity posterieure le cerveau semble ne former
qu'un avec le canal excreteur, tout au moins chez certains
individus. D'autre part le cordon cellulaire dont nous avons
parle plus haut est si grele qu'il n'esl represente, a la
coupe transversale, que par deux ou trois petites cellules
dont les dimensions et la forme rappellent singulierement
les globules sanguins ou les elements fixes du tissu con-
jonctif, 11 nous ful impossible de trancher la question de
savoir si ce cordon se continue avec Tex tremile posterieure
du cerveau ou avec celledu canal excreteur de la glande.
Nous n'avons pas reussi davanlage k voir ou et comment
le cordon se termine a son extremite posterieure.
Pendant le cours des etudes que nous avons entreprises
47
dans le but de fa ire la monographie des Ascidies de la
cote d'Ostende, nous avons trouve dans la Molgula ampul*
loides, P.-J. Van Beneden, un materiel excellent pour la
solution de la question dont il s'agit. Non seulement il est
facile de s r assurer de la presence, chez cette belle espece,
d'un cordon cellulaire semblable k celui que nous avions
decouvert chez les Perophores et les Clavf lines, mais grace
aux dimensions qu'il atteint chez I'Ampulloide, grace au
volume des cellules dont il se constitue, grace a la facilile
avec laquelle on peul le suivre dans les series de coupes,
depuis son origine jusqu'a sa terminaison, nous sommes
en mesure d'affirmer que chez certaines Ascidies simples
et sociales, et probablement chez tous les Ascidiens, le
cerveau se continue en arriere en un cordon nerveux cen-
tral qui suit la ligne mediane le long du raphe dorsal,
passe entre le rectum et V entree de Vcesophage, gagne la
droite de ce dernier canal et se termine entre les deux
lobes du foie. (Test cet organe que nous appelons le cor-
don ganglionnaire visceral. Nous l'avons trouv£ non seu-
lement chez la Molgule anipullo'ide, les Perophores et les
Clavelines, mais aussi chez Poiycarpa comata 7 Alder,
Styela grossularia, P.-J. Van Beneden, Microcosmus
claudicans, Savigny, et chez une espece nouvelle apparte-
nant au genre Cynthia el que nous proposons de designer
sous le nom de Cynthia poly car poides.
CHAPITBE I cr .
Les orgaises de la region interosculaire chez Molgula
ampulloides, P.-J. Van Beneden.
■
Pour pouvoir rendre compte des rapports qui lient le
cordon visceral au cerveau il est necessaire de decrire le
svsteme nerveux dans son ensemble et comme, chez les
Tome viii, 3 me s£rie. 2
18
Ascidies sociales, il peul y avoir du doute sur la question
de savoir si ce cordon se rattache au cerveau ou a la
glande sur laquelle il repose, il importe do faire connailre,
en cequi concerne rArnpullo'ide, lescaracteresde la glande,
de son canal excreteur el de son embouchure dans la
gouttiere en fer-a-cheval de I'organe vibratile; en un mot
il est utile de decrire I'ensemble des organes interosci -
laires.
Nous avons constate qu'il exisle dans la forme, le
volume et la position relative de ces organes des varia-
tions individuelles fort etendues. Quelques auteurs recents,
Traustedl enlre a litres, ont attache une grande impor-
tance, au point de vue syslematique, a la forme de I'organe
vibratile. Les fails que revele I'etude des variations indi-
viduelles chez I'Ampulloide demontrent que Ton a beau-
coup exagere Timportance de ce caractere. Kupfler et
apres lui Herdmann ont deja attire Inattention sur ce point.
Le cercle pericoronal apparait a la loupe sous la forme
d'une ligne circuiaire concentrique au cercle coronal, a
peu pres parallele aussi a la ligne circuiaire qui marque la
limile anlerieure de la branchie. Cependant cette derniere
ligne est plus ecart£e du cercle pericoronal duc6te de la
face hypobranchiale que du cote de la face neurale du
corps : pres de la ligne roedio-dorsale la branchie gagne
en avant le bord posterieur de la glande hypophysaire. A
la face inferieure de celle glande on voit les deux moities
du cercle pericoronal s'inflechir assez brusquement en
arriere et former par leur convergence un angle aigu
ouvert en avant. Le sommet de Tangle repond exaclement
au bord posterieur de la glande et par consequent au
bord anterieur de la branchie. Cet angle se prolonge
19 )
en arriere dans la lame medio-dorsale qui se poursuiC
jusqu'a Pentree tie Poesophage.
Dans Tangle ouvert en avant que forment entre elles
les deux moities convergentes du eercle perieoronal se
trouve place le tubercule hypophysaire ; on y voit Pouver-
lure de Ventonnoir sous la forme (Tune ligne contournee.
Tout Pentonnoir, y compris son orifice, est sous-jacent a
la gland e hypophysaire, Ires volumineuse chez notre
especo. Le cerveau, qui consiste en une petite bandelette
longiludinale, est aussi place en dessous de la glande. On
peut le voir a la loupe, sous la forme d'un trait blanc-mat,
en examinant la face inferieure de la glande. Le sysieme
nerveux se trouve d'ordinaire place a gauche de I'enton-
noir; celui-ci est presque en entier dans la moitie droite
du corps, sous le lobe droit de Phypophyse. Mais les par-
licularites que nous venons de signaler sont sujeltes a des
variations individuelles des plus remarquables.
Et d'abord la valeur de Tangle que forment les deux
goultieres pericoronales droite et gauche et les rapports
qu'affectent les coles decet angle avec la glande hypophy-
saire sont loin d'etre constants. Tantot aigu, cet angle
est parfois fortement obtus. Le bourrelel perieoronal au
lieu de rarnper, comme on Tobserve d'ordinaire sur la
masse glandulaire de I'hypophyse, a parlir des points ou il
s'inflechit pour former son angle, longe, dans certains indi-
vidusquise font remarquer par 1 enorme developpement
dc la glande, le bord posterieur de la masse glandulaire.
Celle-ei se trouve des lors toule enliere en avant du bour-
relel perieoronal, entrainant avec elle I'enlonnoir et le
cerveau. Tous ces organes se trouvenl par la rapproches du
eercle coronal et en particulier du tentacule medio-dorsal.
Des deux levres de la gouttiere pericoronale, rextcrne
20
est ile beaucoup la plus saillante; elle apparait a la loupe
sows la forme d'tific ligne d'un blanc mat, plus apparente
que cclle qui revele IVxistence d'une levre interne. Celle
difference dans Tapped des deux levres depend en partie
du plus grand developpement de la levre exlerne, mais
aussi et surloul de la presence a la surface de cette levre
cTun epithelium cvlindrique cilie Ires epais (voir pi. I,
tig. 2, /. e. *. p.).
L'epitheliurn qui recouvre la levre interne est plus
mince, cuboide et depourvu de revetement ciliaire. Chez
tous les individus les levres internes des gouttieres droite
et gauche se conlinuent Tune avec I'autre au sommet de
Tangle dont nous avons parte. Chez la pluparl il en est
de meme des levres exlernes, auquel cas le sommet de
Tangle est bien marque et la gouttiere pericoronale
fermee en arriere. Mais nous avons vu dans d'autres
individus les levres externes droite et gauche se conti-
nuer sans s'elre reunies, au prealable, avec les bords du
repli medio-dorsal qui, eux aussi, apparaissent a ia loupe
comme deux lignes ifnn blanc opaque separees Tune
de I'autre par une zone plus claire. II semble alors que
la gouttiere pericoronale se prolonge en arriere dans une
gouttiere qui regnerait le long du raphe dorsal de la
branchie.
Le lubercule bypophysaire, a la surface duquel se voit
Tori lice de Tentonnoir, se continue en avant et a gauche
par une saillie medio-dorsaleen dos d'ane, qui se confond,
a son extremile anlerieure, avec le tronc du tentacule
medio-dorsal du cercle coronal.
La forme ordinaire de I'orifice bypophysaire esl celle
d'un fer-a-cheval a convex ite dirigee en avant. Jamais la
disposition opposee, celle d'nn fer-a cheval a convexite
21 )
dirigee en arriere, ne se presenle chez noire Molgulide.
On sait que cetle derniere orienlalion de I'orifice est
au conlraire commune, si meme elle n'est pas generale,
chez les Phallusiades. Le fait que la convexile du fer-a-
cheval est dirigee en avant est le seul earactere de I'organe
I
vibralile qui soil constant chez la Molgule ampulloide.
En effet, le volume du tubercule, la forme, la direction
et les dimensions de Forifice de Tenlonnoir varienl consi-
derablement d'un individu a Pauire; elles ne dependent
nullement de Fage ni de la laille : car elles s'observent
alors meme que Ton a pris soin de choisir, pour les com-
parer les uns aux autres, des exemplaires de meme taille.
S'il en est ainsi dans d'auttes especes, il est clair que
Ton ne peutattacher que tort pen d'importance, dans Feta-
blissement des diagnoses generiques et specifiques, ;i I'or-
gane dont il s'agil. D'ordinaire Fori lice a la forme d'un
fer-a-cheval a deux branches d'egale longueur; la conca-
vite du fer-a-cheval regarde alors direclemenl en arriere.
Mais il est loin (Fen elre toiijours ainsi : dans quelques
cas les deux branches du fer-a-cheval sont ties inegales,
celle de droite etant notablement plus longue que l'autre.
Le fer-a-cheval, manifestement dissymelrique, est alors
ouverl en arriere et a gauche. Si les branches du fer-a-
cheval sont en outre convolutees, cette ouvertnre pourra
regarder a pen pres direclement a gauche. Nous en avons
vu un exemple.
Rarement les deux branches du fer-5-cheval sontrecli-
lignes & leur extremite postericure : le plus sou vent elles
sont incurvees en dedans, voire meme convolutees. Dans
un cas Fune des branches elait incurvee en dedans,
l'autre en dehors; dans un autre individu Fune des bran-
ches etant recourbee en dedans, l'autfe se divisait a son
22
exlremite en deux branches dont Tune etait contournee
en dedans el Pautre en dehors. Tanlol les deux levres de
Porifice sonl rapprochees Pune de Pautre, lantot, au con-
traire, plus ou moins eeartees; tantot elles decrivenl Pune
et Paul re une ligoe courbe reguliere, tantot elles sonl
sinueuses, qiiclqucfois memo anguleuses. Dans un cas
nous avons vu les deux levies decrire Pune et Pautre des
lignes brisees ct incurvees en tous sens; Porifice avail
une forme tellement compliquee qifil etait Ires difficile de
retrouver le fer-a-chevaL Le tnbercule presentait a sa
surface un d ess in Ires irregulier que nous ne pourrions
raieux comparer qifa une grecque a trajet indefmissable
ct loialement depourvue de symetrie.
La position relative du cerveau et celle de Porgane
vibratile sont aussi variables. Le cerveau est le plus sou-
venl place a droile de cet orifice, de telle maniere que la
branche droile du fer-a-cheval se projette sur la bande-
lette nerveuse. Mais parfois le systeme nerveux central
se trouve tout a Tail exlerne par rapport au fer a-cheval,
etant place a gauche de ce dernier. D'autres Ibis, la bande-
let te cerebrale se projette sur le milieu du fer-a-cheval, de
Jagon & le cooper en deux moities egales el svmetriques.
Le cerveau est toujours place sous la glande hypophy-
saire; il est plus court que le diametre antero-posterieur
de la glande, de telle sorte qu'il est toialemenl reconvert
par elle et, pour le voir, il faut examiner la region interos-
culaire par la face In fer ie lire ou branchiale de la (unique
interne. Le cerveau est petit relalivement a la taille de la
Molgule ampulloide. Sa longueur et sa laigeur absolues et
relatives sont sujelles a variations.
Mais Porgane qui, au point de vue de son volume, pre-
sente d'un individu a Pautre les plus grandes differences,
23 )
c'est la glande hypophysaire. Sa position est constante :
loujours elle se trouve a peu pres a mi-distance entre
les deux siphons; toujonrs elle recouvre la face dorsale
du systeme nerveux el de I'organe vibralile; loujours elle
est irregulierement ovoide, etant a peu pres deux fois aussi
large que longue. Elle presente d'habilude deux lobes:
son lobe gauche, celui qui recOuvre I'organe vibralile,
esl plus petit que le lobe droit. Mais ses dimensions
absolues valient dans lous les sens, chez des individus de
meme taille, dans la proportion d'un a irois, de sorte que
le volume de la masse glandulaire pent differer dans les
rapports de un a neuf. Quand elle est petite, la glande est
d'un blanc mat pur et Ton distingue meme a la loupe
qu'elle est formee de lobules. Quand elle esl volumineuse,
elle a une coloration jaune-brun, tachelee de poncluations
brunes el meme noires. Plus elle esl volumineuse, plus
elle est coloree. Dans un individu elle elait d'un noir mat
nniforme. Quand elle est ties grande, elle fait saillie k
la face externe de la region interosculaire et se loge en
partie dans une excavation speciale de la face interne du
manteau.
Toutes les particularity que nous venons de decrire
peu vent se voir tres bien au moyen d'une bonne loupe.
Les rapports de position des organes deviennent plus
apparents et plus evidents encore par I'examen de coupes
transversales pratiquees dans la region interosculaire,
Relevons encore ici cjuelques fails qui ressorlent de
Telude de semblables preparations et que Ton ne peut
constaler sans recourir aux coupes,
Le canal hypophysaire debouche dans la portion mediane
et par consequent la plus anterieure du fer-i-cheval.Celui-
ci consiste en une gouttiere dont la profondeur est a peu
pres la meme dans tonic la longueur de l'organe, saul'
a ses extremites convolutees ou elle deviest de moins en
moins considerable au fur et a mesure que Ton approche
des extremites. Elle est delimilee par un epithelium lout
special, dont les caracteres different suivantqu'on le con-<
sidere le long des levres, sur les faces laterales ou dans
le fond de la goutliere.' Cet epithelium est cilie sur les
levres el les faces laterales, mais depourvu de cils au
fond du sillon. La bordure labiale est recouverte d'un
epithelium cylindrique dans Icquel les noyaux sont si lues
a des hauteurs tres differentes dans des cellules voisines,
tantol pres de leur base, tantol pres de leur sommet;
ces cellules portent des cils courts. Les faces laterales
porlent nn epithelium forme de tongues cellules dans
lesquelles les noyaux sont tous a meme distance du som-
met cilifere et toujours tout pres de ce sommet. Elles
portent des cils tres longs. Le fond est reconvert d'un
epithelium cubique tres peu epais et dont les cellules ne
portent pas de cils.
II n'y a pas de transitions insensibles entre ces trois
Epitheliums: le revelemenlcellulaire change brusquement
de caractere. En dehors la bordure labiale passe brusque-
ment a I'epithelitim plat qui recouvre exlerieurement le
reste du tubercule hypophysaire, dont la ligne mediane est
soulevee en une crete.
Le canal hypophysaire se continue avec Fepithelium
cuboide qui garnit le fond de la gouttiere au point que
nous avons indique plus haut. A peu pres median a son
embouchure, il se porle immediatement vers la gauche.
Apres avoir decrit une courbe enveloppant a distance le
tronc nerveux qui part de Texlremite anterieure du cer-
veau, le canal atteint la portion anterieure du ganglion
\
25 )
lui-meme. II monle sur la face laterale du cerveau el
gagne rapidement sa facesuperieure. II longe ensuite cette
face el suit, comme la bandeletle nerveuse, une direction
antero-posterieure. Dans la partie anterieure de son trajet,
le canal se trouve en contact immediat avec le systeme
nerveux, aucune trace de tissu conjonctif n'etant inter-
posee enlre les deux organes. Apres un court trajet, le
canal s'elargit brusquement en une large vesicule qui se
bifurque en deux lobes lateraux, Pun droit, Fa litre gauche.
Mais des le moment ou le diametre du canal augmente, il
cesse de se trouver en contact immediat avec le cerveau;
il se dirige vers la face dorsale du corps, el une couche
conjonctive, dont Fepaisseur augmente d'avant en arriere,
vient s'interposer entre le ganglion nerveux el le canal de
I'hypophyse. Les deux lobes de la vesicule sonl tres larges
fA au lieu de conserver la meme direction que le canal
excreteur proprement dit, ils se portent transveisalement
en dehors, Fun vers la droite, 1 'autre vers la gauche. C'esl
dans ces lobes de la vesicule que viennent deboucher les
canaux glandulaires de Fhypophyse.
Rien n'est done plus facile que de voir comment le
canal hypophysaire se termine en arriere el de constater,
qu'au lieu de depasser en arrtere Fextremite du cerveau, il
reste de beaucoup en retrait sur cette exlremite; il se
bifurque en arriere en deux branches terminales.
La paroi du canal comme celle de la dilatation vesicu-
leuse bilobee qui la termine en arriere, est exclusivement
formee par un epithelium cubique peu 6pais, semblable a
celui qui tapisse le fond de la gouttiere hypophyvSaire. Cet
Epithelium s'amincit legerement d'avant en arriere au
point de devenir assez mince dans la vesicule. Li seu-
lement ou il est immediatement adjacent au cerveau
C 26 )
*
I'epithelium est plus epais; il tend k devenir cylindrique.
La section transversale du canal est ovalaire dans la
partie anterieure de son trajet; plus en arriere il s'aplatit
legerement. Son diametre transversal est plus considerable
pres de son embouchure, ou il se dilate en une sorle
d'enlonnoir; neanmoins ce diametre resle notablement
inferieur a celui du cervean. Le diametre de la vesicule,
au conlraire, est plus que double de celui de la bande-
lelte nerveuse. La lumiere du canal ne renferme aucun
*
Element forme dans la partie anterieure de son trajet;
mais en s'approchanl de sa dilatation, et surlout dans la
vesicule bilobee, sa cavite est obslruee d'elements celiu-
laires arrondis, jaunatres, is^oles ou groupes en amas de
volume variable. Dans ces amas ressemblant a des perles
epilheliales, aulour d'un noyau forme par des cellules
semblables aux elements libres, Ton voit, disposees en
couches concentriques, des cellules aplalies, jaunatres
ou brunalres. Par mi ces concretions, don l la teinte est
plus ou moins foncee, on en trouve qui atteignent un
enorme volume et constituent des corps arrondis, a sur-
face mamelonnee, semblables a de gros calculs.
L'hypophyse, enormement volumineuse, recouvre com-
pletement la face dorsaleet les faces laterales du cervean.
C'cst une glande composee, formee de deux moilies late-
rales debouchant, par des canaux multiples, dans les deux
lobes de la vessie hypophysaire. Les canaux glandulaires
sedivisent par voie dichotomique; ils presentent en outre
des brandies collaterals nombreuses qui se divisent a
leur tour. Toutes ces branches ont un trajet sinueux,
s'enchevetrent avec les rameaux des canaux voisins et
conservent dans loules les parties de la glande la meme
structure. A la peripheric des canaux glandulaires se
( 27
trouve un epithelium plat el toute la cavite des tubes est
remplie par le meme contenu qui obstrue la vessie. II se
conslitue de cellules arrondies libres et d'amas arrondis
de volume variable ressemblant a des perles epitheliales.
On trouve toules les transitions possibles entre les cel-
lules epitheliales plates de la peripheric et les elements
cellulaires libres qui remplissent la lumiere des tubes.
Tons ees canaux portent <t leurs extremites et aussi sur
leurs laces des diverticules arrondis, indivis ou lobules,
dont le diamelre est a peu pres semblable a celui des
canaux excreteurs qui les portent. Ces diverticules sont
des amas cellulaires delimiles exlerieurement, coinme
toules les parlies de la glande du reste, par un contour
tres net. Les cellules peripheriques sont plus plates, celles
qui sont plus centrales sont polyedriques ou arrondies.
Toutes se moulent dYilIeurs les unes sur les autres.
Toules sont ires claires; toutes possedent un petit noyau
arroudi qui se colore en rose pale.
Le processus secreloire de la glande consiste dans la
transformation des cellules des diverticules lerminaux en
elements arrondis, homogenes, refringenls, dont la colo-
ration jaune s'accentue progressivement. Tanlot ces ele-
ments sont des cellules isolees; le plus souvent ils sonl
formes de deux, trois ou un petit nombre de cellules mou-
lees les unes sur les autres; toujours alors il existe au
centre une ou deux cellules enveloppees en tout ou en
parlie par nne, rlrux on un plus grand nombre de cellules
aplaties qui subissent la meme degenerescence que les cel-
lules centrales. Un nombre plus ou moins considerable de
ces nodules peut se grouper en un noyau plus volumineux
autour duquel se deposent des cellules plates ou des cou-
ches de nodulesagglutines.Cesontla les grosses concretions
28
que Ton tronve clans la vesicule. Les petits globes refrin-
gents peuvent subir ullerieurement dans l'appareil excre-
teur une desaeregalion moleculaire, et se transformer en
amas jaunes on bruns, dans lesquels les noyaux cellulaires
ont disparu.
II n'existe jamais aucune portion de la glande sous le
cerveau.
■Sy steme nerveux. — Nous decrirons en detail lesysteme
nerveux central, et nous nous bornerons, encequiconcerne
la distribution cles nerfs peripheriques, a quelques rensei-
gnements sommaires.
La figure 1, planche i represente, un pen plus grand que
grandeur naturelle, une Molgule ampulloide seetionnee pres
de la ligne mediane, dans le sens vertical et antero-poste-
rieur, a fin de montrer les rapports que les differentes
affecle
avec les autres organes.
de deux
l'une est la bandelette nerveuse, le ganglion interosculaire
ou cerveau, bien connu chez lous les Ascidiens; I'aulreest
ce cordon ganglionnaire que nous voulons faire connaitre
et que Ton peut designer, & raison des rapports qu'il affecte
avec certains visceres, le sac branchial, Tcesophage, Festo-
mac et le foie , sous le nom de cordon ganglionnaire rw-
sous le nom de cordon ganglionnaire dorsal.
g
Cerveau. — Le cerveau montre neltement a la coupe
les deux substances constitutives de la bandelette nerveuse
centrale de tons les Ascidiens : une couche ganglionnaire
a la peripheric un axe de substance fibrillaire au centre de
Forgane.
29
I)e I'exlremile anterieure du cerveau part un gros tronc
nerveux, unique a son origine, a la lace inferieiire duquel
se prolonge la couche ganglionnaire jusqu'a une faible dis-
tance (hi cerveau. II a, comme le cerveau lui-meme, une
direction antero-poslerieure, passe a gauche de ("orifice
du canal hypophysaire el rampe dans la crele en dos d'ane
qui relie le Inherent hypophysaire a la racine du tentacule
medio-dorsal. Arrive a cet appendice median de la cou-
ronne, il se divise en deux branches terrainales qui vonl en
s'ecarlant Tune de Tautre. Nous n'avons pas poursuivi
ulterieurement le trajet de ces rameaux; il est probable
qu'ils servent exclusivement a I'innervation du siphon
buccal.
La couche ganglionnaire ne possede pas la meme epais-
seur dans loute son etendue : elle presente un plus grand
nombre d'assises cellulaires et atteint, par consequent, son
maximum d'epaisseur la ou elle se trouve en contact
immedial avec le canal hypophysaire. C'est done d'abord
sa face lalerale gauche, puis sa face superieurequi se font
remarquer par une plus grande epaisseur. Dans le tiers
posterieurdu cerveau, ou le canal hypophysaire manque,
Ton voilcet epaississement redescendre sur la face lalerale
gauche el regagner, a I'extremile posterieure de 1'organe,
la face inferieure du ganglioir. Sur toutes les coupes trans-
versales indistinctement Ton voit la couche ganglion-
naire s'amincir graduellement en partantdu poinl ou elle
presente son maximum d'epaisseur et alleindre son mini-
mum de puissance du cdt£ oppose.
Ces differences d'epaisseur tres marquees dans les deux
tiers posterieurs de 1'organe sont moinssensibles dans son
tiers anlerieur. Pies de I'extremile posterieure de la
bandeletle nerveuse, la couche ganglionnaire s'interrompt
50
d
*
ruplion gagne ensuite en etendue et bientol on ne Irouve
plus de cellules ganglionnaires qu'a la face inlerieure d'un
cordon cylindrique exclusivement fibrillaire, qui se con-
tinue direclemeiil dans le nerf poslerienr, land is que la
masse ganglionnaire qu'il rccouvre se continue en arriere
dans le cordon visceral. D'abord adjacents Tun a I'autre
(pl. I, fig. 2), le nerf et le cordon s'ecarlenl bientot Tun de
I'autre (pl. I, fig. 3); le nerf se rapproche de l'epiderme et,
apres un certain trajet, il se bifurque en deux branches
qui se dirigenl vers le siphon cloacal et servenl a Pinnerva-
tion du tube expirateur.
Le cordon ganglionnaire dorsal se rapproche, au con-
traire, de I'epithelium branchial et se continue en arriere le
long de la lame medio-dorsale (pl. 1, fig. 4.)
La couche ganglionnaire se constitue de cellules de
dimensions tres di verses; on peut les diviser en trois cate-
gories. Les plus petites se trouvent plus profondement
situees au contact de la substance fibrillaire, les plus
randes existent exclusivement a la peripherie de Porgane,
les moyennes entre les deux. Tandis que les petites et les
cellules ganglionnaires moyennes constituent autour de la
masse ponctuee une couche continue, neltement delimitee,
les grandes cellules ne se renconlrent qu'en certains
points: elles sont ecartees les unes des autres, en quelque
sorte disseminees dans le tissu conjonctif ambiant, et
constituent ensemble une couche k la fois discontinue et
pour ainsi dire diffuse et irreguliere. II est a peine neces-
saire de dire qu'il existe entre les categories que nous
Les gra
iiiite de
g
51
Leursgrosnoyaux spheriques ouovoides,pourvus (Fun gros
nucleole chromatique, siegent d'habilude au voisinage de
la peripheric cellulaire, rarement au centre. Ces cellules
sont tantol arrondies, lanlot pyriformes, tantot neltement
bipolaires Peut-etre sonl-elles toutes bipolaires ei ne
paraissent elles arrondies on fusiformes que parce qu'elles
ont ele coupees transversalement ou obliquement. Les
prolongements sonl Ires difficiles a suivre. lis sont tres
clairs, d'une largeur notable et ils nous ont montre, dans
un petit nonibre de cas, une structure fibrillaire manifeste.
II existe un grotipe de ces grandes cellules a la partie
tout a fait anterieure du cerveau, a gauche de la racine
du nerf anterieur. II parait conslituer un ganglion parti-,
culier, a I'exlremite anterieure du cerveau; ce ganglion
est juxtapose au nerf qui nail de cette extremite. II occupe
exactement la concavite de la courbe que decrit le canal
hypophysaire, au point ou celui-ci vient s'aboucher dans
la gouttiere en fer-a-cheval qui siege sur le tubercule
hypophysaire. Si Ton en ji
direction moyenne des cellules de ce ganglion, il semble
que cette partie du systeme nerveux central serve a Fin-
nervation de 1'organe vibralile. Cependant nous n'avons
pas reussi a voir des fibres partanl de ces cellules se
terminer dans les cellules epitheliales de cet organe.
A part cet araasganglionnaire dont nous venons de par-
ler, Ton ne trouve que tres pen de grandes cellules dans la
moitte anterieure du cerveau. La substance corticale, net-
tement delimitee par une ligne regulicre, se constitue de
plusieurs assises de petites et de moyennes cellules.
L'epaississement adjacent au canal hypophysaire est inti-
mement uni a ce dernier, et se prolonge meme en deux
petits lobes lateraux, appliques contre les faces du canal.
>
9
II ne nous a pas ete possible de decider si des lilels ner-
veux partent de ces lobes.
Plus en arriere, dans la region ou ie cerveau est sous-
jacent an canal, Ton voil on pelil groupe de grandes
cellules sur les faces laterales droite el gauche du syslcme
nerveux central. Un peu plus en arriere encore un grand
nombre de cellules semblables conslilue, a gauche du
cerveau, une masse ganglionnaire diffuse, qui se con-
tinue en arriere a la face inferieure de I'organe pour
constituer l'origine du cordon visceral. Cetle masse gan-
glionnaire se continue sans ligne de demarcation Iran-
chee avec la couche corticale des petites el des moyennes
cellules.
La couche corticale interrompue d'abord du cote droit,
puis sur lout Ie pourtour de la masse fibrillaire laisse a
nu la racine du nerf posterieur.
Des deux petits gr<
nglionnaire diifuse
blent partir des filets nerveux qui se dirigen
vers la glande hypophysaire. Ce
peripheriques
ques-unes
diriger ind
longement
cerveau.
La
i
ge dans les troncs nerveux partant d
mites, apparait finement ponctuee & la coupe. On y irouve
de rares noyaux dissemines dans la substance fibrillaire.
Ces noyaux sont tantot ecartes les uns des aulres, tantot
groupes en petits amas. Parfois on distingue un vague
contour circulaire a quelque distance autour de ces noyaux;
33
mais la substance delimitee par ce contour a la meme
apparence que la substance ponctuee ambiante. II s'agit
probablement la de petites cellules nerveuses allongees
dans le sens anlero-posterieur, unipolaires ou bipolaires
et disseminees dans la substance fibrillaire. On observe, en
effel, loutes les transitions en Ire ces elements medullaires
et les petites cellules de la substance corlicale. Ces noyaux
se disposent assez regulierement, h I'origine du nerf ante-
rieur, en series lineairesqui s'anaslomosenl entre elles et
ces tractus cellulaires, delimitent des champs polygonaux
occupes par de la substance ponctuee; ils se perdent a la
peripherie dans la couche ganglionnaire corticale. Les
champs polygonaux sont les coupes de faisceaux fibrillaires
qui se continuenl lous dans un seul et meme tronc ner-
veux, et bienldt se confondent en une masse ponctuee
unique et indivise. On ne trouve plus guere a ce niveau
d'autres cellules nerveuses que de pelits elements adjacenls
a la face inferieure du tronc. II n'exisle plus de trace de
cellules dans la substance fibrillaire du nerf.
En approchant de la racine du nerf posterieur, on voit
aussi les cellules medullaires devenir de plus en plus rares
et puis manquer completement.
Les grandes cellules ganglionnaires, que Ton trouve
groupees en certains points a la peripherie du cerveau et
qui se distinguenl si nettement, par leur dissemination
dans le lissu conjonctif ambiant, de la couche cellulaire
continue et bien delimitee qui constitue I'ecorce propre-
ment dite de l'organe nerveux central, paraissent consti-
luer des centres denervation pour la glande hypophysaire,
son canal et son embouchure, tandis que I'ecorce eerebrale,
constitute de petites et de moyennes cellules, est le centre
ganglionnaire d'ou Emergent les nerfs qui se rendent aux
5 me SERIE, TOME VIII. 5
U )
siphons. En cela, ics ganglions lormes de grandes cellules
qui se raltaehent a Tecorce cerebrale proprement dite
paraissent devoir etre rapproches du cordon visceral,
auquel ils ressemblent d'ailleurs par leur structure.
Cordon ganglions aire visceral ou dorsal. — Le cordon
ganglionnaire visceral unique et median prend son origine
dans 1'amas ganglionnaire considerable; principalement
form6 de grandes cellules, qui termine en arriere et en
bas Tecorce du cerveau. A cause de la dissemination des
cellules qui le constituent, & cause de Papparence fusi-
forme de la plupart de celles qui occupent la peripheric
de I'amas, celui-ci presente a la coupe une forme irre-
gulierement etoilee. On pent voir ?a et la un prolonge-
ment peripherique se diriger vers la glande hypophysaire.
Un peu plus en arridre, la masse ganglionnaire se reduit
legerement et presente I'apparence d'un cordon cylin-
drique mieux circonscrit (fig. % 3 et 4). On y trouve sur-
tout de grandes cellules. Entre celles-ci,surtoutau milieu
du cordon, on en voit de petites, et un faible cordon fibril—
laire occupe Tun des coles de la masse. On peut le pour-
suivre en avant jusques dans I'ecorce du cerveau.
Le cordon ganglionnaire dorsal, enveloppe, comme le
cerveau, par de larges espaces sanguins, est accompagne
de deux faisceaux musculaires, Tun a droite et I'autre
a gauche (fig. 2, 3 el 4). II se porte en bas et en arriere
d'abord dans la lunique interne. A la limite anterieuredu
cloaque, il s'engage dans la paroi du sac branchial, longe
le raphe dorsal, entre repilhelium branchial et repithelium
peribranchial(fig.4); il passe sous le plancher du cloaque,
et, au niveau de I'anus, on le voit s'engager entre le rec-
tum et la bouche (fig. 5). Le rectum incline vers la gauche
( 35
en me me temps que le cordon visceral gagne le cole
gauche de I'oesophage et ensuite le lobe gauche du foie
(fig. 6). Arrive a cet organe, il s'engage dans la lame con-
jonctive interposee en ire les deux diverticules du foie. Le
point ou se termine le cordon repond done a la limile
entre les deux lobes du foie. Le cordon visceral conserve
dans toute sa longueur le meme volume et la meme
structure. Pres de sa terminaison il s'amineit legerement et
puis il s'arrete brusquement. II ne nous a pas ete possible
de voir de filets nerveux partir ni du tronc ganglionnaire,
ni de son extremite; mais, a raison de sa position, il est
perm is de supposer que ce tronc sert a Innervation des
visceres entre lesquels il court et avec lesquels il est en
rapport immediat : le sac branchial, Prophage, l'estomac,
le foie et peut-etre aussi le rectum. Le cordon visceral ne
■
p reseii te en aucun point de son trajet d'inlerruption gan-
glionnaire; il est presque exclusivement forme dans toute
sa longueur par des cellules nerveuses tres semblables
am grandes cellules ganglionnaires du cerveau.
Nous avons dit precedemment que le systeme nerveux
central tel que nous venons de le decrire chez Molgula
ampulloides , nous I'avons trouve aussi chez Perophora
Listeri, Clavelina Rissoana, Polycarpa comata, Micro-
cosmus claudicans et Cynthia polycarpoides, espece nou-
velle de la cote d'Ostende.
Pour ce qui regarde le cerveau, nous pourrions repeter,
iiu sujet de ces differentes especes d'Ascidies simples et
sociales, la description que nous venons de (aire de la
Molgula ampulloides.
En ce qui concerne le cordon ganglionnaire visceral,
nous devons faire observer qu'aucune des autres especes
d'Ascidies simples et sociales que nous avons etudiees ne
( 50 )
se prete aussi bien que Molgttla ampulloules a Petude
du systeme nerveux. Cela tient a I'exiguite du cordon
visceral chez ces especes : au lieu d'etre forme par un
nombre relalivement imporlanl de cellules ganglionnaires,
com me c'esl le cas chez la Molgttla, chez les aulres Asci-
dies le cordon ganglionnaire visceral n'est constitue que
par un nombre tres restreint de cellules, deux ou trois a
la coupe tout an plus. Chez Microcosmus claudicans\ le
cordon visceral presente, de distance en distance, un leger
epaississement, au niveau duquel le cordon est forme par
un nombre un peu plus considerable de cellules ganglion-
naires. Chez Polycarpa cornata, les cellules ganglionnaires
du cordon visceral sont tres rares; elles accompagnent an
faisceau de fibrilles nerveuses relalivement epais. Ce cor-
don fibrillaire, si devcloppe chez Microcosmus claudicans,
existe egalement, bien que considerablement reduit, chez
Molgula ampulloi'des.
Le systeme nerveux central se constitue done, chez les
Ascidies adultes, d'un organe anlerieur relalivement volu-
mineux, le cerveau,et d'un cordon poslerieur tres allonge,
le cordon ganglionnaire visceral. Les nerfs qui innervent
le tube expirateur ne sont pas, comme on le pensail, des
nerfs terminaux. mais des branches collaterals du svsteme
nerveux central el, s'ils naissent d'un tronc commun, chez
certaines especes, il n'est guere douteux que ce tronc ne
soil une formalion secondaire formee par la soudure de
deux branches primitivement separees. Mais quelle valeur
morphologique, quelle fonction faut-il altrihuer a chacune
des deux parties du systeme nerveux? Le cordon gan-
glionnaire visceral est-il une sorte de systeme grand
sympalhique? Est-il, de par son origine, distinct du myel-
encephale ou bien procede-l-il de Tune des parlies consli
57 )
tutives du systeme nerveux central tie la larve?Si Yon
s'en tient a ce fait que le cordon ganglionnaire semble
presider a ('innervation des visceres, il est assez nature),
k premiere vue, de supposer qu'il constitue un centre
sympalhique; mais il ne faut pas oublier que, chez les
Vertebres, non seulement le grand sympalhique, mais
aussi le glosso-pharyngien et surtout le pneumogastrique
fournissent aux visceres. Or, ces nerfs proeedent de la
moelle allongee, de sorte que la circonstance que les filets
nerveux qui parlent du cordon ganglionnaire visceral sont
destines a Innervation des visceres n'esl pas suffisante
pour exclure a priori I'hypolhese d'apres laquelle ce cor-
don serait homologue a une partie du myel-encephale.
Pour resoudre la question, il faut recourir a I'hisloire
du developpement embryonnaire et rechercher quelle est*
dans la larve, I'origine du cervcau et du cordon ganglion-
naire de I'adulte.
CHAPITRE II.
Developpement du systeme nerveux central des Ascidiens.
de
ganglionnaire de I'adulte
et queiles sonl lenrs relations avec le systeme nerveux
larvaire, il importe peu de nous occuper des premieres
phases du developpement du systeme nerveux; mais il est
indispensable de connaihe quelle est la constitution du
systeme nerveux central chez la larve urodele arrivee a
son complet developpement et quels sont les changemenls
que suhit cet appareil pendant la metamorphose de la larve
urodele en Ascidie. Cette etude nous n'avons pas pu la
58 )
faire chez la Molgule ampullo'ide; c'esl chez la Claveline
de Risso que nous avons pu suivre les transformations
successives clu svsleme nerveux central.
Premier siade. — Nous prendrons pour point de depart
de cetle etude le systeme nerveux central lei qu'il est
constitue chez une larve de Clavelina Rissoana, pen de
temps avanl la formation des premiers sligmates bran-
chiaux. La larve est encore conlenue dans Tenveloppe de
Poeuf, mais son systeme nerveux central a atteint son com-
plel developpement (voir pi. H, fig. 1 a 10).
Kowalevsky (I) a demontre qiTi ce moment le systeme
nerveux central se constitue, chez Phallusia mamillata, de
trois regions dislinctes. II en est de meme chez la Clave-
line. On peut y distinguer : 1° une vesicule anterieure ou
cerebrate, a laquelle se raltachent les organes de sens;
elle repond a la vesicule sensorielle de Kowalevsky; c 2° une
de
d
le Rumpfganrjlion de Kowalevsky; 5° enfin une region cau-
dale, etendue dans loute la longueur de la queue.
Nous allons decrire la structure de chacunc de ces
regions, telle qtfon peut Tetudier sur des coupes transver-
sales pratiquees perpendiculairemenl au grand axe du
centre nerveux.
F. Rer/ion cerebrate. — Elle est formee par une vesi-
cule neltement separee du reste du systeme nerveux cen-
tral. A son exlremite anterieure sa paroi est constitute
par un epithelium plat tres mince (fig. 1). Plus en arrtere
(1) Kowalevsky, Wei t ere Studien Uber die Enlw cler einfachen
Ascidien. (Archiv f m:kr. Anat. 1871. Vol. VII.)
i
39 )
((ig. 3 a 6), la voule de la vesicule presente une echan-
crure media ne qui la separe en une moitie droite el une
moitie gauche.
La moitie droite est formee par Tun des organes des
sens, celui que Ton a considere comme un ceil et que
nous appelons la cupiile pigmentee. [/autre moitie est
formee par un epithelium cylindrique netlement deli-
mile, souleve en un petit cul-de-sac dirige en avant et
applique d'une part conlre Pecloderme (fig, 3, 4 et 5) et,
d'autre part, contre la portion anterieure amincie de la
vesicule cerebrate elle-meme. Le fond du cul-de-sac dirige
en avant s'applique contre !e fond d'un diverticule endo-
dermique (fig. 2), ouvert dans la cavile branchiale; ce
diverticule nous I'appelons caecum hypophysaire.
Cost ce coecum hypophysaire qui se presente, dans la
figure 1, sous forme d'un tube epithelial coupe transver-
salement ct applique contre la face laterale gauche de la
vesicule cerebrale, dans la partie anterieure amincie de
cello vesicule.
Kowalevsky a era pouvoir conclure de ses observations
que la vesicule cerebrale debouche a un moment donne
dans la cavile buccale; celle communication s'etablirait par
l'inlermediaire de I'organe que nous avons designesous le
nom de coecum hypophysaire. Celle opinion, qui a ele
soulenue par lous les auleursqui onl eludie apres Kowa-
levsky le developpement des Tuniciers, nous ne pouvons
la partager. II esl facile de eomprendre que cetle opinion
ail pu elre emise si Ton considere, d'une part, que, dans
la region ou regne le coecum hypophysaire, la paroi de la
vesicule cerebrale qui lui esl adjacente n'esl formee que
par un epithelium plat el, d'autre pari, que le fond de
ce coecum esl accole au fond du cul-de-sac epithelial qui
40 )
forme dans sa moitie gauche la voiite de la vesieule cere-
brale. Pour s'assurer qu'il n'existe pas, a Fun ou Fautre
slade du developpement, une communication enlre la
cavite brancfiiale el la cavite cerebrale, il est indispensable
de pratiquer des series de coupes tres fines a ti avers des
larves a toul etat de developpement el jusqn'ici personne,
k notre connaissance, n'a etudie le developpement des
Ascidies autrement qu'en examinant des larves transpa-
rentes.
Le plancher de la vesieule cerebrale (fig. % 3, 4 et5)
est forme par un epithelium dont les cellules sont mal
delimitees. L'une d'entre elles (fig, 2), soulevee en un
bouton tres regulier, saillant clans la cavite cerebrale et
pigmenle a son extremite, conslitue le second organe de
sens des auteurs, celui que Fon designe habituellement
sous le nom rle otolithe. Nous Fappellorons le boulon
pigmenle afin de ne rien prejuger quant a sa signification.
II. Region viscerate. — D'apres Kowalevsky Ctftte
region du centre nerveux, qifil appelle ganglion du tronc
(Rumpfganglion),sera\t situee dans toule sa longueur, chez
Ph. mamillata, au-dessus de la corde dorsale. Sans vouloir
nier qu'il en soil ainsi chez les larves de Ph mamillata
et peul-6tre m£mechez les larves d'au tres Ascidiens, nous
devons faire observer que ces rapports de la region visce-
rale du systeme nerveux central avec la notocorde font
defaut chez la Claveline, la corde dorsale ne s'elendant pas
aussi loin en avant, tant s'en faut, que chez Ph. mamillata.
Cette particularity nous parait tres interessante a signaler
en ce qifelle prouve que, chez les Ascidiens, les rapports
du systeme nerveux central avec la corde dorsale sont
variables d'une espece a I'aiilre.
Quoi qu'il en soil de ces rapports, nous devons encore
41
modifier considerablement la description que Kowalevsky
a faite de cette portion du myel-encephale de la larve.
Kowalevsky n'a pas eu recours, dans ses recherches sur le
developpement des Ascidies, a I'etude de coupes transver-
sales et longitudinales des larves, mais il a simplement
fail cette elude par transparence. Voici ce qu'il dit concer-
nant la texture de cette portion de I'organe nerveux central
qu'il appelle le Rumpfganglion : « II existe a I'inlerieur du
ganglion du tronc un tres fin canal central, dont la paroi
*
est formle par deux ou trois rangees de cellules arrondies;
il m'a semble que de ce ganglion partaienl lateralement
quelques fibres nerveuses ».
g
«
i etend
par le*
ectod
derees com me les ebauches de la cavite peribranchiale, et
2° une partie posterieure etenduedepuis cette ligne jusqu'a
Forigine de la moelle epiniere qui commence au-dessus de
la premiere cellule de la corde dorsale.
A. — La partie anterieure de la region viscerale (fig, 8)
presente une forme tubulaire bien accusee. Le canal est
tres rapproche de la voute de I'organe. Le plancher du
tube est fortement epaissi; il est conslitue par un amas
considerable de grandes cellules ganglionnaires mal delimi-
tees; les cellules du plancher qui se trouvent au conlact
immediat du canal on I un aspect loul particulier : elles
canal.
tg
ep
Ka voAte du canal est, en eflet, delimitee par une ran-
( 42 )
ee unique de cellules epitheliales cylindriques; ces cellules
sont netlement delimitees et leur apparenee est a peu pres
la meme que celle des cellules qui delimitenl inferieure-
ment le canal central. II n'esl pas rare de trouver ga et la
une cellule proeminanl dans la lumiere du canal (fig. 8).
L'epithelium qui constilue la voute du canal se continue
I
en avant avec le cul-de-sac epithelial de la vesicule cere-
brale. Pour bien se rendre compte de ces rapports de la
voute epilheliale du canal central de la region viscerale
avec le cul-de-sac epithelial de la vesicule cerebrale, il
suffit de comparer les figures 4, 5, 6 et 7, qui represented
les coupes trausversales successives, pratiquees d'avant en
arriere, a travers une larve arrivee a ce stade du develop-
pement ; toutes ces coupes sont un peu obliquemenl
dirigees. La figure 4 monlre la coupe pratiquee au niveau
de la partie posterieure de la veYicule cerebrale; elle inte-
resse a sa voute, d'un cdte le cul-de-sac nerveux et de
Pautre la cupule pigmentee; a son plancher se voient
quelques cellules ganglionnaires qui se ratlachent au
plancher de la region cerebrale et qui, plus en arriere
(fig. 5, 6 et 7), se continuent avec les cellules ganglion-
naires du plancher de la region viscerale. La comparaison
des figures 4, 5, 6, 7 et 8 demontre bien que la voute
epitheliale du canal de la region viscerale se continue
en avant dans le cul-de-sac Epithelial de la voute de la
vesicule cerebrale.
B. — Partie posterieure de la region viscerale. — Nous
de
region viscerale est presque exclusivement formee p
cellules nerveuses a grands noyaux. Cependant d
de cetle region (fig. 9), Lamas g
plancher du canal est traverse
fibr
(45)
n'exislant qu'a la peripheric de ce faisceau constituent
autour tie lui une assise unique de cellules. Nous consta-
tons encore ici un aspect parliculier des cellules qui deli-
milenl immedialement a son plancher le canal central.
Ces cellules ont un aspect epithelial manifeste et se con-
tinuenl avec la voule epilheliale du canal.
Ill, Region caudale. — Elle est etendue dans toute la
longueur de la queue; elle est traversee par un canal
central tres reduit entoure d'une paroi epitheliale, qui, a
la coupe, se montre constammenl constitute par quatre
cellules aplaties, deux medianes el deux laterales (fig. 40).
Le canal central de la region caudale se continue en avant
dans celui de la region viscerate.
La figure 40 montre une coupe transversale de la queue
d'une larve de Claveline arrivee a ce stade du develop-
pemenl. L'epiderme est forme par une couche de cellules
plates porlanl exterieurement une mince couche transpa-
rente representant le manteau. Dans le manteau on trouve
ca et la un petit noyau de cellule. Ajoulons que le man-
teau forme constamment, sur la ligne mediane, du c6te du
dos et du cote du venire, une lame verticale, une sorte
de nageoire Ires mince. L'axe de la queue est occupe
par une cellule de la corde dorsale; sur cette cellule
s'applique sur la ligne mediane : du c6te du dos le tube
medullaire, du cdte du venire un espace occupe par quel-
qucs cellules rondes; sur les coles de la ligne mediane,
entre la cellule cordale, le canal nerveux, I'espacesanguin
et l'epiderme, se voient de chaque cdte trois cellules
musculaires.
Le sysleme nerveux cenlral, tel que nous venons de le
decrire, se maintient ties sensiblemenl le meme jusqu'au
moment de I'eclosion de la larve.
(44 )
Deuxieme stade. — Le systeme nerveux, au moment
de Teclosion de la larve, c'esl-a-dire quand la larve est
pourvue de sa premiere rangee transversale de sligmates
branchiaux.
La figure 41 represente une larve arrivee a ee stade de
revolution; cetle larve est sur le point d'eclorc et est
supposee vue a peu pres de profit, sa face laterale gauche
dirigee vera Tobservateur.
Le systeme nerveux central montre ses trois parlies
constitutive : la vesicule cerebrale, dans laquelle on voit
par transparence la cupule et le bouton pigmentes; la
region viscerale, dont le plancher est fortement epaissi,et
enfin la partie anterieure de la portion caudale. A la sur-
face et applique contre la partie anterieure amincie de la
vesicule cerebrale se trouve le coecum hypophysaire ouvert
en avant dans la cavite branchiale.
Les figures 12 k 17 represented une serie de coupes
transversales pratiquees a travers une telle larve en dif-
ferents points du systeme nerveux central.
La figure 12 represente une coupe pratiq
mile anterieure de la cavite branchiale; le
■
physaire s'ouvre dans cette cavite; il est applique contre
la face laterale gauche de la partie anterieure, a paroi
epilheliale plate, de la vesicule cerebrale.
La coupe representee figure 15 est
hyp
representee figure 15 est pratiquee un peu
plus en arriere; elle montre le coecum hypophysaire separe
de la cavite branchiale. (Comparer avec la figure 1.)
La seule modification qui se soit produile dans la con-
stitution du systeme nerveux central a ce stade du deve-
loppement de la larve consisle dans la transformation
de I'epithelium du cul-de-sac cerebral
de cellules gang
de ces
42
>
cellules se trouvent au-dessus du coecum hypophysaire. Ce
ne sont que les cellules les plus anlerieures du cul-de-sac
qui out subi celle metamorphose (tig. 14). En arriere le cul-
de-sac nerveux est encore forme par un epithelium cylin-
drique (lig. 15) qui se continue avec repilhelium forma nt
la voute du canal central de la portion viscerale (lig. 16).
Quant aux autres regions du systeme nerveux, elles
n'ont subi aucune modification. (Comparer fig. 16 et 17
avec fig. 8 et 9.)
L'enlree du coecum hypophysaire est deja garnie de
cils vibratiles (lig. 12).
Troisieme stade. — Larve chez laquelle la queue s'est
parliellement retiree a Tinterieur du corps; mais elle est
tout au debut de sa transformation : Ton y distingue nette-
ment les cellules musculaires el celles de la corde dorsale.
Cette larve a £le recueillie dans la cavile pe>ibranchiale
de I'organisme maternel.
Nous resumerons de la maniere suivante les modifica-
tions qu'a subies le systeme nerveux central :
-
1° Le cul-de-sac Epithelial de la region cerebrale est
entierement transform*; en un araas de petites cellules
ganglionnaires (fig. 18);
2° La paroi epilheliale, qui delimitait le canal central de
la region viscerale, s'est transformee en cellules arrondies,
en perdant son caractere epithelial (fig. 19, 20 el 21).
Dans la narlie anterienre de cette r&rion viscerale ffiff. 19
cavile
• _ P
par les cellules arrondies, tandis que, dans la partie poste-
dispar
reg
thelium du canal ont les plus grandes
46 )
analogies avec celles qui proviennent de la transformation
des cellules cylindriques du cul-de-sac cerebral;
3° La region caudale est en voie de degenerescence ;
4° L'amas ganglionnaire qui se rattache au plancher du
tube de la region viscerale n'a guere subi de modifica-
tions. Cependant son protoplasme et ses noyaux sont moins
avides de matieres carminees et le contour de la masse est
tres peu net. On constate en outre, surtout dans la parlie
anterieure de cette region (fig. 20), a la peripheric de
cet amas, Texistence d'un grand nombre de corps colores
en rouge vif par le carmin et semblables a ceux qui consti-
tuent les residus des cellules degenerees de la queue, ce
qui tend a prouver qu'ici aussi il se produit un commen-
cement de degenerescence.
Le cul-de-sac hypophysaire n'a subi aucune modification.
Quatrieme stade. — Larve retirde comme la precedent
de la cavite p^ribranchiale de Forganisme malernel et
dont la queue est deja en grande pai tie degeneree :
i° Les elements de la cupule et du bouton pigmentes
de la vesicule cerebrate, de meme que ceux de la paroi
aplatie de cette vesicule, se trouvent dissemines dans la
partie anterieure du corps et sont libres au milieu des
globules du sang et des cellules mesenchymatiques. Les
cellules constitutives de ces organes de sens se sont
pour ainsi dire dissociees et il est facile de les distinguer
grace au pigment dont elles sont chargees. Nous en
trouvons quelques-unes isolees dans la figure 22.
Cependant les masses pigmentaires des deux organes
constituent encore Tune et Tautre un amas principal;
il est loujours possible de distinguer l'amas pigmente du
bouton pigmente de celui de la cupule pigmentee. Dans
la figure 24 la tache pigmentee du bouton a ete entrainee
par le rasoir, de telle sorle qu'elle semble se trouver au
milieu de la cavite eerebrale. A cdte de ces elements
dissocies nous trouvons un grand nombre de globules
du sang faciles a dislinguer, grace a leur petit noyau tres
refringenl, et une quanlite de globules colores en rouge
vif par le carmin, semblables a ceux que nous avons deja
signales au slade precedent (fig. 20). II arrive parfois
(fig. 26) que Ton trouve de ces corpuscules coior&s au
milieu d'une petite masse irreguliere de protoplasme fine-
ment granule;
2° La seule partie de la vesicule eerebrale qui persiste
constitue une masse irreguliere, mal delimitee, composee
de cellules semblables en tous points a celles que nous
avons vues, aux stades precedents, se former aux depens
de Fepithelium cylindrique du cul-de-sac cerebral. Cet
amas cellulaire est applique contre I'epiderme. Dans sa
partie posterieure (tig. 24) cet amas cellulaire presente
une cavite mal delimitee. Cette cavite se continue encore
en 'arriere dans la portion anterieure de la region visc£rale
(fig. 25) ;
3° Dans la region viscerale il s'est aussi produit une
serie de modifications interessantes. La lumiere du canal
a disparu dans toute la partie posterieure de cette region
(fig. 26); elle ne persiste que dans sa partie anterieure
(fig. 25). Cette lumiere est delimitee par une couche irre-
guliere de petites cellules semblables a celles qui consti-
tuent I'ebauche du ganglion cerebral, avec lesquelles d'ail-
leurs elles se conlinuent en avant. D'apres ce que nous
avons vu au stade precedent, cette couche cellulaire pro-
vient sans aucun doute de la transformation de Tepithe-
lium qui, chez la larve, delimitait le canal central.
En arriere (fig. 26) nous trouvons sous I'epiderme, sur
48 )
la ligne mediane, une petite masse irreguliere formee par
les memes cellules. Cetle masse cellulaire n'est autre chose
que le produil de la transformation, avec disparilion de la
lumiere du canal, de Cepithelium qui, chez la larve, deli-
mite le canal central. Cette petite masse cellulaire (fig. 26)
represenle la masse de cellules identiques de la figure 21.
4° Quant a Camas des grandes cellules ganglionnaires
qui, aux stades precedents, formaient la majeure parlie du
plancher du canal centra! dans la region viscerale, il a subi
aussi une veritable desagregation, lout comme cela a eu lieu
pour les elements constilutifs des organes pigmenles de
la vesicule cerebrale. Les figures 25 et 26 nous monlrent
un grand n ombre de ces cellules libres, disseminees entre
les elements mesenchymatiques. Par-ci, par-la, on en
trouve encore (fig. 25) de petits amas, formes par la
reunion d'un certain n ombre de ces cellules.
5° La portion caudale du sysleme nerveux central est
entierement desagregee, sauf a son extremile anterieure
(fig, 27), ou nous avons retrouve, au niveau de la premiere
cellule de la corde, un canal epithelial dilate, represenlant
sans aucun doule Cextremite anterieure non encore dege-
neree de la region caudale du centre nerveux de la larve.
La cellule de la corde dorsale,sous-jacente a ce canal epi-
thelial, etait remplie de vacuoles claires. Sur le cote se
trouvait Cun de ces elements fortement colores en rouge
comme on en trouve parlout dans la masse resultant de
la degenerescence de la queue.
6° Enfin le cul-de-sac hypophysaire est loujours tres
court et son ouverture dans la cavite branchiale est ciliee.
Sa direction seule a change. Tandis que chez la larve son
grand axe est a peu pres dirige d'arrierc en avant, au con-
traire^au slade que nous considerons.el il en est de menie
49 )
lorsque la larve a subi sa transformation complete (fig. 57),
son axe est dirige verticalement. II en resulte qu'en pra-
tiquant uneserie de coupes transversales a traversranimal.
Ton sectionne Forgane suivanl son grand axe (fig. 22)
et que par consequent Ton ne trouve de trace de Forgane
que sur un nombre tres restreint de coupes.
Cinquieme stade. — Larve presque completement meta-
morphosee; la degenerescence de la queue a fait de grands
progres. Celte larve a ete recueillie dans la cavite peribran-
chiale de Forganisme maternel.
g
dissemines dans le corps, entre les elements du mesen-
chyme; ils out eleentraines par le sang. II est tres diffi-
cile de les distinguer des elements mesenchymatiques.
Nous avons retrouve deux amas pigmentaires principaux,
provenant Pun de la cupule, Fautre du bouton pigmente,
dans la partie posterieure du corps, au voisinage des restes
de la queue.
2° Le cerveau est forme par un amas de cellules gan-
lionnaires applique contre Tectoderme d'une part, et,
et 34). De
po|
ce
(fig, 53) partent trois filaments nerveux consistant en de
simples cordons homogenes ou tout au plus finement
ponctues; ils se divisent par voie dichotomique. Aucun
noyau de cellule ne se voit sur le trajet de ces filaments
qui constituent les ebauches des nerfs anterieurs. Un
filament nerveux median se dirige directemenl en avant
et semble gagner Forgane vibratile; les deux autres se
dirigent obliquement vers Fepitbelium de la region buccale :
3 mc s^rie, tome viii. 4
Mo. Bot Garden,
1896.
(SO)
il n'est pas possible cle voir comment ils se terminenl a
leurs extremity p^ripheriques. Si Ton examine avec soin la
masse ganglionnaire, Ton observe deux fails importants :
o) Plusieurs tibrilles convergent, cle differents points du
cerveau, vers les racines des nerfs lateraux ;
6) Les fibrilles s'entrecroisent dans le cerveau : le nerl'
droit prend, tout au moins en partie, son origine dans les
cellules de la moitie gauche du cerveau et vice versa.
A I'extremite posterieure du ganglion on voit aussi deux
minces filets nerveux prendre origine et se diriger vers
la region du cloaque.
3° La region viscerale du systeme nerveux central est
exclusivement formee par des cellules ganglionnaires. Dans
sa partie anterieure (fig, 35), il est encore possible de
distinguer une trace du canal central primitif. Dans sa
partie posterieure elle forme un cordon ires mince (& la
coupe transversale on compte ordinairement 4 cellules).
Ce cordon passe en dessous du cloaque, longe le raphe
dorsal (fig. 36), et vient se terminer au niveau de la masse
viscerale, pres du point ou se Irouvent accumules les
residus de la queue de la larve.
Toute la masse ganglionnaire, qui primitivement etait
adjacente au plancher du canal et dont nous trouvions
■
encore quelques traces au stade precedent, a maintenant
disparu.
4° La portion caudale est totalement degene>ee.
5° Le coecum hypophysaire (fig. 34) presente a consi-
derer deux portions bien distinctes : a) son embouchure
infundibuliforme, dont Perithelium cylindrique est garni
de longs cils vibratiles et qui est dirig^e verticaleroent
*
et b) un bouton epithelial terminal , appliqu£ contre la
masse cerebrale et dont 1'axe forme avec 1'enlonnoir vibra-
51
tile do angle de 90° environ. Ce bo u ton terminal, fond du
coecum primitif, est tres court.
Sixieme slade. — 11 ne reste plus de la queue que
quelques vestiges constituant un petit amas situe sur la
ligne medio-dorsale (lig. 57). L'animal, recueilli dans la
cavite peribranchiale de Forganisme maternel, a le faeies
et la forme de l'adulte. A Fextremite posterieure du corps
on trouve trois tubes stoloniaux provenant de la transfor-
mation des trois tentacules de fixation dela larve, lesquels,
situes chez la larve urodele a I'extremite anterieure du
corps, se separent, pendant la metamorphose de la face
inferieure du corps, de fa?on a se trouver inseres de plus
en plus loin en arriere, et gagner, enfin, son extr^mite
posterieure.
Longueur totale de Panimal 0,9 de mm.; longueur de
Fanimal, abstraction faite des tubes stoloniaux : 0,6 de mm.
A ce stade du developpement le systeme nerveux central
est constitue absolument comrne chez Tadulte; seules ses
dimensions sonl moindres.
En avant, nous trouvons le ganglion cerebral applique
contre l'eetoderme d'une part et d'antre part contre le
fond de Tentonnoir vibratile. Ce ganglion se continue
en arriere par un cordon nerveux, qui longe le raphe
dorsal el se termine au niveau de la masse viscerale par un
amas un peu plus volumineux de cellules ganglionnaires.
Toute trace du canal central a disparu. II n'est plus
possible de distinguer, au milieu des elements du mesen-
chyme les residus cellulaires qui proviennent de la desa-
gregation et de la deg&ierescence des organes pigmentes.
Toulefois on relrouve encore des masses pigmentees,
indivises ou fragmentees, en differents points du corps.
( 52 )
C'esl ainsi que chez rindividu represents figure 57, Tune
des masses pigrnenlees existait encore au niveau du gan-
glion cerebral ct I'aulre ou un fragment de Pa u Ire se
trouvail dans le voisinage du coeur.
L'hvpophyse a pris un grand developpcment. LVnton-
noir, qui etait deja constitue chez la larve, se continue en
arriere en un canal applique con ire la face inferieure du
ganglion cerebral. Ce canal forme avec Tentonnoir un
angle a peu pres droit et se developpe, selon loute proba-
bility aux depens du bouton epithelial que nous signa-
lions au stade precedent.
En un point de son trajet, sur un petit nombre de
coupes el seulement dans sa partie anterieure (fig. 58
et 59) on constate que le plancher du lube epithelial s'est
developpe en un petit amas de cellules; c'est 1& l'ebauche
de la glande hypophysaire (fig, 59).
Septieme stade. — Jeune bourgeon monlrant la premiere
ebauche des organes genitaux.
Le systeme nerveux presenle exaclement la meme
structure et la meme disposition qu'au stade precedent.
La seule difference que Ton constate resulte des dimen-
sions plus considerables du ganglion cerebral.
Les rapports de I'hypophyse sont les memes que prece-
demment.
Tout le systeme nerveux est encore presque exclusive-
ment forme de cellules ganglionnaires, ou tout au moins
la masse fibrillaire axiale, si elle existe, est tres peu deve-
loppee.
De nos observations faites chez les larves de Clavelina
Ritsoana, il resulle que le systeme nerveux central, chez
( 35
la larve arrivee a son complet developpement, se conslilue
de trois parties bien distinctes :
1° Une vesicule cerebrale portant les organes de sens
(cupule pigmenteeet bouton pigment);
2° Une portion viscerale, qui s'etend jusqu'a I'origine
de la queue;
3° Une portion caudale.
Ces trois portions du centre nerveux sont traverseesdans
tome leur longueur par un canal dilate en avant en un
ventricule cerebral, plus en arriere en un venlricule
visceral.
Cette division du s)steme nerveux central en trois
regions distinctes n'existe pas seulement chez les larves
des Ascidiens; elle a ete signalee egalement chez les
embryons des Salpes par Kowalevsky (1) et parUssow (2)
chez les embryons des Pyrosomes. Elle semble done se
presenter dans tons les groupes des Tuniciers.
L'on connaissait Ires peu de chose sur ce que devien-
nentces trois parties du sysleme nerveux central des larves
des Ascidiens an moment de la metamorphose.
Nous transcrivons rapidement les seules donnees que
nous poss£dions jusqu'a ce jour sur cette question.
Krohn dit(3) : Les deux taches pigmentaires sont inde-
pendantes chez la larve de Ph. mamillata. Pendant la
metamorphose, ellesse rapprochent Tune de Pautre; puis,
(1) Kowalevsky, Nachrichten der Kon. Gesellsch.in GtHtingen, 1868,
n°18, p. 410.
(8) Ussow, Beitrtige zur Kenntniss der Organisation der Tunicate n.
(Nachrichten d. Kaiserl. Gesells. der Freunde d. Naturerkentniss. d.
Anlhrop. u. Ethnogr.. etc.) 1876, p. 499.
(3) Krohn, Ueberdie Entw. der Ascidien (Mullens Arcbiv., 1852).
( U)
pendant le developpement de la jeune Ascidie, elles con-
stituent une masse unique. Enfin, cetle masse se divise en
ileux on plusieurs fragments et passent ainsi dans le sang
ou on les trouve pendant quelque temps jusqu'a ce qu'enfin
elles disparaissenl.
Les donnees fournies par Kovvalevsky ne sont gnere
plus completes.
Chez Ciona inlestinalis, d'apres Kowalevsky (1), en
meme temps que le relrait de la queue, commence aussi
Taffaissement de la vesicule nerveuse. La cavite centrale
devienl heaucoup plus petite, les ganglions sur lesquels se
trouvenl les masses pigmenlees et I'ololithe perdent leurs
contours nets et leurs cellules prennent la meme forme
que les aulres cellules de eel organe qui sont dej& deve-
nues arrondies.... La cavite du centre nerveux (lig. 50)
est reduile a un espace insignifiant et toutes ses cellules
sonlsemblables. Au slade represents figure 51 il ne reste
plus de trace de la cavite primitive et toutes les cellules
sont reunies en un amas dans lequel se trouvent situes
d'une fagon irreguliere les deux corps pigmentes-.. La
plus grande partie des cellules qui constiluaienl le systeme
nerveux de la larvese transformenlen corpusculesdusang.
< Du systeme nerveux de 1'embryon il ne reste qu'un
ganglion insignifiant qui est le ganglion de TAscidie. 11 ne
se forme done pas de nouveau ganglion, mais il reste une
partie de Pancien.p
Mais quelle est exactement la partie du centre nerveux
de la larve qui donne naissance au ganglion de Padulte
et que deviennent les autres parties? Cest ce que n'ont
pas rSsolu les observations de Kovvalevsky.
■
(1) Kowalevsky, Mem. de I'Acad. imp. de S % Pttersbourg, 1866.
( m
Metschnikoff n'est guere plus explicite quand il dit (i) :
« Les transformations que subit le systeme nerveux pen-
dant le developpement post-embryonnaire, consistent
principalement dans son amoindrissement relatif, c'est-a-
dire dans la reduction de sa partie ventrale, qui se presente
sous forme d'une mince bandelette allongee qui alteint
l'extremite du corps adipeux forme aux depens de la
queue d.
Pour Ussow, chez Ciona intestinalis de meme que chez
les Salpes, la transformation du systeme nerveux central
de la larve commence par un raccourcissement dela partie
caudale du canal nerveux. Les organes embrvonnaires de la
vue et de Pou'ie se reduisenl en une masse finement granu-
leuse, resullat de la resorption des cellules ganglionnaires.
La cavile de la vesicule nerveuse anterieure se rapetisse
par suite de 1'epaississement de ses parois. La partie caudale
posterieure du canal nerveux se retrecil, son canal central
disparail, les cellules nerveuses se reduisenl en une masse
qui est resorbee au fur et a mesure que des cellules ner-
veuses se forment et s'accroissent dans la vesicule nerveuse
anterieure. Ensuite il se forme un ganglion, qui est sem-
blahle a celui des individus completement developpes.
Comme on le voit, la question de la transformation du
centre nerveux de la larve des Ascidiens el de la genese
du systeme nerveux central de I'adulte est loin d'avoir
regu sa solution.
D'apres nos observations la portion caudale seule
s'atrophie completement sans laisser de trace chez I'adulte.
La vesicule cerebrate el la portion viscerale disparaissent
en partie et persistent partiellement. Les parties qui per-
il) Bullet, de I' Acad, de S l - Peter sbourg, 1868.
S6
sistent sont celles qui chez la larve arrivee a son complet
developpement ont conserve leuf caraclere embryonnaire
et sont formees par un simple epithelium; ce sont : le cul-
de-sac cerebral et le canal visceral. Les parties differenciees
chez la larve, les organes de sens et la mince paroi epi-
theliale de la vesicule, aussi bien que la masse ganglion-
naire adjacente au plancher du canal visceral disparaissent.
Le cerveau de I'adulte procede du cul-de-sac cerebral; le
cordon ganglionnaire visceral resulte de la transformation
de la paroi epilheliale du canal central de la region visce-
rale : le cordon visceral est done une partie du myel-
encephale de la larve.
II ressort aussi clairement de ce qui precede que les
troncs nerveux qui president a Tinnervalion des siphons
ne naissent qu'en apparence des exlrernites du cerveau. Ces
*
nerls sont collateraux. Le cerveau se continue en arriere
dans le cordon visceral et le tronc nerveux posterieur,
unique chez quelques Ascidies simples, double des son
origine chez la plupai t d'entre ellcs, n'est pas un nerfter-
minal mais bien un nerf collateral.
Cest un fait bien remarquable que Palrophie complete,
au moment de la metamorphose, de toutes les parlies dif-
ferenciees du sysleme nerveux de la larve, alors que le
systeme nerveux de l'adnlte se developpe aux depens de
parties restees jusque-la a I'etal embryonnaire ou epithe-
lial. L'on peut jusqu'a un certain point s'en rend re comple
si Ton se rappelle que les muscles de la tunique interne,
les seuls qui fonctionnent chez Tadulte, font encore lolale-
mentdefaut chez la larve urodele, la queue conslituant le
g
menie
de
phient quand les mtiscles de la queue d
( 57
on con<joit que les centres moteurs tels qu'ils existent dans
le cerveau de I'adulte n'apparaissent qu'avec les muscles
qu'ils doivenl innerver et les organes sensoriels dont ils
re<joivent leurs incitations.
La masse ganglionnaire volumineuse qui, chez la larve,
se rattache au plancher de la region viscerale degenere en
meme temps que les organes de sens pigmentes. L/on
pourrait se fonder sur celte coincidence pour appuyer
Phypothese d'apres laquelle cet amas ganglionnaire vis-
ceral serait le centre sensoriel servant a la perception des
impressions subies par les organes de sens et charge de
coordonner les mouvements de la queue, d'activer ou de
diminuer Pintensite de ces mouvements, voire meme de
les diriger suivant les sensations revues.
*
Quoique Ton ne connaisse rien jusqu'ici du developpe-
ment des Appendiculaires, il n'esl guere douteux que Por-
gane cerebral de ces animaux ne repondeau centre inter-
osculaire des Ascidies et que le cordon nerveux qui longe
la notocorde ne soil homologue a la portion suscordale du
systeme nerveux des larves urodeles des Ascidies. Quelle
est la valeur de cetle portion du systeme nerveux qui, chez
les Appendiculaires, relie le cerveau au premier ganglion
du cordon medullaire? Quelle est sa structure? Est-elle
formee exclusivement de fibrilles nerveuses ou bien con-
tient-elle des cellules ganglionnaires? Ce sont la des points
qui restent a elucider. Nous ferons observer seulemenl que
si le cordon nerveux qui longe la notocorde et qui sert
directement k Pinnervation de la queue des Appendi-
culaires est homologue de la moelle epiniere,si Pon consi-
dere cet organe comme une portion du systeme nerveux
central, il faut £galement rattacher au myel-encephale le
58
cordon qui, partant du ganglion cerebral, aboulit au pre-
-
mier ganglion spinal, alors meme que ce cordon serait
exclnsivcment forme de fibrilles nerveuses.
Pour nous, ce cordon nerveux central des Appendicu-
laires, que Fol considere comme un simple nerf, est homo-
logue au cordon visceral des Ascidies ; nous nous appuyons
pour allinner cetle homologie sur les fails suivants.
Les deux organcs sont uniques el medians, quoique Tun
el I'autre s'ecartent en arriere du plan median du corps.
L'un et I'autre sont des parties du systeme nerveux
central, ce qui resulte de la structure et du developpe-
menl du cordon ganglionnaire visceral des Ascidies, des
rapports du cordon avec le cerveau et la moelle chez les
Appendiculaires.
lis affeclent les memes rapports d'une part avec le cer-
veau, de I'autre avec les visceres. lis partem de I'extremite
poslerieure du cerveau, rampenl au-dessus du sac bran-
chial (pharynx des Appendiculaires), s'ecartent du plan
median pour se porter dans Tun des cotes du corps et
gagner le foiechez la Molgule ampulloide, passer entre les
deux portions de 1'estomac chez les Appendiculaires. Chez
1'Ampulioide le foie se constitue de deux lobes, Tun droit,
I'autre gauche, le cordon se (ermine entre ces deux lobes
qui ne sont en definitive que dessystemes de diverlicules
cloisonnes de I'estomac.
Chez les Appendiculaires le cordon, apres avoir passe
entre les deux portions de I'eslomac, gagne Pextremite
anterieure de la notocorde et se prolonge dans le cordon
spinal. Si done nous supposons par hypothec que la queue
s'atrophie chez les Appendiculaires, il res(erait du sys-
teme nerveux central deux organes, le cerveau et le cor-
don intermediate. Cette atrophic de la queue constitue
59 )
I'un des traits essenliels du developpement des Ascidies.
Le corps d'un Ascidie adulte est homologue au corps de
I'Appendiculaire moins la queue. II est done rationnel
d'admeltre que ce qui reste du syst^me nerveux chez
I'Ascidie adulte est requivalenl de ce qui persislerait du
systeme nerveux de PAppendiculaire, si l'organisme etait
prive de sa queue.
Reste a savoir si le developpement confirme ces rap-
prochements. Malheureusement Ton ne sait rien jusqu'ici
du developpement des Appendiculaires.
Dans une prochaine communication nous ferons con-
naitre les resultals de nos recherches sur les premiers
de
chez un mam-
mifere, le Lapin, et nous monlrerons qu'au debut de son
developpement le myel-encephale de ce Vertebre se con-
stilue, comme celui des Ascidiens, d'une portion cerebrale,
d'une portion viscerale et d'une portion medullaire; que
chez les Vertebres comme chez les Tuniciers la portion
viscerale, qui devienl plus lard Fepencephalon, nail aux
depens d'une ebauche commune avec la moelle epiniere;
que chez les uns et les autres le slade caracterise par la
division du myel-encephale en trois organes est precede
pi
laquelle la plaque
medullaire se conslitue de deux po: lions seulement :
la plaque cerebrale et la plaque myel-epencephalique.
II nous reste a dire quelques mots de la formation du
cloaque; sans la eonnaissance de sa genese Ton ne peul se
rendre compte des differences que Ton constate dans les
rapports de la portion viscerale du myel-encephale, entre
1'adulte et la larve.
60
•Chez la larve urodele tout le myel-encephale est imme-
diatement sous-jacent a I'epiblaste; chez Padulte il en est
encore ainsi pour le cerveau, quoique, par suite du deve-
loppement du mesenchyme, devenu le tissu conjonctivo-
vasculaire de la tunique interne, le cerveau se trouve
legerement ecartede I'epiblaste, etanlsitue plus ou moins
profondement dans la tunique interne. Mais il n'en est
plus de merae du cordon ganglionnaire visceral : celui-ci
rampe dans Tepaisseur du sac branchial le long du raphe
dorsal ; il siege done dans le plancher du cloaque. D'ou
vient ce changement de rapports et de position ? Comment
cet organe primitivement sous-jacent a I epiblaste en
arrive-t-il a etre si toe dans l'epaisseur de la paroi du sac
branchial? La reponse & celte question se trouve toute
entiere dans la connaissance des changements qui se pro-
duisent au moment ou la larve subit sa metamorphose et
specialement dans I'histoire de revolution du cloaque.
L'etude du d£veloppement demontre, en effet, que la
couche epitheliale qui constitue le plancher du cloaque de
I'adulle, le long du raphe dorsal, n'est autre chose que
Tepiblaste de la face dorsale de la larve.
Est-ce a dire qu'avec la plupart des auteurs modernes
nous considerions la cavile dite peribranchiale comme
etant d'origine externe et delimitee par un epithelium
epiblaslique? Telle n'esi pas noire opinion: l'etude du
developpement montre clairement que cette cavite unique
et commune qui debouche a I'exterieur par le siphon
cloacal se constitue en realite de trois portions distinct^
par leur origine: deux sonl laterales, il faudrait leur
reserver le nom de cavites pe"ribranchiales; une est
mediane, le nom de cloaque pourrail lui etre utilement
applique, si Ton se borne a altacher a ce terme une siguifi-
; 6i
calion physiologique ne prejugcant rien quanta sos homo-
logies.
Les fails actuellement connus relatifs a la genese de la
cavile dite peribranchiale des Ascidies, nous les devons
principalemenl aux memorables travaux de Kowalevsky.
Dans son second memoire stir le developpemenl des
Ascidies simples (larve nrodele de Phallusia maviillata),
cet auleur signale ['apparition, a un slade donne de revo-
lution, dedeux culs-de-sac epiblasliques, Tun droit, I'autre
gauche, qui prennent naissance du cote du dos, en arriere
de la vesicule cerebrale, aux cotes de celte partie du myel-
encephale que Kowalevsky a le premier distinguee et qu'il
a designee sous le nom de ganglion du tronc [Rumpfgan-
glion). II admet que des diverticules hypoblastiques du sac
branchial vont s'ouvrir dans ces culs-de-sac epiblasliques;
que les communications qui s'etablissent entre eux consti-
tuent les premiers stigmates, bref que les deux .invagina-
tions dorsales de Fepiblaste sont les premiers rudiments
descavites peribranchiales* Celles-ci seraient done, com me
la cavite peribranchiale de rAmphioxus, delimit£cs par le
feuillet externe de I'embryon et les stigmates des Ascidies
seraient de tous points comparables aux fentes branchiales
de I'Amphioxus el des autres Vertebres. Cette maniere de
voir est a peu pres unanimement professee aujourd'hui.
Mais, dans ses recherches sur le developpemenl des bour-
geons de la Perophore, Kowalevsky est arrive a de tout
autres conclusions: il a vu la vesicule endodermique primi-
tive du jeune bourgeon se diviser en trois lobes dont un est
median tandis que les deux autres lateraux sont pairs et
symetriques. Tandis que les deux diverticules lateraux
se separent de plus en plus completement de la portion
uiediane, celle-ci se transiorme peu h peu et donne nais-
69)
sance au sac branchial et k la portion digestive da tube
alimentaire; les deux lobes lateraux s'appliquent contre
les faces droite et gauche du sac branchial; des communi-
cations s'etablissent entre la cavite mediane et les diverti-
cules lateraux ; ces communications en forme de bouton-
nieres constituent les premiers stigmates et les cavites
laterales ne sont que les ebauches des espaces peribran-
chiaux. Ceux-ci finissent par s'ouvrir dans un divertieule
epiblastique median qui donne naissance au siphon cloacal.
D'apres ces observations {'epithelium perihranchial serait
de nature hypoblastique et il existeraitdes analogies reraar-
quables entre la genese des cavites peribranchiales el la
propreme
pe
geons
II existe entre les resultats fournis par Tetude du deve-
loppement de la larve et ceux que Kowalevsky a fait
tre a la suite de ses recherches sur la genese des
bourgeons une opp«
que la cavite peribranchiale du bourgeon n'est pas homo-
logue de celle de l'individu ne par voie sexuelle, ou bien
qu'une cavite d'origine externe et delimitee par I'epiblaste
puisse etre homologue d'une cavite d'origine interne et
delimitee par I'hypoblaste, les resultats de Kowalevsky
sont contradictoires. Aulant que nous sachions, aucune
tfentative n'a ete faite jusqu'ici dans le but d'eclaircir le
pend
pen
si les observations de Kowalevsky etaient exactes les bases
meme de la theorie des feuillets en seraient fortement
ebranlees. II importait done de reprendre Petude de la
question et de soumetlre k un controle rigoureux les
63 )
observations de l'eminent embryologiste russe. II est a
remarquer qu'a I'epoque oil Kowalevsky publia ses tra-
vaux sur le developpement des Tuniciers, la technique
etait loin d'avoir atteint sa perfection actuelle. Kowa-
levsky n'a pu etudier que par transparence les bourgeons
et les larves en voie de developpement.
Aujourd'hui rien ne s oppose plus a ce que Ton obtienne
de bonnes series de coupes d'ceufs et de bourgeons d'Asci-
diens; c'est par I'etude de series de coupes de bourgeons
et de larves, a tout etat de developpement, que nous avons
cherche a Irancher la question. San&vouloir anticiper sur
Texpose que nous comptons faire dans tine prochaine
communication de nos etudes sur la genese de la cavite
peribranchiale des Ascidiens, nous devons rendre compte
ici de quelques-uns des resultats auxquels nous avons ete
amenes et que nous considerons des a present comme
definitivement etablis.
L — Chez le bourgeon de la Perophore les cavites
p^ribranchiales se developpent, conformement aux obser-
vations par&itement exactes de Kowalevsky, aux depens
de la cavite delimitee par Fhypoblaste qui eugendre tout
le tube digestif et en particulier la portion respiratoire du
canal alimentaire.
II. — Chez la larve de la Claveline, ilnaitaux depens de
I'epiblaste, tout comrne Kowalevsky I'a decrit chez Phallu-
sia mamillata y deux culs-de-sac d'origine epiblastique.
ill. — Ces diverticules de I'epiderrae ne gagnent que
fort peu en profondeur. Chez la larve des Clavelines,
comme chez le bourgeon des Perophores, il se forme tres
t6t, aux depens de la portion anlerieure du tube digestif,
deux diverticules hypoblastiques, Tun droit l'autre gauche,
lis naissent de la voule de la cavite branchiale, s'in^er-
V
(>4
posent enlre le sac branchial et l'epiblaste et bienlot on
les voit s'ouvrir enarriere,run dans le divertieule epiblas-
tique droit, Pautre dans le cul-de-sac epiblastique gauche.
Ces deux diverticules hypoblastiques sont les ebauehes
des caviles peribranchiales droite et gauche et les invagi-
nations epiblastiques, par lesquelles elles debouchent k
Fexterieur, donnent naissance aux bordures epitheliales
qui garnissent les orifices externesde ces caviles. Si done
les choses en restaient a ce point, si a ce moment la
bouche elait formee el si, comme chez les Appendiculaires,
les mouvements ciliaires determinaient la circulation de
1'eau dans la partie anlerieure du lube digestif, cetle eau
entrant par la bouche pourrait, apres avoir traverse les
cavites peribranchiales, sortir par les orifices repondant
aux invaginations epiblastiques de Kowalevsky. Si Ton
compare celte disposition temporaire des larves d'Ascidies
k celle qui esl realisee d'une fagon permanente chez les
Appendiculaires, il devient clair que les cavites peribran-
chiales des Ascidies sont homologues k la portion endo-
dermique des fentes branchiales tubulaires des Appendi-
culaires. La genese des cavites peribranchiales des Asci-
dies esl identique k celle des fentes branchiales des Verte-
bres. Aussi, pour nous, les Ascidiens comme les Appendicu-
laires sont des Chordes pourvus d'une seule et unique paire
de fentes branchiales, tandis que les Vertebres en portent
plusieurs el les Cephaloclwrdes un grand noinbre. Chez
les Ascidies comme chez certains Vertebres (Cycloslomes)
la fenle branchiale se developpe en une large chambre
branchiale; mais les Ascidies perdent leur orifice bran-
chial interne : a la suite de I'enorme developpement de la
fente branchiale en une large chambre interposee entre la
portion respiratoire du tube digestif el la paroi du corps,
des communications secondares s'elahlissent entre la
cavite mediane et les deux cavites laterales. Ces commu-
nications en forme de boutonnieres sont les sligmates;
ils n'ont d'homologues ni chez les Appendiculaires, ni
chez les Vertebres. Notts ne pouvons done admettre ni
Vhomologie entre les sligmates des Ascidiens et les fentes
branchiales de I'Amphioxus, ni la valeur que Von a attri-
bute a la cavite peribranchiale, quand on Ua comparee au
ccelome des Enterocmliens. Ce qui prouve d'une maniere
peremptoire que les cavites peribrancbiales n'ont rien de
commun avec un enlerocele, e'est qu'elles apparaissent
quand le mesoblaste est deja conslitue et que, com me Pun
de nous (1) Fa annonce a la suite des recherches qu'il a
faites h la station de Naples en 1881, le mesoblaste resulte
de la transformation de deux diverticules coelomiques qui
apparaissent tout au debut du developpement.
Nous avons ete obliges d'exposer des 3 present cette
nouvelle conception a laquelle nous onl conduits nos etudes
sur Torganisation et le developpement des Ascidies, atin
de faire com prendre quelle est, dans noire opinion, la
signification du cloaque; ce point est inseparable de I'etude
des changemenls que subit le sysleme nerveux au moment
de la metamorphose.
Chez une larve comme celle que nous avons representee
planche If, figure 11, les deux cavites peribrancbiales droile
et gauche communiquent directement avec Texterieur par
les invaginations epiblastiques de Kowalevsky. Le nom
d'orifices brancbiaux externes conviendrait parfailement
pour designer ces orifices.
Les diverticules hypoblastiques ont cesse de communi-
(1 ) Ed. Van Beneden, Zoologischer Anzeiger, n° 88.
5 mc S&RIE, TOME VIH. 5
/
66 )
quer avec la portion respiratoire du tube digeslif par les
orifices branchiaux internes (embouchures primitives des
culs-de-sac peribranchiaux); mais de chaque cote du plan
median apparait d'abord une (lig. i\), puis bienldl apres
une seconde serie de stigmates (fig. 37). A ce moment il
est extremement difficile de reconnaitre la limite entre
Invagination epiblastique el le diverticule hypoblastique :
il y a passage insensible d'un epithelium k laulre et les
caracteres des cellules ne permeltent pas de determiner
■
leur origine. Neanmoins il y a des raisons de croire que
cette limite se trouve immediatemenl au-dessus du stig-
mate le plus eleve (voir pi. Ill, fig. 16).
Dans notre opinion I'espace quadrilalere occupe par le
systeme nerveux central (fig. 16) est delimile par Tepi-
blaste suivant son bord supeiieur et ses bords lateraux,
par Thypoblasle suivant son bord inferieur seul. Use pro-
duit, k ce stade du developpement, un affaissement de
l'6piblaste qui recouvre le myel-encephale, entre les deux
orifices branchiaux exlernes, et en meme temps les levres
externes des orifices se rapprochent Tune de I'autre, pour
se souder ensuile Tune k I'autre. II en resulte la forma-
tion au-dessus du systeme nerveux d'une cavite lapissee
de loutes parts par Fepiblaste. Par suite de la soudure des
levres externes des orifices branchiaux externes, cette
cavite cesse de communiquer avec Pexterieur (pi. IV,
fig. 32); mais k la place ou s'est faite la soudure apparaitra
plus tard Torifice du siphon cloacal.
La cavite commune ainsi produile communique large-
ment avec les cavites peribranchiales droile et gauche;
elle constitue le cloaque de TAscidie future et il esl clair
que l^pithelium qui constitue le fond de ce cloaque n'est
autre chose que cette partie de l^piblaste de la larve qui
se trouvait interposee entre les orifices branchiaux ex-
( 67
(ernes el qui s'est success! veraen I affaissee. Rien d'eton-
nant done a ce que le myel-encephale se trouve sous-jacent
k cet epithelium et que Ton trouve dans le plancher du
cloaque des muscles semblables a ceux de la tunique
interne. Cette disposition, caracteristique de 1'adulte, est
deja realisee dans les larves chez lesquelles on trouve
fig. 37).
q
EXPLICATION DES PLANCHES.
Planche I. — illolgiila ampulloides adulle
Abreviations generates.
s. 6. = siphon buccal.
s. cl. = siphon cloacal.
cl. = cloaque.
Ep. s. t. = epithelium subtunical.
/. int. = tunique interne.
Ep. p. b. = epithelium peribronchial.
cav. per. ■» cavite peribranchialc.
m. = muscle.
c. y. d. = cordon ganglionnaire dorsal ou visceral
n. cl. = nerf cloacal ou posterieur.
c. t. a couronne tentaculaire.
s. p. c. = sillon pericoronal.
/. e. s. p. = levre cxternc du sillon pericoronal.
r. a. a. ss region astigmatiquc antcrieure.
s. r. p. = sillon retropharyngien.
g. h. = goullicrc hypobranchialc ou cndostylc.
/. m. d. = lame mcdio-dorsalc.
cav. br. = cavite branchiate.
st. = stigmatc.
(08 )
OEs. — oesophagc.
Ent. ces. = entree de I'oesophage.
I. ext. ces. = levre externa de Torifice de Tcesophagc
Est. = estomac.
f. = foie.
Cav. du r. = cavite du foic.
cp. b. = epithelium biliaire.
Rect. — rectum.
Fig. i. Molgule sectionnee dans le sens vertical et anteio-postericur
a pcu pres sur la lignc mediane, afin de montrer les
rapports des differentes parties du systeme nerveux cen-
tral entre elles et avec les organcs avoisinants. Un peu
plus grand que grandeur naturelle.
Fig. 2. Coupe transversale pratiquee a Fextremite postericurc du
cerveau et montrant le cordon ganglionnaire dorsal
applique contre le nerf posterieur ou cloacal unique a son
origine-
Fig. 3. Coupe transversale pratiquee un peu plus en arriere pour
montrer que le nerf cloacal, divise en deux branches a ce
niveau, est completement separe du cordon visceral.
Fig. 4. Coupe transversale pratiquee au niveau de la cavite du
cloaque et montrant le cordon visceral dans ses rapports
avec le raphe dorsal.
Fig. 5. Coupe transversale pratiquee au niveau de Fenlrec de Fceso-
phage et montrant le cordon visceral entre le rectum et
Fentree de Toesophage.
Fig. 6. Coupe transversale passant au niveau du foie et montrant
la tcrminaison du cordon visceral.
Pla>ches II, III et IV. — Claielina Rlssoana.
Les figures i a 10 represented des coupes transversales pratiquees
a travers des larves de la Clavelinc de Risso, dont le systeme ner-
veux a atleint son complet developpement ( I" stade de la descrip-
tion). A ce stade, il n'existepas encore de stigmates branchiaux.
( 69 N
;
Les figures i a 9 sont dessinees a la Ch. cl. d'Oberhauser a l'aidc
de Tobj. 8. de Hartu.
Fig. 1. Coupe interessant le caecum hypophysaire et rextremite
anterieure de la vesicule cerebrale.
Fig. 2. Coupe interessant rextremite anterieure du cul-de-sac
cerebral ct la partie anterieure de la vesicule cerebrale,
au niveau du bouton pigmente.
Fig. 5. Coupe pratiquee a travcrs la vesicule cerebrale au niveau de
la cupule pigmentee et du cul-de-sac cerebral.
Les figures 4, 5, ti et 7 represented les coupes successives prati-
fa
quees chez une meme larve a travcrs la partie postcrieure de la
vesicule cerebrale et la partie anterieure de la region viscerale, afin
de montrer que repithelium du canal central de la region viscerale
se continue en avant avec le cul-de-sac cerebral. Ces coupes sont un
peu obliques.
Fig. 4. Coupe interessant la cupule pigmentee et le cul-de-sac
cerebral.
Fig. 5. Idem coupe suivante.
Fig. 6. Coupe pratiquee a la limite anterieure de la region vis-
cerale.
Fig. 7. Coupe pratiquee au niveau des orifices branchiaux externes.
Fig, 8. Coupe interessant la partie anterieure de la region viscerale
du systeme nerveux central.
Fig. 9. Coupe au niveau de la partie posterieure de cette meme
region viscerale.
Fig. 10. Coupe a travers la queue de la larve a ce stade du develop-
pcment.Cl. cl. obj. 9 Hartn.
Fig. II. Vue d'ensemble par transparence d'une larve prete a eclore.
L'animal est place a peu pres de profil, sa face lateralc
gauche dirigee vers Fobservateur. Gross , 200 diametres.
Les figures 12 a 17 representent des coupes transversales prati-
quees a travers une larve eclose de Claveline, nageant librement
(2« stade de la description).
( 70 )
Fig, 12. Coupe moutrant la communication du coecum hypophysaire
avec la parlic anterieure de la cavite branchiale et inte-
ressant en memc temps I'extrcmilc anterieure a paroi
plate de la vesicule cerebrale. Ch. cl. 5 Hartn.
Fig. 1 3. Coupe suivanlc pratiquee a travers la meme larve, mon-
trant le coecum hypophysaire librc accole contrc la face
latcrale gauche de la partie anterieure de la vesicule
cerebrale. Cette coupe est placcc en sens inverse de la
preecdente. Meme gross.
Fig. 14. Coupe interessant la cupule pigmentcc et la partie ante-
rieure transformce du cul-de-sac cerebral. Ch. cl. obj, 8
Hartn.
Fig. 15. Coupe interessant la cupule pigmentee et la partie poste-
rieure non transformce du cul-de-sac cerebral. Memc
gross.
Fig. 16. Coupe interessant la partie anterieure de la region visceralc
du systemc nerveux central et passant par les deux ori-
fices brancbiaux cxternes. Ch. cl. obj. 5 Hartn.
Fig. 17. Coupe pratiquee au niveau de la partie posterieure de cette
memc region visceralc. Meme gross.
Les figures 18 a 21 representent des coupes transversales prati-
quces a travers une larve au debut de sa metamorphose (3 e stade de
notre description).
Ces figures out etc dessinees a la Ch. cl. obj, 8 de Hartnack.
t *
Fig. 18. Coupe interessant la cupule pigmentee et Ic cul-de-sac cere-
bral transforme.
Fig. 19. Coupe au niveau de la limite posterieure de la vesicule cere-
brale.
Fig. 20. Coupe au niveau de la partie anterieure de la region visce-
■
rale du systeme nerveux central.
Fig. 21. Coupeau niveau de la partie posterieure de cette meme region
viscera le.
Les figures 22 a 27 representent des coupes transversa les prati-
quees a travers Torganc nerveux central chez une larve plus avancee
1\
dans sa metamorphose (4 P stade de notre description). Ch. cl. obj. 8.
Hartn.
Fig. 22 Coupe montrant la communication de Tcntonnoir vibratile
dans la partie anterieurc de la cavite branchiale.
Fig. 23. Coupe au niveau de la partie anterieurc du ganglion cere-
bral (cul-de-sac cerebral transformc).
Fig. 24. Coupe au niveau de la limite postericure de la vcsicule cere-
brale. II existe encore une trace du canal central.
Fig. 25. Coupe au niveau de la partie anterieure du cordon visceral
(region visceralc transformee). Cette coupe interesse les
deux orifices branchiaux externcs.
Fig. 26. Coupe au niveau de la partie postericure du cordon visceral.
Fig. 27. Coupe interessant la limite anterieure des rcstes de la queue.
Les figures 28 a 56 represented des coupes transversales prati-
quecs a travers une larvc presque completement transformee (5 e stade
de notre desciiption).
Les figures 2S a 52 sont dessinees a la Ch. cl. obj. B. Zeiss.
Les figures 55 a 56 sont dessinees a la Ch. cl. obj. 8 Hartnack.
Fig. 28. Coupe pratiquce au niveau de Textremite anterieure du gan-
glion cerebral. Cette coupe interesse en meme temps Ten-
tonnoir vibratile et Pextrcmitc anterieure de Tendostyle,
ces deux organcs etant coupes a la surface.
Fig. 29. Coupe interessant le ganglion cerebral plus en arriere.
Fig. 30. Coupe au niveau du cordon visceral du systeme ncrveux
central en avant du cloaquc.
Fig. 31. Coupe au niveau de Torifice futur du cloaque.
Fig. 32. Coupe au niveau du cloaquc montrant la mise en communi-
cation des deux cavites peribranchiales droite et gauche.
Fig. 53. Coupe de Textremite anterieurc du cerveau montrant Tori-
ginc des ncrfs antcrieurs. Cest une partie de la figure 28
vue a plus fort grossisscment. En dessous du cerveau, on
voit Tcntonnoir vibratile coupe a la surface.
Fig. 34. Coupe du cerveau. L'entonnoir vibratile est sectionne dans
toute sa longueur.
( 72
Fig. 35. Coupe dc la partic anterieure du cordon visceral. On voit
encore unc trace de la lumiere du canal central.
Fig. 36. Partie d'une coupe pratiquee en arrierc du cloaque pour
montrcr les rapports ct la structure du cordon visceral
au niveau du raphe dorsal.
Fig. 37. Vue d'ensemblc par transparence d'une larve transformee
ayant le facies de la Claveline adulte; Panimal est vu la
face laterale droite dirigee vers l'observatcur. Ch. cl.
obj. 4 de Hartn. Longueur lotale : 0,9 de mill.; longueur
de Fanimal sans les tubes stoloniaux : 0,6 de mill.
Fig. 58. Coupe transversale pratiquee a travers une larve transformee
semblable a celle representee figure 57. Cctte coupe passe
en avant du cloaque. Ch. cl. obj. 4 Hartn.
Fig. 59. Partie de la coupe precedentc fortement grossie (Ch. cl. obj.B.
Zeiss) montrant Porigine de la glande hypophysaire.
*
Application d'ttn nouveau principe de probabilites ;
par E. Catalan, Associe de I'Academie.
Co nouveau principe est celui que j'ai formule ainsi :
modifi
cations inconnues (*).
Dans ces derniers temps, en voulant generaliser un
probleme traite par Poisson (**), j'ai ete arrete par d'assez
grandes difficultes de calcul. Apres les avoir surmonlees,
je me suis apercu que les solutions des problemes essayes
resultent, fort simplement, du principe dont il s'agil.
Voici quelques-uns de ces resullals :
O Bulletin de r Academic, novembre 1877. Le paragraphe I conlient
un non-sens, resullat d'une faute typographique. Au lieu de : sont egales
& b, on doit lire: sont eyales.
{**) Recherches sur la probability des jugements, p. 90.
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COROLLAIRES.
i° Soit une urne A, contenant s boules blanches, noires,
rouges, etc., en proportions inconnves. La probability
d'extraire, de A, a blanches, b noires, c rouges, etc., dans
tin ortfre quelconque, est
P '
a -f- 6 -*- c -*- •• -+-1
Cette probability (independante de 5) est egale a la pro-
bability d'amener tin numero determine, dans une loterie
composee de 1 + a + b + c + ... numeros.
2° Une urne A contenait, primilivement, s boules. II
en est sorti m blanches, m' non-blanches. Quelles sont les
probabilites d'extraire, soit une bottle blanche, soit une
boule non-blanche, de Vurne modifiee ?
Beponse .
m -+- 1 to' -4- 1
m -\- to
' 2 ' m -4- to' -+- 2
Ces probabilites sont les memes que celles d'extraire,
soit une blanche, soit une noire, d'tine urne B contenant
m -+- 1 blanches et m' -f- 1 noires (*).
3° 17/ie urne A contenait, primitivement, s boules. On
en a tire, au hasard, b blanches, n non-blanches. Quelle
est la probability P d'extraire b' blanches, n' non-blan-
ches, de I 9 urne modifiee ?
O Le Ca/cu/ rfes probability, de M. legeneral Liagre,renferme(p. 104)
un enonce dont la derniere phrase est idenlique avec celle-ci. Mais mon
savant confrere et ami suppose que le nombre s est inconnu. Nos pro-
*M •
positions sont done disiinctes.
( ?4 )
Reponse :
p £b+b\b X ^/j^/i';
C^'-htt+ir. 6'f »'
Remarque. Dans ce probleme general (et & plus forte
raison dans les deux autres), on a pu reduire le nombre
des hypotheses, de maniere quune seule fill compatible
avccVevenement altendu. En consequence, la probability P,
demandee, egale la probability de cetle hypothese princi-
pal. Cette notable simplification sera developpee dans le
memoire. *
Note sur la ventouse abdominale du Liparis barbatus; par
Maurice Slackens, preparateur de zoologie & I'Universite
de Gand.
(Travail de la Station biologique d'Ostende).
1 1-
Les pScheurs de crevelles de nos cotes prennenl sou-
vent dans leurs filets un petit poisson fort inte>ess;mt de
la faraille des Discoboles, le Liparis barbalus, Ekstr.
{Liparis vulgaris, C. B. P.), limace de mer, seasnail des
Anglais (i).
Si Ton place l'un de ces animaux dans un bocal pleio
d'eau,on le voit se fixer presque instantan^ment a la parol
a l'aide d'une grande ventouse ventrale, de forme ova-
laire.
(1) P.-J. Van Bekeden, Les poissons des cdtes de Belyique, leurs
parasites et leurs comrnensaux (Memoires de I'Academie royaledeBel-
gique, lome XXXVIII, p. 82, el Patria belgica, 1" partie, Belgique phys.,
Bruxelles 1873, p. 316.
73 )
Ayant pu, lors de mon sejour a la Station biologique
d'Ostende en aotil-septembre 1883, me procurer un nom-
bre siiffisanl de Li parti frais, j'ai entrepris, sur !e conseil
de M. le professeur F. Plateau, l'elude anatomique de la
ventouse, dans le double but d'arriver a une explication
cle son mecanisme et de determiner jusqu'& quel point le
squelelle et les muscles des nageoires ventrales se Irou-
vaient modifies.
§ II. — Historique.
En 1822, Rathke a publie dans les Archives de Meckel (1)
un excellent memoire sur I'anatomie du Cyclopterus lum-
pus, memoire dans lequcl il decrit avec beaucoupde details
la ventouse de ce type de Discoboles.
Chose singuliere, on parait s'etre contente, depuis lors,
desavoir que le disque d'adherence est forme aux depens
des ventrales et des osselels qui leur servent de base.
En eflet, les a litres auteurs (2) que j'ai consultes ne
m
(1) IUthke, Bemerkungen fiber den Bau des Cyclopterus lumpus
(Deulches Archiv fur die Physiologie von J.-F. Meckel), Halle 1882, t. VII,
p. 498.
(2) Cuvier, Legons d'anatomie comparee y Paris, an VIII, t. l cr , p. 405.
Duges, Trail 6 de physiologie comparee, Montpellier, 1883, t. II.
Carus C.-G., Traite eUmenlaire danatomie comparee, traduction fran-
?aise, Bruxelles, 1839, p. 184.
De Siebold et Stannws, Nouveau manuel d'anatomie compartie,
edition fran?aisp, t. II, Paris, 1850.
Owen R , Lectures on the comparative anatomy and physiology of
the vvrlebraled animals, part I, fishes, London, 1846.
Owen R , On the anatomy of vertebrates, vol. I, London, 1866.
Milne Edwards, Legons sur la physiologie et I 9 anatomic comparie de
I'homme et des animavx, Paris, 1872, t. X, p. 439.
Huxley, A manual of the anatomy of vertebraled animals, Lon-
don, 1879.
76
disent rien de special ou ne fournissent que des indica-
tions vagues. Seul Baudelot (1) expose que « chez le
» Cycloptere la longueur des rayons est beaucoup plus
> considerable que ne le ferait supposer la largeur du
> disqne. Lorsqu'ils onl atleint le bord de cet organe, les
» rayons ne s'y arretent poinl; changeant subitement d'as-
peel et de direction, ils deviennent minces, flexibles,
» articules, se replient sur eux-memes et reviennent, en
» decrivant de petits zigzags vers le centre du disque
Nulle part enfin, je n'ai trouve de description de la ven-
touse du Liparis, sauf quelques renseignements quant a
la forme ex terieure (2).
Lorsqu'on lit la description que Rathke donne de la
ventouse du Cycloptere, on constate bienlot que la ven-
touse du Liparis offre une conformation tres analogue.
Mon travail serait done sans grande portee si le savant
anatomiste n'avait ai peu prescompletement neglige Tetude
comparative des muscles de la ventouse et des muscles de
la nageoire ventrale des autres poissons. II s'est borne a
une description simple de la disposition offerte par le type
qu'il dissequail et a, par consequent, laisse a combler une
assez grande lacune.
Guntheb, An introduction to the study of fishes, tfdimbourg, 18«0,
p. 485.
E. Moreau, Histoire naturelle des poissons de la France, Paris, 1881,
«. Ill, p. 348.
Claus, Traite- Mementaire de zoologie, traduction francaise, Paris
1884, p. 1260.
(1) Baudelot, Note sur le disque ventral du Cyclopterus lumpus
(Bulletin de la Societe des sciences naturelles de Strasbourg, l"annee,
n° 8, novembre 1 868, p. 1 1 3).
(2) E. Moreau, Op. cit., p. 3S3.
( 77
III. — Bassjn et muscles des ventrales
CHEZ LA PfiRCHE.
*
Je rappellerai d'abo.d brievemenl quelle esl la disposi-
tion des pieces osseuses el des muscles moteurs chez un
poisson a structure normale.
Mes dissections onl porte sur des Trigles el sur la
Perche de riviere {Perca fluviatilis). Dans les lignes qui
solvent, je prendrai la Perche comme terme de compa-
raison.
Chez les Teleosteens, le bassin est constilue par deux
plaques, droite et gauche, reunies sur la ligne mediane et
repondanl, d'apres Wiedersheim (I), a des Metapterygoides
d'Elasmobranches. Chacune de ces plaques est composee
de deux parlies, une anlerieure,donnanl surloul insertion
a des muscles, et une posterieure, servant de support aux
rayons des nageoires ventrales.
Remarquons, en passant, que, chez la Perche el proba-
blement chez bon nombre d'autres poissons osseux, I'ex-
iremite proximale des rayons presenle une petite branche
transversale faisanl ressembler cette exlremite a une tete
de marleau (flg. II); nous retrouverons cette forme, mais
exageree, chez le Liparis.
Les muscles moteurs des nageoires ventrales de la
Perche occupent principalemenl les deux faces ventrale
et dorsale du bassin. Les muscles superieurs ou dorsaux
elevent la nageoire et la rapprochenl du corps, les mus-
cles venlraux I'abaissent et Fecartent du corns du noisson.
(1) Lehrbuch der Vergleichenden Anatomie der Wirlelthiere , Erster
Theil, pp. 218-219, fig. 179, lena 1882.
78 )
■
Entin mi muscle plus special, tenseur, et dont nous
reparlerons, etale la nageoire en ecarlant les rayons les
uns des autres.
Ajoutons, pour lenniner ces indications gen&ales, que
sur chacune des laces du bassin les muscles forment deux
couches : une couche superficielle tres mince (fig.' II et III
a, 6), s'inseranl d # une fagon vague par une loile aponevio-
lique commune sur la base des rayons, et que nous croyons
pouvoir negliger dans Tetablissement des homologies a
cause de son peu d'imporlance, et une couche profonde,
constitute par des muscles bien delinis et a insertions
nettes.
II ne sera done question que des muscles profonds.
Face dorsale ou viscerale. — La couche profonde se
compose d'un seul muscle c naissant de presque toute la
longueur de la moitie anterieure du bassin et se terminant
en arriere par six digitations tendineuses s'inserant sur les
extremiles proximales des six rayons de la nageoire.
Bord externe. — Au bord exlerne du bassin regne une
goutliere plus ou moins profonde occup^e par un muscle
long et elroit d s'inserant sur le premier rayon seul et
dont la contraction a pour effet de porter le premier rayon
en dehors et d'etaler la nageoire emigre. Ost, comme
nous le disions plus haut, un tenseur.
Face ventrale. — La couche profonde (lig. Ill) s'y com-
pose de deux muscles bien dislincts : un muscle e s'inse-
rant sur le premier rayon seul el un muscle penni forme f
se terminant sur les cinq rayons suivants.
( 79 )
§ IV. — Structure du bassin, de la ventouse et disposition
DES MUSCLES CHEZ LE LlPARIS.
Chez le [Apart*, la venlouse tres mobile, sappliquant
intimement contre Pobjet auquel le poisson adhere, est de
forme ovalaire, excavee a sa face inferieure.
Elle presente un bord cutane epais, large, garni de
treize k quatorze boutons aplalis d'ufl jaune orange.
Bien que le bassin de notre poisson s'ecarte, par sa
forme, de celui des Teleosteens onlinaires, il est facile
d'y retrouver les memes parties constituantes. Comme
celui des poissons osseux typiques, il se compose essen-
liellement de deux plaques basilaires (fig. IV et V, 1)
allongees, unies sur la ligne mediane et offrant chacune,
en avant, un sommet aigu. Rathke a donn6, chez le
Cyclopfere, a ces prolongements anterieurs, reunis par du
tissu (ibreux, le nom ^'apophyses balonnoides (fig. V, 2).
Du cote dorsal ou visceral, le bassin des Discoboles pre-
sente deux grandes cretes saillantes a double courbure,
formant, par leur ensemble, les parois d'une excavation
profonde qui loge le coeur.
Chacune de ces cretes comprend deux portions de
g
alt ft
posterieure, plusetroite, s'effilant en arriere (apophyse
pyramidale du meme auteur (fig. IV, 4).
II est evident que les apophyses b&tonnoide et aliforme
repondent a la moitie anterieure du metapterygoide des
Teleosteens, landis que la portion lapge de la plaque basi-
laire et Fapophyse pyramidale repondent a la moitie
r •
posterieure.
( W )
Tels sunt les elements pelviens proprement dils.
Quant aux parties squeletliques des nageoires ven-
trales, elles sont representees de la facon suivante : a la
face inferieure de la plaque basilaire dn bassin se trouvent
appliques, a droite eta gauche de la ligne mediane, six
osselels qui ne sont autre chose que des rayons (fig. IV
et Jig. V).
Le premier rayon, fort petit, ne se voit qu'a la suite
d'une dissection ; les cinq suivants sont bien visibles.
Ces rayons, sauf le premier, se composenl de deux
branches formant un angle presque droit. Des ligaments,
inserts aii niveau de l'angle, altachent ces rayons au
bassin de facon a leur permettre un mouvement de
bascule.
*
Notons que les branches externes depassent beaucoup
le bassin et que, la ou elles quitlent celui-ci, le bord de
la piece basilaire presente une petite excavation (fig. IV).
Jusqu'ici il est done aise d'elablir les homologies entre
ce qui exisle chez le Liparis el ce qui s'observe ordinaire-
ment. On peut meme relrouver des ressemblances jusque
dans les details, car il me parait certain que, sauf les pro-
portions, les branches internes des rayons du Liparis
repondent aux tetes transversales des rayons de la Perche.
Voyons mainlenanl quels sont les muscles qui meuvent
les rayons. La plupart d'entre eux peuvent etre classes en
deux sections :ceux de la premiere, s'inserant aux branches
externes des rayons, font baisser, en se conlractanl, les
branches internes; ceux de la seconde, s'attachant aux
branches internes, font baisser les branches externes,
i ■
appliquent done le bord de la ventousesur le plan d'adhe-
rence et augmentent la profondeur de celle-ci; de la la
succion.
81
Decrivous d'abord les muscles qui se rendent aux
branches externes. Presque tous partem de ia lace dor-
sale ou viscerale du bassin.
On peut les diviser en deux gronpes : tin groupe a
action generate, un muscle special aux premiers rayons.
a. Groupe a action generate (fig. IV, c. c. c. c. c).
Une trainee musculaire, homoiogue du muscle c de la
Perche, nail sous le rebord de I'apophyse pyramidale,
puis, se subdivisant, forme des chefs dislincts, disposes
en evenlail, lesquels, comme chez le poisson qui nous serl
de terme de comparison, se terminent sur la pluparl des
rayons, ici les cinq posterieurs.
Le rayon numero 2 est en outre actionne par un petit
chef c' appartenanl au meme systeme general, faisant un
angle avec les muscles precedents et naissant sous le
rebord de I'apophyse aliforrae (fig. V c').
6. Muscle special aux premiers rayons. — Un muscle
assez volumineux c", pouvant encore elre considere comme
provenanl d'une difTerenciation plus accusee du muscle
c de la Perche, nail dans I'excavalion du bassin (fig. IV, c"),
se reftechit dans une £chancrure que presente le bord de
celle-ci a la limite enlre les apophyses aliforme et pyra-
midale, contracle des adherences avec le rayon numero 2
et vient enfin se terminer sur I'extr^mite dislale du rayon
numero \.
Muscle tenseur de la ventouse. — Chez la Perche nous
avons indique un muscle d f tenseur de la nageoire ven-
trale. Chez le Liparis nous retrouvons son homoiogue
exact; un muscle 6troit part ici de I'extremil6 de I'apo-
physe balonnoide, se place sur le cdle externe de cette
5 mc SERIE, TOME VIII.
6
( 82 )
■
piecr et, comme ch< z la Perche, se termine sur I'e premier
rayon qu'il porte en avant en elalanl loute la nageoire
correspondante (fig, V d).
Les muscles qui meuvent les branches internes des
rayons et qui abaissenl, par consequent, les extremites
distales de ceux-ci, r£pondent entierement aux muscles
qui occupenl la face inferieure du bassin des Teleosleens
ordinaires.
Chez la Perche nous avons indique un premier muscle e
allant s'inserer a la base du premier rayon; il est repre-
sente chez le IJparis par quelques faisceaux parlant du
bord inferieur de I'apophyse alilbrme et se lerminant sur
la branche interne des rayons 1 et 2 (fie. IV, e).
Le second muscle /"dela Perche, qui s'attache a Ions
les rayons reslanls, se retrouve chez le IJparis sous la
forme d'une masse musculaire unique, altachee a la ligne
mediane de la face inferieure du bassin et se divisanten
Cinq languettes dislinctes pour les cinq rayons posterieurs.
Ce muscle, no pouvant elre mis a nu qu'en dechirant la
ventouse du Lip arts en deux moities, n'a pas ete repre-
sentesur notre planche.
L'expose qui precede monlre done qu'il n'exisle dans
la ventouse du Liparis aucun muscle nouveau. Ce sonl
ahsolument les muscles moteurs des venlrales des Teleos-
teens lypes, mais delournes de leur destination premiere
V. — MECAMSME DE l'aDUERENCE
♦
d
ventouse; sa description peut se resumer ainsi : lorsque
le Cycloptere se (ixe a uu corps solide, le bord culane de
la ventouse s'y applique inlimemenl et I'eau, comprise
( 85
en ire la ven louse et Pobjet, s'echappe par les extremites
anterieurc et posterieure. II y a simplemenl accolement
de la venlouse.
-
Les muscles de la face inferienre du bassin, en atliranl
les branches internes des rayons, abaissent les branches
externes et ainsi la ventouse s'applique encore plus soli-
dement. Si, ajoule Fauteur, on essaye de detacher ('animal,
le bord cutane de la ventouse reste fixe,, mais la partie
interne, presenlant des sail-lies, des eminences, cede et
ainsi se forme un vide.
Suivant nous, il n'y a pas simplemenl application de
la ventouse contre I'objet, comme I'admet Rathke. Les
muscles, s'inserant sur les branches internes des ravons,
jouent un role important dans le mecanisme de l'adhe-
rence et ne servent pas seulement a appliquer la ventouse
d'une fa^on plus in lime. En effet, le poisson, en atliranl
les branches internes des rayons, le bord cutane reslant
mm
lixe con I re une surface plane, produit un vide analogue &
• m
celui que Ton oblient a l-aide du tire-pierre, par exemple.
C'est par suite de ce vide et par les actions combinees de
la pression atmospherique et de la '-pression.de Teaii que le
poisson se trouve fixe.
Quant a la fagondonl I'animal se delache, j'admets
volontiers 1'explication donnee par Rathke* Lorsque le
Gycloplere ou le Liparis veulent se detacher, ils impriment
un mouvemerit de has en haut a un ou plusieurs de Jeurs
rayons au moyen des muscles situes a la face sup^rieure
du bassin. Par eel effort musculaire, le bord de la venlouse
est releve a un endroil quelconque, Teau peut entrer
dans Pexcavalion de la ventouse et venir remplir le vide
relatif qui y existait. Rathke suppose que e'est ordinaire-
£ 84
ment Tun des liem rayons les plus anterieurs qui est
ainsi releve avec plus de force, les muscles de ces rayons
etanl les plus developpes.
EXPLICATION DE LA PLANCHE.
Les memes lettres ont la mcmc signification dans toutes les
figures (V. le texte).
Fig. I. Aspect de la ventouse chez le Liparis barbatus frais
(fig. un peu grossie).
Fig. II. Perchc. Muscles de la face dorsale ou viscerale du bassin;
le muscle superficiel a a ete dctache en partic de la
base des rayons, on n'a laisse subsister que son insertion
interne sur le rayon 6. A cote de la figure, le premier
rayon grossi pour montrer la forme de son cxtremite
proximate.
Fig. III. Perche. Muscles de la face ventrale ou cutanee du bassin.
Fig. IV. Liparis. Face dorsale ou viscerale du bassin et de la
ventouse. (Grossissement 5) i = piece basilaire, 5
apophyse aliformc, 4 = apophyse pyramidale).
Fig. V. Liparis. Face ventrale ou cutanee du bassin et de w
ventouse. (Grossissement 5) 2 = apophyses batonnoides).
Bull d* I Acad
a
C-
r.~' c
c
Fig. 4.
d
i
c
Fig 1
c
Fitf 3.
Fig. 5.
/*/•£ ( #C? •
85 )
Stir la respiration des Chauves -Soaris pendant leur
sommeil hibernal; par E. Delsaux.
(Travail du laboratoire de physiologie de I'Universite de Liege )
L'etude des animaux hibernants a depuis longtemps fixe
I'altention des observateurs.
Gessner (1) el plus tard Buflbti (2) se sont deja occupes
dc la question, mats plutdt en litterateurs qu'en physiolo-
gistes.
Ce n'est qu'au commencement de ce siecle que Saissy (3)
fit des observations plus precises sur Phibernation des
Cbauves-Souris. II constata que la respiration a l^tat de
veille est exlremement rapide chez ces animaux (il a
comptejusque 78 mouvements par minute), tandis que pen-
dant leur sommeil hibernal elle est de beaucoup ralenlie.
H pretendit de plus, ce qui a £tc conteste comme nous
le verrons plus loin, que, pendant eelte periode 16thar-
gique, les animaux peuvent rester, une heure durant, dans
une atmosphere entieremenl privee d'oxygene.
Marshall-Hall (4), le premier, eludia le sommeil hiber-
nal au point de vue des ph£nom&nes chimiques de la
respiration. D'apres lui une Chauve-Souris, laissee pendant
dix henres dans un pneumalometre (cloche a gaz renversee
(1) Gessner, Historia animalium, Zurich, 1550.
(*) Bcffon, flistoire naturelle, 1749.
(3) Saissy, Recherches exptrimentales sur la physique des animaux
hybernans. Paris et Lyon, 1808.
(4) Marshall-Hail, Philosophical transactions, 1832.
( 86
sur une cuve a mercure), n'absorba pas la moindre trace
de gaz, tandis que la memo Chauve-Souris eveillee pro-
duisit pendant le meme temps 13 C 3 d'anhydride carbo-
nique.
Dans une autre experience, une Chauve-Souris lethar-
gique absorba environ IOC 3 d'oxygene pendant 60heures,
autant qu'en une he lire pendant Petal de veille.
4
La temperature interne de I'animal hihernanl, d'apres
Marshall-Hal!, suit celle de I'almosphere, mais lui est
toujours superieure de 2 ou 3 degres. Pour cet auteur, le
somrneil hibernal ne differe en rien du sommeil ordinaire.
*
Regnault etReiset (1), dans leurs recherches chimiques
sur la respiration, ont soumis des Marmotles lethargiques
et eveillees a de nombreuses experiences.
II ressorl de ces experiences que la consommation
d'oxygene faile par la Marmotle dans Petal de torpeur
complete n'est que le l /zo<\e celle qui a lieu lorsque I'ani-
mal est reveille. Cetle absorption ne depasse pas dans ce
cas gr 040 d'oxygene par kilog. d'animal et par heure.
Valentin (2), jugeant que les travaux de ses predeces-
seurs avaient ete fails dans des conditions defavorables et
sur des animaux excites, a repris I'elude de la question.
Son travail, ires complet, comprend de nombreuses series
d'experiences faites sur des Marmottes et sur des Heris-
sons. Les cbiffres d'oxygene absorbe et de CO 2 produit
sont notablemenl inferieurs a ceux obtenus par Regnault
el Reiset. Ces experiences ont ete faites a des lempera-
tures differentes, mais il n'en ressort pas qu'il exis'e un
(1) Regnault et Keiset, Ann. cfe chim. et de phys., p. 299.
(2) Valentin , MoIeschotVs Unters., 1857, II, 290.
( 87 )
rappori quelconque enlre la temperature et Tintensite des
phenomenes respiratoires.
.... Contrairement a I'opinion tie Saissy, Valentin declare
que, malgre le pen d'energie des echanges respiratoires
chez les animaux en hibernation, ceux-ci ne peuvent sup-
porter le manque absolu d'oxygene. II leur est pourtant
possible de vivre assez longtemps dans une atmosphere
assez riche en CO 2 (10 %) et pauvre en (3%).
Horvath (1) a etudie Thibernation chez le Spermoplrilus
citillus. L'auleur a observe avec le plus grand soin les
phenomenes du reveil chez cet animal.
Quant aux experiences qu'il a faites sur la valeur des
echanges respiratoires, ellesconfirment les resullats ohte-
nus par les autres auleurs.
II me reste k citer, pour elre complet, le travail de Carl
Voit (2) sur le meme sujet. L'auleur signale comme phe-
nomene important remmagasinement d'oxygene que fait
la Marmotle dans Petat d'hibernation.
Malgre les travaux relativement nombreux qui ont ete
faits sur la question, il reste un certain nombre de points
interessants a elucider.
En ce qui concerne la respiration des Chauves-Souris;
ron ne possede que des donnees fort incompletes.
L'influence que la temperature exerce sur Pin tensile des
phenomenes chimiques de la respiration, question qui
presenle un si haul interet au point de vue de la regula-
tion de la temperature, n'a jamais £te 6lu<li6e chez ces
(1) A. Horvath, Centralbl f. d, med. Wtss., 187-2, N<> 45-47, S&
(2) Carl Voit, Zeitschrift fiir Biotogie, 1878, p. 57.
( 88
animaux. Cest ce qui m'a engage a entreprendre quelques
experiences a ce sujet.
Jai pti, a cetle occasion, fa i re quelques observations
sur le rythme des raouvemenls respiratoires et sur les
influences qui modifient ce rythme.
Je me suis scrvi pour cette etude, des Chauves-Souris
que Ton rencontre par milliers dans les grottes de Maas-
tricht pendant toute la duree de la saison froide.
Les Oreillards {Plecotvs auritus) el les Murins (Ve&per-
tilio murinus) soul tres nombreux; c'esl k ces deux
especes que je me suis adresse de preference, si cause de
leur laille plus considera ble.
Pendant la periode d'hibernation, les Chauves-Souris
sont exlremement sensibles aux excitations, et une irrita-
tion un peu continue suffit pour les reveiller complete-
ment.
Dans ces conditions, dies ont rapidement consomme
leurs reserves nutritives (glycogene ou graisses), et la mort
est la suite inevitable de ce reveil.
J'ai renssi a ecarter cetle difficulte en prenanl les pre-
cautions suivanles : chaque Chauve-Souris, d&achee au
moyen d'une longue perche de la voute des cavernes ou
elle se tient accrochee par les membres poslerieurs, est
regue sur un drap tendu, ce qui amorlit la chute, puis
introduile dans un cylindre de loile metallique.
Cesdifferentscylindres contenant leurs Chauves-Souris
sont ranges dans une caisse a comparliments, dans le but
d'empecher celles qui sorliraient de leur sommeil, duller
reveiller leurs voisines.
Les animaux portes au laboratoire furent places dans
une cave obscure, dont la temperature (7°-8°) se rapprochait
de celle des grottes de Maestricht (6°-7°).
(89)
Ce n'est qu'en prenant ces precautions, qui pourraient
paraitre minutieuses, que je suis parvenu a me procurer
quelques Chauves-Souris en elal d'hibernation complete,
et c'est sur elles que j'ai entrepris les experiences qui vont
la ire l'objet de ce travail.
Rylhme des mouvements respiratoires chez les Chauves-
Sou?*is en hibernation.
Chez les Chauves-Souris suspendues dans les groltes de
Maestrichl la respiration est, ou tout a fait suspendue, ou
tellement ralentieque pendant une observation prolongee
pendant plusieurs minutes, on ne penjoit pas le moindre
mouvement respiratoire dans la region lombaire.
Chez les animaux observes au laboraloire, on constate
des series de mouvements respiratoires tres superacids,
series espaeees par des pauses dont la duree peutalleindre
15 minutes.
Le bruit et la lumiere ne paraissenl exercer aucune
influence sur ce singulier mode de respiration, ma is en
revanche le moindre attouchement, la moindre secousse
i
q
cesser la pause et pour provoquer une serie de mouve-
ments respiratoires.
Si rexcilation n'est pas reprice, le rythme primilif,
caracterise par les longues pauses, se reproduit. Si Ton
repele les excitations tactiles, I'animal se met a respirer
dune facon continue, les mouvements s'accelerent de plus
en pluset ranimal se reveille completemenl.
Le reveil est accompagne d'une elevation ires rapide de
la temperature. Au contraire, chez les animaux en hiber-
(90)
nation la temperature, tres basse, ne varie que si la tempe-
rature du milieu ambiant varie (1).
Le rythme des mouvements respiratoires n'est pas
modifie par Fatlitude des Chauves-Souris: il se conserve
si Ton place Tanimal la tele en haut, ou horizonlalement.
I! m'a paru interessant d'etudier les effets de la rare-
faction de Pair sur les Chauves-Souris en hibernation.
Experience. — Une Chauve-Souris fixee sur un treillis est introduile
dans un bocal en verre mis en relation avec une trompe de Muencke.
On faitrapidement le vide; en moins d'une minute le manometre indi-
que 50 millimetres de mercure, el reste stationnaire.
Pendant les dix-huil premieres minutes, Paninial ne presente rien de
particulier. Au bout de ce temps, quelques mouvements respiratoires
superticiels se montrent et deviennenl de plus en plus frequents.
L'animal ne tarde pas a montrer de Pinquietude ; il se deplace sur la
lame de treillis, puis finit par tomber au fond du vase et y reste immo-
bile, asphyxie en apparence.
On laisse sojourner Panimal pendant une demi-heure dans cet &al,
puis on met fin h Pexperience en laissant rentrer Fair dans le bocal.
Aussitol Panimal revient a lui, pousse des cris et se remet a respirer.
Quelques minutes apres, on recommence la meme experience; le vide a
.50 millimetres pres est de nouveau atteint au bout d'une minute, mais
cette fois Panimal montre immediatement de la gene respiratoire et tombe
au fond du vase au bout d'une minute et demie.
On laisse rentrer Pair, Panimal revient de nouveau a lui el crie.
D'autres experiences ont conduit a des r^sultats analogues.
(1) Voici quelques chitfres de temperature interne observee chez des
Oreillards dans les grottes de Maeslricht :
Temperature de Pair ambiant 6.5°; Temperature de Panimal.
7 o
Id. 6.5 Id. 7t
Id. 6 5-6.6 Id. 71
7.2
72
7.2
Id. 66-7.7 Id.
Id. 6.4 Id.
Id. 6.6 Id.
Le thermometre etait chaque fois enfonce dans la cavite abdominale
par une plaie pratiquee a eel effet.
9 J
m
Le contact de CO 2 provoque immediatement la reprise
des mouvemenls respiraloires, et i'animal ne tarde pas a
se reveiller.
La rapidite avec laquelle cette action se produit exclut
toute idee d'asphyxie; le reveil me parait du a une action
irritante de ['anhydride carbonique sur la membrane
■
alaire.
J'ai etudie egalement l'influence (Fun refroidissement
intense sur les mouvemenls respiraloires.
Un Oreillard endormi introduit dans un vase enloure
d'un melange de glace et de sel, dont la temperature etait
descendue a — 21°, presenta une cessation complete des
mouvemenls respiraloires. II fut retire de Pappareil au
bout de 30 minutes, et Ton constata qifil etait a peu pres
congele. II n'etait pas mort cependant, car, rechauffe dans
la main, il ne tarda pas a se remettre k respirer.
Influence de la temperature ambiante sur Vexhalaison
de CO 2 .
L'appareil dont je me suis servi rappelle l'appareil de
Voitet Pettenkofer.
Les animaux, fixes sur un treillis, sont places dans un
recipient cylindrique en zinc, traverse par un courant
d'air.
L'air qui sort de l'appareil se depouille de son anhy-
dride carbonique en traversantsuccessivement trois tubes
a baryte (tubes de Pettenkofer), et finalement une eprou-
vette remplie de solution barytique.
L'air qui enlre dans l'appareil a 6le* au prealable priv6
( 92 )
du CO 2 qu'il pouvait contenir, en passant par une serie de
trois tubes en U remplis de batons de KOH humide, et
une eprouvelte a solution barylique.
Le courant d'air est enlrelenu par un gazomelre a
ecoulemenl d'ean, faisant fonclion d'aspirateur.
Toutes les parties de Tappareil aulres que verre ou
de
possibilite de fuite.
d.d.d"
>
»
KO*l
Ra(Oll)
Ba(OlI)'
HaK ;
Appareil pour I etude de la production de I anhydride carbonique chei Us
Chauves-Souris.
A. Tubes en U a potasse destinee a depouiller lair de C0 8 .
B. fiprouvette remplie de solution barylique.
C. Reservoir en zinc contenant les animaux en experience.
DD'D" 3 tubes a baryte, de Pettenkofer.
E. Eprouvette a baryte, indiquant si tout le CO* a 6teabsorbe.
de
matique de I'appareil.
CO 2
bary
un titrage alcalim<Hriq»e
93 )
thode si exacte due a Pettenkofer. La difference entre le
titre de la baryte contenue dans les tubes analyses, avant
et apres Fexperience, indique la quantite de CO 2 exhald
par les animaux pendant la duree de Texperience.
i
Deux series d'experiences furent faites au moyen de cet
appareil : Tune a la temperature de la cave (7°,S a 8",1),
1'autre a la temperature de la glace fondante (0°).
Le tableau suivant donne les chiflres de ces expe-
riences :
Quantite d'anhydridc carbonique exhalee par onze Chauves-Souris
(Oreillards et Murins) du poids total de 177.5 grammes.
TBMrtfftATGBE
atubfante.
vv%im
de Teiplrienee.
3 h. 10
3 h. 10
3 h. 10
6 h. 20
3 h. 10
3 h. 10
3 h. 10
6 b. 20
CO» exhale
enC-
32.25
33.10
33.75
67.88
25.1
23.3
24.1
44.4
CO* exhale
par kilog.
ct par heurc.
57.3
58.8
60.4
61.3
44.6
41.7
43.1
39.4
II ressort de ces experiences qu'un abaissement de la
temperature a pour effet de diminuer le chiffre d'anhy-
dridc carbonique produit par les Chauves-Souris en hiber-
94
nation; ces animaux se component done, sous ce rapport,
comme des animaux a sang (Void.
■
On sail que ehez les animaux a sang chaud, au contraire,
un abaissement de la temperature a pour effet d'exagerer
I'inlensite des echanges respiratoires.
J'ai eu Foccasion d'eludier Pexhalaison de CO 2 chez un
Oreillard an moment de la cessation du sommeil hibernal
par suite d'irrilations mecaniques.
L'animal pesait 22 grammes 630 mill.; il produisit en
25 minules 80.8 C 3 de CO 2 , soit par kilogr. et par heure,
8400 C 3 de CO 2 .
C'est a ma connaissance le chiffre le plus eleve de pro-
duction d'anhydride carbonique qui ait jamais ete observe.
J'espere pouvoir reprendre ces experiences I'hiver pro-
chain, de maniere a verifier et a completer les resultats
obtenus.
Le
Polygordins.
Contribution a
ers: oar Julien
Un
-
II exisle chez la larve du Polygordius un organe transi-
toire ires interessant,dont le developpemenl, la formeetla
structure out ele decrits avec grand soin par Hatscbek (P,
c'e.st le rein cephalique (die Kopfniere).
(I) Hatschek, Studien Uber die Enlw. der Anneliden. (\rh. aus dem
ZooL Inst., Wien 1878.)
¥ * * I
95
En etudiant le developpemenl du Polygordius neapoli-
(anus (nov. sp.), pendant mon sejour k la Station zoolo-
gique de Naples, j'ai en Foccasion de controler les obser-
vations de I'habile naturaliste hongrois et d'en verifier
rexactilude siir la phipart des points. Mes resullats,
cependant, ne concordent pas avec les siens sur certains
details de structure, qui ont leur importance au point de
vue de la morphologie generate de Torgane.
i
Dans la moitie inferieure de la region cephalique de la
larve existe un canal vibratile, pair, accole a la face dor-
sale du muscle longitudinal. Ce canal debouche a 1'exte-
rieur, du cote de la face ventrale, en avant du point d'in-
sertion inferieur du muscle precite. II se termine dans la
cavity de la tete par un a cinq entonnoirs, suivant Tage
de la larve, fixes sur une on sur deux branches. D'apres
Hatschek, chaque entonnoir est forme par une membrane
mince soutenue par des cotes longitudinales. La lumiere
du canal serait directement en communication avec la
cavite cephalique par le fond de V entonnoir ouvert.
Chez les larves de Polygordius neapolitanus, le canal
excreteur n'est pas en communication directe avec la
cavite de la tele par Tintermediaire des entonnoirs. Les
cotes longitudinales, sou tenant la membrane d'un enton-
noir, sont des canalicnles creux qui se terminent en cul-de-
sac k leur extremile libre et qui debouchent en arriere
dans un espace polygonal; celui-ci n'a d 'autre communi-
cation qu'ayec la lumiere du canal excreleur. Cet espace
polygonal peut pa raft re communiquer avec la cavite du
corps, si Ton observe Tentonnoir vu de cdl6, k cause de la
minceur de la cloison qui le separe de cette cavite; rnais,
si Ton etudie celui-ci de face avec un grossissement suffi-
(96)
sant, on peut se rendre compte alors que les canaliculus
d^bouchent dans I'espace polygonal.
canalicule ;
/
lumiere du canal ;
m = membrane
Les entonnoirs terminaux ainsi constitu^s ne peuvent
pas etre identifies aux entonnoirs vibratiles des Rotiferes,
des Nematodes et des Cestodes.
c = canalicule; e = cspace polygonal; / = lumifcre du canal; m = membrane
c£phal
qu
me repr£senlant le sys-
teme de gros canaux des Rotiferes et des Platodes et les
97 )
canalicules termines en cul-de-sac du pretendu entonnoir
comme homologues au systeme de fins canaux, qui exis-
tent chez beaucoup de Rotateurs et chez presque tous les
Platihelminthes.
Quant aux vrais entonnoirs terminaux de ces vers, ils
sont atrophies ici; ils n'apparaissent plus chez les larves
du Polygordius. Rien de plus variable, d'ailleurs, que la
constitution des soi-disant entonnoirs du Polygordius.
La membrane s'etend tantot jnsqu'nu sommet des canali-
cules (cotes), tantot elle n'atteint pas la moilie de leur
hauteur; quelquefois elle est tout a fait rudimentaire.
La forme et le nombre des canalicules varient aussi
extr&mement. On peut en compter de 3 a 6. lis sont
droits ou sinueux, recourbes dans un sens ou dans un
autre, simples ou bifides a leur extr£mile. Ces variations
indiquent deja que nous n'avons pas, ici, affaire a des
organes definis comme les entonnoirs terminaux des Roti-
feres ou des Platodes.
Comparons le rein cephalique transitoire de la larve
de Tfichiure (1) a celui du Polygordius, ainsi compris.
Lorsque le rein cephalique a alleint son maximum de
developpement, les gros canaux portent a leur extr&nite'
et quelquefois sur leur parcours des touffes de fins cana-
licules, en nombre tres variable (3 a 10). Ces canalicules
sont le plus souvent simples, bifides ou trifides. Tons se
lerminenl par un petit renflemenl plein, portanl a sa sur-
face quelques soies. Tel est le resume de la description
qu'a donnee Hatschek de cet organe. Je considere les gros
canaux du rein de I'tichiure comme homologues aux
gros troncs du meme organe chez le Polygordius, les (ins
(1) Hatschek, Arb.aus dem Zool. Inst , Wien 1 H 80.
3 me SERIE, TOME VIII. 7
i 98
canaux terminaux du premier comme representanl les
canalicules des entonnoirs clu rein de Polygordius. Quant
aux renflements solides qui ferment chaque canalicule de
l'£chiure, je les considere volontiers avec Hatschek comme
homologues des vrais entonnoirs vibratiles des Rotiieres.
La seule difference qui existe entre la constitution du rein
cephalique de Polygordius et de TEchiure, e'est que chez
ce dernier les touffes de fins canalicules ne sont pas reu-
nies par une membrane cellulaire et qu'il existe encore
des vestiges des entonnoirs terminaux. Nous savons le peu
d'importance qu'il faul attacher a la membrane.
Comme dernier rapprochement, ajoutons que de I avis
meme de Hatschek le rein cephalique de TEchiure ne
communique, a aucun moment du developpement, avec la
cavite du corps.
L'etablissement de ces faits permet de voir une idenlite
plus rigoureuse de toutes les parlies du rein cephalique
de la larve du Polygordius et de I'Echiure, ainsi qu'une
homologie plus exacte entre le rein cephalique de ces vers
etl'appareil excreleur des Platihelminthes et des Rotiieres.
Sans connaitre mes observations, le D r E. Meyer (i), en
etudiant cette annee a Naples des larves de deux especes
de Polygordius, est arrive exactement aux memes resul-
tats que moi, quant a la constitution des entonnoirs du
rein cephalique. II n'a pas vu de communication avec la
cavite du corps. 11 a constate que les cotes des entonnoirs
etaient des canalicules creux en rapport avec le canal
principal. Enfin, chez les larves d'une de ces especes, il n a
pas trouve de membrane reunissant les canalicules.
(1) Lettre particuliere.
( 99
Le systeme nerveux central et peripherique des Archian-
nelides [Protodrilus , Polygordius) et des Archichoeto-
podes (Saccocirrus). — (Contribution a Vhistoire de
Vorkjine du systeme nerveux des annelides); par Julien
Fraipont, charge de eours a rUniversitede Liege.
NOTE PRJ&LIMINAIRE.
J'ai eu I'honueur, sur la proposition de I'Academie
royale de Belgique, d'etre envoye par le Gouvernement a
la station zoologiquedu professeur Dorhn, pendant l'hiver
de 1881-1882. Durant mon sejour k Naples, j'ai etudie
Porganisation de trois annelides fort inleressants. Le pre-
mier apparlient au genre Protodrilus (Hatschek), le
deuxieme au genre Polygordius (Schneider). Ces deux
vers sont consideres com me representant actuellement les
types les plus inlerieurs de la classe des annelides. Le
troisieme est le Saccocirrus papillocercus (Bobretsky).
Depuis mon retour j'ai continue mes recherches au labo-
ratoire de M. le professeur fid. Van Beneden et je me suis
surtout occupe de i'eiude comparative du systeme ner-
veux de ces vers. J'ai I'honneur de presenter aujourd'hui
a I'Academie le resume de mes resullats nouveaux.
J'ai etudie le systeme nerveux de ces animaux : 1° sur
le frais; 2° sur des individus enliers eclaircis par les reac-
life; 5° au moyen des Macerations; 4° entin, par des
sections successives du corps. (Coupes transversales et ver-
ticals; horizontals, longitudinales et verticales.)
1 00
Sy si erne new en x central.
J'ui pii constater que le systeme nerveux central des
Protodriles est lout enlier enkysle dans la profondeur de
Kepiderme, comme I'avaient deja vu Uljanin (1), Langer-
bans (2) el Hatschek (3), Avec ee dernier j'ai pu voir que
la masse ganglionnaire cerebroide est foruiee d'une couche
superficielle de cellules ganglionnaires entourant une
masse fibro-nerveuse interne. De la face posterieure de
eelle-ci partem deux commissures fibrillaires, qui vont se
confondre, an niveau du premier segment du tronc, avec
la moelle ventrale. Celle-ci se presente sous la forme de
deux cordons 6 brill aires paralleles situes a droile et a
gauche du fond de la goultiere ventrale et revelus, du
cote externe, d'une couche de cellules ganglionnaires. Ces
dernieres avaienl echappe a Uljanin et a Langerhans.
Hatschek le premier les a decrites avec leur veritable
interpretation.
La moelle ventrale s'arrete un peu au-devant de Fanus.
Schneider (4), chez le Polygordius lacteus, a aper?u
vaguement le ganglion cerebroide et n'a rien vu de la
moelle ventrale. Rajenski (5) a publie en langue russe
quelques pages sur des Polygordius. J'ignore ce qifil dil
du sysleme nerveux central. M'lnlosh (6) chez Polygor-
(1) Uljanin, Bull de la Soc. des naL de Moscou, L 52, 1877.
(2) Langerhans, Zed. fUr tviss zool. f 1880.
(3) Hatschek, Arbeit aus dem zcol. Inst, der Univ., WiYn, 1881.
(4) Schneider, Arch, ftir Anal. Phijs., von C. Rogislan Reichert und
Dubois-Ray mond, 1868.
(5) Rajenski, Protokolle der gesells. fUr Nat. Moskou, 1870, VII, IX.
(6) ATLntosii, Monographic of the Brilannelids, London, 1874.
dim (Linotrypane) apogon, Verier (I) chez Potygordius
Villoti, Giard (2) chez Polygordius erythrophtkalmns
ont vu que le systeme nerveux central de ces vers etait
place immedialement sous Pepi'derme, mais ils n'ont pas
donne de details sur la structure intime de celui-ci.
Hatschek (3) esl le seul qui ait approfondi cette elude.
II a observe le developpement de cet appareil chez les
larves d'un Polygordius, pechees a Trieste, et chez de
jeunes sujels provenant de ces larves.
Chez le Polygordius neapolitanus (no v. sp.) que j'ai
particulieremenl etudie, la parlie anterieure du segment
cephalique est separee du corps par un profond sillon,
oblique d'arriere en avant el de haut en has, qui n'inte-
resse que la region mediane de celle partie. La masse
cerebroide se Irouve logee dans cette porlion du premier
anneau. On peut lui reconnaitre diflerents lobes, que j'ap-
pellerai : ganglions anterieurs, ganglion moyen et gan-
glions posterieurs. Toute cette masse ncrveuse cephalique
est enkyslee dans Tepaisseur de Tepiderme et fail corps
avec lui. Elle est cependant recouverte par une mince
membrane a cellules ires plates, qui isole, deplus, les
ganglions les uns des anlres. Les ganglions anterieurs
sont constitues de deux lobes coniques a sommel dirige
en avant, a base posterieure. lis sont exclusivemenl
formes de cellules ganglionnaires, unipolaires, a corps
protoplasmiques mal definis, a noyaux ovalaires ou fusi-
formes donl le grand axe converge vers le sornmet du
cone. Du sommel de chacun de ces ganglions emerge un
(!) Pkrier, Comptes rendus, I. LXX, 1875.
(2) Giard, Comptes rendu*, 1880.
«
(3) Hatschek, Arbeit aus dem zooi Inst, der Univ., Wien, 1878.
102 )
laisceau de fibrilles nerveuses forma nl un gros nerf, qui
va constituer Paxe des lenlacules.
Le ganglion moyen le plus volumineux de lous presente,
a considerer deux sortes d'elements : 1° une couehe plus
oa rooms epaisse de cellules ganglionnaires peripheriques
pour la plupart unipolaires, mal individualisees, a noyaux
arrondis; 2° au centre et en arriere une masse linement
ponctuee et fibriliaire analogue h la substance ponctuee
de Leidy. Les ganglions posterieurs consliluent deux lobes
lateraux, silues un peu en avant des fossettes vibratiles.
lis sont formes exclusivement de cellules ganglionnaires
presentant les memes caracteres que les precedentes. Us
inervenl, specialement, les cellules epitheliales des fos-
settes vibratiles. Entre ces deux ganglions, une bandede
cellules nerveuses qu'il faut rapporler au ganglion moyen
ou bien qu'il faut considerer com me ganglion special.
La moelle ventrale est reliee aux ganglions cerebroides
par deux faisceaux de librilles nerveuses, qui prennent
naissance dans le ganglion moyen a Texlremite posterieure
des faces lalerales de la region fibriliaire et qui s'unissent
k la chaine ventrale un peu en avanl du premier segment
du tronc. Ces i\eu\ faisceaux, dans tout leur trajet de la
face dorsale a la face ventrale du ver, restent dans l^pais-
seur de I'epiderme. lis ne gagnent un revetement de cellules
ganglionnaires qu'un peu en avant de leur point de pene-
tration dans la moelle.
L'epiderme est epaissi, du cote de la face ventrale, dans
toule la longueur du corps. La region profonde de celui-ci,
sur la ligne mediane, est occupee par la moelle ventrale,
qui s'etend depuis Texlremile posterieure du segment
cepbalique jusqu'au niveau de I'anneau glandulaire du
103 )
dernier segment du tronc. La p*rtie fibrillaire nerveuse
de la moelle est la plus interne. Celle-ci est limitee en
dedans par la membrane basilaire de Tectoderme et en
dehors par les cellules ganglionnaires nerveuses. La por-
tion fibrillaire est impaire et mediane. Elle est formee par
des fibril les nerveuses, dont une partie sont groupees en
un faisceau longitudinal. On y voil, de plus, des fibrilles
obliques et verticales qui la traversent dans loute son
epaisseur. On y rencontre, enfin, de fines ponctualions. Les
cellules glandulaires, qui recouvrent la region fibrillaire
de la moelle, sont pour la plupart unipolaires. Leur corps
est mal delimite, leur noyau arrondi; leur prolongement
penelre dans la region fibrillaire, verticalementouoblique-
menl,et conlribue a la formation de celle-ci. On Irouve
des transitions entre les cellules epidermiques de la surface
et les cellules profondes ganglionnaires. La moelle ventrale
presente la meme constitution dans toule son etendue.
Bobretski el Marion (1) out vu une partie du systeme
nerveux central du Saccocirrus papillocercns; ils n'ont
pas netlement dechiffre les divers elements des ganglions
cer£hro'ides.
La position du systeme nerveux central les a frappes et
ils ont pai faiiement reconnu qifil n'etait pas place, comme
chez la plupart des autres annelides, en dedans des mus-
cles, mais en dehors, immediatement sous la couche hypo-
dermique.
Tout le systeme nerveux central est, en effet, encore ici,
enkyste dans Tepaisseur de Pepiderme. Le lobe frontal du
segment cephalique n'esl qu\w epaississement de Tecto-
derme contenanl les ganglions cerebroides. Je n'ai pu
(1) Bobretski et Marion, Mm. des sc. nat., 6 C serie, t II, 1875,
104
voir de membrane propre entourant les centres nervenx.
Ceux-ci sont formes par une couche supei ficielle epaisse de
cellules ganglionnaires enlourant une masse centrale (ibro-
poncluee. Ces cellules sont grosses, netlemenl individua-
Usees, globuleuses, comprimees les unes contre les autres.
Leur protoplasme est clair, tres linement ponctue; leurs
noyaux sonl grands, spheriques, a contours nets, a corpus-
cules internes brillanls. Ces cellules sont groupees en lobes
du cote de la lace dorsale. II v en a deux laleraux, un
median et deux intermediates dans la region anterieure.
Plus en arriere il n'exisle pins que deux lobes lateraux
et deux medians. A la lace inferieure les cellules ganglion-
naires forment une masse unique.
Le centre est rempli par une substance finement granu-
leuse semblable a la substance ponctuee de Leidy; en
arriere elle devient infere et n'esl plus entource quesupe-
rieurement par les cellules ganglionnaires. Des faces late-
rales de la parlie posterieure de celte masse graniileuse
partenl deux cordons fibrillaires, qui cheminent dans
ripaisseur de lepiderme, gagnenl les cdtes du segment
cephalique, puisatteignent la face ventrale, tout en restant
a une grande distance Pun de I'aulre. Ce sont les commis-
sures cesophagiennes. Elles sont completemenl depourvues
d'un revetement de cellules ganglionnaires.
Vers le milieu du premier segment du tronc, les deux
cordons fibrillaires se confondent avec la moelle ventrale.
A ce niveau, ils sont reunis par un pont de substance
fibrillaire constituant une commissure transverse, lis sont
loges dans la profondeur de Tepiderme epaissi et sont
entoures chacun, du cdte de Texlerieur, par des elements
ayant tons les caracteres des cellules nerveuses des gan-
glions cerebroides. A partir de ce point la moelle ventrale
est consiituee.L'epiderme est epaissi sur toute la longueur
de la face ventrale. La moelle s'etend dans la profondeur
de cet epaississement depuis le premier segment du tronc
jusque dans le dernier immediatement en avant de I'anns.
Elle est formee de deux cordons tibrillaires cylindriques,
parallels, tres eloignes Tun de I'autre, el revetus sur leur
face externe d'une couche de cellules ganglionnaires, glo-
buleuses,claires,a noyaux brillants. Entreces deux parlies
de la moelle Tepiderme conserve les caracteres qu'il pos-
sede sur tout le reste de la surface du corps, sauf qu'il a
une plus grande epaisseur. On ne remarque pas de com-
missures Iransverses dans toute I'etendue de la moelle.
Celle-ci diminue progressivement de volume de son extre-
mite anterieure a son extremile posterieure. Immediate-
ment en avant de I'anus, au niveau du point d'insertion
des deux appendices lateraux, les cordons fibrillaires ont
disparu. A la place qu'ils devraient occuper on pent voir
sur une coupe transversale deux pelites masses de cellules
presentant des caracteres de cellules ganglionnaires. La
s'arrete la moelle ventrale du Saccocirrus.
Systeme nerveux peripherique. — Sa constitution, ses
rapports avec le systeme nerveux central.
Depuis Schneider jusque Hatschek aucun de mes pre-
decesseurs n'a rien vu du systeme nerveux peripherique, &
I'exception des nerfs des tenlacules, ni chez Protodrilus,
ni chez Polygordius, ni chez Saccocirrns. C'est surtout
chez Polygordius neapolitanus (nov. sp.) que mes investi-
gations ont porte et que je suis arriv£ aux resultats les
plus complets.
Comme je I'ai dejii dit, on peut voir emerger des gan-
i 106
>
glions anterieurs deux gros nerfs qui vonl constituer Paxe
des tentacules. L'extremite peripherique de chaque (ibrille
est en continuity de substance avec la partie profonde
d'une cellule epidermique superiicielle. Cette couche est
recouverte par une mince cnlicule sur laqtielle est im-
plantee, de distance en distance, une petite soie rigide.
Comme j'ai pu m'en convaincre sur Panimal vivant, les
tentacules sont incontestab'ement des organes du tact, du
toucher. Cerlaines cellules du ganglion moyen sont aussi
reliees & des cellules epidermiques de la surface du lobe
anterieur du segment cephalique. Les cellules epitheliales
ciliees des fossettes vibratiles sont aussi en rapport tres
intime avec les cellules nerveuses des ganglions poslt;-
rieurs. Pour beaucoup d'entre dies le contact est imme-
diat, de facon que les impressions revues par les premieres
sont transmises directement aux cellules ganglionnaires.
Chez le Protodrile ou il n'y a pas encore comme chez
Polygordiu* de localisation de ganglions dans la masse
cerebroide, la portion (ibrillaire interne fournit deux pin-
ceaux lateraux de h'brilles nerveuses, qui se rendent dans
les tentacules. II y a aussi contact irnmediat entre les
cellules epidermiques superficielles du lobe frontal dans le
segment cephalique et les cellules ganglionnaires de la
masse cerebroide. Par conlre, les cellules epitheliales des
fossettes vibratiles se prolongent chacune, du cotede leur
face profonde, en un filament qui les met en rapport avec
des cellules ganglionnaires de la partie posteYieure de
I'organe central.
p
Chez Saccocfrrus il y a encore contact irnmediat entre
les cellules nerveuses superficielles des ganglions cere-
broides el les cellules Epidermiques de revelement dans le
lobe frontal, f.es deux nerfs des tentacules nrennent leur
( *07 )
origine sur les faces laterales de la masse fibro-interne,
axiale. Les cellules epitbeliales des fossettes vibraliles ne
sont pas directement contigues aux cellules nerveuses des
ganglions eerebroides.
Les cellules ganglionnaires de la moelle ventrale du
Polygordius sont pour la plupart, comme nous Tavons vu,
pourvues (fun prolongement filiforme, qui tantot se perd
dans la masse fibrillaire profonde pour contribuer a la for-
raalion de eelle-ei, fantot traverse cette couche dans loute
son epaisseur, passe a travers la membrane basilaire de
repiderme et va se perdre dans les lissus sous-jacents.
Les cellules epidermiques de la surface paraissent etre
le plus souvent, au niveau de la moelle ventrale, en con-
tact immediat par leur face interne avec les cellules npr-
veuses sous-jacentes. Cependant, vers les cotes de la region
ventrale on voil des cellules epidermiques superficielles
pourvues de proloi)£?emenls a leur exlremite profonde,
lesquels se mettent en rapport avec les elements gan-
glionnaires de la moelle. D'autres paraissent se perdre
an niveau de la membrane basilaire de la couche epider-
mique.
Plexus nerveiix intermusculaire. — Ses rapports avec le
systeme nerveiix central, avec repiderme et avec les
muscles.
II ex isle dans I'epaisseur des champs musculaires lon-
gitudinaux, chez le Polygordius, un riche plexus nerveux.
II consiste en minces filaments proloplasmiques, clairs,
parsemes de granulations brillantes. Ces filaments se
ramifient et s'anastomosent dans tous les sens. Sur le
trajel de ces tractus nerveux, on rencontre par-ci par-la
( 108)
une cellule a protoplasme linement granuleux, pourvue
(Fun gros noyau ovale. Cerlaines branches cle ce plexus
sont en rapport avec des prolongements des cellules gan-
glionnaires de la moelle ventrale. Les dernieres ramifica-
tions aboutissent aux elements musculaires. Chaque lame
musculaire est parcourue a sa surface par des trainees
protoplasmiques finement granuleuses, snr le trnjel des-
quelles on rencontre, quelquefois, un noyau de cellule
ovalaire. C'est toujours au voisinage du noyau que les
prolongements nerveux du plexus se mettent en commu-
nication avec la couche de protoplasme recouvranl la
lame musculaire. Ce plexus intermusculaire n'est pas seu-
lemenl en rapport avec les prolongements des cellules
ganglionnaires de la moelle ventrale; un grand nombre
de cellules superficielles de l'epiderme sont directemenl
en continuile de substance avec celui-ci, surtout du c6te
de la face dorsale. Dans cette derniere region, je n'ai
jamais pu voir de rapports directs entre un prolongement
de la moelle ventrale et le plexus intermusculaire, tandis
que j'ai pu me convaincre, a differentes reprises, de I'exis-
tence du second mode de communication avec I'exterieur.
On peut voir dans cerlaines dilacerations une cellule de
la surface de l'epiderme en continuite avec le plexus inter-
musculaire par un court prolongement. Cette cellule 6pi-
dermique fait alors fonction d'organe terminal sensible;
son prolongement et la parlie superficielle du plexus, a
laquelle il est relie, fouctionnent eomme nerfs sensibles;
les dernieres ramifications du plexus qui aboutissent aux
lames musculaires doivent etre consider^es comme nerfs
moleurs et ia on les cellules inlerposees entre la partie
superficielle et profonde du plexus doivent etre consi-
derees comme cellules ganglionnaires, comme centre
109
nerveux. De cette disposition il resulle que les muscles
ne sont pas exclusivement en relation avec les ele-
ments constitutes de la moelle ventrale. line excitation
de Texlerieur pout etre transmise directement par une
cellule epidermique de la surface a une cellule ganglion-
naire du plexus intermusculaire, qui pent commander
directement des elements musculaires. Dans la region du
corps situee immediatement en arrieredu bourrelel glan-
dulaire preanal, le second mode denervation des organes
internes exisle seul chez Polygordius. Quoi qu'il soit plus
difficile, chez les Protodriles, d'eludier cette partie du sys-
teme nerveux, dontil vienl d'etre question, j'ai puconstaler
les memes fails dans ce qu'ils ont d'essentiel. II existe
aussi chez le Protoclrilus Leuckartii un plexus intermus-
culaire dont les rapports avec Tepiderme etla moelle ven-
trale d'une part, les muscles de I'aulre, sont les memes
que chez le Polygordius neapolitanus. J'ai constate aussi
ces fails chez le Saccocirrus papillocercus.
La moelle ventrale envoie des prolongements nerveux
& d'aulres organes qu'aux muscles longitudinaux; j'ai pu
poursuivre des fibrilles nerveuses dans les cloisons mesen-
teriques el jusque dans le mesentere.
Comparaison du systeme nerveux central de Protodrilus,
de Polygordius el de Saccocirrus avec celui des autres
annelides.
Ce qu'il y a d'essenliellement caracteristique dans le
systeme nerveux central des Prolodriles, ce sonl ses rap-
ports avec Tectoderme. Chez la plupart des annelides, dont
nous connaissons le developpemenl, la plaque syncipitale
et la moelle ventrale se formenl dans I'ectoderme.
110 )
A mesure que I'emhryon se developpe et qu'il prend
la forme de Padulte, la plaque syncipitale et la moelle
ventrale se detachenl de I'epiderme et gagnent la pro-
londeur; de telle facon que chez I'adulle des elements
d'origine mesodermique (muscles el lissu conjonctif) sont
interposes entre le sysleme nerveux central et I'epiderme.
Les ganglions cerebro'ides se trouvent ordinairement sus-
pendus dans la partie anterieure du segment cephalique
par des brides conjonclives et musculaires. Les elements
nerveux sont entoures d'une gaine de cellules plates qui
les isole et que Ton peul poursuivre a la surface des ironcs
nerveux qui partent des ganglions cerebro'ides. Ceux-ei ne
sont plus en rapport avec I'epiderme que par les nerfs qui
s'y rendent. La moelle ventrale, entouree aussi d'une
memhrane propre, se trouve placee en dedans de la mem-
brane basilaire ou de sou lien de I'epiderme, entre les
champs musculaires ventraux, quelquefois meme au-dessus
des elements musculaires. Chez les Protodriles, le systcmo
nerveux central presente a I'etal permanent les caracteres
du systenie nerveux central embryonnaire des annelides
superieurs. II reste uni inlimement a I'epiderme. Ce n'est
qu'une partie de I'ectoderme primilif qui a pris des carac-
teres histologiques speciaux el une fonction speciale et
qui ne s'est individualisee que partiellement. Elle n'est pas
meme isolee du reste de I'epiderme par une membrane
propre. Au point de vue de sa position, elle n'a fait que
gagner la profondeur de I'epiderme. Au point de vue de sa
structure, ce systeme nerveux central est aussi des plus
primilifs. Sur une meme coupe transversale el verlicale
on peut voir de nombreuses transitions entre les cel-
lules epidermiques ordinaires et les cellules nerveuses.
On peut a peine dislinguer un groupement determine
Ill
des cellules dans Ies ganglions cerebroides. Quant a la
moelle venlrale, elle presente aussi une structure ires pri-
mitive. Kile reste double dans toute son etendue. Les
cellules ganglionnaires sont reparties uniformement a la
surface inferieure des cordons fibrillaires. Ceux-ci restent
separes Tun de Pautre dans toute la longueur de l'organe
et ne presentent pas en des points determines des commis-
sures transverses. Les cellules ganglionnaires ne sont pas
davantage groupees en des points determines pour former
des ganglions Com me Hatschek Pa Ires bien dit, le sys-
teme nerveux central du Proiodrilus doit elre consid^re
■
comme represenlant le stade le plus primitif, actuellement
connu, de Involution morphologique de cet appareil chez
les annelides.
Les ganglions cerebroides des Polygordius represented
deja un stade pluseleve du developpement morphologique
de cet organe.
Tout en restant chez Padulte dans Pepaisseur de Pepi-
derme, ils sont plus nettement individualises, grace a
Pexistence (Tune gaine propre qui les isole des autres for-
mations d'origine ectodermique. De plus, chaque groupe
de ganglions preside a une fonction plus nettement deter-
mined les deux ganglions anterieurs inervent les tenta-
cules; le ganglion moyen est specialement en relation avec
Pepiderme du segment cephalique et avec le reste du corps
par Pintermediaire de la moelle ventrale, a laquelle il est
relie par les commissures oesophagiennes.
Les ganglions poslerieurs sont specialement en rapport
avec les fossettes vibratiles. La moelle venlrale s'eloigne
de la forme primitive que nous avons rencontree chez le
Protodrile. La gouttiere venlrale qui existe chez la larve
de Polygordius, comme Fa prouve Hatschek, a disparu
Hi
chez I'adulte. Les deux cordons fibrillaires longitudinaux
de la moelle sont soudes dans loute l'etendue du corps,
comme c'est le cas chez beaucoup d'annelides superieurs,
et ne torment plus qu'une masse impaire et mediane. Les
cellules ganglionnaires, qui recouvrentla partie fibrillaire,
presenlent les memes rapports vis-a-vis de celle-ci que
chez les Protodriles.
Le systeme nerveux central du Saccocirrus n'esl pas plus
eleve que celui de Polygordius sous le rapport de son
organisation. A certains points de vue me me il est plus
primilif. Les rapports chez I'adulte avec I'epiderme, sa
position sont les memes que chez les deux types dont nous
venons de parler. Les ganglions cerebroides sont conden-
ses en une seule masse; ils ne sont pas isoles comme
chez Polygordius et ne sont pas recouverts par une gaine
propre. Cependant les cellules nerveuses se sont difleren-
ciees davantage des cellules epidermiques superficielles.
Elles out pris des caracteres qui permeltent de les dislin-
guerdesautres.Quoiqu'il n'existe plus chez Saccocirrus une
oulliere longlludiuale a la face venlrale, la moelle a con-
serve la disposition typique primordiale qui se renconlre
chez les Protodriles. Elle resle double; les deux faisceaux
fibrillaires sont separ£s Tun de Pautre dans toute la lon-
gueur du corps. Ce dernier caractere persiste chez un
certain nombre de Choelopodes tels que les Sabelles.
Cependant 1'ensemble de I'organisation des Protodriles et
des Polygordius indique des vers plus inferieurs que le
Saccocirrus et justifie complelement la maniere de voir de
Hatschek qui les reunil dans un meme groupe sons le nom
d'archiannelides, landis que le Saccocirrus serait d'apres
lui un archichoetopode.
D'apres les observations du professeur fidouard Van
i\3
Beneden, on peul encore ranger parmi les archiannelides
THislriobdelle etudiee recemment par A. Foellinger (I).
Chez ce curieux ver le systeme nerveux central est aussi
enkyste, dans I'epaisseur de Pepiderme. La masse gan-
glionnaire cerebroide esl divisee en deux lobes. La moelle
ventrale montre la meme constitulion fondamentale que
celle des archiannelides. Les cordons fibril laires ne sont
pas sondes Tun a I'autre dans toute I'etendue de leur trajet
comme chez Polygordius ni separes dans to u le leur lon-
gueur comme chez Protodrilus. lis sont separes au niveau
des retrecissements de la paroi du corps et ils sont soudes
en une masse unique en Ire cesetranglements Nous avons
peut-etre, la, I'ebauche d'une vraie chaine ganglionnaire
ventrale telle qu'elle existe chez les annelides superieurs.
Tout le reste de la constitution de I'Hislriobdelle indique
un annelide Ires simple, tres primitif.
Les Polyophthalmus, si bien etudies recemment par
fidouard Meyer (2), montrent ,un slade plus eleve de
revolution du systeme nerveux central queceux des vers,
dont nous avons parle jusqu'ici.
Chez Tadulte les ganglions cerebroides sont complete-
ment separes de Fepiderme el suspendus dans le segment
cephalique. Leur differentiation hislologique est aussi
beau coup plus elevee. Bien des Choetopodes ne montrent
meme pas une complication aussi grande dans la consti-
tution de ces ganglions cerebroides. La moelle ventrale n'a
pas suivi revolution ascendanle de ceux-ci, du moins
quant a sa position.
(1) Le travail d<* Foellinger paraitra sous peu dans les Archives de
bioloyie iTEd. Van Beneden et Van Bambeke.
(2) & Meyer, Arch, fur mikr. Anat. Bd. XXI, 1833.
3 me SfclUE, TOME Vlff. . 8
114 )
Elle est restee en contact avec Pepiderme de la face
venlrale. Elle est cependant plus profondement placee que
chez les Polygordius et n'est plus en rapport avec Tepi-
derme que par une petite partie de sa face inferieure; le
reste de sa surface est engage entre les lames museulaires
transverses. Elle est impaire et mediane. De distance en
distance de gros nerfs, en nombre pair, emergent de la
moelle ventrale. Cette organisation de la moelle et du cer-
veau indique deja un annelide moins primordial que ceux
que nousavons etudies. Un certain nombre d'autres Choe-
topodes presentent aussi cette particularity d'avoir la
moelle ventrale encore en contact avec Yepiderme (Telep-
sarus Cosiarum, etc.). Que la moelle se separe complele-
ment de I'epiderme chez Fadulte,que les cellules nerveuses
se groupent surtout en certains points determines pour
former des ganglions, qu'il se forme des commissures
transverses en ces points qnand la moelle reste double,
que des nerfs partent aussi de ces points determines et
nous arrivons au dernier stade actuellement connu de
revolution du systeme nerveux des annelides, celui realise
chez les Polych&tes et les Oligochetes.
Cons id e
des Annelides.
Nous savons, surtout depuis les belles recherches de
Kleinenberg, que les cellules neuro-musculaires de PHy-
dre remplissent a la fois les fonctions de systeme ner-
veux et d'appareil musculaire. El les fonctionnent comme
organes terminaux sensibles, comme cellules ganglion-
naires, comme nerfs sensibles, comme nerfs moteurs.
its
Tout le systeme nerveux est ectodermique et disseminc
dans tout Pectoderme. Mais cette organisation tres simple,
que les tins considerent comme primitive, que les autres
regardent comme secondaire, n'existe pas, comme telle,
chez tons les Coelenleres. II y a chez les Actinies, comme
nous Pa appris surtout Herlwig, un systeme nerveux tres
developpe et tres complique. (I consiste en un plexus ner-
veux ectodermique en rapport avec les elements d'origine
ectodermique et un plexus intermusculaire en rapport avec
les muscles d'origine endodermique.
Ces deux plexus nerveux paraissent independanls Pun
de Paul re. Chez certaines Actinies le systeme nerveux
ectodermique s'est partiellement localise autour de la
bouche, ou il forme un anneau nerveux complet.
Balfour et Lang regardent les Annelides comme prove-
nant des Coelenteres et considerent le systeme nerveux des
premiers comme homologue a certaines parties de eel n i
des seconds.
Kleinenberg identifie Panneau nerveux,' adjacent a Por-
gane vibratile des larves d'Annelides, a Panneau nerveux
de Pombrelle des Meduses; mais, d'apres lui, le systeme
nerveux central de Padnlte est une neo-formation ; il ne
derive pas de celui des Coelenteres.
Dans un travail tout recent, Adam Sedwik (1) a emis
Phypothese que le systeme nerveux central tout entier
des Annelides, Arthropodes el Vertebres (Tripoblastiques)
serait homologue de Panneau nerveux buccal des Acti-
niaires. II identifie la bouche et Panus des Tripoblastiques
£ la bouche des Coelenleres, en se basant sur un certain
nombre de fails posit it's. Chez des Actinies, en eflet ,
(1) Adam Sedwik, Quaterly Journ. of Micr., 1884.
( U6
I'orilice do la cavile gastro-vasculaire ne resle pas large-
menl ouvcrl; les bonis s'aceolent dans la plus grande
pariie de leur etendue, de fa^on a reslreindre cot orilicea
deux points opposes. Dans le genre Peachia eludie par
Weldon, ces bards so soudent, ne laissant beanls que les
deux orifices precites, donl Tun deviendrail une bouche,
l'aulre un anus.
L'anneau nerveux suit cetle evolution de la region
huccale. II prend la (brme d'un biscuit. O processus se
reproduirait a certains stades determines du developpe-
ment embryonnaire des Tripoblastiques; secondairemenl,
la partie poslerieure de l'anneau nerveux qui entoure
1'anus s'atrophierait el ne se montrerait meme plus dans
le developpement de la plupart de ces animaux.
La portion anlerieure situee en avant et au-dessus de
la bouche se diflerencierail, chez les Annelides, en gan-
glions cerefcroides ; le resle de l'anneau donnerait nais-
sance h la chafne venlrale et aux commissures oesopha-
giennes.
S'il en est ainsi, comment devons-nous considerer le
sysleme nerveux de la larve du Polygordius? La plaque
syncipilale, qui apparail la premiere, la rnoelle ventrale
el les commissures, qui se developpent seulement lors de
la formation du none, seraient homologues de l'anneau
circulaire nerveux de la bouche des Actinies. Tout le sys-
leme nerveux peripherique de Hemisphere cephalique
superieur, qui prend un developpement si considerable
pendant la vie larvaire du Polygordius et qui s'alrophie
presque en tolalite chez Tadulte, peut clre considere comme
represenlaut le plexus ectodermique des Coelenteres. Le
s^sleme nerveux central del' A nuclide adulle ne represent
( I*?
done plus qtfune partiedu systeme nerveux ectodermique
deceux-la.
Une forme intermediaire enlre le systeme nerveux t\< s
Aclinies et celui des Annelides inferieurs que nous avons
etudies se presente chez les Chcetognathes- Hertwig nous
monlre aussi Chez cos vers deux parlies hien distinctes
au point de vue de leur position : 1° une portion ectoder-
mique consistant en deux organes centraux, un ganglion
oesophagirn superieur, nil ganglion ventral, reunis Tun a
I'autre par deux commissures; a la face interne de I'epi-
derme (com me chez la larve du Poh/gordius) un riche
plexus nerveux forme par des cellules ganglionnaires et
des fibres sensibles; 2° une portion inlermusculaire con-
tituees par des organes centraux et des elements peri-
pheiiques moleurs. On peul considerer le plexus cetoder-
mique du Choelognathe com me represenlant celui de
TActinie et celui de la larve de Potygordius; le reste du
systeme nerveux ectodermique du Sagitfaserah homologue
de Tanneau buccal de I'Actinie du svsteme nerveux central
du Poly got dim adulte.
Qu'esl devenu chez nos Annelides le plexus ectoder-
mique de I'Actinie et du Sagitla? Chez la larve nous
avons vu qn'il existe encore Ires developpe sur une pai tie
du corps, puis qu'il s'alrophie a mesure que cette partie
diminue d'importance pour devenir la portion anlerieure
du segment cephalique de Tadulle. Je pense qu'il s'esl
condense a la face ventrale et qu'il est venu renforcer la
moelle en s'incorporant a cellc-ci. Le systeme nerveux
central tout enlier, d'ailleurs, aussi bien que Tanneau
buccal de PAclinie rfoivetlt elre consideres comme repre-
senlant le resultat d'une localisation partielle plus ou
(118)
moins complete ties elements nerveux repartis, dissemines,
primifivemenl, dans tout 1'ecloderme, sous forme de plexus
ou autre. Cette localisation a commence chez I'Aclinie;
elleest plus avanceechez le Sagitta, plus encore chez les
Arehiannelides; elle est cousommee, elle est complete chez
les Choetopodes. Le plexus ecrodermique qui inervait snr-
tout les muscles eclodermiques des Acliniaires n'a plus
de raison d'elre, comme tel, chez le Choetognathe et chez
nos Annelides, a cause de la disparition des muscles eclo-
dermiques. Je pense qu'il faut considerer la membrane
basilaire de Tepiderme du Polygordius comme represen-
tanl la couche musculaire ectodermique des Aclinies.
Lhistoire du developpement du Saccocirrus nous appren-
dra si mon hypoth&e est fondee. En eflet, il existe chez
ce ver, an lieu d'une membrane basilaire de I'ectoderme,
une couche mince de muscles circulates, separant Tepi-
derme des champs musculaires longitudinaux. Cctie couche
devrail etre d'origine ectodermique,
Le plexus nerveux intermusculaire du Choetognathe est
tout a fail comparable au plexus endodermique de I'Ac-
tinie, comme le soulienl Herhvig lui-meme. En effet, il a
son siege chez I'Aclinie en ire les cellules musculaires qui
proviennenl de cellules epitheliales endodermiques modi-
liees. Chez le Sagitla ce plexus regne entre les muscles
longitudinaux qui sedeveloppentaux depensdumesoblaste.
Celui-ci provienl de I'epithelium du tube digestif primor-
dial. Ces deux plexus ont probablement meme origine
et nous pouvons actuellement les considerer comme
homologues. Pouvons-nous identifier le plexus inlermus-
des
d es
iW )
tires mesodermiques, qui derivent probablement de cel-
lules de rexlremile posterieure du tube digestif primor-
dial, lis out done meme origine que ceni des Sagitta.
Les elements nerveux intermusculaires ont meme posi-
tion visa-vis cTeox. Le plexus intermusculaire des Anne-
lides inferieurs a conserve cependanl des caracteres plus
primitifsque chez les Choelognathes. En effet, les cellules
ganglionnaires ne se sont pas groupees en certains points,
*
par localisation de fonction, comme chez Sagitta, pour
former des masses d'organes centraux plus ou moins
importantes (ganglion lateral de la tete, ganglion buccal).
De plus, le systeme nerveux intermusculaire n'est pas
directement en rapport avec les ganglions cerebroides,
comme e'est le cas chez Sagitta. II reste dissemine dans
Urate Tetendue des champs musculaires, comme chez les
Aclinics.
Les muscles d 'origine mesodermique, aussi bien chez
le Choetognathe que chez le Polygordim, nesont separ^s
de lepiderme que par une mince membrane, Hertwig
n'a pas vu de communications entre le plexus ectoder-
mique du Sagitta et son plexus intermusculaire. II n'en
nie cependanl pas ('existence et il est meme tente de I'ad-
metire (1).
Chez les Archiannelides nous vovons qu'il s'est etabli
des rapports tres intimes entre Tepiderme et le plexus
intermusculaire. Ces rapports n 'ex is tent probablement pas
chez les Coelenleres; comment bnt-ils pu se produire? lis
ont du apparailre en suite de I'atrophie des muscles ecto-
dermiques. II y aura eu d'abord simple contact entre cer-
(1) Hertwig, Choetognathen.
m )
tains elements nerveux de ces deux formations, enlre
certains prolongements du plexus eclodermique restes
engages dans la membrane basilaire, qui represenlerait la
couche de muscles eetodermiques. Puis certains prolonge-
ments du plexus eclodermique se sonl soudes a cei taines
branches superticielles du plexus intermusculaire. Puis est
arrivee la disparition du plexus eclodermique commc tel
dans la plus grande etendue du corps. Cette disparition
n'a pas entraine necessairement ^interruption complete
de communication enlre tous les elements de Pepiderme
et le plexus intermusculaire. Un certain nombre de cellules
de Pepiderme seraient reslees en rapport avec le plexus
intermusculaire apres la disparition du plexus eclodermi-
que. Ce stade est realise chez les Annelides inlerieurs.
Nous aurions chez eux, a Petal permanent, une phase de
transition entre le systeme nerveux dcs Choelognathes et
celui des Choetopodcs. Chez ceux-ci le systeme nerveux
intermusculaire (qui doit certainement exister quoiqu'il
n'ait pas encore ete trouve) serait exclusivement en rapport
avec le systeme nerveux central d'origine eclodermique.
En resume, un certain nombre de fails posilifs nous
permellent de supposer que le systeme nerveux central
d'origine eclodermique des Annelides est homologue au
sysleme nerveux central de meme origine des Choelo-
gnathes, plus le plexus ectodermique de ceux-ci. II serait
aussi homologue a I'anneau nerveux buccal des Actinies.
Enfin, le plexus nerveux ' intermusculaire des premiers
serait homologue au plexus intermusculaire des Sayitta
et au plexus endodermique des Actiniaires.
121
Sur an theoreme de mecanique applicable aux sysfemes
dont le mouvement est periodique ; par E. Ronkar.
Considerons le mouvement (fun systeme quelconquede
points materiels p, dont la position est a chaque instant
determinee par leurs trois coordonnees rectangulaires.
Soient x, ?/, z, les coordonnees, an temps J, d'un point
quelconque p do systeme; m, sa masse. Soienl X, Y, Z, les
composantesde la force exterieure qui agit sur ce point.
Supposons que le mouvement du sysleme soit soumis
h cerlaines liaisons exprimees par des equations de la
forme
ou L peut representer une fonction des coordonnees des
differents points et du temps.
Dans ces conditions, on sail quo Ton peut prendre pour
equations du mouvement d'un point quelconque du sys-
teme, des equations de la forme :
<*% v £ v; , dl
d'z ^, dU
ou les qua miles A, qui sont a determiner au moyen des
equations de condition, sont en nomhre egal a celui de
ces equations.
122 )
Supposons qu'on ait inlegre les equations du mouve-
ment; on peut alors se representer chacune des coor-
donnees des points du sysleme comme exprimee en lone-
lion des coordonnees et des vi tosses initiales de tous les
points, ainsi que du temps.
*
Represenlons par ar , y , z , les valeursde x y y, z, au
temps f , et par x' , y' , z \ les valeurs des eomposantes de
la vitesse du meme point, au meme temps.
En designant par s unequelconque des coordonnees au
temps t, on pourra considerer s comme une fonction des
x o>!/0' z o* x 'o> ?/o* z '& '■
Posons :
$ ■= f(*o i #oi *o» *i, yi, z' , t).
dt
t
On aura de meme
% •
•' = ?( x o, y , to, aro, »/J, *i. t).
Les valeurs des s ainsi exprimees doivent satisfaire
aux equations du mouvemenl, les equations de liaisons
6tant rendues identiques.
Supposons que Ton considere le mouvement du meme
systeme, soumis aux m6mes liaisons, les conditions ini-
tiales seules etant ehangees, de sorte que les quantites
#o» y<n ^o» ^0' y<>i z oi
qui se rapportenl au temps t Q , deviennent respectivement
*, -*. &r , y 9 -4- Sy , z -+- Szq, x' -+- Sx' , y' •*- fy'o, zi -*- <**«*
*
pour ce meme temps.
Nous supposons les qualities <5x , dy , <5z < $x' {} , <V ,
423
£z' , infiniment petiles, mais arbitrages. Elles sont lelles
que les equations de liaison restentsatisfaitesau temps t .
Le mouvement continuant sous 1'influence des forces
exterieures et des liaisons, les coordonnees des points au
temps / ne diflereront en general des memes coordonnees s,
au meme temps, dans le premier mouvement du systeme
que de quanliles 3s y tres pelites, donnees par la relation :
^ f ds ds ds ds ds
™ \ax ay dz dx dy Q
ds \
dz )
Ceci suppose evidemment que les conditions initiales
eprouvani les modifications indiquees, il n'en resulte pas
une alteration finie dans les positions respectives des
differents points du systeme consid^re a un meme instant
dans les deux etats de son mouvement.
Les composantes s 1 des vilesses eprouveront aussi des
variations donnees par des formules analogues.
*
. , „ . ds' ds' ds' ds' , ds' ,
UiXq M yo uzq uXq tiu
_
CfZn
Representors par T la demi-somme des forces vives.
La variation que T eprouvera, au temps f, sera :
<rr = ^ m {x'W -t- y'6y' h- z'Sz').
m }
■
Multiplions pare?;, et integrons de t a /; nous aurons :
A* = if'n, (*' j t . fe + y'i . * + «• 1. *)*
l #
Eten integrant par parties :
*
m (x' 9x-+y'$\j+z'Sz) — > / ml — <fx
d'x
»,
«/«v
«0
f.
Des equations du mouvemenl on tire :
(fir rf*t/ d*z , — „*,
^ ^ (dL dL dL .
* * \dx dy J dz
Or, les coordonn6ess exprimeesen lonclion des ar ,i/o>
z QiX'o, y'o> z 'o, *> doivent constamment rendre identiques
les equations de condition. Quel que soil le temps t, on a
done :
L(x, y, z, t) = 0.
Les conditions iniliales du mouvemenl etant changees,
mais le systeme continuant a se mouvoir, en restant
assujetli aux memes liaisons, ces equations au meme
temos /. doivent etresatisfaites nar les
x -*■ 3x, y «+• Sy, z -*- 8z,
exprimees en fonction des
Xq+ <?x , y + <tyo, z Q + <?z , x' -+- 6x' , y' Q -*- <Jyi , z' + ctei, et t.
( in
En representanl par dL la variation de L quand on y
change a:, y, z, en x -h dx, y -+- By, z -+- dz, on a done
2/rfL rfL dh \
\ — to-4~ — <fy-f- — dz =0.
\rfx dy J dz I
Par suite, nous aurons :
les (Js etanl ainsi assimilables a des deplacements virtuels.
Nous obtenons ensuile :
*.
JT.dt =^m (x'cSx -t- y'efy + z'Sz) — 2 /'(Xcfcr -4-Yfy
u
ZSz)dt.
Soil maintenant W une fonction de toutes les coor-
donnees des points du systeme, telle que I'on ait pour
chacune des forces exlerieures
dW d\Y d\Y
Jv === — — . I " — f i* — — ■■"■ ■
dx dy dz
Nous desienerons W sous le nom d'energie potentielle
Nous aurons :
2(X«r + YJy + Zfc) — 2(- sr «r + — djr
— <& } = — aw.
En sorte que :
/ 67. dt — ^ f m (s'<£r + y'fy -+- *'**) •+- /
tfW.tfi
*.
126 )
Ou encore
r j(T — \\).dt = 2 m ( x ' 3x -+- y' rh J -*- z ' Sz ) -
*.
*.
Admettons actuellement que la nature des forces du
sysleme et des liaisons soit telle que le mouvement du
systeme soit un mouvement periodique.
La duree de la p6riode, en general , dependra des con-
ditions iniliales du mouvement.
En sorte que si nous repr6sentons par r la duree de
cette periode, nous considererons r comme fonction des
x Qi 2/0» z 0> x 0' V 0' Z 0'
Cela etant, ecrivons Tequation prec&lente, en I'elendant
a un intervalle de temps egal k la periode r.
Nous aurons
>u+?
t.+T
er(T— w).rf« = 2 m ( x '* x + y'fy ± zSz )
t.
Si nous representons par x'^y'^z'^ or,, yy^ , jr f , les
valeurs de x\ y\ z\ x y //, z, relatives au temps / -4- r, nous
aurons, puisque le mouvement est suppose periodique,
#0 — x « » 3A> = V\ $ z = z
i >
*
x o — *i , y'o = y\ , Zq == z
i j
et I equation precedenle devient
.+r
S(T — W).cfc = ^m [x;(*r f — £r )-*-t/ (fyi — tyo)
Conformement a l'hypothese que nous avons i'aite sur
127 )
la nature des modifications qu'entraine ['alteration des
conditions initiates, nous pouvons dire qu'apres ces modi-
fications, le mouvemenl reslera periodique et que la
periode r eprouvera une variation
^i M T * dr dr dr
II resulte de la que dans le mouvement modifie, au
temps t -+- t, le systeme n'a pas repris son etat initial et
qu'il doit y revenir dans Finlervalle de temps <5r.
Ainsi,au temps J -*-r, I'abseissexdu point/) est x { -hdx { ;
au temps t -+- t -4- dr, elle doit etre x -+- &r ; et la
composante correspondante de la vilesse, entre ces deux
instants, peut etre consideree comme £gale k x' { -hdx\.
Nous avons done :
x -+- <?x = x, ■+- $x t •+■ (xi -*• 3x' t )ST
et par suite :
6X1 — <?x = — x' t 6z = — Xo<?
r.
On a de meme :
$z k — 3z — — z' 6r.
Remplacant ces quantites par leurs valeurs dans liqua-
tion trouvee plus haut, on obtient :
«.+r
c(t — \\).dt = — <?t 2 m ( x «* ■*■ y'»* -*- ^ ° , )•
( 128 )
Si nous representors par T la demi-somme des forces
vives a I'inslant initial, nous aurons :
t# - 1 2 ■ w - y* * &
2
et par suite :
if„+T
j(T — W).* = — 2T *t . . . . (I)
u
Cela 6lant, considerons Tinlegrale
t,.+T
(T - W)«/l = U,
1.
et cherchons la variation <5U qu'elle 6prouve, en vertu
des modifications de Petal initial; nous aurons, puisque la
durde de la p£riode change de $r :
*o-hr
*U = / ^T — WJ.rfi ■+- (T — W )<?t,
en representanl par W la valeur de I'energie potenlielle
a I'instant initial.
En vertu de I'equation (1), la derniere egalite devient :
w.+r
<?U = <? / (T — W)d« = — (To -*- W„).<Jt . • (2)
f.
Supposonsmaintenantque les Equations de liaison soient
independantesdu temps; le sysleme satisfera au principe
de la conservation de I'energie.
Nous appellerons T Venergie actuelte.
Nous aurons :
T -f- W = To -f- W« — V = const-
1°29
el V sera I'energie lolale qui reste constante pendant
toute la duree du mouvement
Nous obtenons alors liquation :
<?/ # (T — \\)dt = — \3z .... (3)
*.
On peut donner une forme simple & cetle Equation.
Appelons T m I'energie actuelle moyenne et W m I'energie
potentielle moyenne, ces quantites etant definies par les
equations
• j
/.+T
Writ = rW m .
'•
L'equation (3) pourra s'ecrire :
*[r(T w -W m )] = -V<?r,
ou
(T m - W J c?r + 4jK m - W m ) = - V6r . . (4)
Mais liquation du principe de la conservation de
I'energie donne :
<f*+T
(T -+- W) dt = V r,
».
ou
T. + W W = V.
En remplacanl V par cette valeur dans Tequation (4) et
en reduisant, il vient :
3T m _ «fW M = — 2T M - (5)
T
On a done le Iheoreme suivant :
« Dans tin systeme dont le monvement est periodique,
5 me serie, tome viii. 9
130 )
f<
si les conditions initiates du mouvement eprouvent tine
variation infiniment petite, I'accroissement que subit I'ener-
gie potentielle moyenne surpasse celui que subit I'energie
actuelle moyenne d'une fraction de cette derniere equiva-
lenle au double de I'accroissement proportionnel de la
periode. d
Le cas peut se presenter ou la duree de la periode est
independante des conditions initiates; on a alors:
<?T=0,
et :
crr m = m m
C'est-&-dire que I'accroissement de I'energie actuelle
moyenne est equivalent a I'accroissement de I'energie
potentielle moyenne. D'ou il resulle que I'energie actuelle
moyenne et I'energie potentielle. moyenne ne different que
par une constante, dans ce cas.
On peut verifier direclemenl ces resullals dans quelques
cas simples.
Considerons d'abord le mouvement plan d'un point
materiel soumis a une attraction provenant d'un centre
fixe etdont I'intensile est proportionnelle a la distance.
Le centre fixe etant pris pour origine, les equations du
*
mouvement sont de la forme :
d*x
t
dt
dt 1
a*x
a'y,
le plan de la trajectoire etant choisi pour plan des xy.
i3\
L'integration donne de suite :
x = A cos at -4- a sin at ,
y = B cos at -+- (3 sin at ,
(3 dependent de la position et de la vitesse
initiates du point.
prenon
W
aV
2 '
Oil
r 2 = x* -*- t/ 2
Nous aurons
a 2
T = - [(a 2 + (3 2 ) cos 1 at -f- (A 2 -+- B 2 ) sin 2 at — 2 ( Aa
—
Bp) sin at cos at] ,
a'
W=- [(a 1 -^ p*) sin 1 at -t- (A* -i- B s ) cos* at -t- 2 (Aa
■+- B/3) sin of cos «*],
a*
T -+- W = - (a 2 + p* -+- A' h- B s ) = V.
Le mouvement est periodique et la periode est — *
La duree de la periode est done independante des con-
ditions initiates, nous devons done avoir par suite :
JW m = W m .
Or, on a :
tr *?r
I * sin 2 at dt— I cos 2 at dt
a 2
%
2T
sin at cos atdt — i)
132 )
Ainsi :
' Idt
P Wdt — j (a» + p' + A' + B»)t,
T m = W m =^(«* + p* + \* + B^-U.
Le theoreme est done verifie.
Nous examinerons encore le cas du mouvement d'un
point materiel sous Pinfluence d'un centre fixe altirant, la
force 6tant inversement proporlionnelle au carr6 de la
distance. II s'agit evidemment ici du cas du mouvement
elliptique. v
Les Equations du mouvement peuvent s'ecrire sous la
forme :
d*x x
d 'y , y
dP ''V'
-
On peut done poser :
W
h
r
Le principe des forces vives donne la relation :
ou h est une constante. Representant par a le demi-grand
axe, nous avons :
= 2a
135
Calculons d'abord I'integrale :
W</t
r r dt
Or, dans le mouveraent elliplique, on a les formules
connues :
a 1
t -t- / = — — (u — e sin w),
v 7 /
/"
r = a (1 — e cos w),
m etant I'anomalie excenlrique.
On tire de la :
i
dt = - 7= (I — e cos u) du = \/ — rdu
Vfr V f"
On a done :
Wdt
(**
V fra I du = - 2* i/fa
Nous avons ensuile
f**- \ / ■ v
<fc=— / Weft
2
«7 2 °
2
Mais on a, comme on sail :
2
a*
X
v%
134 )
II vient done :
r
Tdt = r \/f(jLa
La quantite a represente, dans ces deux expressions, Ja
seule constante qui depende des eonditions initiates.
Nous avons d'abord :
\ fa ft*
T = -'-, W m =— — .
m 2 a " «
5 fu
m v TT m
2 a
i
Nous avons ensuite :
Sr 3 efa
2 a"
2 a*
Et par suite
<n\» — *W- = — 2T
m *" m *
T
ce qui est conforme au theoreme.
Remarque. Le th6"oreme exprime par Tequalion
pourrait, peuMtre, s'appliquer d'une fa<;on utile a I'etude
des mouvements molecujairesadmis pour I'explicalion des
phenomenes calorifiques.
\m
CI, ASS i; I>KS LETT RES.
Seance du 7 juillet 4884.
*
M. Ch. Piot, vice-directeur, occupe le fauteuil.
M. Liagre, secretaire perpetuel.
Sont presents : MM. Gachard, P. L>e Decker, le baron
J. de Witte, le baron Kervyn de Leltenhove, R. Chalon,
Thonissen, Th. Juste, Alph. Wauters, £m. de Laveleye,
Alph. Le Roy, P. Willems, F. Tielemans, G. Rolin-Jae-
quemyns, S. Bormans, Ch Potvin, J. Stecher, P. Henrard,
membres; J. Nolet de Brauwere van Steeland, A. Rivier,
Eg. Arntz, associes; J. Gantrelle el A. Henne, correspon-
dants.
M. VVagener ecrit que son &at de sant£ I'empeche de
venir diriger les travaux de la seance.
CORRESPONDANCE.
M. le Ministre de ('Agriculture, de flnduslrie et des Tra-
vaux publics envoie, \)Our la BibJiotheque de PAcademie,
an exemplaire des ouvrages suivanls :
Proces-verbaux des seances des conseils provinciaux,
session de 1883;
136 )
Annates parlementaires des Pays-Bas, session de 1826-
1827;
Prudens Van Duyse's nagelaten Gedichten. Deel l-VII;
Bruxelles a travers les ages, par Louis Hymans, tome I" ;
Correspond ance de Chris tophe Plantin, publiee par Max
Rooses. Tome I". (Maatschappij der Antvverpsche Biblio-
philen. Uitgave n r 12.) — Remerciments.
M. Gachard, secretaire de la Commission royale
d'histoire, fail parvenir, pour etre deposes dans la Biblio-
theque de I'Academie, les livres et les brochures que la
Commission a recus depuis son envoi du 31 Janvier der-
nier.
M. L. Pasteur, president du comite international
pour Pereclion d'une statue a la memoire de Jean-Baptiste
Dumas, dans sa ville natale, a Alais (Gard), sollicite le
concours de PAcademie pour la realisation de ce projet.
La Classe recoil, a litre d'hommage, les ouvrages
suivanls, au sujet desquels elle vote des remerciments aux
auleurs :
1° Bruxelles a travers les ages, 17 e et 18 e livraisons.
In-4°; par L. Hymans;
2° a) Le Compromis des nobles; b) Joseph II (2* edition) ;
c) Le passe des classes ouvrieres (2 e edition), par Th. Juste
(Bibliotbeque Gilon);
3° Les Huguenots et les Gueux, tome ///, par le baron
Kervyn de Lettenhove. In-8°;
4° a) A propos de deux documents apocryphes ou alteres :
^inscription de Conrad I' r et la charte de fondation de
137 )
Vabbaye de Lauch, en 4093; b) le role des grandes villes
et leur importance politique et sociale; c) Atlenhoven^
monographic, par A. Waulers, 3 extr. in-8°;
5° Elements dn droit international prive ou du con flit
des tots, par T.-M.-C. Asser, ouvrage traduit, complete et
annote par Alph. Rivier. Paris, in-8°;
6° OEuvres de A. de Longperier, tomes I-VI. Paris;
6 vol. in-8° presentes par M. le baron de Witle, au nom
de la famille de Longperier;
7° Transvaal of Zuid-Africa en de dietsche stam 7 par
C.-J. Hansen. An vers, 1884; br. in-8°.
KAPPORTS.
M. Stecher donne lecture de son rapport sur le mfrnoire
de M. Auguste Scheler, porlant pour tilre : Etude lexico-
graphiqne et grammatical sur les poesies de Gillion li
Muisit. (Introduction, glossaire et corrections.)
Conforraementaux conclusions de ce rapport,auxquelles
ont souscrit MM. Bormans et Wagener, la Classe vote des
remerciments a M. Scheler et decide I'impression de son
travail, ainsi que du rapport de M. Stecher, dans le Recueil
des Memoires in-8°.
138 )
PROGRAMME DE COiNCOURS POUR 1886.
La Classe arrete ce programme dans les termes suivants:.
PREMIERE QUESTION.
Faire I'histoire du cartesianisme en Belgiqne
DEUX1EME QUESTION.
fluence de Waller Scot
torique.
TROISIEME QUESTION.
Faire thistoire des origines, des developpements et du
role des officiers fiscaux pres les conseils de justice, dans
les anciens Pays-Bas, depuis le XV* siecle jusqu'a la fin
du XVIIP.
QUATRIEME QUESTION.
. Faire, d'apres les auteurs et les inscriptions, une etude
hislorique sur V organisation, les droits, les devoirs et Vin-
fluence des corporations d'ouvriers et d'artistes chez les
Romains. *
C1NQU1EME QUESTION.
Faire tin expose comparatif 9 au point de vue economique,
du systeme des anciens corps de metiers et des syslemes
d* associations cooperatives de production formules dans
les temps modernes.
( 139 )
SIXIEME QUESTION.
Apprecier d'une facon critique et scientifique {'influence
exercee par la lilterature francaise sur les poetes neerlan-
dais des XIII* et XI V* siecles.
La valeur des medailles d'or presentees comme prix sera
de huit cents francs pour chacune des cinq premieres
questions; elle sera de six cents francs pour la sixieme.
Les memoires devronl etre ecrits lisiblement et pour-
ront etre rediges en frangais, en flamand ou en latin, lis
devronl etre adresses, francs de port, avant le l er fevrier
1886, a M. J, Liagre, secretaire perpetuel, au Palais des
Academies.
L'Academie exige la plus grande exactitude dans les
citations et demande, a cet effet, que les auteurs indiquent
les editions et les pages des livres qu'ilsciteront.
Les auteurs ne metlront point leur nom k leur ouvrage;
ils y inscriront seulement tine devise, qu'ils reproduiront
dans un billet cachete renfermant leur nom et leur adresse.
Faute par eux de satisfaire a cette formalite, le prix ne
pourra leur etre accorde.
Les ouvrages remis apres le temps present, ou ceux
dont les auteurs se feront connaitre, de quelque maniere
que ce soil, seront exclus du concours.
L'Academie croit devoir rappeler aux concurrents que,
des que les memoires ont ete soumis a son jugement, ils
sont el reslenl deposes dans ses archives. Toutefois les
auteurs peuvent en faire prendre des copies a leurs frais,
en s'adressant, a cet effet, au secretaire perpetuel.
140 )
PRIX PGRPETll.I.^
PRIX DE STASSART POUR UNE NOTICE SUR UN BELGE CEL&BRE
( Cinquieme periode : 1 875 - 1 880. )
Conformement a la volonte du donateur et a ses gene-
reuses dispositions, la Classe des lettres offre, pour la
5 e periode prorogee (1875-1880) de ce concours, un prix
de mille francs k I'auleur de la meilleure notice, ecrite eu
francjais, en flamand ou en latin, consacree a la vie et aux
travaux de David Teniers (ne en 1610, mort vers 1690).
Le delai pour la remise des manuscrits expirera le
l er fevrier 1886.
Les concurrents se conlormeront aux regies ci-dessus
des concours annuels de I'Acad&nie.
GRAND PRIX DE STASSART POUR UNE QUESTION
DHISTOIRE NATIONALE.
(Qualrieme periode : 1877-1882.)
Conformement a la volonte du fondateur et a ses gene-
reuses dispositions, la Classe des lettres offre, pour la
4 e periode prorogee (1877-1882) de ce concours, un prix
de trois mille francs a I'auteur du rneilleur travail, redige
en francais, en flamand ou en latin, en reponse a la ques-
tion suivanle :
Tracer, sur la carte de la Belgique et des departenients
francais limitrophes, itne ligne de demarcation indiquant
141
la separation actuelle des pays de langue romane et des
pays de langue germanique. Consulter les anciens docu-
ments con tenant des noms de localites, de lieux-dits, etc.,
et constater si cette ligne ideale est restee la meme depuis
4
des siecles, on si, par exemple, telle commune wallonne est
devenue flamande, et vice versa. Dresser des carles histo-
riques indiquant ces fluctuations pour des periode s dont
on laisse aux concurrents le soin de determiner Vetendue;
en fin, rechercher les causes de V instability ou de V immobi-
lity signalees.
Le d£lai pour la remise des manuscrits expirera le
i er fevrier 1886.
Les concurrents devront se conformer aux regies ci-
dessus des concours de l'Acad£mie.
PRIX DE SAINT-GEN0IS POUR UNE QUESTION d'hISTOIRE
OU DE LJTT&RATURE EN LANGUE FLAMANDE.
(Premiere periode : 1868-1877.)
Conformement a la volonte du fondateur et a ses g6n£-
reuses dispositions, la Classe des lettres offre, pour la
1 re periode prorogee (1868-1877), un prix de sept cents
francs a Pauleur du raeilleur travail, redige en flamand, en
reponse a la question suivante :
Letterkundige en ivijsgeerige beschouwing van C^orn-
hert's werken.
*
(Etude lilteraireet philosophique des ceuvres de Coorn-
hert.)
Le delai pour la remise des manuscrits expirera le
i" fevrier 1886.
14:2
Les concurrents devront se con former aux regies
ci-dessus des concours annuels de I'Academie.
PRIX TEIRLINCK POUH UNE QUESTION DE LITTERATURE
. FLAMANDE.
(Premiere periode : 1877-1881.)
La Classe des lettres proroge jusqu'au l cr fevrier 1886
le delai pour la remise des manuscrits en reponse a la
question suivante mise au concours pour la l rc periode
quinquennale du prix fonde par feu Augusle Teirlinck,
greffier de la justice de paix du canton de Cruyshautem
(Flandre orientale).
Faire Vhisloire de la prose neerlandaise avant Mar nix
de Sainte-Aldegonde.
Un prix de mille francs sera decerne k I'auleur du
m&noire couronne.
Les concurrents devront se conformer aux regies
ci-dessus des concours de I'Academie.
PRIX CASTIAU.
(Deuxieme periode, 1884-1886.)
La Classe rappelle que la deuxieme periode du prix
Adelson Castiau sera close le 31 decembre 1886.
Ce prix, d'une valeur de mille francs, sera decerne &
I'auleur du meilleur travail beige, imprim6 ou manuscrit;
Sur les moyens d'ameliorer la condition morale f intel-
lectuelle el physique des classes laborieuses el des classes
pauvres.
143 )
Reglement.
Art. i. Ne seront admis au concours Casliau que des
ecrivains beiges.
Art. 2. Seront seuls examines les ouvrages soumis
directement par leursauteurs an jugement de l'Academie.
Art. 5. Ces ouvrages pourront etre rediges en frangais
ou en flamand. Les manuscrits seront regus comme les
imprimes. S'ils sont anonymes, i Is porteront une devise
qui sera rep6lee sur un billet cachele contenant le nom et
le domicile de I'auleur.
Art. 4. Le jury se composera de trois commissaires
d&egues par la Classe des lettres de l'Academie. II n'y
aura qu'un seul prix.
Art. 5. Si le concours demeure sans resultat, la somme
rest£e disponible s'ajoutera au capital primitif.
Art. 6. Le nom du laureat sera proclame dans la seance
publique de la Classe des lettres.
Art. 7. Tout ce qui concerne le concours devra etre
adressS a M. le secretaire perpeluel de l'Academie.
Art. 8. Si I'ouvrage couronne est inedit, il devra etre
imprime dans I'annee.
Le prix ne sera delivre au laureat qu'apres la publica-
tion de son travail.
Art. 9. Les manuscrits envoyes au concours deviennent
la propriele de l'Academie (art. 24 du reglement general).
144 )
PRIX JOSEPH DE KEYN.
(Troisieme concours, 1 re periode, 1883-1884.)
Enseignement primaire.
La Classe des lettres rappelle que la premiere periode
du troisieme concours annuel pour les prix Joseph De
Keyn sera close le 31 decembre 1884. Tout ce qui a
rapport a ce concours doit etre adresse avant cette date &
M. le secretaire perpeluel (au Palais des Academies).
Cette periode, consacree a 1'enseignement du premier
degre,comprend les ouvrages destruction ou d'education
primaire.
Peuvent prendre part au concours: les oeuvres inedites,
aussi bien que les ouvrages de classe ou de lecture qui
auront 6t6 publics du i eT Janvier 1883 au 31 decembre
1884.
Conformement k la volonte du fondateur, ne seront
admis au concours que des ecrivains beiges et des ou-
vrages congus dans un esprit exclusivement laique et
etrangers aux matures religieuses.
Les ouvrages pourront etre Merits en fran?ais ou en
flamand, imprimes ou manuscrits. Les imprimes seront
admis quel que soit le pays ou ils auront paru. Les manu-
scrits pourront etre envoyds signes ou anonymes : dans ce
dernier cas, ils seront accompagnes d'un pli cachete con-
tenant le nom de I'auteur et son domicile.
fi
Les
fi
145
demeurent la propriete de FAcademie, mais les auteurs
peuvent en faire prendre copie k leurs frais.
Tout ouvrage manuscrit qui sera couronne devra etre
iraprime pendant I'annee couranle et le prix ne sera
delivre a Fauteur qu'apres la publication de son ouvrage-
La Classe des lettres jugera le concours sur le rapport
d'un jury de sept membres elu par elle dans sa seance du
mois de Janvier de I'annee 1885.
3 m * SBKIK, TOME Mil
10
146 )
CLASSE DES BE/VUX-;1RTS.
Seance du 3 juillet 4884.
M. Slingeneyer, directeur.
M. Liagre, secretaire perpeluel.
Sont presents : MM. Ad. Pauli, vice-direcleur ; L. Alvin,
Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, £d. Fetis, le chevalier L. de
Burbure, Al. Robert, F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, Godfr.
Guffens, Jos. Schadde, Th. Radoux, Jos. Jaquet, J. Deman-
nez, P.-J. Clays, Ch. Verlat, G. De Groot, Gustave Biot,
membres; le chevalier X. van Elewvck, Al. Markelbach,
J. Stallaert, Edm. Marchal et H. Hymans, correspondants.
CORRESPONDANCE.
■
M. le Minislre de I'Agriculture, de PIndustrie et des
Travaux publics envoie, pour la Bibliolheque de I'Acade-
mie, on exemplaire de I'ouvrage de M. A.-J. Wauters : La
peinture flamande, public dans la bibliotheque de I'ensei-
gncmentdes beaux-arts. — Reinercunents.
U7
Le Cercle artistiquc et litleraire de Bruxelles fait
savoir qu'il a pris rinitiative d'ouvrir line souscription
publique a I'effel d'elever, au cimetiere d'lxelles, un monu-
ment a la memoire de Louis Hvmans.
Le Cercle sollicite le concours de la Classe pour assurer
le succes de cette enlreprise.
RAPPORTS.
II est donne leclure du rapporl de MM. Demannez, Biot,
Meunier, Robert et Markelbaeh sur le premier envoi regle-
rneniaire de M. Louis Lenain, prix de Rome pour la gra-
vu re en 1881.
Ce document sera transmis a M. Ic Minislre.
COMMUNICATIONS ET LECTURES
D'apres son ordre du jour, la Classe est de nouveau
appelee a s'oceuper d'une depecbe minislerielle en date
du 25 avril, relative a I'examen litleraire et scientifique a
faire subir aux concurrents pour les grands concours de
peinture, de sculpture, d'architeetuic et de gravnre.
II sera donne connaissance du resullat des deliberations
de la Classe a M. le Ministre de rAgrictillure, de I'lnduslrie
el des Tiavanx publics.
148 )
OUVRAGES PRESEMES.
Juste (Th.) — Le passe des classes ouvriercs, 2 m€ edition.
Verviers, 1884; in-18 (414 pages).
Joseph II, 2« edition. Verviers, 1884; in-18 (96 pages)
Le compromis des nobles. Verviers, 1884; in-18 (114 p.)
Houzeav (J.-C.) et Buys-Ballot (C.-ff.). — Observations
meteorologiques faites aux stations internationales de la Bel-
gique et des Pays-Bas, 4 rae annee, 1880. Bruxelles 1884; in 4°.
(58 pages).
Kervyn de Lettenhove (le baron). — Les Huguenots et les
Gueux, tome 111 (1572-1576). Bruges, 1884; vol. in-8°.
Mourlon (Michel). — Sur les amas de sables et les blocs de
gres dissemines a la surface des collines famenniennes dans
l'Entre-Sambrc-et-Meuse. Bruxelles, 1884; extr. in-8° (9 p.).
Hymans (£,.). — Bruxelles a trovers les ages, tome I.
Bruxelles; vol. in-4°.
Morren (Ed.). — La Belgique horticole, 1883. Liege; in 8°.
Wauters(Alph.).— Apropos de deux documents apocrypbes
ou alteres: rinscription de Conrad I cp , comte de Luxembourg
et la cbarle de fondationde Pabbaye de Laacb, en 1095. Originc
probable de la tradition de Genevieve de Brabant. Bruxelles,
1884; extr. in-8°(12 pages).
Attenhoven (dans le canton de Landen), monographs
geographico-historique. Bruxelles, 1884; extr. in-8°("' P )•
Le rdle des grandes villes et Icur importance politique
et sociale. Bruxelles, 1884; extr. in- 8°, (9 pages).
Wauters (A. -J.). — La pcinture flamandc. Paris, 1883;
in-18 (406 pages).
Asser {T.-M.). — Elements de droit international ou du
conflitdes lois; ouvrage traduit, complete et annole par Alpb
Rivicr. Paris, 1884; vol. in-8\
5
/
( 149 )
Hansen [C.-J.). — Transvaal of Zuid-Afrika en de dietschc
stam. Anvers, 4884; in-8°(17 pages).
Sermon (H.). — Karel de Groote, eene bladzijdc uit mijne
geschiedenis des vaderlands. Anvers, 1884; extr. in-8°(19 p.).
Albrecht (Paul). — Sur les spondylocentres epipiluitaires du
crane, etc Bruxelles, 1884; in-8° (33 pages).
Sur la valeur morphologique de la trompc d'Eustachc.
Bruxelles, 1884; in-8°(4I pages).
Duyse (Prude ns Van). — Nagelalcn gedichten, in 't licht
gegeven door Florimond van Duyse, onder toezicht van Jan
Van Beers en Emmanuel Hid, dee! I- VII. Boulers, 1882-1884,
w
7 vol. in-8°.
Conseils provinciaux. — Rccueils des proees-vcrbaux des
seances, session de 1885. Bruxelles, Anvers, etc. 15 vol. hi-8°.
Mualschappij der Anlwerpsche Bibliophilen. — Uitgavc
n r 12; Correspondancc de Christopbc Plantin, publico par
Max Rooses, I. Anvers, 1883; vol, in-8° (520 pages).
Masee royal dliistoire naturelle de Belgique. Service
de la carle geologique. — Fcuille de Clavier, par MM. Dupont,
Mourlon ct Purvcs. Bruxelles, 1883; cahier gr. in-8° et carte
in piano.
Allemagne et Autmciie-IIongiue
Konkoly (IV. von). — Communication astronomique. Pesth,
1884; extr. in-8° (en langue hongroise) (2 pages).
Ackermann (K.). — Repertorium der landeskundlichen
Utteratur. Cassel, 188i; in-8° (178 pages),
Bcstimmungdercrdmagnctiscbcn Inklination von Kassel.
Cassel, 1884; 12 pages in-8°.
Vereht fur Nalnrkunde. — XXXI. Bericbt. Cassel; ifi-8*.
Verein fur vaterlandisclie Na1urkun.de, WiirUemherg. —
Jahreshefte, 40. Jalirgang. Stuttgart; in-8 n .
150 )
Gesellschaft fur... Geschichte, Kiel. — Band XIII. Kiel,
l884;in-8°.
Die Liibecker Briefe dcs Kicler Stadiarchivs (1 422-1 534)
(A. Wetzel). Kiel, 1885; in 8° (75 pages)
herein fiir Erdkundc zu Darmstadt. — Notizblalt, 4.
Folce, Heft 4. In-8°.
/"■
Zeit-
sehrift, Bd. XVIII. — Begesten, 4. Lieferung. — Schlesiens
altcre Kirchen und kirchliehe Stiftungen. Breslau , 1884;
in-8° et in-4°.
K. k. Central- Anstall fur Meteorologie und Erdmagnetis-
mus. — Jahrbiicher, Band XVIII, XIX, 1. Vienne; in-4°.
Akademie der Wissenschaften, Afunvhen. — Almaoach fiir
1884. — Gedachtnissrede auf Theodor L.-W. von Bischoff
(Carl Kupffer). — Franz von Kobell,eine Denkschrift (K. H»US-
hofer). — Abhandlungen der mathera.- pliysik. Classc. Band
XIV. — Monuraenta Tridentina : Beilriige zur Geschichte dcs
Concils von Tricnt, Heft I (von Druffcl).
Universitede Strasbourg. — Theses inaugurates, etc. 1883-
1884; 05 br. in-4" et in-8".
K. Statist. -topogr. Bureau, Stuttgart. — Das Konigrciclt
Wur Item berg, Liefer, 6-9. — Besebreibung des Obcramls
Crailsheim. — Jahrbuehcr fiir Statistik und Landeskundc,
Jalirgang 1883, Bd I und II.
K. Wurltenb. Commission fiir europdische Gradmessung
Astronomische arbeiten : Beslimmungen der Polbohe und
des Azimuth auf station Busscn, und der Polbohe und des
Asimuth auf station Solitude. Slullgart, 1883; itt-4*.
yalurwissenschafllicher Verein. — Abhandlungen, Band
VIII, Heft 2; IX, 1. Bremc, 1884; 2 (ah. in-8".
Physik. okon. Gesellschaft zu Konigsberg. — Schriften,
1883. In-4\
J 'ablo nowski 'sclte Gesellschaft, Leipzig — Prcisschriftcn,
n r XXIV: die Uebervolkerung der antiken Grosstadte Leipzig,
1884;in-8\
454
Amerique.
Pickering (Edw.-C). — Recent observations of variable
stars. Boston, 1884; extr. in-8° (44 pages).
Zayas Enriquez (/?. de). — El alcoholismo, estudio juridico-
sociologico. Vera-Cruz, 4884; in-18 (88 pages).
Peabody institute of Baltimore. — Seventeenth annual
report, 4884 In-8°.
Museu national do Rio de Janeiro. — Archivos, vol V,
1880. In-4°.
Philosophical Society of Washington. — Bulletin, vol. VI.
Washington, 1884; in-8°.
Historical Society, Philadelphia. — The Pennsylvania maga-
zine, vol. VII, 3 and 4. In-8°.
France.
J agnail x (Raoul). — Traite pratique d analyses chimiqiies
et d'essais induslriels; methodes nouvelles pour le dosage des
substances mineralcs, etc Paris, 4 884; in-18 (492 pages).
Sandras. — Trailement et guerison du croup et de la
phthisic par les inspirations anti-microbiques et medicamen-
teuses. Paris, 4884; in-4° (24 pages).
Fremy. — Encyclopedic chimique, tome II, metalloides:
Appendice, 2 me cahier : meteorites, par Stanislas Meunier.
Paris, 1884; vol. in-8°.
Liste des ouvrages deposes dans la Ribliotheque de VAcademie
par la Commission royale dliisloire.
Devillers {£.). — Documents sur Marchienne-au-Pont,
Monceau-sur-Sanibrc, etc., et le sauvement de Thuin. Mons,
4885; extr. in-8° (Sfi'pages).
152
Ministere de VInterieur. — Annuaire statistique de la Bel-
gique, 1883. In-8°.
Socield des sciences, des avis et des lettres du Hainan t.
Memoires et publications, IV e serie, t. VII. Mons, 1883; in-8°.
Societe archeologique de Namur. — Bibliographic narau-
roise, l re partie, l re livraison. Namur, 1884; in-8°.
Cercle archeologique de Mons. — Annates, t. XVIII. Mons,
1885;in-8°.
Universite de Leipzig. — Theses inaugurates, etc., 75 br.
in-8° et in-4°.
Societe d' agriculture, sciences et arts de Valenciennes.
Revue agricole, etc., 1884, janvier-mars. Valenciennes;
cah. in~8°.
Revue des questions historiqnes, livraisons 49 h 67. Paris,
1879-83; 19 cah. in-8°.
Societe des antiquaires de la Morinie. — Bulletin historique
livr. 128 et 129. Saint-Omer; in-8°.
Tables des Bulletins et Memoires. Saint-Omer, 1885; in-8°.
Minislhe de V Instruction publique, Paris. — Bibliolheque
desecoles franca iscs d'Athcncs et de Home, fasc 29, 30, 33-36.
6 vol. in-8°.
Repertoire des travaux historiqnes, tome II, n of 2 ct 5.
2 cah. in-8°.
Collection de documents inedits stir Ihistoire de France
r •
l' e serie: Lettres du cardinal de Mazarin, t. III. 2 me scne:
Lettres de Jean Chapelain, t. II. 3 me serie : Inscriplions de la
France du V e siecle au XVIH e , t. V. 5 vol. in-4°.
Dictionnaire lopographique du Departement du Calvados
(C. Hippeau). Vol. in-4°.
TABLE DES MATURES.
classe des scienges. — Seance du S juillet 1884.
Correspondancf. — Listes de souscription pour les monuments a elever a la
memoMe ; le ■ M. L. Hymans; 2° de M. J.-B. DUmas. — Demande d'echange.
Ph nele i ' * par M. Van Aubel — Hommage d'ouvrages. — Travaux
manuscrits envoyes a Fexamen 2
Happort.s.— Rapports de MM.Van Beneden et de M.F. Plateau sur un travail
de M. Sluckens concernant la ventouse abdominale du Liparis barbatus. 4,
Rapports de MM. Gluge, P.-J. Van Beneden et L. Fredericq sur un tra-
vail de M. Delsaux concernant la respiration des Chauves-Souris pendant
sommeil hibernal 5, 7
Rapports de MM Van Beneden et de M. Van Bambeke sur deux notes de
M.J. Fraipout concernant le rein cephalique du Polygordius, et le systeme
leur nerveux des Archiannelides 8,11
Rapport de M. Van der Mensbrugghe sur an travail de M. Ronkar intitule:
Theoreme de mecanique applicable aux syst<Snes dont le mouvement est
periodique U
Communications ei lectures. — Le systeme nerveux central des Ascidies
adultes el ses rapports avec celui des larves Urodeles ; par MM. Ed.Van
Beneden et Ch. Julin (avec pi.) *5
Application d'un nouveau principe de probability ; par H.B. Catalan. . ' 2
Sur la ventouse abdominale du Liparis barbatus; parM. M. Stuckens (pi.) . "4
Sur la respiration des Chauves-Souris pendant leur sommeil hibernal;
par M. E. Delsaux (fig.) 85
Le rein cephalique du Polj/gordtus, par M.J. Fraipout (tig.) 94
Lc systeme nerveux central et ptripherique des Archiannelides et de*
. I rchichoetopodes ; par M. J. Fraipout - . 99
Sur un thtoreme de mtcanique applicable aux systemes dont le mouve-
ment est periodique ; pur If. & Ronkar .121
-
classe des lettbes. — Stance du 7 juillet 1884.
Correspoxdasce. — Hommage d'ouvrages. — Lisle de souscription pour
un monument a elever a la memoire (leM. J.-B. Dumas i55
Rapports. — Lecture du rapport de MM. Steelier, Bormans et Wagener
sur un memoire de M. Schcler intitule : Etude lexicographique et gram-
maticale sur les poesies de Gillion li Muisit l37
^oncours an>ufx. — Programme ponr 1886 138
Prix perpetuels. — Programmes .140
classe des beaux-arts. — Stance du 3 juillet 1884.
Corrbspondancb. - Hommage d'ouvrage.— Liste de souscription pour un
monument a elever a la memoire de L M. Hymans l46
Rapports. — Appreciation du premier envoi r^glementaire do laureat
I Leuain. - Lecture par MM. Demami<z , Biol, Meunier, Boherl et Mar-
kelbacb 147
Communications rv lecturks.— Deliberations relatives a I'examen litteraire
et seientifique a faire subir aux concurrents pour les Prix de Rome . . ib -
OuVRAfiES PRESS- >'TES . 148
U.\I>I/UIF ROYALE DE HUCI^ll.
BULLETIN
DE
L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BEM2IQUL
53* aunee f 3 e aette, toiue 8.
o
BRUXELLES,
F, MAYEZ, IMI'IUMRUR DG LACAD^MIE HOYALE.
Rue de Lou vain, \o6.
1 884
BULLETIN
DE
L'ACADEMIE HO YALE DES SCIENCES,
DES
LETTRKS ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIOUE.
i 884. — N° 8
CEASSE DES SCIENCES.
Seance du 2 aoiit 4884.
M. Dupont, directeur, president de I'Acad&nie.
M. Liagke, secretaire perpetuel.
Sont presents : MM. fid. Morren, vice-directeur ; J.-S.
Stas, L.-G. de Koninck; P.-J. Van Beneden, le baron
Edra. de Selys Longchamps, Gluge, Melsens, G. Dewalque,
H. Maus, E. Candeze, F. Donny, Ch. Monligny, fid. Van
Beneden , C. Malaise , F. Folie , F. Plateau, Fr. Crepin,
fid. Mailly, F.-L. Cornet, Ch. Van Bambeke, G. Van der
Mensbrugghe, membres; E. Catalan, associe; W. Spring.
P. Mansion et Masius, correspondanis.
5"" SEME, TOME VIII. 11
15i )
CORRESPONDENCE.
M. le JVJinistre de ['Agriculture, de ['Industrie et des
Travaux publics envoie pour la bibliotheque :
i° La 2 e livraison de la Carte generate des mines de
Belgique, composee de six feuilles eomprenant le bassin
houiller de Charleroi (livraison transmise parM. le direc-
teur general des mines);
2° L'ouvrage de M. Eugene Van Overloop intitule:
Stir une methode a suivre dans les eludes prehistoriques,
vol. in-8°. — Remerciments.
Le meme haut fonctionnaire adresse un ex trait du
Moniteur beige, en date du 26 juillel 1884, faisant appel
aux auteurs beiges pour conlribuer, par 1'envoi de Icurs
ouvrages, a la formation d'une collection de toules les
publications se rapportanl a Pelectricite. Cetle collection
• • - r
>era formee pour ('Exposition Internationale d'electricite
de Philadelphie, qui s'ouvrira le2 septembre procbain.
La Societe des sciences, des arts et des lellres du
Hainaut, a Mons, envoie le programme des questions
qu'elle a mises au concours. Le delai pour la remise des
manuscrils expirera le 31 decembre 1884.
L'Academie des lettres, sciences, arts et agriculture de
Meli envoie le programme des questions de son concours.
Le delai pour la remise des- manuscrils expirera le 20 Jan-
vier 1885-
Si. Delaey, mareehal des logis en retraite, adresse,
de Roulers, deux manuscrits intitules : Projet d'un reser-
voir d'eau preconise pour le service des pompiers par et
pour la ville de Roulers. — Projet de perfeclionnement a
apporter art canal de Roulers a la Lys. — Depot aux
archives et remerciments.
M. L. Errera presente un travail manuscrit sur le
glycogene chez les Basidiomycetes, qui sera examine par
MM. Stas, Morren et Gilkinet.
La Classe revolt, a tilre d'hommage, les ouvrages
suivants, au sujet desquels elle vote des remerciments
aux auteurs :
1° Douze tables pour le calcul des reductions stellaires,
par F. Folie. Bruxelles, 1883 ; in-4°;
2° Revision des Diplax palearctiques, par le baron Edm.
de Selys Longchamps. Bruxelles, 1884; ex ir. in-8°;
3° Remarques sur la note de M. lbacli, par E. Catalan.
Paris, 1884; extr.in-8°;
4° a) Recherches experimentales sur les mouvements res-
piratoires des insectes ; b) Comment on devient specialiste,
par F. Plateau. 2 extr. in-8°;
5° Etude sur les eaux de la Meuse, par W. Spring et
Prost. Liege, 1884; extr. 8°;
6° Forme generate du reste dans C expression dhme
fonction au moyen d'autres fonctions, par Ch. Lagrange.
Paris; extr. in-4°;
* 7° a) De U augmentation numerique des os du corps hit-
main; b) Recherches sur la morphologie du carpe chez les
mammi feres, par H. Leboucq. Deux extr. in-8°;
156 )
8° La chaleur et le froid, par L. Vial. Paris, 1884;
in-8°;
9° M£t£orites, par Stanislas Meunier. (Encyclopedic
chimique : Tome II, metalloides , appendke. 2 e cahier.)
Paris, 4884; 1 vol. in-8°.
Motion d'ordre.
M. Alelsens prie 1'Academie de vouloir bien auloriser
M. le secretaire perpetuel a faire mettre le cachet de I'Aca-
demie sur une partie de la redaction manuscrite , croquis,
planches el details d'experiences, d'un memoire sur la
Balistique experimental e, pour lequel 1'Academie avait
deja nomme des commissaires en 1868.
La publication de ce travail a £te forcement retardee par
une suite de circonstances independantes de la volonle
de I'auteur, mais il a fait de sa part l'objet de communi-
cations verbales, en 1868 et en 1869, dans les Bulletins,
ainsi que de notes publics dans les Comptes rendtts hebdo-
madaires des seances de VAcademie des sciences de Parts,
le Journal de la Societe des sciences medicates et naturelles
de Bruxelles et les Annales de chimie et de physique.
M. Melsens ajoute que, depuis 1868 jusqu'a ce jour, il a
montre, sans aucune reticence, les resultats de ses expe-
riences a tous les savants et mililaires beiges et etrangers
qui lui ont fait l'honneur de s'interesser a la question
et qui lui ont rendu visile, soil dans le laboratoiredel'&ole
de medecine veterinaire, soit dans son cabinet, ou les
resultats principaux de milliers de tirs sont conserves el
peuvent etre examines en detail.
M. Melsens desire se mettre a I'abri de controverses
157
possibles sur des questions de priorite k propos du sujet
traite dans son memoire de Balisiique experimental f en
faisant constater officiellement, par I'apposition du cachet
de TAcademie, Pensemble d'un travail ancien deja et sur-
tout tres long et tres dispendieux.
RfiSULTATS DU CONCOURS POUR 1884.
M. le secretaire perpeluel depose sur le bureau le seul
po
cette aunee.
Ce manuscrit, dont le billet cachet^ porte la devise:
Audaces nonnunqnam for tuna juvat , se rapporte & la
question :
Determiner geometriqnement ou analytiquemtnt, les
lignes de courbure de la surface des ondes.
Commissaires : MM. Catalan, De Tilly et Mansion.
»
RAPPORTS.
Sur les conclusions favorables d'un rapport de MM. De
Tilly et Folieja Classe vote l'impression dans les Memoires
in-4° d'nn travail de M, E. Catalan, intitule : Quelques
theoremes dCarilhmetique. * _
Sur I'avis de M. Ma us, une note de M. J. Martin, de
Vise, sur les helices des bateaux a vapeur, sera deposee
dans les archives.
158
\r la generation de certaines surfaces par des faisceaux
quadrilineaires; par M. C. Le Paige, professeur de
geometric superieure, a TUniversite de Liege.
fffi|j/iof*r He .ff . JFoiie
< Dans un numero precedent de nos Bulletins, M. Le
Paige a fait connaitre la generation des surfaces du 3 e ordre
par trois faisceaux trilin6aires; ce mode conduit aux trois
premieres especes de surfaces generates du 3* ordre,
tandis que celui de Schubert ne conduit qu'aux deux
premieres especes.
Aujourd'hui, M. Le Paige applique le meme procede a
des faisceaux quadrilineaires, a I'aide de I'elude qu'il a
faite anlerieurement des formes de cet ordre; et il en
d6duit des propri&es tres remarquables de la surface du
4 e ordre engendree dans le cas particulier qu'il examine.
Ces proprieles forment le point de depart d'une analyse
qui demontre, d'une maniere generale, que loute surface
cubique peut etre engendree par le procede qu'il vient
d'appliquer, abstraction faite de la realite des elements
de generation.
Celte abstraction est de 1'essence meme d'une demon-
stration purement analytique. L'auteur se reserve de la
discuter plus lard geometriquement.
Cette elude est une nouvelle ^lape faite par notre
excellent geometre dans la voie qu'il a ouverle.
.J'ai I'honneur de proposer a la Classe d'ordonner I'im-
pression au Bulletin du travail de M. Le Paige ainsi que de
( 159
la figure qui- I'accompagne, etde voter des remerciments
a Fauleur. d
La Classe a adople ces conclusions.
Note stir la conduclibilite des corps gazeux pour la
chaleur; par M. Ronkar.
Hitpporl de VI. Van ##*#• Meusbruaghe.
« Dans un beau memoire publie en 1862, M. Ciausius a
demon Ire que le coefficient de conduclibilite d'un corps
gazeux est proportionnel a la racine carree de la tem-
perature absolue el, de plus, independante de la pression
k laquelle le gaz est soumis.
L'illustre physicien de Bonn arrive a ces propositions
en s'appuyant sur la theorie cinetique des gaz, avec la
double restriction toutefois que le gaz ne soit ni trop corn-
prime, pour qu'il puisse tou jours etre regarde comme un
gaz parfait, ni trop dilate pour qu'il soit permis de negliger
les puissances superieures de la longueur moyenne du
chemin decrit par les molecules.
Dans la note actuelle, M. Ronkar prend pour base les
hypotheses de M. Ciausius; en admeltant, de plus, que le
pouvoir conducteur du gaz soit independant de la pression,
il prouve aisement que le coefficient de conduclibilite aug-
mente avec la temperature, dans le meme rapport que la
vitesse du son.
L'auteur est amene par son calcul a conclure que dans
un gaz fbrlemenl rar£fi£, la conductibilite sous pression
constante varierait moins avec la temperature que ne Tin-
dique la loi de M. Ciausius.
160 )
La demonstration de M. Ronkar me parait fort simple :
aussi je n'hesite pas a proposer 1'insertion de son petit
travail au Bulletin. *
Rappori de M, .ttelaen*.
« Je regrette que I'auteur n'ait pas cherche & realiser
une preuve experimentale de ia conclusion a laquelle il
est amene par le calcul, c'est-a-dire que dans un gaz for-
tement rarefie la conduclibilile, sous pression constante,
varierait moins avec la temperature que ne Tindique la
loi de Clausius.
Je n'ai pas a revenir en detail sur ce que j'ai dil dans
mon rapport de 1881 sur le memoire de notre illustre
associe, M. G.-A. Hirn : Recherches experimental sur la
relation qui existe enfre la resistance de I'air ct sa tempe-
rature. On me permetlra de constater que, jusqu'a ce jour,
a ma connaissance du moins, on n'a pas conteste les expe-
riences de notre savant associe.
dmetl
Cla
ga
de clarte et de simplicity remarquable, qu'elle se laisse
parfaitemenl traduire en symboles malhematiques, etc.
Mais M. Hirn a demontre que si 1'hypothese de M. Clau-
sius, pour expliquer les fails, est correcle et reellement
vraie, il en resulterait, entre autres, que la resistance des
g
g£
gaz
demontre que les fails obse
prend
161
la conclusion absolue que la pression et la temperature
des gaz ne sont point constitutes par les mouvements, de
quelque genre qu'on veuille, des atonies maleriels.
Laissons, comme je le disais dans mon rapport de 1881,
le debat se vider entre nos deux illustres associes el tous
les savants qui se sont occupes de la question de la theorie
des gaz et des questions secondares qui s'y rattachent.
Ces restrictions faites, je puis me rallier aux conclu-
sions de mon savant confrere, p
La Classe a adopte les conclusions de ces deux rapports.
Determination, a I 9 aide d'ttn appareil nouveau, du coeffi-
cient de diffusion des sels en solution, et des variations
que cette quanlite eprouve avec la temperature; par
M. P. De Heen.
Happort de M. *i*ri**g.
« La diffusion des liquides de nature chimique differente,
c'est-a-dire leur ponvoir de se penetrer reciproquement
*
quand ils se trouvent mis au contact, a ete etudiee surtout
par Th. Graham. Depuis les celebres travaux de ce
savant l'histoirede la science n'a plus eu k enregistrer de
progres marquant sur cette matiere. Les recherches expe-
rimenlales entreprises par d'a litres physiciens ou chimisles
n'ont porte que sur des details; elles se sont bornees,
peul-on dire, & perfeclionner les methodes d'observation
indiquees par Graham.
Le sujet en question presente cependant un int^ret
scientifique reel, non seulement par Ini-meme, mais
162 )
encore par les perspectives nouvelles qu'ii ouvre. Ainsi,
-
pour ne citer qn'nn exemple, l'elude des phenomenes de
*
la diffusion de solutions de sels de nature a donner, par
leur action reciproque, un corps insoluble dans I'eau, a
fourni nne indication sur la maniere dont on peut conce-
voir la formation, dans la nature, de grands cristaux de
corps insolubles ; on a pu conslater en effet que la preci-
pitation, due a nne diffusion, s'accomplissait avec assez de
lenteur pour ne pas mettre d'obslacle a la cristallisation
du corps solide qui se forrnait. Les physiciens applaudi-
ront done a toute nouvclle contribution a la connaissance
des phenomenes generaux de diffusion et, on peut le dire,
le travail que M. De Heen a presente a I'Academie revele
certains fails destines a trouver leur emploi dans la
science.
L'auteur a perfectionne, dans une parlie imporlante, la
methode suivie jusqu'aujourd'hui pour determiner le coef-
ficient de diffusibilite des solutions salines. II parvient a
mesnrer directement la quantite de sel qui passe, dans un
temps donne, a travers une surface donnee d'une couche
liquide et, point capital, il peut operer sans difficulte a
diverses temperatures comprises entre et 60 a ; il s'as-
sure, par consequent, de 1'influence de la chaleur sur le
phenomene en question.
Pour cela, au lieu de superposer, dans un vase, les
liquides a examiner et de determiner, par desessais succes-
sifs, la diffusion du sel dissous, dans le liquide superieur,
comme on I'a fait generalement, M. De Heen enferme la
solution saline dans une espece de boile de tres faible hau-
teur dont le cou vercle est perce d'ouvertures assez ^troites
et qui se trouve plongee ensuite horizontalement dans de
I'eau pure.
( WW )
Le sel sort de la boite par les ouvertures du couvercle,
mais la boite ne se vide pas en liquide; le sel sorti gagne
ensuite le dessous de la boite par suite des differences de
densite et, de cette fa^on , la qualite du liquide qui se
trouve au-dessus des ouvertures du couvercle reste sensi-
blement la meme, parail-il. Apres un sejour d'une duree
connue de la boite dans feau, on la retire et Ton deter-
mine la composition de son con ten u. II est facile alors de
calculer le coefficient de diffusibilite du sel employe.
Comme on le voit, par I'usage de cette boite, Tauteur par-
vient a eliminer a peu pres completement Terreur due k la
connexion qui s'etablit dans les liquides £ la moindre varia-
tion de la temperature.
M. De Heen demontre d'ailleurs ce point par quelques
considerations qui, bien que simples, ne me paraissent
cependant guere susceptibles d'etre resumees dans cette
courte analyse; il est preferable des lors de les passer
sous silence.
L'auteur a experimente a Taide de solutions de chlorure
de sodium, de phosphate de sodium, de carbonate de potas-
sium, de sulfate de magnesium, d'azotale de potassium et
des chlorures de baryum, de strontium, de zinc, de calcium
et de magnesium. En variant la temperature pour chacun
de ces sels il a observe ce fait remarquable que les varia-
tions du coefficient de diffusion avec la temperature sont
independantes de la nature chimiqne du sel
M. De Heen mentionne que M. Bonty vient d'arriver a
un resultat semblable en ce qui concerne la variation de la
conductibilite electrique des solutions salines avec la tem-
perature. Comme la raison du deplacement des molecules
dans le casde V electrolyse est probablement aussi celle du
deplacement des molecules dans le ph£nomene de ia diffu-
( 164 )
sion, I'auteur trouve dans le travail tie M. Bonly un appui
pour ses propres resultats.
Quoi qu il en soit de ce rapprochement, le travail cle
M. De Heen me parait avoir ele execute avec soin; les
resultats qu'il a produits meritent d'etre connus; aussi
ai-je Fhonneur de proposer a la Classe d'ordonner Pirn-
pression de ce memoire dans le Bulletin de la seance, d
La Classe a adopte les conclusions de ce rapport, aux-
quelles a souscrit M. Stas, second commissaire.
Relations theoriques basees sur la loi de gravitation mole-
culaire, etc., par P. De Heen.
Rapport de 9M. Van de»* Mfensbrugghe.
«c Le travail de M. De Heen me parait interessant;
malgr6 quelques reserves que je pourrais faire au sujet
de certains terraes employes par I'auleur, je propose a
PAcademie de faire imprimer sa note dans les Bulletins. »
La Classe a adopte les conclusions de ce rapport, aux-
quelles s'est rallie M. Spring, second commissaire.
Recherches snr la production de Vacide cyanhydrique dans
le regne vegetal; par M. Jorissen.
Hap port de Iff. Jforr^n .
« M. A. Jorissen a fait connaitre recemment k PAca-
demie que Pacide cyanhydrique se produit pendant la
germination des amandes douces et des graines de lin
et qu'il provient sans doute du dedoublement d'une ma-
tiere azotee de reserve.
Dans une nouvelle note qu'il communique k PAcademie,
ce jeune savant signale la presence du meme acide dans
les produits de la distillation des pousses d'une gramin£e,
d'une aro'idee, d'une ribesiacee et d'une renonculacee. II
en tire cette consequence que Pacide cyanhydrique, ou au
moins la substance dont ii derive, est fort repandu dans
le regne vegetal et, par consequent, doue de fonctions
physiologiques importantes.
J'estime qu'il y a lieu d'ins£rer la note de M. Jorissen
dans le Bulletin de PAcademie. *
La Classe a adopts ces conclusions, auxquelles se sont
rallies MM. Slas et Gilkinel.
Demonstration elementaire de la lot supreme de Wronski;
par C. Lagrange.
Happoi'i de 9M . f*. FFfi#f*to#i.
t I. Le memoire de M. C. Lagrange sur la Loi supreme
de Wronski, dont PAcademie a vot6 Pimpression Pan der-
nier, ayant et6 remanie a la demande de la Classe, Pauteur
est parvenu a etablir cette loi, par une methode tout k
fait distincte de celle de Wronski. Dans une notede M. La-
grange qui a paru aux Comptes rendns de VAcademie des
sciences de Paris (9 juin 1884, t. XCVIH, pp. 1422-1425),
les coefficients qui entrent dans la loi supreme ont la
forme sous laquelle ils se presentent naturellement, mais
non celle que leur a donnee Wronski. Le present travail
emprunte en substance au grand memoire approuve l'an
dernier par la Classe, indique un moyen de deduire la Loi
supreme sous la forme wronskienne des resullats oblenus
dans 1'article des Cnmptes rendus. Voici un apercu de la
melhode suivie :
II. Soient
Fx
«o?o£
tttfiX
••-*• «„?»* -*- P**,
(1)
une relation entre n •+• 3 fonctions jouissant des pro-
• 9 - r
prietes suivantes :
i° Les fonctions Fx, <p x, y { x,..., cp n x, 4>x sont continues
pour les valeurs considerees, ainsi que celles de leurs
derivees dont il sera fait usage;
2° Les (n + 1) fonctions 9 sont independantes entre
elles et, par suite, d'apres un theoreme connu, aucun des
determinants (*)
?Q x, fi x
fX
1
?i x
Vox
flX
<?&
foX, p|X, y 2 x
ft
tf
V
VqX,
*
?lX
? 2 X
, etc.
n'est identiquement nul; de plus, aucun n'est nul pour ia
valeur a de x;
o° vi>x est une fonction qui s'annule pour x = a, ainsi
que ses n premieres derivees.
Le coefficient P est une fonction de la valeur speciale x,
d
D
O Appelee Wronskiem de (? 9f p t ), de (p , p,, p f ), etc., par M. Muir
*67 )
les (n -+- i) equations
a f a -*■ a t fia h k a„? n u =-- Fa,
m
a f' a h- a,f' t a -+-• --4- a,,?,,** = Fa,
(2)
fl yS«-4- a,j»;a ■+■••• + o,/ r ;;a = F"o,
d'ou I'on peut deduire leurs valeurs sous forme de quo-
tients de wronskiens.
La fonclion
est nulle pour / = x; elle est nulle aussi pour / = a ainsi
que ses n premieres derivees. II en resulte que, pour des
valeurs convenables de t entre x et a, ses n derivees
s'annulent aussi. Cetle remarque donne n formes dis-
tincles du faeleur P, oil entrent les valeurs de / dont il
vient d'etre parle. Tel est, en resume, le con ten u de la
note de M. Lagrange inseree aux Comptes rendus(~).
III. Faisons y x=\ et rempla^ons les equations (2)
par celles que Ton obtient en procedanl de la maniere
suivante : on part de 1'equalion (1), dont on prend la
derivee par rapport ax; on divise ensuite par le multipli-
cateur du premier coefficient qui reste dans le second
membre; on opere de meme sur Tequation trouvee, puis
sur celle que I'on en deduit et Ton continue ainsi jusqu'a
ce que Ton ait tire de (1) n equations nouvelles. Dans ces
eq
On
O Cetle demonstration peut etrc simpli(iee,dans la forme, eu employant
un peu plus les determinants que ne le fait I'auteur.
168 )
ainsi (n •+- 1) relations que nous ecrirons :
a -f- a^ t a -f- a^a -4-... -t- a„ ?n a = Fa,
a, -+- fl 2 ?(1) 2 a -t-.-H- a n? (l) n a =F(1)a,
o i +...n-a n? (2)„a = F(2)a, I (3)
«n = F(n)o.
On observera que, dans ces equations, le reste
P\px = Fx — (a -h«,9,x -+- ••• -h « n (p n 3c) ne laisse aucune
trace. Cela provient de ce que les derivees successives de
cetle difference, jusqu'a la n iim \ s'annulent pour x = a,
el qu'elles entrent au nume"rateur des fonctions ana-
logues a F(i), F(2),... F(n), que Ton deduirait de P#.
C'est la un point qui n'est pas suffisamment mis en
lumiere dans la note de M. Lagrange.
IV. Les equations (3), que Ton peut resoudre par telle
methode que Ton veut (*), donnenl les coefficients a , a i>
a 2 ,..., a n , sous forme wronskienne, en fonction de Fa,
F(l)a,... F(«)a, %a, 9(l)„a,... 9,a. Ces expressions auxi-
liaires sont formees d'apres une loi tres simple. On a, par
exemple,
F(1)«=^> F (2)a=^. F(5)a= l_i_i_, etc.
M.Lagrange trouve, sans calcul, comme il suit, l'expres-
sion analylique de ces fonctions (**).
(*) L'auteur les resout par la methode des multiplicateurs de Bezou.
(**) La determination directe de ces fonctions se fait sans peine par'?
theorie des determinants. Voir la note ci-jointe.
169 )
On a evidemment F(n)a==a n . Or, d'apres les equa-
tions (2),
a„ ou F(n)a
f\a, ..., f' n -iUy Y'a
?i«> —5 ?!*-*«, f«a
*
tfa, .., ?;Ua, F"a
? Ja, ..., fl^a, f n n a
Mais la loi de formation des fonctions auxiliaires est inde-
pendante de la valeur de n. Done, on pourra remplacer,
dans la formule prec&lente, n par un nombre inferieur
quelconque. De nieme, on peut substituer a F Tune
des fonctions y
demonstration
seconde hypothese faite sur les fonctions <p, qu'aucun des
denominateurs introduits pour arriver aux equations (3)
n'est nul.
V. Personne n'a prouve jusqu'& present que la Loi
supreme ait I'importance que lui altribuait son auteur.
Mais, en tout cas, la note de M. Lagrange ins£ree aux
Comptes rendus et celle qu'il a soumise k PAcademie con-
tiennent la premiere determination du reste de cette serie
et, par suite, la premiere demonstration qui en ait ete
donnee.
Nous proposons done a la Classe de voter Pimpression
du travail de M. Lagrange et d'adresser des remerciments
& Pauteur. *
5 me SERIE, TOME VIII.
l2
( *70)
NOTE
Soient
x y z u v
des fonctions d'une variable / enlre lesquelles ii n'existc
pas une relation lineaire de la forme ax
kv
I
0; puis
by
cz
gu
0, 0,
0, 0,
It
0,
«„ v.
0, 1, Z>, Mj, Vt
«3 , I'S
1,
v*
• t
des fonctions que Ton en deduit, celles de la premiere
ligne en divisant les derivees de x, y, z\ w, v par x' = ^>
celles de la seconde en divisant les derivees des fonctions
de la premiere ligne par ?/'i , et ainsi de suite.
On trouve, de proche en proche,
Vi
V
'
a
.'
V 2
X V
a: v
f
a
x' y
x" y"
Vs
X
X
X
'I
Iff
y
y
V
y'"<
V
V
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If!
x
X
X
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*9f
y
y
z
II
z
If
y m *"'
de meme,
w*
x
x
»t
y
y
*'" y
U
u
n
'" l<"'
X
X
n
y
y
X 1/
z
z
If
'" z'"
et ainsi de suite.
17i
en£rale
On peut monlrer que la loi est j
employons les notations de Muir pour les wronskiens et
ecrivons
m 3
v
3 '
w (x\ y', u') : w (x', y\ z')
w (x', y\ v') : w (x\ y\ z')
ou en abrege
w
IT
R
v
V
R
On a, d'apres la loi de formation des fonciions,
v*
d l\
Jt\R
d W
dlXR
RV
VR'
RU'
UR'
Mais, d'apres la regie de derivation des determinants,
RV
VR'
x
X
u
X
III
X
X
X
I
II
til
y
y
y
y
y
y
z
z
tl
z
nt
V
V
*l
V
m
X
X
n
X
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X
X
n
X
IT
y
y
IV
y
y
n
V
V
If
V
y
y' *
u
z
ft
z
IT
et, d'apres un lheor6me de Cauchy (ou d'apres un cas par-
ticulier du theoreme de Laplace),
RV
VR'
x
x
I*
X
m
X
IT
y
y
y
y
z'
v'
z"
v"
4
1 X '
y'
z'"
V'"
1 X "
y"
>~l*
*>
V"
w (*', y', z\ v') w (x\ y')
172 )
De meme,
RU' — UR' = w (x', y\ *', u') w (»', y).
Done enu'n,
v*
to (x', y', z\ v')
w far', y\ z', u')
ce qu'il fallait demontrer.
Dans le cas ou x, y, z, u, v dependent de plusieurs
variables independantes ou parametres, on peut etablir,
absolument de la meme maniere, des formules analogues
sur les differentielles partielles, les differentielles totales
ou les variations de ces fonctions. II suffit de remplacer la
caracteristique de la derivation par d ou $ dans ce qui
precede.
Des relations semblables subsistent aussi dans le casde
differences partielles ou totales; mais pour les Etablir
aisement, il faut modifier legeremenl la demonstration en
y introduisant au lieu des differences successives A#» A 2 z,
A 5 x,... les valeurs successives x, yx, v%, v 3 #»"- des
fonctions (v = i «+■ A).
Rapport de M, Be filly.
« Je me rallie avec empressement aux conclusions du
premier commissaire, et je me felicite de n'avoir pas admis
sans critique la premiere redaction presentee par I'auteur.
M. Lagrange est rentre maintenant dans la voie du
raisonnemenl rigoureux et son travail me parait apporter
un perfectionnement notable a la theorie du developpe-
■
roent des fonctions en series. *
La Classe a adopte les propositions de ses commissaires.
175 )
Formule de la nutation annuelle ; par M. le D p Ubaghs
«
ttappori de M. Folie.
« La theorie des mouvements de 1'axe du monde a fait
1'objet des travaux des geometres et des astronomes les
plus distingues. Aux noms de Newton, d'Alembert, Laplace,
Bessel, Poisson, Peters on peut ajouter ceux de deux
contemporains, MM. Serret et Nyren.
L'Academie sait qu'a Poccasion de la theorie de la nuta-
tion diurne, dont Hopkins seul s'etail occupe, j'ai cru
indispensable d'appliquer, a la recherche des formules de
la precession et de la nutation annuelles, le procede d'in-
tegralion assez simple dont j'avais fait usage dans cetle
premiere theorie.
Toutefois, desirant etablir ces formules sur Jes seuls
principes elementaires de la dynamique et de 1'astrono-
mie, j'y ai forcement neglige les inegalites de la lune,
dont j'aurais dfi emprunter les expressions k la mecanique
celeste.
Logiquement, j'etais amene ainsi a me borner, au plus,
aux termes du troisieme ordre relativement aux excentri-
cites des orbites du soleil et de la lune, et a rinclinaison de
Porbite de ce dernier aslre sur Pecliplique,
II y avait done lieu d'abord de completer mes formules
en ces deux points.
Ce laborieux travail, M. le D r Ubaghs Fa entrepris et
mene a bonne fin.
II a developpe toules mes formules en tenant compte
des termes du quatrieme ordre, que j'avais negliges, et de
ceux qui dependent des principales inegalites de la lune,
auxquels je n'avais pas non plus en egard.
( m )
Ceux qui savent le temps qu'exige le developpement des
calculs de la mecanique celeste pourront se faire une idee
du labeur qui se trouve condense dans ces quelques
pages.
II nous suffira de conslater que les expressions de la nu-
tation en longitude et en obliquite renferment chacune cent
trenle lermes environ, toutes reductions faites, c'est-a-dire
qu'on peut e valuer a pres de sept cents le nombre des
lermes qui enlraient dans le developpement coraplet des
formules de M. Ubaghs.
Les coefficients numeriques de ces differenls termesont
ete calcules d'apres les donnees dont j'ai moi-meme i'ait
usage, et fondees en particulier sur la valeur attribute par
Peters a la conslante de la nutation.
II y aura lieu probablement a modifier ulterieurement
quelque peu ces valeurs numeriques. Mais les'modifications
ne porteronl en general que sur les 0",001 au plus, sauf
dans les lermes les plus importants.
Eniin, pour que les formules fussenl tout a fait com-
pletes, il faudrait ajouter les tres petits termes dependants
du perigee lunaire, que les inegalitSs du spheroide ter-
restre y inlroduisenl.
Ces termes, dont Peters a le premier tenu compte, ont
ete calcules a nouveau par le professeur Nyreu.
L'eiat imparfait encore de nos connaissances geode-
siques ne permellrait pas, du reste v de determiner avec une
grande precision ces termes, qui sonl heureusement pres-
que insensibles.
Le travail de M. Ubaghs se termine par la comparaison
de ses formules avec celles de Peters et de Nyren.
Quoiqu'il ait tenu compte de certains termes que nous
avons du negliger, les differences signalees dans notre tra-
vail entre nos formules et celles de Peters subsistent toutes.
175 )
L'une des negligences de Peters a etc corrigee par
Nyren, qui a introduit dans ses formules le lerme en
Mais une autre negligence de Peters a subsiste dans
ces dernieres formules : les termes qui dependent de
C — r' — Qont,en effet,chez Peters etchez Nyren lememe
signe dans la nutation en obliquite comme dans la nuta-
tion en longitude, chose tout a fait inexplicable pour nous,
et qui ne se retrouve, du reste, ni dans nos formules, ni
dans celles de M. le D r Ubaghs.
Enfin, les termes dependants du perigee solaire, que
nous avons signales comme provenanl de la reduction des
longitudes moyennes du soleil en longitudes vraies, sub-
sistent egalement dans ces dernieres formules, et ne sont
modifies que d'une maniere tout a fait insignifiante par
■
les termes qui proviennenl des inegalites de la lune.
Malgre leur extreme petitesse, ces termes, a cause de
leur grande importance iheorique, meritent d'etre signales
a latlention des astronomes.
Ce travail de M. le D r Ubaghs etant le developpement
du ndtre, la Classe comprend que nous evitions avec soin
de nous prononcer sur le fond, c'est-a-dire sur la methode
et sur les differentes formules que nous avons employees
pour integrer les equations du mouvement de Paxe du
monde ; il va de soi que nous n'y trouverions rien a
redire.
Nos honorables confreres pourront suppleer, en ce point
capital, & ce que notre rapport offre necessairement d'in-
complet.
Nous avouerons aussi, sans aucun scrupule, que nous
n'avons pas refait les laborieux calculs auxquels M. Ubaghs
a du se livrer. #
176 )
Jndependamment du soin avec lequel nous savons qu'il
a effectue ces longs developpements, la concordance de
ses resultals avec ceux des geomelres anterieurs dans la
plupart des lerraes, avec les notres dans ceux ou il est en
disaccord avec ces geometres, nous assure entieremenl de
leur exactitude.
Nous croyons done pouvoir dire avec confiance que
ce travail servira de base a I'etablissement des formules
veritables de la precession et de la nutation luni-solaires,
et nous en proposons I'impression dans le Recueil in-4°. >
M. De Tilly, second commissaire, se rallie a cette con-
clusion.
Kapporl rfe w. Mansion.
a Nouscroyons utile neanmoinsde fa i re ici une remarque
generalerelalivearintegrationapproximative des equations
differenlielles et une remarque speciale sur le proc^de
d'inlegralion de MM. Folieet Ubaghs.
En malhematiques pures, integrer approximativemenl
des equations differenlielles, e'est trouver deux limites,
Tune superieure, I'autre inferieure, comprenant entre elles,
pour certaines valeurs des variables independantes, la
valeur de chacune des variables dependantes a deter-
miner.
En mathematiques appliquees, au conlraire, integrer
approxiroativement des equations differenlielles, e'est
integrer rigoureusemenl d'autres Equations qui different
des premieres assez peu pour que Ton croie plausible la
presque identite des valeurs nume>iques des integrates
des equations primitives el des equations nouvelles. Che-
min faisant, pendant ('integration de celles-ci, on peut
encore alterer certains coefficients, ce qui revient &
177 )
changer, consciemment ou non, les equations diffeien-
tielles donnees (1).
Les grands astronomeset les grands physiciens, les New-
ton, les Lagrange, les Laplace, les Leverrier, sont guides
dans celte alteration systematique des equations d'un pro-
bleme par une sorte d'inslinct special, dont on peut bien
raremenl soumettre les inspirations au contrdle rigoureux
des malhemaliques. Cependant cela arrive quelquefois,
comme le prouve le ceMebre passage de la Dynamique de
Jacobi,ou ce ge-omelre a signale le defaut de rigueui dans
la demonstration de la stability du svsteme du nionde de
Laplace et de Lagrange. Mais, le plus souvent, l'expe>ieuce
ou I'observation permel seule de decider si Ton a k droit
d'alterer les equations du probleme, comme on l'a fait.
Dans le cas actuel, M. Ubaghs applique, comme M. Folie,
la m&hode connue d'integration des equations lineaires
simullanees a coefficients constants dont les seconds mem-
oes ont une forme speciale, a des equations non lineaires
tres analogues. Absolument parlant, la comparison des
r&ultats oblenus avec I'observation peut seule decider de
la legitimite de ce procede d'integration. Maisl'integration
graphique des equations aux differences correspondant aux
equations differentielles tend a prouver a priori que la
m£thode est bonne, comme methode approximative, si la
quanlite designee par ^ est suffisamment petite. Or|j
a reel lenient une valeur tres petite, d'apres Laplace, v
La Classe decide I'impression du memoire de M. Ubaghs
dans le Recueil in-4°.
(1) C'esl ainsi qu'Ivory, en parlant d'une autre hypothese que Laplace
sur la loi de decroissancede la densite del'air avec la hauteur, a pu arriver
neanmoins a la meme furmule que le grand geometre frau?m pour les
refractions astronomfques
178
Analyse d'un nouveau phosphate riche des environs
d' Havre, nres Mons: oar C. Bias.
Kapport tie Jf . W. &§Bring.
c M. Bias a soumis a un examen tres minutieux les
produits d'un sondage fait recemment dans le bois
d'Havre, non loin d'Obourg. II a trouve que ces produits
etaient riches en phosphate de calcium et que s'ils se
rapprochaient assez bien du phosphate de Mesvin-Ciply,
exploite aujourd'hui pour les besoins de ^agriculture, ils
en differaient cependant par leur aspect physique et par
lenr composition generale. Ainsi leur couleur est verte et
non jaune-brunatre corame celle des phosphates deCiply;
en outre, ils renferment du fer a I etat de combinaisons du
i
ferrosum, une proportion plus forte de g!/pse,de chlorures,
de fluorures; ils contiennenl meme de Piode et des com-
binaisons du manganese dont la presence n'a pu etre
constatee, avec certitude du moins, dans les gisements de
Ciply.
Le travail de M. Bias, d'ordre completemenl descriptil,
se pr&e difficilement a une analyse proprement dite. Je
dois done me borner a signaler qu'il renferme des donnees
utiles aussi bien pour les geologues qui s'occupent de
I'etude des depots de craie phosphatee que pour les
industriels qui ont pris soin de les verser a I'agriculture;
en un mot, les specialistes pourront y trouver des rensei-
gnementsqui leurseront precieux.
Je n'hesite done pas a proposer a la Classe des sciences
( 179
d'ordonner Finsertion du travail tie M. Bias dans le Bulle-
tin de la seance. »
La Classe a adopte les conclusions de ce rapport, aux-
quellesont souscrit MM. Stas et Cornet.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Deux experiences tres instructives de capillarite ; par
G. Van der Mensbrugghe, membre de FAcademie.
I. Un bouchon de liege porte au centre de Tune des faces
terminates un fil de fer mince auquel est attache un mor-
ceau de metal quelconque qui doit servir de lest; dans
I'au tie face terminale se trouvent implantes deux fils de
fer minces de 5 a 6 centimetres de longueur et fixes a un
anneau, egalement en fil de fer, ayant 7 ou 8 centimetres
de diamelre; eel anneau est maintenu an-dessus, dans un
plan perpendiculaire a Faxe du bouchon; quant au lest, il
est regie de telle sorte que le bouchon, plong£ dans Feau
pure, se tienne vertical et n'emerge que de 3 a 4 milli-
metres au-dessus du niveau.
Dans ces conditions, si Pon abaisse le sysleme jusqu'a
ce que Fanneau soit plonge lui-meme et parfaitement
mouille, Fappareil ne reprendra pas sa position premiere,
il s'arretera, au conlraire, quand Fanneau sera garni de
part et d'autre d'un menisque concave plus ou moins pro-
nonce. 11 importe d'operer sur une surface liquide fraiche
et, & cet effet, de faire deborder le vase.
180 )
Qua ikI celle nouvelle position d equilibre esl realisee, il
suffit parfois de deposer a la surface quelques gouttelettes
d'alcool ou d essence de terebenthine pour que Fappareil
remonte aussilot el reprenne sa position d'£quilibre pri-
mitive.
Cette experience permet de multiplier autant qu'on veut
Faction verlicale de haul en bas des forces capillaires.
Jl. On se procure un anneau en fil de cuivre de i milli-
metre environ d'epaisseur, bien decape, et de 7 ou 8 cen-
timelres de diametre; on remplit d'eau pure une capsule
d'un diametre convenable jusqu'a ce que le liquide de-
borde; on place ensuite Fanneau sur un support forme
par un fil metallique assez long et plie de maniere a pre-
senter deux portions egales et paralleles, des lors on n'a
plus qu'a abaisser le systeme horizontalement; si Ton
opere avec quelque dexlerite et que I'eau ait une surface
bien fraiche, fanneau flottera malgre sa densite conside-
rable (8.8).
On peut de meme faire flotler sur Feau fraiche un
anneau en fil de plaline; seulement alors Fepaisseur du
fil doit etre beaucoup moindre.
Dans le cas acluel, Taction verlicale due au menisque
convexe est dirigee de bas en haut.
Sur la theorie des fonclions ellipliqnes; par P. Mansion,
correspondanl de FAcademie.
On peut exposer les proprietes fondamentales des fonc-
lions ellipliques dans le cas d'un module k reel et plus
petit que Funite, sans recourir k la theorie generate des
fonctiomkdoiiblement periodiques, en proccdanla peu pr6s
181
comme Abel, dans ses premieres recherches, pourvu que
Pon etablisse d'une maniere ele'mentaire le theoreme sui-
vant de Richelot : Toute expression reelle ou imaginaire
I
ft
Si
y, il suffit, pour cela, de
que les courbes ayant pour
*» (i + k* x yy = x* (i + y *) (i + *y ), (i )
£ (1 -*- AVy«)* «■ */* (1 — x 4 ) (1 — IkV), (2)
ont, au moins, un point reel d'intersection dont i'abcisse
est inf6rieure & I'unit6.
Ajoutonsles Equations (1) (2); divisons Tequation r£sul-
tante par (1 -+■ A*x V) J P° s <>ns A 2 = > 2 -t- /* 2 , * 2 A 2 B 2 = 1 .
Nous irouverons que Tunedes equations pr£cedentes peul
etre remplacee par celle-ci
A* _ x * ( B* — A 5
3f" = B«— — -ff 1--—-). (5)
B 2 — x* V B* — x
Considerons uniquement les valeurs positives de x et
de y et voyons ce que represented les courbes ayant pour
equations (3) et (2).
Si A 2 =B 2 , Tequation (3) est celle d'une horizontale
AH ayant pour ordonnee A = V X 2 -+• /* 2 . Si A 2 < B 2 , la
— - »
valeur de y d^croit de A a quand x croit de a A et la
courbe a a peu pres la forme AL. Enfin, si A 2 > B 2 , y croit
de A a 1'infini, quand x croft de a B; dans ce cas, ia
courbe a la forme AK.
Pour etudier la courbe (2), separons 1'une de l'aulre les
deux valeurs positives y K , y 2 de y. Posons
p. 4
182 )
il vient
1
Q
2
R,
i
?y
i
Q
2
R
Lorsque a: croit de a \, P croit de a A 2 , Q decroit
£ 2 . Done R s'annule
de - k zero el R 2 decroit de ~
&
pour une valeur y inferieure a I'unite. Pour cette valeur,
Vi
Vz
<J, d etant la valeur de ^ pour #
6* J_ A i f • - 1
7
Quand x croit de a y, — , qui est la somme de deux
fonctions decroissantes | et R, decroit de la valeur initiale
£ a la valeur^, autrement dit, y x croit de u a 8; la courbe
a la forme MC. L'expression — = Pt/i, produit de deux
fonctions croissantes, croit de a J, ou y 2 decroit de
linfini a (J; la courbe correspondant a i/ 2 est NC. Les
deux valeurs y it y 2 de y, reunies, donnent done, dans le
premier quadrant des coordonnees, une demi-lyre ind£-
hnie MCN.
Le point le plus bas M a une ahcisse a inferieure a
A
VI
pres
u 2 premiere abcisse
AK. Par suite, la ligne
par 1 'equation (5) ren-
contrera neeessairement la courbe
MCN et Tabcisse du point d'inter-
section est inferieure a I'unite, puis-
que y, abcisse maxima de MCN, est
moindre que I'unite.
forme a
M. Cayley, qui
courbe (1), a
H8)
courbe (2)
coordonnees des points d'intersection, en
Jbrique de I* eta 2 (Elliptic Fonctions, pp. 114-
183
Sur le reste de la formule de Taylor el sur le binome;
par P. Mansion, correspondant de TAcademie.
Dans la theorie des fonclions d'une variable imaginaire
de Cauchy, on etablit la formule suivante :
n-i
' ' I ' 1.2 ' i.2...(n— 1)' v "
\ r ftdt (z~a\ n
%*ij t — z \t — a
t est une variable imaginaire, ft une fonction synectique
k 1'interieur d'un certain contour s et sur ce contour, le
long duquel s'effectue Integration; z, a sont des valeurs
speeiales de t correspondant a des points de Pinterieur du
contour s.
On pent transformer le reste F(z, a) en une integrate
recliligne de a k s, ncpi seulement dans le cas ou ces
quantites sont reel!es (comme le dit M. Andoyer, dans son
edition autographiee du Cours de M. Hermite, k la Faculte
des sciences de Paris, pp. 59-60), mais aussi dans le cas
general.
En effet, on trouve aisement, si a -+- Aa est dans le
contour,
? (f , z, a -v- *a) — ? ((, z, a) = &a?' a {L z, a) -+- Aa*+ («, z, a, Ao),
<p d&ignant une fonction nnie le long du contour s,
184
quel que soit Aa. On a done
F(*,a + Aa) — F («, a) \ p ftdt ,
Aa
1 r iai . ,
9
Aa f*ftdl ,
L'integrale qui multiplie Aa dans le second membre
6tant finie, quelque petit que soit le module de Aa, on a
\ r ftdt
Mais
a <it* n \ n(z-ay~ l (t—z)
Done
n(z — a)""* f ftdt
2« J (I — a)""
«
et, d'apres une formule de la theorie des residus,
*. (Z, a) = — — —
1 .2... (n — 1)
En observant que pour a = z t <p(f, z, a) est nul et par
suite aussi F(z, o), on deduit de la
./ 1.2.3... (»— I) ,/ 1.2 5...(«-1)
l'integrale etant prise le long de la droile qui reunit le
point a au point z.
185 )
La demonstration donnee dans le coins de M. Hermile
conduit done a la forme du reste sous forme dintegrale
rectiligne que nous avons etablie, par une methode toute
diflerenle, il y a quelques annees, dans le Messenger of
mathematics.
Dans le cas parliculier ou a = et ft = (\ -+- t) m 9 cette
forme dp resle presenle cet avantage sur celle de Cauchy
qu'elle permel d'etablir le developpement du bin6me y
meme si le module de z est egal a I'unile, pourvu que la
partie reelle de (m -+- i) soit positive et que z soit diffe-
rent de — 4, cornme nous le montrerons ailleurs.
Analyse d'un nouveau phosphate riche des environs
d'Havre, pres Mons; par C. Bias, professeur a I'Uni-
versite de Louvain.
Cette analyse, que nous nous permetlons de soumettre
a I'Academie, se rapporte a un gisement de phosphate de
chaux decouverla la suite dessondages d'exploration efl'ec-
tues par M. I'ingenieur Denys, sous la direction de noire
collegue M. Lambert. Ce gisement, aujourd'hui en exploita-
tion, est silue dans le bois d'Havre, a 3 kilometres de la
station d'Obourg, a 5 kilom. E. de Mons et a 6 a 7 kilom.
N.-E. de Ciply.
Ce nouveau phosphate se rapproche beaucoup du phos-
phate riche dont le gisement a 6te decouvert sur le terri-
toire de la commune de Mesvin par M. Bernard, et que
M. Pctermann (1) a decrit sous le nom de « phosphate
riche de Mesvin-Ciply *. Peut etre est-il semblable h celui
(I) Bulletins de VAcadtmie royale deBelyique, 3* serie, t. 1, n° 2, 1881.
5 me S&IUE, TOME VIII. 43
( *86 )
forman l cles pochcs, que M. Cornel a decouvert sur le
meme territoire. II differe toulefois de ces phosphates, en
particulier par la couleur : tandis que le phosphate riche
de Mesvin-Ciply est de couleur chatain a fetal humide,
celui-ci est vert-gris; aussi nous le designerons sous le
nomde z phosphate riche vertdu bois d' Havre d . On Irouve
egalemenl en cet endroit du phosphate riche chatain on
bran.
Voici quelques indications sommaires sur la constitution
geologique de ce nouveau gisement.
M. Lambert a reconnu Texistence du phosphate riche
vert sur une surface d'au raoins 10 hectares et celle du
phosphate riche brun sur une supeificie identique. Ces
deux phosphates se renconlrent en plusieurs points et Ton
a constate que le vert est superpose au rouge en certains
endroits.
Le phosphate riche vert est forme d'une couche d'epais-
ir moyenne de 0^,70 (0 m ,30 k i m ,50), recouverte d'envi-
seur moj
,00)
Les terrains de recouvrement sont :
1. Limon, terrain quaternaire . . epaiss. variant de 2,00 a 6,00 m«H.
2. Sable glauconifere — — 0,25 a 5,00
3. Argile bleu-noir glauconifere
(landenien)
0,80 a 2,50
Ce dernier terrain est impermeable; il est ordinairement
pierreux a la base. Sous I'argile bleue s'etend le gisement
de phosphate riche, reposant a son tour sur la craie grist
de Ciply d'une £paisseur tres considerable.
La couche de phosphate riche vert a une allure assez
reguliere : lanlot elle se releve ou s'enfonce suivant des
pentes assez douces; lantdl elle forme des poches et des
selles de profondeur ou de hauteur assez variables.
187
Divers elements composenl cette couehe; ils sont de
baut en bas :
A) Transition avec le terrain precedent. — Melange
avec I'argile bleu-noir, puis frequemment une legere
couehe de pierres calcareuses pauvres en acide phospho-
rique (6 a 7 p. c.) et dans laquelle se trouvent souvent des
rognons de pyrites, des debris de silex cretace et paribis
de fossiles (belemnites). On rencontre en outre quelque-
fois des blocs formes de carbonate de fer, de carbonate
calcique, de silice et de glauconie.
B) Par tie durcie [strati fiee) de la couehe proprement
dite. — Elle est composee de lits stratifies de m ,05 a m ,10
d'epaisseur; de couleur verte a I'elat humide, elle est gri-
s&tre a sec et tres friable. Elle est surlout developpee la ou
se rencoulrent les bosses ou selles.
Le phosphate vert slratifie est plus riche en acide phos-
phorique que le non slratifie; I'analyse a donne :
i
Anhydride phosphorique = 29.30 p.c.; phosphate iricalcique — 63.95 p.c.
A part la richesse en acide phosphorique, les parties
*
constiluantes sont les memes que dans la partie pu I viru-
lent e sous-jaeente. On y rencontre paribis des pierres plus
duresetmoins riches en acide phosphorique, pourlesquelles
I'analyse a donne :
Anhydride phosphorique = 8.77 p.c; phosphate tricalcique = 19.18
et jusqu'a 58 p.c. de silice.
C) Partie pulverulente. — Elle forme la partie infe-
rieure de la couehe et elle est aquifere. Son epaisseur est
tr6s variable; elle est plus developpee la ou il y a des
poches, et, dans ce cas, la partie durcie y fait paribis com-
pletement dlfaut. On y rencontre des parlies ties durcs,
des concretions de couleur plus pale et de formes bizarres,
(188)
tanioi arromJia? , taiildf angfifeuses et imiiant quclquefois
des hranches d'arbre, des racines, etc.
L'analvse de ces concretions a domic :
Anhydride phosphorique = 4.95 p.c; phosphate Iricalcique = 10.85
et jusqu'a 45 p.c. de silice.
II paraitrail que ces memes concretions se renconlrent
dans la craie grise. Un. echanlillon d'assez forles dimen-
sions a pu lacilemenlelredivise en irois parties disiincles :
Une partie exterieure grise, friable, conlenant :
Anhydride phosphorique=l2.28p c.; phosphate lricalcique=26.8o p.c.
Une couche inlermediaire, dure, jaunatre conlenant :
Anhydride phosphorique = 5.10 p.c ; phosphate Iricalcique = 6.75 p.c.
Un noyau central bleuaire, forme d'oxyde de fer el silice, et renfer-
maut :
Anhydride phosphorique = traces; phosphate iricalcique = traces.
II est a remarquer que le phosphate riche vert pulve-
rulent du bois d'Havre semble s'appauvrir vers le bas;
ainsi, landis qu'un echanlillon pris dans une couche
deO m ,80, a une profondeur de m ,40, a donne" 56.55 p.c.
de phosphate iricalcique, un echanlillon de la meme
couche, pi is a m ,80 de profondeur, n'en a plus donne que
40.60 p. c.
I)) Enfin, la couche entiere de phosphate riche vert est
quelquefois traversee par des veines rougedtres, de direc-
tion diflerente, et d'une epaisseur moyenne de m ,10.
Un echanlillon de la matiere qui conslitue ces veines a
donne a I'analyse :
Anhydride phosphoriquo='23 94 p.c ; phosphate triealcique=r>2 26 p c.
Nous allons indiquer mainlenanl les caracteres phy-
siques, inineralogiques et chimiques du phosphate riche
vert pulverulent.
( t89 )
La prise moyenne qui a servi aux operations a ete faile
le long (rune iranehee do 50 metres, laquelle avail mis a
nu nne couche de phosphate de m ,55, en y comprenant
line poche de I m ,70 de profondeuret en exeluant la partie
stratifiee. Environ 5 kilogrammes recueillis dans le phos-
phate pulverulent (1) ont ete intimement melanges et
seches a une temperature moderee; en tamisant, lout a
passe, a part 4 p. c. environ formes notamment de con-
cretions et de pierres.
La moyenne de ce residu du tamisage a donne :
Anhydride phosphorique = I3.45p.c. ; phosphate lricalcique=29.35p c.
Le phosphate de la prise moyenne, apres dessiccalion,
se presente sous forme d'une poudre gris-pale, Ires lenue
et un peu grasse au toucher. Le poids specifique, determine
a 19° G avec 0.408 de substance sechee a 110° C, est
de 2.826. Lorsqu'on le traite par Teau pure (10 gr. pour
100 c. c), des traces d'acides sulfurique, chlorhydriqne et
phosphorique, ainsi que de-calcium, d'alcalis et de malieres
organiques passent en solution. Si Ton continue a sou-
metire le residu insoluble k des Irailements successifs a
Peau pure, 1'eau exirait les memes Elements, maisen pro-
portions toujours moindres jusqu'au quatrieme trattement;
a parlir d'alors, on ne retrouve plus que des traces de
calcium et de matieres organiques.
Le citrate ammonique de densile 1.09 ne dissoul pas
plus d'acide phosphorique que Feau.
La poudre sechee ne cede que Ires peu de matieres
organiques k Talcool, au chloroforme, a Tether ou a la
(1) Cette portion de substance parait representer la moyenne de loule
la couche de phosphate pulverulent; car les dosages HFectues sur de nom-
breux echantillons, representant au dela (Tun niiltier de tonnes extraites
depuis lors, en ont confirm^ le titre.
190
benzine. Mais si on la soumel prealablement a Paction de
l'acide chlorhydrique, que Ton filtre et qu'on lave a Teau
le residu insoluble jusqu'a reaction neutre, ce residu seche
cede a ces dissolvants, noiamment a I'alcool fort et au
chloro forme, une forte proportion de matieres organiques.
Apres distillation du dissolvant, ces matieres organiques
forment un residu brun abondant qui se secbe complete-
menl au bain-marie; en les chauffant a Pair, elles s'en-
flamment et brulenl avec une flamme jaune fuligineuse, en
laissant des traces de cendres blanches; chauffees dans le
lube, elles distillcnt un liquide goudronneux et degagent
des fumees blancbes pesantes, a odeur prononcee de gou-
dron de bois et a reaction franchement acide.
Celte matiere organique est completement soluble dans
la potasse causlique froide, qu'elle colore en brun-noir; et
elle en est partiellement reprecipilee par les acides.
D'autre part, nous axons rencontre dans les couches de
phosphate pulverulent des parties d'un vert parliculiere-
ment fonce et d'un aspect luisant. Un echantillon chaufle
dans le tube ferme a degage un gaz fortemenl alcalin,
accompagne d'une odeur empyreumatique persistanle rap-
pelant la corne lirulee. La potasse caustique versee sur
celte parlie verle se colore en brun -fonce; el, de celte
solution, les acides precipitenl des flocons bruns qui,
chauffes avec la chaux sodee, degagent abondamment de
1'ammoniaque. Ce liquide surnageant conserve une coulenr
jaune-fonce.
II ne parail pas douleux que cetle maliere organique
azotee ne soil semblable a celle signalee par M. Melsens (1)
dans son travail Sur la crate grise de Ciphf, et par
(l) Melseks, Bullet, de VAcad. roy. de Belgique, 1874, p. '2o.
191
M. Pctermann (1)dans son memoire Sur les pierres dares
de Ciphj. II faut remarquer que 1'aciile chlorhydrique, en
desagregeaut le phosphate, dissout a cote des matieres
minerales une forte proportion de matieres organiques, en
memo temps qiTil en degage avec Tacide carbonique une
autre partie de matieres organiques d'une odeur parlicu-
liere. On peul done eonclure que le phosphate brut ren-
ferme des matieres organiques ou 1'azote parait dominer,
et qui s'exlrairaienl par Tacide chlorhydrique; et que le
residu insoluble dans lacide chlorhydrique conlient des
matieres organiques plulot non azotees.
Le phosphate riche verl chaufle dans le lube ferme se
fence, (levienl faiblement phosphorescent dans Fobscurile
et degage une odeur partieuliere, empyreumatique. Lors-
qu'on le chaufle dans une cornue vers 180° C, il y a dega-
ge n<nl de fumees blanches forte merit acides qui, rectieillics
dans I'eau, y font reconnaitre la presence de Tacide carbo-
nique et d'une forte proportion d'acide sulfureux et de
silice; il y a done degagement de fluorure silicique. Si Ton
vienl a mouiller la poudre restee dans la cornue, elle
apparait noire et degage une faible odeur d'hydrogene
>ulfuie. Traitee ensuite par I'eau, elle cede un peu de
sulfure el de sulfate calciqne, de chlore, d'acide phospho-
rique et de matieres organiques. L'addition d'un acide en
degage de Thydrogene sulfure. Le phosphate brut seche
degage deja sous Taction de Tacide chlorhydrique un peu
d'hydrogene sulfure, en meme temps que de Panhydride
carbonique. L'acide acelique ne Tallaque que faiblement.
Ce phosphate doit renfermer un sulfure m£tallique en
faible proportion, qui n'est probablement autre que le
I) Pftermvnn, Mem. cour. etautre.s par VAcad., coll. in-8°, 1878.
( 192)
sulfure de fer. En outre, par la calcination, la ma tier e
organique reduit le sulfate calcique en sulfure, et il arrive
peut-etre quecetle reaction a deja lieu partiellement pen-
dant la dessiccation.
A la loupe, on pent reconnaitre des grains blancs de
quartz, des grains noir-verdatre et des grains jaune-pale.
Sous le microscope (grossissement de 200 en moyenne)
on decouvre : a) des cristaux de gypse en forme de baton-
nets, en tres petit nombre; 6) de gros cristaux irreguliers
de quartz a cassure conchoidale, tantot transparents et
*
incolores , tantdt jaunes on jaune-verdatre et rarement
noirs opaques; c) de Ires petils grains blancs de forme
ovale, arrondie et irreguliere (silice el une petite quantity
de calcaire phosphate); d) des grains de diverses dimen-
sions, irreguliers, a bords arrondis peu nets, la plupart
opaques et paraissant jaune-vert, d'aulres noirs, quelques-
uns jaune-fonce,souvenl translucides el verdatres sur les
bords (grains phosphates).
Les leintes
v
de
phosphate seche artificiellemenl.Par la calcination a I'abri
de I'air, presque tons les grains de phosphate proprement
dils deviennenl noirs el opaques, tandis que ceux designcs
sous a, b et c ne changent guere; par addition d'acidc chlor-
hydrique, les grains noirs disparaissent en ne laissant que
quelques petits points noirs dans de la silice jaunatre et
floconneuse. Chose curieuse a signaler, le grillage prolonge
ne parvient guere a faire diminuer le nombre de grains
noirs, bien qu'ils soient conslitues de matieres organiques
et jusqu'a un certain point de sulfure de fer. Apres
d£sagregalion par I'acide chlorhydrique, I'incineVation
s'opere assez facilement.
En passant de I'acide chlorhydrique sous le porte-objet,
il se produit sur les grains phosphates un vif degagement
i<)5 )
d'acide earbonique. Ces grains disparaissent rapidemenl
en laissant une pellicule legere, transparente comme un
voile et affectant la forme du grain disparu ou d'un agglo-
mere de grain (squelette). La couleur de ces pellicules est
jaune ou jaune-verd&tre et rarement blanche; quelquefois
on y voil emprisonnes de tout petits points noirs k bords
nets 5 que I'acide chlorhydrique concentre et la chaleur ne
parviennenl pas k faire disparaitre. Ces pellicules on sque-
lettes se dechirent facilemenl et sedivisent en petits grains
ou poussiere. Elles son l evidemment formees de silice qui
est impregnee de matiere organique et qui avail entoure
les grains phosphates (i).
En exarainant au microscope le residu insoluble dans
I'acide chlorhydrique, apres I'avoir grille, on y constate
les elements suivanls : quartz blanc el rarement leinte,
silice en ires petits grains blancs arrondis, silice sous forme
de flocons legers rarement jaunatres provenant evidem-
ment des squelettes mentionnes plus haul.
En pla$ant une gouttelette de ferrocyanure alcalin avec
le phosphate sous le porte-objet et en ajoulant ensuile
I'acide chlorhydrique, on constate une coloration bleu-
pale, tres faible ; le fer ne s'y trouve done qu'en faible
proportion sous forme de ferricum. En operant de meme
avec du ferricyanure, il se mani teste une coloration bleu-
iutense de la solution, et notamment des pellicules et de
*
leurs debris : la grande partiedu fer se trouve done comme
ferrosum dans les grains phosphates.
En d&ayanl le phosphate riche vert dans de l'eau, on
parvient par levigations reprices et poussees a I'extreme
(1) Le phosphate riche de Mesvin-Ciply, traite & I'acide chlorhydri-
que, nous a donne des pellicules semblables, mais en plus petit nombre
et de couleur cannelle.
( 1M )
a en separer : 1° une poudre legere, tenue, presque blan-
che, que Ton ne saurait mieux designer que sous le nom
de « folle farine », comme Fa fail M Melsens; 2° une partie
plus dense de couleur gris-noir. On obtient de plus des
produitsintermediaires(l).En examinant les deuxproduits
extremes au microscope et a Paide de I'acide chlorh)'-
drique, on cons tale :
\° Pour la folle farine, qu'elle esl lormee d'un Ires
petit nombre de grains blancs de calcaire avec tres pen
de phosphate, d'une grande quantite de pelils grains blancs
arrondis de quartz tres divise, et d'une faible proportion
de silice en flocons legers blancs;
2° Pour les grains plus gros, paraissant noirs, vert-
fonce ou jaunalres (voir plus loin), qu'ils soul formes de
phosphate calcique plus ou moins carbonate, impregne de
matiere organique, de silice et de kr, de debris de gros
crislaux plus ou moins colores, et peul-elre de silicates.
Les grains noirs denses deviennent for le me nt phospho-
rescents par la chalcur.
Les cristaux de gypse se rencontrent principalement
dans les portions intermediates de la levigation. Leur
(1) En se coutentant de faire celte operation de levigation une ou deux
fois seulement el sans pousser aux extremes, on obtient :
1° Une poudre legere, pale qui titre:
Anhydride phosphorique = 13,82 p c; phosphate lricalcique = 30,70 p.C
2° Ud produit plus dense et plus fonce qui tilre :
Anhydride phosphorique = 28,1 5 p.c; phosphate triealcique = 6l,45p.c.
En faisant agir sur la poudre brute seche un leger courant <T«i'\ on
separe une partie legere, de couleur pale (folle farine par voie seche). A
Panalyse,ce produit a donnepour cent parties :
Anhydride phosphorique 17,30 (phosphate tricalcique 37,75).
Carbonate calcique 13,10.
Silice 28,20.
195 )
nombre augmente sous le porte-objet par I'addilion de
racidecblorhydrique pur.
En soumetlant a la levigation le phosphate riche brun
de Mesvin-Ciphi, on obtient comme parlie la plus dense
une poudre jaune-cannelle, laquelle, sous le microscope,
apparait formee de pel its grains phosphates, etc., abso-
lument semblables, quant a leur aspect, a ceux fournis
par le phosphate riche vert. lis en different par la couleur
brune. Traites avec I'acide chlorhydrique, ces grains se
dissolvent avec engagement de C0 2 et laissent un voile
ieger de silice coloree. Le ferro- et le ierricyanure rnon-
trent que ces grains phosphates renferment du fer, prin-
cipalement so<js forme de ferricum.
Un echantillon de phosphate brun ires riche des envi-
rons deCiply, dont la provenance exacte nous est inconnue
(e'est une poudre biun-pale, melee de rognons presque
blancs, tres lendres et friables), fournit egalemenl par
levigation un residu dense brun-cannelle pale, qui res-
semble sous le microscope el en presence de I'acide chlor-
hydrique au residu que donne le phosphate riche brun de
Mesvin-Ciply. Ce residu est en outre riche en acide phos-
phorique; il ne fait presque pas effervescence avec I'acide.
TVautre part, il resulte de la description qu'en ont faite
MM. Melsens, Cornet et Briart (1) que la crate grise de
Ciply renferme comme matiere phosphatee de tout petits
grains bruns (»/i de millimetre de diametre)dans un melange
peu coherent avec la craie, et que les nodules du pou-
dingne de la Malogne renferment les memes grains phos-
phates, mais d'uu volume plus gros (0,3 a 7 centimetres de
diametre) et forlement cimentes dans la craie. Enfin,
(I) Bull, de 1'Acad. roy. de Belgique, 2< serie, t.XXXV, 1874.
196 )
M. Petermano, dans son traite deja cite, dit que le phos-
phate riche brun de Mesvin-Ciply montre les memes pelils
grains phosphates que la craie grise et que « les pierres
dures de Ciply ».
On pent done conclure de ce qui precede que tous ces
phosphates renferment com me matiere phosphatee des
grains identiques d'un aspect jauoe ou verdalre, renfer-
mant de la matiere organique azotee, du calcium, de l'acide
carbonique, du fer, de la silice el peut-etre de l'acide sul-
furique, du fluorure et du chlorine. lis se dissolvent
dans l'acide chlorhydrique avec effervescence, en laissanl
une sorle de pellicule de silice impregnee de matiere orga-
nique, de compose de fer, etc. Ces grains phosphates ne
paraissent differer entre eux que par fetat d'agregalion,
par le degre de cimentation avec la matiere calcareuse,
et par la teinte provenant des matieres organiques et du
compose de fer (1).
Analyse chimiqub qualitative. — Dans Pexamen
microscopique qui precede, on s'est deja rendu comple de
la maniere dont le phosphate riche vert se comporle en le
chanffant en presence ou a I'abri de I'air, el en le traitant
par l'acide chlorhydrique (quidegage de l'anhvdride carbo-
nique, de l'acide sulfhydrique,des gaz organiques et laisse
un residu insoluble legerement colore), ainsi que de la
nature de la matiere organique qui I'impregne et de la pre-
sence du fer sous forme de ferricum et surlout de ferrosum.
La presence du fluor et de l'iode se constate aisement.
(1) M E Solvay, dansun travail qifil a puhlieil y a quelque temps sur
« la craie phosphatee de Ciply et sod traitement » f a emis Popinion que Pon
pourrait obtenir des indications precieuses sur la nature de la matiere
phosphatee en Petudiant optiquement;nous parlageons complement cet
avis, en Padressant aux specialistes micrographes.
197
L'iode s'annunce deja sur du papier amidonnc, en chauf-
fant dans un tube a essai une dizaine de grammes de phos-
phate avec de l'acide sulfurique concentre et du bioxyde
de manganese. En recueillant ! es produils gazeux qui se
degagent de ce melange, on y constate la presence de
fluorure de silicium, d'acide fluorhydrique, d'acide chlorhv-
driqueet d'anhydride sulfureux. La presence du manganese
se manifesto a Paide de I'essai au minium et acide azoti-
que. Chauffee avec la chaux sodee, la substance degage de
Tammoniaque.
L/analyse quantitative a donne pour le phosphate riche
vert du bois d'Havre les resultals ci-apres :
Substance serMe^ conserve a Fair du laboratoire:
1° Eaua 115»C
2° Matieres organ iques
5° Oxyde ferrique
40
*.
aluminique
calcique •
6°
* m
8°
1
1
magnesique
potassique.
sodique. .
0.60
2 67(1)
2.07
1.72
38 . 52
0.40
0.05
1.47
9° Anhydride pbospborique 25 85
sulfurique
carhonique
10° >
11° »
i2° »
13° Chlore
14° Fluor
15° Impurele de la silice
4.05
5.40
silicique pur 14.00
0.15
2.38
0.60
99.91
A deduire :
pour un equivalent de fluor et un equiv. d'oxygene
chlore
»
1.00
0.03 \
1.03
Manganese et autres corps non doses
98 . 88
1.12
1 00 . 00
(1) Azote dans la substance m 0,100.
198 )
En comhinant les acides phosphorique, sulfurique el
carbonique, ainsi que le fluor, au calcium etau magnesium,
en unissant le chlore au sodium et en supposant la silice
en parlie libre et en partie combinee aux metaux reslanls
(alcalins, fer et alumine), on peul exprimer comme suit
la composition du phosphate riche vert du bois d'Havre :
Phosphate tricalcique
Sulfate calcique . .
Carbonate calcique .
i
* *
magnesique.
56.43
6.88
11.27
0.84
Fluorure calcique . . .
Chlorure sodique . . .
Matieres organiques . . .
Silice, silicates divers, elc. 16.78
100 00
CaO calcule = 30.58 P,O t trouve= 25.85
»
»
MgOlrouvee=
4.88 ; CaO calcule
0.25
2.67
2.83 ; S0 3
6.31/
0.40$' C ° 2
3.50
»
»
Fl
»
405
5.40
2 3*
Dans ce calcul, purement hypolhetique, on arriverait a
un exces de 4.70 d'oxyde calcique. fl faut done admettre
que, dans les combinaisons formees par les acides phos-
phorique, sulfurique, carbonique et fluorhydrique, il y a
d'autres metaux engages que le calcium, par exemple le
fer, le manganese, etc. II se pourrait aussi qu'il y eut, dans
la combinaison phosphatee proprement dite, a cole des
phosphate, chlorure, iodure et fluorure, qui se remplacent
; fa demc
certaines
adopte la formule
3Ca s P,0
8
1
CaCI,
CaFI,
CaO
(1) Voelcker, Diechem. Zusamensetz. des Apatits, Giessen, 1883
199 )
Mais, clans noire cas, ce ne sont la que de pures hypo-
theses, elabliessur une substance qui constitue un melange
et non un individu determine, Cependant il y a lieu d'es-
perer que 1'elude de la constitution intime et de la genese
de ces phosphates pourra etre entreprise avec succes lors-
que I'analyse aura porte sur les grains phosphates par-
faitement isoles, ce a quoi nous comptons arriver sous
peu.
A fin de mieux faire voir les analogies et les diffe-
rences qui existent enlre le phosphate riche vert, d'une
part, et entre les irois phosphates les mieux connus et
qui inleressent le plus Pindustrie et Fagriculture de la
Belgique, cFautre part, nous avons resume, dans le tableau
ci-apres, les analyses se rapportant a 100 parlies de ces
substances.
D'apres de nombreuses analyses failes par M. Peter-
mann, la moyenne en acide phosphorique des nodules du
poudingue de la Malogne serait de ^P.75au lieu de 22.48,
chiffre admis dans I'analyse complete renseigne ci-apres.
Les differentes substances phosphatees renferment en
moyenne, pour 100 :
Anhjdride Phosphate Carbonat
phosphorique. tricalciqae. alcalino-terreui.
!• Craie grise brute de Ciply. . 1 1.25 24.56 63.86
2° Nodules du poudingue de la
Malogne 19.75 43.il 42.30
3° Phosphate riche brun de Mes-
vin-Ciply 27 79 60.67 11.50
4° Phosphate riche vert du bois
d'Havre pulverulent. . . . 25.85 56.43 12.11
5° Phosphate riche vert du hois
d'Havre stralifie . . . . 29.30 63.95
200 )
4. Eau a 445°
3.
Oxyde
Vj fc^ V# A te 14 41 a V« %4 V> fcJ
ferrique . ,
» .
4.
aluminique . .
8.
calcique . . .
6.
magn^sique . „
7.
—
potassique . .
8.
sodique . . .
9.
Anhydride phosphoriq.
10.
sulfurique .
11.
carbonique.
12.
silicique. .
13.
Chlori
Fluor
lode
Oxyde
n
14.
IS.
16.
* manganeux ,
17.
Azote.
>••••<
CRA1E
grise brute
NODULES
du
poudingue
de la
Malogne.
PHOSPHATE
riche brun
Mesvin-Ciply
PHOSPHATE
riche vert
du
Bois d'Havre
puive'rulen 1
slralifil.
Matiere seche
53.24
Matiere seche.
51,22
11,66
28,10
Traces.
Fortes traces.
Traces.
22,48
18,61
Traces
Matiere seche. Mat. seche.
0,60
44,72
27,79
Traces
Traces.
10,68
Traces.
Traces (com-
pris dans per
tef = 1,*3).
38,52
25,85
14,60
0,028
Assez bien.
Traces,
29,30
0,10
II resulte de I'examen de ces tableaux que le phosphate
riche vert du bois d'Havre se rapproche beaucoup du
phosphate riche brun de Mesvm-Ciply. 11 se distingue de
ce dernier par une plus forte proportion d'acide sulfurique,
d'acide silicique el de iluor, et par la presence d'iocle;
de plus, il renferme le fer, surtout comme lerrosum, et
une matiere organique d'une leinte verle. En comparant
(1) Petermann, liech. de chim. el de physiolog., 1885, p. 22, et Mel-
sens, Hull, de I'Acad. roy. de Belg., 2« serie, t. XXXVIII, 1874.
(2) Petermans, Bull, de I'Acad. roy. de Belg., 5* serie, 1. 1, n" 2, 1881.
(5) Petermaihn, Rech. de chim. et de physiolog., 1883, p 26.
201
ces qnatre phosphates entre eux au point de vue deleur
composition, on constate que les deux premiers sonl beau-
coup plus pauvres en acides phosphorique et silicique,
mais beaucoup plus riches en carbonate calcique.
L'iode, dont la presence vient d'etre conslatee pour
le phosphate riche vert d'Havre, n'est pas signalee dans le
phosphate riche brun de Mesvin-Ciply, et ferait complete-
ment defaut dans la craie grise et dans les nodules du
poudingue de la Malogne. Ce fait parait Strange quand on
se rappelle les analogies qui existent entre lous les phos-
phates sous le rapport de leur origine, et quand on tient
compte de la ressemblance des grains phosphates, que nous
avons signalee pour les principaux phosphates des environs
de Mons.
II est probable que; dans la craie grise, si pauvre en
phosphate, l'iode se trouve en trop faible proportion pour
etre decelee par les procedes ordinaires. Quant aux
nodules du poudingue, il y aurait lieu de verifier si cet ele-
ment ne pourrait etre deceit en appliquant un proc&le
autre que celui qui consisle h faire digerer le phosphate
& froid pendant vingt-qualre heures avec de la soude
caustique (1). Les quatre phosphates que nous venons de
considerer renferment une forte proportion de malieres
organiques azotees et autres, tres resistantes aux agents
chimiques, et semhlent indiquer pour tous une m6me ori-
gine organique. Les proportions de matieres organiques
peuvent varier dans un meme phosphate, mais il parait
etabli qu'elles soul principalement fixees dans les grains
phosphates. Le dosage de ces matieres devrait s'effectuer
par ('analyse organique,ce que des circonstances d'un ordre
(1) Petehman>, liecherches, etc., deja cite, p. 24.
3 me SfcRIE, TOME VIII. \A
202
purement materiel nousont empeche de faire; Pincinera-
tion ne peut donner, dans les cas presents, que des resullats
incertains.
REMARQUES ANALYTIQUES
Toutes les determinations quantitatives ont ete faites au moinsen
double.
Fan. La prise moyenne avail ete sechee complement au prea-
mble au bain-marie et conservee au laboratoire dans un poelon; la
perte de 0.60 constatee a 110° n'a plus varie en chauffant jusqu'a
120 et 125° C.
Les matieres organiques ont ete dosecs par incineration dans le
moufle, a tres basse temperature, de la substance secheej le residu a
ete traite selon la methode ordinaire a l'aide du carbonate animo-
nique, etc., et, pour comparaison, a l'aide de lean chargee d'anhy-
dride carbonique selon ('indication de M. Petermann. Les resultats
ont etc scnsiblement les memes. II est preferable d'operer au moyen
de Icau a acide carbonique, employee sous forme de siphons fails
avec de Teau distillee. Bien que le poids soil devenu constant, ce
dosage ne peut avoir qu'une valeur relative, surtout en presence dc
sulfures, fluorures, etc. En elevant la temperature au rouge, la pcrte
de poids devient dc 4.25 p. c.
Azote. Cet element a ete dose par deux procedes :
a) An moyen de la chaux sodce, en operant chaque fois sur
40 grammes de la substance seche; la moyenne ainsi obtenue a ete
de 0.038 p. c. j
6) A l'aide du procede Kjeldahl (1) (acide sulfurique concentre
el permanganate).
L 'operation sur 4 grammes a donne MM
6
0.115
Pour eontrole, il a ete dose par le memc procede (jes tourteaux
(i) Fresemus, Zeit&ch. Anal.chem., 1883, p. 3Gf>.
( 203
de lin, qui ont donne au procede a la chaux et au procede Kjeldahl
sensiblement les memcs resultats (= 7.23 p. c.)
A notre avis, la nouvelle methode de dosage de l'azote reraplacera
avantageusement et sous peu Pancienne methode, chaque fois qu'il
n'y aura pas d'azotates en jeu.
Dans le dosage du fer et de l'alumine 7 il a ete tenu compte des
quantites de ces composes faisant partie du residu insoluble dans
I'acide chlorhydrique ou dans Peau regale,
Metaux alcalins. lis ont ete doses a la fois dans la solution azo-
tique resultant de 10 grammes et de 5 grammes de substance inso-
luble dans les acides et dans le residu traite a cet effet avec Pacide
fluorhydrique.
Acide phosphorique. Cet acide a ete dose selon le procede Wagner
un peu modifie (1), et toujours dans des solutions completement
privees de silice. Le residu insoluble dans les acides retient souvent
un peu d'acide phosphorique.
Les acides sulfurtqae, carbonique et silicique ont ete determines
par les procedes ordinaires etcontroles rigoureusement.
Silice. Le residu insoluble dans les acides est de = 14.60 p. c;
par fusion avec les alcalins, on en isole de Pacide silicique pur
14 p. c.
Le chlore dose est en grande partie soluble dans Peau : 5 grammes
de substance epuisee par Peau ont donne = 0,11 °/ de chlo. Le
poids total trouve resulte des determinations faites en solution
nitrique et dans des solutions provenant de la desagregation.
Le chlorure d'argent a ete traite dans la nacelle a Paide de Phydro-
gene, pour en eliminer la silice entrainee; celle-ci a ete deduite.
Viodc ira pu etre separe quantitativement, bien que nous ayons
opere sur 2 et sur 5 grammes; la proportion de cet element est done
comprise dans le poids du chlore.
Fluor. Cet element a ele dose sous forme de fluorure et sous
forme de sulfate calcique, apres elimination de Pacide phosphorique
par Pazotatc argentique.
(1) Nous nous proposous de presenter h PAcademie une note speciale
traitani du dosage de Pacide phosphorique dans les phosphates.
( 204. )
A cet cffet, 2 et 5 grammes de substance ont ete desagreges avec
4 parties de carbonate potasso-sodique et 1 partie de silice, puis la
masse fondue a ete traitee et epuisee par 1'eau. Cette solution a ete
additionnee d'acide nitrique jusqu'a reaction presque neutre, chauf-
fee a l'ebullUion avec du carbonate ammonique, evaporee avec de
Toxyde de zinc ammoniacal jusqu'a volatilisation complete de ram-
moniaque, neutralisee par 1'acide nitrique et puis par l'oxyde agen-
tique. L'acide phosphorique a ensuite ete enleve au moyen de
razotate argentique et l'exces d'argent a ete precipite par le chlorure
sodique.
A la solution on a alors ajoute du carbonate sodique et puis du
chlorure calcique, pour precipiter le fluor sous forme de fluorure
calcique en mcme temps que le calcium sous forme de carbonate.
Ce precipite a etc traite apres calcination par l'acide acetique pour
en dissoudre le carbonate calciq*e ; et le fluorure a enfin ete pese,
comme tel et comrae sulfate, pour controle.
Stir la conductibilite des corps gazeux pour la chaleur;
par E. Ronkar.
Dans son m^moireswr la conductibilite des corps gazeux
pour la chaleur (1), M. Clausius a demontre :
1° Que le coefficient de conductibilite de ces corps est
proportionnel a la racine carree de la temperature absolue ;
en d'autres termes, qu'il augmenie, avec la temperature,
dans le meme rapport que la vitesse du son;
2° Que ce coefficient est independant de la pression a
laquelle le gaz est soumis. D'apres ttllustre physicien
allemand, cette derniere consequence pent elre consideree
comme exacle, aussi longlemps que le gaz n'esl ni trop
comprime, pour que Ton puisse toujours le considerer
comme un- gaz parfait, ni trop dilate, pour qu'il soit permis
(1) Ann.de Poyg., t. CXV, 1862.
( 205 )
de negliger, dans le calcul, les puissances superieures de
la longueur moyenne du cheuiin des molecules.
L'independance du pouvoir conducteur et de la pres-
sion, dans les limiles que nous venons d'indiquer, a ete
verifiee par Fexperience et notamment par les essais de
MM. Stefan (1), Kundt el Warburg (2), Winkelmann (3), etc.
En ce qui concerne la dependance de la conductibilite et
de la temperature, la theorie de Maxwell, qui admet entre
ies molecules du gaz une force repulsive inversement pro-
porlionnelle a la einquieme puissance de l'ecartement,
conduit a ce resultat que le pouvoir conducteur est pro-
portionnel a la temperature absolue.
Les essais qui onl ete faits jusqu'a present semblent indi-
querque le coefficient d'aecroissemenlavec la temperature
est moindre que celui qui resulte de cetle loi. Les valeurs
obtenues dans plusieurs de ces essais paraissent plus se
rapprocher de celle qu'indique la loi de M. Clausius (4).
L'independance du pouvoir conducteur elde la pression
6lant admise, on peut, comme suit, en prenanl pour base
les hypotheses de M. Clausius, rechercher la loi de la varia-
tion de la conductibilite avec la temperature.
Imaginons une masse gazeuse comprise entre deux
parois planes paralleles, infinimentetendues, dont chacune
est maintenue a une temperature constanle. Nous suppo-
serons Tune des parois A a une temperature ^ plus elevee
que I'autre B dont la temperature est r 2 . Des lors, inde-
pendamment du rayonnement, la chaleur se transmetlra
(1 ) Wien. Ber., t. LXXIi (2), 1875.
(2), (5) Ann. de Pogg., t. CLVI, 1875.
(4) A. Winkelman; Ann. de Pogg., t. CLVII, 1876; t. CLIX, 1876;
Ann. de Wied., t. I, 1877; t. XIX, 1885.
( 206 )
de A a B par le fait de la conduclibilite du gaz. Pour ne
considerer que la chaleur reellement* Iransmise par con-
ductibilite, nous ferons abstraction de Taction de la pesan-
teur qui donnerait lieu a des couranls interieurs.
Si Ton suppose que les parois reslent maintenues pen-
dant Ires longlemps a temperature constante, le gaz tendra
vers un etat stationnaire dans lequel sa temperature sera
la meme pour tous les points d'un meme plan quelconque
parallele aux parois et ne dependra plus que de Tabcissex
qui separe le plan considere de la paroi la plus froide B.
Cest eel etat stationnaire que M. Clausius considere pour
en deduire le pouvoir conducleur du gaz.
Dans eel etat, la temperature croit avee la distance x et
la densite varie en sens inverse. Les molecules du gaz, se
mouvant dans toules les directions, se choqueront et se
repousseront. Quand on considere un plan quelconque
parallele aux parois, on trouve que, dans Tunile de temps,
ce plan est traverse, dans les deux sens, par un meme
grand nombre de molecules. Mais comme nous admettons
que la vitesse moyenne augmenle avec la temperature, les
molecules qui se dirigent de A vers B ont en general une
vitesse plus grande que celles qui vont de B vers A; et il
s'ensuit qu'il y a un exces de force vive qui passe de
A vers B. Cest cet exces de force vive qui constitue le
couranl de chaleur transmis par conduclibilite. Quand I'elat
stalionnaire est elabli, cet exces est constant pour tous les
plans paralleles aux parois.
Considerons cet etat et soil r la temperature dans un
plan quelconque correspondant k Fabscisse x. Designons
par u la vitesse mojenne des molecules correspondant a
cette temperature, en sorte que cette vitesse est propor-
tionnelle a W. En vertu de la conduclibilite *, il passe, par
I'unile de surface du plan considere, une .quanlile de
chaleur
(It
Q = k
dx
dans Punite de temps, el de A vers B.
Faisons abstraction de la duree des chocs; en d'autres
termes, admeltons, comme cela est necessaire pour Pexac-
titude des lois de Mariolle et de Gay Lussac, « que les
i
parties du chemin decrit par une molecule sur lesquelles
les forces moleculaires agissent en modifiant, d'une
maniere sensible, le mouvement de la molecule en vitesse
et en direction, sonl negligeables a cole des parties de ce
chemin sur lesquelles Taction de ces forces peul etre
regardee comme insensible (1) j>. Nous snpposerons encore
que, dans les limiles de temperature el de pression que
nous considerons, le rayon de la sphere d'action des mole-
cules reste sensiblement constant.
Cela pose, supposons que Petal stationnaire elanl etabli,
on augmenle les vitesses de toutes les molecules dans le
rapporlde 1 5 1 -+- a, sans rien changer d'autre; sen les, les
temperatures desparois seront modifiees de fa^on qu'elles
correspondent aux vitesses nouvelles. II est clair, d'apres
les hypotheses faites, que Ton peut admettre que la repar-
tition des molecules restera la memo que dans Petal sta-
tionnaire primitif; deux molecules donn^es m et m\
considerees dans une position quelconque de cet etat, se
rencontreronl de la meme facjon ; seulement, les intervalles
de temps qui separent leurs rencontres successives seront
r£duits dans le rapport de 1 +«al.
(1) Clausius, Ueber die Art der Beivegung welche wir Wdrme nen-
nen. Ann. de Pogg., t. C, 1857.
208
Examinons les modifications au point de vue de
P£change de chaleur.
De ce que u devient w(l h- a), la temperature r d'une
couche quelconque devient r(l ■+- a) 2 , en sorte que les x
restant les memes, le coefficient diflerenliel^. augmente
dans le rapport de 1 a (1 -+- a) 2 .
En ce qui concerne la quanlile de chaleur Q transmise
dans I'unite de temps, on voit d'abord que la force vive de
chaque molecule augmente dans le rapport de 4 a (1 •+- «) 2 ,
en sorte que la force vive totale des molecules qui tra-
versent un plan parallele aux parois, soit de A vers B, soit
de B vers A, croit dans le meme rapport. La quanlite de
force vive qui conslitue le transport de chaleur par conduc-
tihilitS et qui est la difference de ces deux forces vives
tolales augmente done aussi dans le rapport de i a (1 -+-a) 2 .
Mais il faut encore tenir comple du changement de vitesse
qui s'opere dans cetle transmission, et il est clair que ce
transport augmente en rapidite dans le rapport de 1 a
i -+- a.
II resulte de la que les quanlites de chaleur transmises
par conduclibilite augmenlenl dans le rapport 1 a (1 + <*f,
lorsqu'on les considere pour des temps egaux. Ainsi done
Q augmente dans ce rapport.
De ce qui precede on conclut que le coefficient de con-
duclibilite k delini par 1'equation
Q
d
dx
augmente dans le rapport de i H+a.
L'augmentation de vitesse a aussi pour consequence une
augmentation de pression due & l'augmentation de lem-
( 209 )
perature, le volume restant le meme. Cetle pression p a
done augmente dans le rapport de 1 a (1 -h a) 2 . On a done
le resultat suivant :
c La pression d'un gaz el sa temperature augment ant
simultanement dans le rapport de 1 a (1 -+- a) 2 , le coeffi-
cient de conductibilite croil dans le rapport de 1 a i -+- a. »
Ou bien :
c A densite conslante, le coefficient de conductibilite
d'un gaz croit comme la racine carree de la temperature
absolue. »
En effet, p et t croissant dans le meme rapport, la
densite reste la meme, si le gaz peul elre eonsidere comme
parfait.
Si alors on pose
k'=k{\ -4- a), t' = t(I -f- *)*,
on voit que k' est ce que devient A: lorsque r devient r',
et Ton a :
k' = k
VI
Si nous admettons actuelleraent que Ton opere dans les
limites ou la conductibilite est independante de la pres-
sion, nous pourrons dire simplement ;
€ Le coefficient de conductibilite d'un gaz est propor-
tionnel a la racine carree de la temperature absolue. »
On retrouve ainsi la loi enoncee par M. Clausius.
Lorsque le gaz est assez fortement dilate, on pout
admettre que la conductibilite depend de la pression et
qu'elle decroit en meme (emps que celle-ci (1). Si les
(1) Kundt et Warburg, Ann. de Pogg., t. CLVI, 187Ti — W. Orooke,
Proc. Roy. Soc. Lond., 31, 1881.
( 210
hypotheses sur lesquclles nous avons base notre demon-
stration etaient encore admissibles dans ces limites, on
voit qu'il faudrait en conclure que, pour un gaz rarefie, la
conductibilite sous pression conslante varierait moins avec
la temperature que ne I'indique la loi de M. Clausius.
Car, a £tant posit if, soit :
k' = k{\ + a), r' = r(1 + a) 2 , p' — p(1 4- af ;
on voit que k' serait la conductibilite relative a la tempe-
rature r eta la pression p\ laquelle est plus grande que />.
Si done la pression initiale p avait ete maintenue con-
le precedent.
«
i
d
m
chaleur interne de vaporisation et ies chakurs speci-
fiques des corps pris a Cetat liquide et a 1'e'tat de
P
des
que
nous avons demon tre, il y a deux ans, que Ies choses se
passent comme si Ies molecules s'atliraient en raison
inverse de la T puissance de la distance. De cette loi
dfooulait immediatement la cause de ['existence d'une
temperature critique (*). L'ann£e derniere, en nous pla-
cant au meme point de vue, nous avons determine la loi
(*) Voir Bulletins de I'Aeadtmie royale de Belgique, 3* serie, t. I v >
1882.
21 J
qui regit les variations de la tension superlicielie avec la
temperature, loi qui a ete parfaiternent verifiee par les
fails f).
Nous nous occuperons main tenant de rechercher la
loi theorique qui exprime les variations de la chaleur
interne de vaporisation avec la temperature. La chaleur
latenle interne de vaporisation n'est autre chose que la
chaleur de vaporisation dont on a soustrait la quantite de
chaleur correspondant au travail exterieur effectue par
suite du changement de volume sous la pression normale.
Nous ne considerons done ici que les travaux employes a
vaincre Fallraclion moleculaire.
Ces travaux peuvenl se calculer facilementsi Pon admet
que les molecules s'attirent en raison inverse de la 7 e puis-
sance de la distance; en effet, si nous designons par Q la
quantite de chaleur necessaire pour eflectuer ces travaux
el par V le volume du liquide, la quantite de chaleur
necessaire pour produire tin accroissement de volume
determine sera en raison inverse de la 7 e puissance de la
distance qui separe les molecules, ou en raison inverse de
la puissance 2,333 du volume, de telle sorte que nous
avons
dQ 4
d\ V
«.
Si maintenant nous integrons entre V| et finfmi, V 1
£tant le volume du liquide consider^ a la temperature de
vaporisation, nous aurons :
/• v i rfV
335
(*) Voir Bull, de I 3 Acad. roy. de Belg , 3* serie, t. V, 1883.
( 212 )
on
(I) Q = 1,353
^
T 1,333
Dans cette integration nous pouvons prendre Tinfini
comme limite superieure, par cela que le travail exterieur
£tant neglige, les choses se passent comme si la vaporisa-
tion tHait produite dans le vide.
De plus, si a designe le coefficient de dilatation, nous
avons admis
V
1,333 T
1— l,333af
Et en remplacant dans l'equation (I), V par cette der-
niere expression, nous obtenons
(H) Q = 1,333 {i — *,333a«).
Telle est la formule extremement simple qui exprirae
les variations du travail interne de vaporisation avec la
temperature.
Mais il est bon de remarquer que cette formule cesse
d'etre applicable si la constitution moleculaire du liquide
varie avec les differenles temperatures que Ton considere.
En efl'et, {'attraction initiate qu'exercent les unes sur les
autres les molecules gazogeniques (*) ne depend pas seu-
lement de leur distance moyenne, mais elle depend encore
m
(*) Nous designons sous le nom de molecules gazogeniques les parties
constituames des molecules du liquide. Ces parties se constituent a Fetat
d'isolement dans le passage de Fetal liquide a Fetat gazeux. II mesemble
igalement utile de designer sous les noms de molecules liquogeniques et
solidogeniques les molecules qui constiiuenl les liquides et les solides.
( 2t
o
de leur mode de groupement dans Fetat liquide. Si celui-ci
change avec la temperature, les choses se passent en rea-
lite comme si Ton comparait des corps de nature diffe-
rence. Ensuite il importe que la constitution des molecules
gazogeniques soil egalement invariable, contrairement k
ce que Ton constate, par exemple, pour I'acide acetique dont
la density de vapeur est variable. En un mot les termes
initials et finals doivent avoir des constitutions stables.
Nous designons dans le tableau qui suit par p f) la cha-
leur latente interne de vaporisation par Qcette meme cha-
leur prise egale k Punite^fl la temperature 0° et par Q e la
valeur de Q calculee. Nous avons omis dans les expressions
■
de Q et de Q c le facteur qui disparait dans la determina-
tion du rapport de ces quantites.
Sulfure de carbone.
0,001126,
P = 82 ,79 — 0,1 1 446* — 0,0004020** (0° k 1 50°),
Q = 1 — 0,001 381/ — 0,00000484**,
Q, = 1—0,001301*.
Tttrachlorure de carbone.
a =0,001184,
p = 48,57 — 0,06844* - 0,0002080** (0° i 160"),
Q = 1 — 0,00 1 409* — 0,00000428**,
Q c =1—0,001577*.
Chloroforme.
0,001107.
p = 62,44 — 0,1 1282* — 0,0000140** (0° k 160°),
Q = 1 - 0,00 1 806* — 0,000000224**,
Q f =1 — 0,001476*.
^fc
O Voir la Thforie mecamque de la chaleurde Zeuner, 2< edition, 1869,
. 273.
( 244 )
Acitone.
0,001348.
p =131,63 — 0,201 8* — 0,000628*» (0° * 140"),
Q s 1 — 0,001 533t — 0,00000477*%
Q c s=l -0,001 797*.
II est inutile de dire que 1'accord que Ton constate doit
6tre consider^ com me satisfaisanl, si Ton tient corapte
non seulement de la remarque faite plus haul, qui trouve
ici son application par suite des variations de tempera-
ture considerables que p ernbrasse, mais encore des diffi-
cult^ enormes que Pon rencontre dans ce genre de deter-
minations, surlout lorsqu'il importe d'evaluer les faibles
variations que cette grandeur eprouve avec la temperature.
Remarquons, du resle, que (sauf pour le chloroforme pour
lequel le coefficient de r 2 peut elre consid£r6 comme
negligeable) le coefficient theorique de / est plus fort que
le coefficient de t trouve par Pexperience, et que cet ecart
£tablit en reality une compensation.
Les resultals trouves pour I'alcool sont divergentsetne
peuvent pas elre exprimes par une formule; cette circon-
stance est sans doute due a Petat d'impurete dans lequel
ce corps se trouve habiluellement. Pour Tether sur lequel
Regnault a egalement experiment^ on trouve
p = 86,54 — 0,1 0G48J — 0,0007 1 «■.
II est facile de voir que le terme en fi est ici conside-
rable, ce qui indique une variation rapide de constitution,
comme 1'etude de la dilatation permet du reste de le con-
stater.
2i5
Les idees que nous venous de developper nous out
encore permis de decouvrir une relation tout a fait inat-
tendue. Designons par Q et par Q, les chaleurs internes
de vaporisation aux temperatures et t° et designons de
plus par C^ et par C, les chaleurs specifiques du corps que
I'on considere pris a 1*6 tat de vapeur et a Fetat liquide,
pour des temperatures comprises entre et l°.
La Ihermodynaraique nous enseigne que Ton peut
poser
Qo + C J = Q, + C,t
ou
Q, = Qo - (C, - C f ) f.
De plus, nous venons de voir que Ton a
Q, = Qo(l — l,335al).
II vient alors
Q - (C, — C 9 ) t = Q (1 — 1 ,335a*).
Ou enfin
C, — C g = l,355aQ a
On peut exprimer cetle relation en disant que la diffe-
rence entre la chaleur specifique a Vital liquide et la
chaleur specifique a Vital gazeux est egale au produit de
la chaleur interne de vaporisation par le coefficient de dila-
tation; le tout multiplie par le fact ear 1,335
Cette relation nous permel encore de conclure que pour
tin meme corps la difference entre la chaleur specifique a
Velat liquide et la chaleur specifique a Vetat gazeux est
conslante et independante de la temperature.
Si done on exprime les chaleurs specifiques des liquides
C 2lt> )
et des vapeurs prises a di verses temperatures par les for-
mules
C,-B4- ? ((),
nous aurons
A + f(t) — B - r (t) = \ ? 353aQ
ou
f{t) — t (0 = 1 ,333aQ — A -f- B = const.,
et si Ton pose
f(t) = at -4- 6« f -»- rt s ...
r (t) *- a'f -f- 6'«* -♦- c'f.
nous obtiendrons
/•(f) — ? (t) = ( a — a') « -+- (6 — 6') t* -*- (c — c') t 8 ... = const.
Cetle expression, pour etre verifiee,exige que Ton ait
a = o', 6 = 6', cac'...
c'est-a-dire
fit) = ?(<)•
Voici ((e tableau ci-contre) les donn6es que Petat actuel
de la science nous fournit a ce sujet.
fl est inutile de dire que, vu la delicatesse des observa-
tions dont nous venons de faire usage, il y a lieu de con-
siderer ces r6sultats comme remarquables.
Pour ce qui concerne la verification de la seconde loi,
Pether seul presente une divergence sensible : le coeffi-
cient de t est notablement different pour P&at liquide et
pour P£tat gazenx. Cetle divergence pouvait, du reste, etre
prevue, d'apres ce que nous avons dit precedemment au
sujet des variations de constitution que ce corps eprouve
avec la temperature. Par contre ce m6me corps v^rifie la
premiere loi ou les variations de temperature n'intervien-
nent plus.
( 217
S£R!E, TOME VIII.
218 )
Remarquonscn oulve que Petablissement (te cellc rela-
tion constitue une demonstration mathematique de Phy-
polhese que nous avons emise a Torigine de ces recherches
et sur laquelle est basee la loi generate de la di la tabi lite
des liquides.
Nous disions dans le travail auquel nous faisons allu-
sion que Ton doit adraetlre qu'a des accroissements egaux
de temperature correspondent des travaux egaux de dila-
tation- Par suite la chaleur specifique du liquide doit etre
constante, independante de la temperature, si, outre les
travaux employes a ecarler les molecules liquogeniques, il
ne s'en produisait d'autres au sein meme de ces mole-
cules.
S'il en est ainsi, si ces travaux ont leur siege au sein
des molecules gazogeniqnes (molecules qui constituent la
molecule liquogenique), ils ne dependront en aucune (agon
de la distance de celles-ci : ces travaux varieront de la
meme maniere,soit que ces molecules constituent des gaz,
soit qu'elles constituent des liquides. Or, c'est l& ceque
nous avons etabli lorsque nous avons pos6
En un mot, la variability de la chaleur specifique des
liquides avec la temperature est due aux variations de la
chaleur latente de dissociation chimique.
219
Determination, a I 9 aide d'un appareil nouveau, du coeffi-
cient de diffusion des sels en solution et des variations
que cetle quantite eprouve avec la temperature; par
P. De Heen.
L'etude de la diffusibilite a fait lobjet de quelques tra-
vaux importants, parmi lesquels on doit citer parliculie-
rement ceux de M. Graham (*). Les resultals d'experiences
obtenus par ce savant ont ete calcules par M. Stefan (**).
D'autre part, M. Schumeister f") s'est occupeaussi de la
question de savoir si le coefficient de diffusion varie avec
la concentration. Cependant, c'esl a M. Fick ( IV ) que revient
le merite d'avoir elabli la theorie de ces phenomenes phy-
siques.
On designe sous le nom de coefficient de diffusion la
quantite de sel qui passe pendant Tunite de temps a tra-
vers I'unite de surface d'line couche liquide d'epaisseur
verticale 1, les concentrations aux limites de cette couche
demeurant invariables et differant de 1 .
Jusqu'ici, on n'a pas trouvede moyen precis de mesurer
directement ce coefficient, et il a fallu recourir aux for-
mules deduiles de la theorie de la propagation de la chaleur
d'apres Fourier. La maniere de faire Pexperience consisle
k introduire la solution du sel que Ton etudie au fond d'un
vase cylindrique sous une colonne d'eau. Au bout d'un
O Philosophical transactions, 1850 et 1861.
(**) Berichleder Wiener Akademie, X.LXX1X , p. t6i, 1879.
(***) Idem, p 603.
1" ) Annates de Poggendorfc t. XCIV, p. 59, 1855.
220 )
temps suffisant, on retire le liquide a I'aide d'un siphon,
par couches dont Pepaisseur est delerminee, el Ton ana-
lyse separement chacune d'elles. M. Voit determine le coef-
ficientde diffusion du sucre de canne dans Feau en mesu-
rant Ja variation du pouvoir rotatoire de la dissolution a an
certain niveau el a des epoques plus ou moins eloignees
de Forigine de la diffusion*
Nous avons recherche, par ce travail, une methode per-
mettant de determiner directement le coefficient de diffu-
sion ; nous avons pense que des determinations effectuees
de la sorte trouveraient leur utilite a divers points
de vue.
La solution de notre probleme a presente de grandes
difficultes; ce n'est qu'apres plusieurs essais infructueux
que nous avons reussi a obtenir de bons resultals.
En reality, la question a resoudre se pose de la maniere
suivante : « R£aliser une couche liquide & laquelle on ne
peut communiquer le moindre mouvement, tandis que, de
part et d'autre de celte couche, se maintiennent parfaite-
ment homog&nes des solutions de concentrations diffe-
rentes, cette homogen&te tendant a etre constamment
detruite par Facte de la diffusion >.
L'appareil que nous avons utilise se compose d'une boite
plate A dont le diametre est d'environ 10 centimetres, alors
»
que la distance qui separe les deux parois horizonlales ne
depasse pas 5 millimetres. La paroi superieure est munie
de cinq tubulures i dont la hauteur est egale 4*4,5 milli-
metres et dont la somme des sections est de 2,7 centi-
metres carrfe. Ces cinq tubulures peuvent etre couvertes
par une cloche C, a la partie inferieure de laquelle sont
menagees de petiles cannelures v, tandis qu'4 la partie
superieure se trouve pratique un orifice o.Tout ce systeme
»
|| i;MiiiniiiHiiiiii
- _
,t.- ■„r.;..^rrrr.TT77:Tn7r.T T ? i
- * — ■
1
221 )
pent elre suspendu horizontalementa I'aide de quatre cro-
chets dans le vase B. On place l'appareil horizontalement
a Taide d'un niveau a bulle d'air-
Les choses etant ainsi disposees, on remplit la boite de
la solution a examiner,
on couvre les tubulures
des pelites cloches et Ton
inlroduit le toutavec pre-
caution dans le vase B,
*
qui contient le liquide
dans lequel le sei doit se
diffuser. Ce liquide s'in-
troduitdoucement paries
ouverlures v, tandis que
*
Pair contenu dans la do-
■
die s'echappe par Pori-
fice o. La superposition
des deux liqujdes s'effec-
lue ainsi sans la moindre
agitation; de plus, la clo-
che a encore pour effet
d'eviter I'influence des
courants qui se produi-
sent ineviiablement dans
unegrande masse liquide. Nous avons pu reconnaitre les
effets perturbateurs de ces courants.
Lorsque Toperation s'est prolongee pendant un temps
suflisant f ), on retire doucement I'appareil, on essuie soi-
gneusement sa surface h I'aide de papier buvard et Ton
verse le liquide qu'il contient dans un flacon. Enfin,
(*) Ce temps ne depassait pas habituellement vingt-quaire heures.
222 )
lorsque Pequilibre de temperature est etabli entre cetle
solution et la solution primitive, ce que Ton obtient dans
un bain d'eau, on determine la densite de chacune d'elles.
Voici maintenant pourquoi la solution s'est mainlenue
sensiblement homogene a I'interieur de la boite : en pre-
mier lieu, les molecules situees en a diffusent et sechap-
pent par la tubulure; mais la diminution de densite a ce
depart ne larde pas a disparaitre par I'arrivee des mole-
cules situees le long de la paroi superieure. Ensuite, la
difference de densite qui tend egalement a s'elablir entre
les couches situees pres de la paroi superieure et les
couches situees a la partie inferieure est elle-meme annu-
ls par le fait de la diffusion des molecules situees dans
cette partie. II est facile de s'expliquer comment il se fait
que cet acte soil suffisant pour produire Phomogeneile :
il suffil do tenir compte de la lenteur extreme avec laquelle
la densite diminue h la partie superieure de ce vase, le
rapport existant entre la section de celui-ci el la section
des tubulureselant 6norme.On se rappellera en outre que
la hauteur de I'appareil est insignifianle.
Lorsque les molecules se sont echappees par les lubu-
lures, elles ne tardenl pas a s'ecouler par les ouvertures t?,
grace a la densite plus considerable qu'elles communiquent
au liquide. Elles se repandent ensuite dans le vase B,dont
le volume peut etre consid^re comme infini.
Enfin, remarquons encore que la hauteur des tubulures
<Uant tres faible, Petal stationuaire s'y etablit apres un
temps qui peut etre considere comme negligeable, ainsi
qif il est facile de s'en assurer par Pexperience en agissant
pendant des temps difF&rents.
Nous operions habituellement a Paide de trois appareils
disposes dans le meme vase.
( 223
Lorsqu'on veol observer a une temperature differentc
de celle de ('atmosphere, lout le systeme est introduit dans
une eluve dont on mainlient la temperature constante.
Cette etuve se compose d'un reservoir forme de i\eu\ enve-
loppes entre lesquelles se trouve menage tin espace que
Pon remplit d'eau. Dans celle-ci plonge le reservoir ther-
mometrique d'un thermo-regulaleur systeme Reichert.
L'appareil diffuseur est dispose dans la seconde enveloppe.
Comme il est extremement important de maintenir Pappa-
reil a une temperature parfailement homogeue (*), on
ferme Petuve par un triple couvercle forme : \° d'une
planchette de bois; 2° d'un disque de colon maintenu entre
deux parois en carton; 3° d'une double plaque de fer-
blanc. En prenanl ces precautions, nous avons obtenu de
bons resultats, meme k des temperatures dcpassant
60° centigrades.
Le calcul de ces experiences est ires simple, comme on
va s'en assurer.
Ainsi que nous Pavons vu, le coefficient de diffusion est
la quantite de sel qui passe pendant Tunite de temps a
travers funile de surface d'une couche liquide d'epaisseur
verticale 1, les concentrations (c'est-a-dire les quantites
de sel conlenues dans Punite de volume du liquide) aux
limites de cette couche demeurant invariables et different
del.
Si done nous designons par k le coefficient de diffusion,
par Q la quantite de sel qui passe pendant Punite de
temps, par S la section horizontal de la couche au tra-
vels de laquelle le sel diffuse, par h son epaisseur verti*
(*) Condition sans laquelle des courants se produiraient atl sein de la
masse liquide et donneraient lieu a des perturbations.
( 224 )
cale, par N la difference des concentrations aux limites de
cette couche et par T le temps exprime en jours de
vingl-quatre heures, nous aurons :
Q«*lNxJjxT
ou :
(I) k
Q
s
N X 7 X T
h
Bien que cette formule puisse paraitre suffisamment evi-
dente aux personnes qui se sonl occupees de la question,
il nous parait cependant utile de dire pourquoi les quan-
tity de sel qui passent sont en raison direcle de la diffe-
rence de concentration de part et d'autre de la couche au
travers de laquelle le sel diffuse, et aussi pourquoi cette
quantite est inversement proporlionnelle a fepaisseur ver-
tical de cette couche.
Supposons que Tetat stationnaire soil etabli, c'est-a-dire
que la quantite de sel qui penetre a chaque instant dans
la couche soit egale a la quantite qui en sort. Pour realiser
cette condition la difference de concentration entre deux
plans horizontaux successifs de cette meme couche doit
elre egale; en effet,d'apres le premier principe de la theo-
rie de la diffusion, la quantite de sel qui passe a chaque
instant a travers I'unite de surface d'un plan horizontal est
proportionnelle k la difference de concentration du liquide
de part et d'autre de ce plan* Cela elanl, si ces differences
sont egales, les qiianlites de sel qui passeront seront aussi
egales.
Imaginons mainlenant, par exemple, deux couches
dont Tune ait une epaisseur double de Tautre et qu'en
I 225 )
*
meme temps les concentrations aux limites de cette cou-
che soient idenliques dans les deux cas, il est evident que
la difference de concentration entre deux plans successifs
sera double dans le second cas de ce qu'elle est dans le
premier, et que, par consequent, la quantite de sel qui
s'ecoulera par la couche d'epaisseur double sera moitie
moindre.
Ces considerations monlrent aussi pourquoi les quantites
de sel qui passent sont en raison directe de la difference
de concentration de part et d'autre de la couche liquide
au travers de laquelle le sel diffuse; en effet si, toutes
choses etant 6gales, cette difference est, par exemple, dou-
hie dans un cas de ce qu'elle serait dans un autre cas, il
est evident que la difference de concentration entre deux
plans successifs de celte couche sera double aussi, et la
quantite de sel qu'elle laissera passer sera done egalement
deux fois plus considerable.
Avant d'abandonner ce sujet il importe de remarquer
que la determination du coefficient de diffusion ne peut
avoir d'utilile reelle que pour autant que Ton opere sur des
solutions diluees. On peut alors admettre que les choses se
passent comme si les molecules salines se mouvaienl dans
I'eau pure, sans exercer les unes sur les autres des actions
perturbatrices sensibles. Dans le cas contraire, le pheno-
mene devient tres complexe et son observation ne peut
avoir qu'une importance secondaire.
Nous allons indiquer comment nous avons applique la
iormule I au calcul des experiences.
Voici la methode que nous avons employee pour deter-
miner la valeur de Q.
Si nous designons par P le poids de liquide conlenu
dans le diffuseur k Torigine de I'op^ration et par P' le
( 22G )
poids de liquide contenu dans le diffuseur, apres Fopera-
tion, les poids de sel contenus au commencement et a la
fin de Foperation seront respectivement ^ et ^, / et /'
representant la teneur pour cent k chacune de ces epoques.
Nous avons done
_ Pt p r
~ Too" - loo
Et si nous designons par V le volume du diffuseur, par
D et par D' les densites au commencement et a la fin de
l'operation, nous pouvons poser :
p = VDetP' = VD\
-
L'equation prec&Jente peut main tenant se mettre sous
la forme
Q - i^o (D ' - ur) -
[I est facile de determiner chacun des lermes de cette
equation par I'experience, en faisant usage des tableaux
donnant la teneur des solutions en fonction de leur den-
site.
Q
nous designerons par la
lettre C etque nous definirons, afin de rendre la formule
homogene, le poids de sel contenu dans cent unites de
volume de liquide, elles sont egales a la teneur pour cent
multipliee par la densite du liquide. En effet, celle-ci ne
represente rien autre chose que le poids de l'unite de
volume, et si 100 parlies en poids de solution renferment
t parties de sel une parlie renfermera ^ et D parties en
renfermeront D Ibis plus, soil '-j^. Enfin 100 unites de
volume contiendront un noids de sel ceal & t D.
227 }
Dans nos observations, la diffusion pouvant etre consi-
dered comme s'effectuant dans une masse d'eau illimitee,
N = C. Afin de fixer celle quantile on prend simplement
la moyenne des concentrations du commencement et de la
T)t -4- TV/'
iin de I'operalion, valeur qui est egale a — g — •
Dans nos observations lesdeux termesDfet DYetaient
toujours tres peu differents, mais il importe de remarquer
que nous n'aurions pas commis d'erreur notable si meme
ils avaient differe consid^rablement les uns des autres.
Alin de nous en assurer nous avons trace une courbe ayant
pour ordonnee la somme des quantiles de sel qui se dif-
fusent en des temps egaux et sur Faxe des abcisses nous
avons porte la concentration, Cetle courbe s'obtient faci-
lement si Pon se rappelle que les quantites de sel qui pas-
sent pendant un temps determine sont directement pro-
portionnellesa laconcentration.C'estainsiquea (3
'12a'(3'.
Alin de demontrer qu'on ne commeltrait qu'une erreur
insignifiante si meme les limites de concentration D t et
D' t' etaient tres diflerentes, supposons que celles-ci
soienl et 12.
228 J
Si nous appliquons notre formule a ce cas, nous trou-
vons
Q h
12 h- 0\ _ S
T
2
Si Ton ne cominet pas d'erreur, il faut que Ton ait
k = - X - = X - •
'12 + 0\ S /5-t-7\ , S
f
Cest-a-dire que la quantile de sel qui passe pendant
l'unite de temps |, doit reslerconslante etegalea ^.
Or, le trace graphique nous niontre que meme pour ce
cas extreme, la valeur de ^=a6nedifferequepeude^
a'b'. L'erreur que nous commetlons pent done etre consi-
der£e comme nulle.
Quant aux valeurs de S et de h, elles se mesurent direc-
tement.
La formule I devient done:
V
(Dt — D'f'j
/tin ,100 h
(») : *=.- — X
])t -+- DT S
r" xT
Celle formule est theorique; il importe de la changer
un peu pour Ja rendre applicable au calcul de nos expe-
riences.
Ainsi qu'on a pu le voir par la description que nous
avons donnee de notre appareil celui-ci est muni de cinq
lubulures, qui renferment la couclie liquide au travers de
229
laquelle le sel diffuse ; or, il se fait qu'apres Foperation,
lorsqu'on a retire Fappareil du liquide dans lequel il a
plonge, ces tubulures conliennent un liquide dont la con-
centration est egale b la moitie de la concentration du
liquide renferme dans I'appareil, le liquide exterieur etant
de Feau pure. En d'a litres termes, lorsqu'on vide le diffu-
seur les cboses se passent comme si Fort ajoutait au liquide
diffuse une quantite d'eau egale k la moitie du volume des
tubulures. Afin d'eviter Ferreur qui resulte de cette addi-
tion, il suffit de calculer la quantum de sel qu'il faudrait
ajouter a ce volume d'eau pour que sa concentration soit
egale a celle du liquide contenu dans Fappareil.
Si nous representons par v la moitie du volume des
tubulures, la quantite de sel qu'il faudrait ajouter au
liquide contenu dans le diffuseur apres ('operation serail
done j^D't'.
La valeur (
v ~ / V
Df — r DT
k
V 7Z V< )
00 I
400 U0O 100 ) h
Dt -t- DT X S
—2— XT
Pour nos appareils on a :
V = 48 centimetres cubes.
V
too
0,006
h = 0,45 centimetres.
S = 2,70 centimetres carres
h
S
0,166
230 )
La formuie devient alors :
(III) k = ■ ■
——XT
Suivant cetle expression le coefficient de diffusion serait
Je poids de sel qui se diffuse en un jour a travers une
couche liquide de 1 centimetre carre de base et de 1 cen-
timetre d'epaisseur, en supposanl que les poids de sel
contenus dans 100 c. c. du liquide aux deux couches ter-
minals different de 1 gramme. Seulement, afin de rendre
plus facile la representation des resultals, nous multiplie-
rons ces quantites par 100, ainsi que Pa fait M. Stefan,
qui suppose que les poids de sel contenus dans 1 c. c. du
liquide aux deux couches terminates different del gramme.
Voici les r£sultats de nos observations :
NATURE TEMPERATURE. TENEUR COEFFICIENT
du sel. »/ . de diffusion.
•
12:5 9,78
■*- *^ t
-14,0 5,93
0,990
1,0 to
1,050
4,080
NoC/
II
13,2 moy. 1,034
34« 8,54 1,540
1,549
34- 6,88 \ 1,550
4,600
54" 7,63
I
I
54* 4,68
moy. 1,560
2,175 .
2,175
2,250
2,220
moy. 2,205
Na s HP/i0 4
K.CO,
( 231 )
NATURE TEMPERATURE. TENEUR COEFFICIENT
du sel. •/». de diffusion.
MffSO*. ......
I ! 4,82 0,788
15,8 2.0 i | °- 73 *
o,ew
54»
i3;5
9,82
40,2
44« 7,00
moy. 0,710
3S<> 8,66 | *»- 15
1 ,245
3,51 J «••'«•>
4,552
3,29 i *•»»
4,897
moy. 4,57t;
0,579
0,644
8,35 ! <>•*«
0.642
moy. O.iittf
4.4.9 i ' "W
;«• \ < 0,984
0,964
0,964
moy. 0,964
)• 9.42 | 1 « 533
4,5:*)
0,344
0,350
44* 40,7 | MM
0,364
moy. 0,35 i
232 )
NATURE
du sel.
TEMPERATURE. TENEUR
COEFFICIENT
de diffusion.
M<?S0 4 ($mte)
KAzO
22?5
36;5
49°
63«
12°5
15?0
15°0
39«
49$
13,28
6,93
6,00
10,1
10,4
9,4
11,0
4,6
40
9,49
4,82
9,54
4,52
4,29
10,1
0,380
0,396
moy. 0,388
0,o 15
0,541
moy. 0,528
0,619
0,610
moy. 0,614
0,778
0,744
moy. 0,761
0,997
1,000
1,149
1,150
1,190
moy. 4,163
1,81
1,86
1,85
1,90
moy. 1,85
2,23
2,20
2,21
2,10
2,11
233
NATURE TEMPERATURE. TENEUR COEFFICIENT
da sel. °/o. de diffusion.
Ba«» (1) **• iO 0,971
SrCL 24o » 0,832
z»a
» » 0,773
CaC/ » » 0,880
2
MoCA
1 » 0.870
s
Coefficient de diffusion de KAz0 3 dans une solution
alcoolique ayant pour densite 0,9537 a 20°.
TEMPERATURE. TENEUR COEFFICIENT
%. de diffusion.
20* 6,74 0,360 (2)
54" 5,80 0,833
Ainsi que nous avons deja eu Foccasion de le dire, il
resulte de ces observations que la valeur du coefficient de
diffusion n'est pas sensiblement changee lorsque la teneur
varie de 1 a 10 °/ et meme au dela, les molecules se com-
portant dans ces conditions, au sein du dissolvant, £ peu
pres comme le ferait une molecule isolee, c'est-a-dire sans
donner lieu a des perturbations mutuelles sensibles. Cette
circonstance permettait d'esperer que la determination des
variations du coefficient de diffusion de differenls sels avec
la temperature pouvait avoir une utilite reelle, chaque sel
elant defini par un coefficient de diffusion bien determine.
(i) Chacun de ces resultats represent*' la moyenne de irois obser-
ve lions.
(2) Idem.
3 me s£rie, tome viii. 16
1U )
\oici les conclusions cle nos observations :
1° Le coefficient de diffusion varie rapidement avec la
temperature, ainsi que d'autres observateurs I'ontdeja fait
remarquer;
2° Les variations qu'eprouve le coefficient de diffusion
avec la temperature peuvent etre sensiblemenl represen-
tees par une droite ("). Si Ton designe par kr le coefficient
de diffusion et pnr t la temperature, Porigine de cette
temperature etant prise a 60° cenligrades, on trouve :
IVtySO,
t T =0 ? 734(l — 0,011 9t)
KA*0 3
k T = 2,65 (1—0,0 1 27t)
NC/
k r = 2,55(1 — 0,0 121 t)
No,HP/i0 4
A T = 1,780(1 — 0,01 28t)
K 2 C0 3
k r -=1,405(1 — 0,0 127 r).
'/'
ficient de diffusion avec la temperature seraient indepcn-
d antes de la nature chimique da set.
II resulie encore de ceci que les droites que nous venons
d'indiquer convergent vers un point unique situe a une
temperature voisine de — 20°, temperature a laquelle la
diffusion cesserait de se produire.
L'ensemble des fails acquis actuollement sur la diffusion
(*) Disons cepemhmt que eertaines Observations nous ont fait soup-
Conner que le coefficient de diffusion croft un peu plus rapidement avec
la temperature que celte loi ne Texige.
235 )
des corps dissous dans les liquides nous conduit naturel-
■
lement a admeltre que ceux-ci sont composes de mole-
cules animees de mouvementsde translation plus ou moins
rapides. En effet, si des molecules elrangeres s'y introdui-
sent, elles se comportent comme si elles etaient entrances
par les molecules liquides avec des vitesses variant selon
la nature des molecules salines, Cette vitesse depend sans
doute de la force d'adhesion des molecules liquides pour
les molecules salines, de la resistance a vaincre par les
molecules salines lors de leur passage k travers les mole-
cules du dissolvant et sans doute d'aulres facteurs encore,
variables d'un sel a 1'autre. Mais les choses se simplifient
si Ton considere les variations que la diffusion eprouve
avec la temperature.
La loi formulee ci-dessus indique nettement que les
forces mises en jeu emanent du liquide dissolvant el non
du corps dissous (on suppose toujours le corps dissous en
minime quantity se comportant au sein du liquide comme
une' molecule isolee), car s'il en etait autrement, les clian-
gements que le coefficient de diffusion eprouve avec la
temperature varieraient d'un sel a Pautre. Les rapports
des coefficients de diffusion d'un meme sel pris entre des
limites de temperature ou Ton peut negliger le fait de la
dissociation expriment done bien les rapports qui exis-
tent entre les vitesses de translation des molecules du
liquide.
En terminant il importe de signaler ici un remarquable
travail de M. Routy (*), lequel ajoute beaucoup & I'interet
que pivsentent nos recberches.
(*) Voir les Cotjjpics rendus de FAcaddmie des sciences de Paris du
UHwier 1984.
236
Voici en resume les conclusions de ce physicien; elles se
rattachent a Ford re d'idees que nous embrassons :
« La conductibilite electrique d'un sel neutre en disso-
» lution tres etendue (condition dont nous avons cherch£
i
D
*
r>
a
tion de temperature d'apres la formule
C, = C (1 + kt).
p Le coefficient k est le meme pour tous les sels neutres
et sa valeur moyenne est egale k 0,0335.
p D'apres Poiseuille la vitesse d'ecoulement de I'eau
ou d'une solution tres etendue dans un tube capillaire
(vitesse qui donne la mesure du coefficient de frotte-
ment) est exprimee par le trindme
1 -*- 0,033679* -h 0,0002099*%
landis que la conductibilite des solutions salines varie
comme le binome
\ -f- 0,035545*.
p Le frottement electrolytique auquel il faut attribuer
p la resistance electrique est done un phenomene de meme
» nature, mais un pen plus simple que le frottement inte-
p rieur (") tel qu'il est evalue par le moyen de tubes capil-
* laires.
• On sait que Pelectrolyse s'accompagne du transport
p d'une certaine quantite d'eau effectuee dans le sens du
courant. On oeut imasiner uue les molecules electroly-
(*) Du reste, comme le fail remarquer I'auteur d'apres M. Kohlrausch,
le luoduit de la conductibilite electrique par le frottement interieur est
l»our uu meme sel au meme etat de dilution independant de la tempera-
ture. (Voir Ann. de Wiedemann, t VI, p. 191.)
C 237
* tiques entrainent chacune une petite atmosphere d'eau
> qui doit se deplacer avec elle au sein de la masse liquide;
d il en resulte un frottement qui dans le cas limite ou je
* me suis place est celui de Peau sur elle-meme. Tel serait
» dans ee cas le mecanisme Ires simple de la resistance
» electrique des dissolutions salines etendues. Celle-ci ne
d dependrait que du coefficient de frottement de Peau et
j> du nombre de molecules d'eau entrainees par les ele-
* mentsd'une molecule de sel. »
Cela etant, il n'est pas douteux que les circonstances qui
favorisent le deplacement des molecules dans le cas de
Pelectrolyse ne soient egalement celles qui le favorisent
lorsque ces deplacements se produisent sous Paction des
forces moleculaires considerees isolement.
*
Ces previsions se confirment d'une maniere inesperee;
en effel, si nous prenons la meme origine de temperature
que celle que nous avons choisie pour represenler le coef-
ficient de diffusion, nous trouvons :
C T =C 7o (1-0,011 It),
-
expression qui peut elre consideree comme se confondant
avec celles que nous avons trouvees plus haul.
Le coefficient de conductibilite electrique, le coefficient
de diffusion et le coefficient de frottement peuvent done
desormais etre consideres comme etant etroitement lies
entre eux, et si, a la verite, ce dernier donne encore lieu h
des divergences sensibles, il est permis d'esperer qu'on en
decouvrira la cause. En terminant, qiPil me soil permis
de dire combien il serait interessanl de multiplier les
experiences se rattachanl k la conductibilite calorifique
des liquides, qui depend sans aucun doute de la vitesse
de translation des molecules constituantes.
( 238 )
Sur la generation de certaines surfaces par des faisceaux
quadrilineaires; par C. Le Paige, professeur degeomelrie
superieure a I'Universite de Liege.
I. Nous axons, il y a plus de deux ans deja, etudie, au
point de vue algebrique, les formes quadrilineaires (*);
nous voulons maintenant tirer parti d'un cas particulier
que nous avions indique pour aborder cerlaines questions
par une voie plus purement geometrique. Nous ne nous
dissimulons pas le manque d'elegance de certaines
demonstrations que nous donnerons, mais, malheureuse-
ment, des occupations multiples ne nous ont point permis
de consacrer a ce travail tout le temps que nousaurions
desire, et, d'un autre cote, nous avons pense qinl ne serait
pas inutile de faire connailre les quelques resultals que
nous avions deja rencontres.
Comme nous I'avons fail observer dans le memoire que
nous cilions plus haul, lous les plans de Pespace marquent
sur quatre droites arbilraires des groupes de points qu
apparliennent a une homographie du quatrieme ordre et
du troisieme rang.
Cette homographie n'est cependant pas de Pespece la
plus generale : en eflet, ses elements singuliers se redui-
sent a deux, marques sur les quatre droites-supports pa
leursdeux transversales communes.
\
r
(*) Sur la forme quadrilintaw. (Atti delP Accademia di Torino,
t. XVII, 12 fevrier 1882.)
239 )
Appelons X|, y in z u ii\ les quatrc droites de Pespace, et
convcnons de representor par X,, ¥ Jf Z rt U, quatre points
appartenant respectivemcnt k ces qualre droites et situes
dans un plan *,.
De plus, considerons qualre droites, ega lenient arbi-
trages, dans Pespace, m n y y z, u
Nous pouvons regarder ces droites comme axes de
quatre faisceaux de plans, obtenus en les joignant res-
peetivement aux points homologues X„ Y 4 , Z<, U t .
Les points obtenus par les groupes de plans concou-
rants engendrent une surface 2 donl il est facile de deter-
miner Pordre.
Soil, en eflet, une droile (j. Si Ton joint tous les points
de cette droile respect! vemen l a x, ?/, z % m, on obtient des
faisceaux qui marquent surx^y h z u n { quatre ponctuelles
projectives X,', Y, , Z,\ U,\
Or, on salt qu'il existe quatre groupes de pareils points
situes dans un plan f ). II en resulte que la droile g ren-
contrera la surface 2 en qualre points : celle surface est
done du quatrieme ordre.
II est visible que cette surface contient les quatre
droites x, y, z, u; nous savons done deja que nous n'ob-
tiendrons pas de cette inaniere la surface generale du
quatrieme ordre.
Supposons que X/Y.Z, soient en ligne droite, il est evi-
dent que le point U, est indetermine : il en resulte que
Pintersection des plans xX 4 , yY„ zZ, correspondants appar-
tienl k la surface.
O H. Schroter, Theorie der Ober fide hen zweiter OrJaung, p. 25t«
( 240 )
Chaque gen^ratrice de Thyperboloide (x%y^) donne
ainsi un point de 2 4 et a Pensemble de cet hyperboloule
corresponds une cubique gauche c 3 sifuee sur 2 4 .
Le point Uj serait encore indetermin£ si le plan X.Y.Z'
contenail u^. Or, tous les plans du faisceau u { marquent
sur x^zj des ponctuelles projectives dont les jonctions
*
ix,y,z donnent une nouvelle cubique gauche k z situee
tout entiere sur 2 4 .
Les deux cubiques gauches c z et k$ ont pour bise-
*
cantes x,y 9 z.
Considerons les deux transversales A^CiD*, A 2 B 2 C 2 D 2
qui rencontrent x u y {J z u v } .
Les points A 1 B 1 C t font partie des deux groupes spe-
ciaux que nous venons de considered
Done xA«|, yB u zC^ se coupent en un point Pi qui
appartient a la fois a r 3 el a k%,
*
II en est de meme du point P 2 donne par les plans
xA 2 , t/B 2 , zC 2 .
On voit done que si Ton conslruit les deux tetraedres
x\ i9 yB h zC ly iiD| ou PjQ|R,S fl ; xA 2 , */B 2 , zC 2 , uD 2 on
P2Q2R2S9, les somraets de ces deux tetraedres appartien-
nent a 2 4 ; a chaque combinaison de trois des quatre
droites x, y, z, u correspondent deux cubiques gauches
situees sur 24 et qui se coupent en deux sommets corres-
pondants P u P 2 ; Q u Q 2 , etc., des tetraedres-
II est assez facile de voir comment s'associent les deux
groupes de cubiques gauches dont nous venons de demon-
trer Pexistence.
Convenonsde represenler par c{xyz) la cubique gauche
obtenue en joignant x, y, z aux points marques sur x iy y u z^
par les generatrices de Phyperboloide (x if y^ z { ), et par
k(xyz) la cubique gauche engendr£e par les intersections
( 241
des faisceaux x, y, z obtenus en joignanl ces axes aux
points marques sur x i9 y^ z { par les plans du faisceau u.
On voit alors que c{xyz) el k(xyu) sont sur une meme
surface du second ordre.qui a pour generatrice x, y; de
fa?on que x, y, c[xyz\ k[xyu) constituent 1'interseclion
complete de 2 A par cette surface du second ordre.
II en sera de meme de k(xyz), c(xyu).
Nous avons ainsi deux surfaces du second ordre qui ont
en commun deux generatrices #, y.
II est bien aise de determiner les deux autres genera-
trices suivant lesquelles elles se coupenl.
En effet, nous pouvons observer que les deux surfaces
dont il vient d'etre question s'engendrent en joignanl x, y
aux deux ponctuelles marquees respectivement sur x i9 p i
par les faisceaux u i9 z { . Or, ces deux ponctuelles ont
pour couples communs A f B<i; A 2 B- 2 . Done xX^ yB i se
coupent suivant une des generatrices communes, C'est
I'arete P4Q4. La seconde generatrice commune est P 2 Q 2 «
Ces aretes ne peuvenl done jamais faire partie de la
surface 2 4 .
Pour le moment nous ne nous occuperons pas davan-
tage de la surface particuliere 2 A que nous venons de
rencontrer : ce sera le sujet d'une autre communication.
II. Observons mainlenanl que, si les quatre droiles
x y y, z, u sont dans un plan et y forment un quadrilatere
complet ABCA'B'C, la surface 2 4 se composera de re plan
et d'une surface 2 5 circonscrite au quadrilatere.
Les deux t£traedres PiQiRiSj, P2Q2B2S2 sont inscrits
& la surface, mais, de plus, il resulte de leur construction
qifilssont homologiques.
242
Les droiles PjP 2 , QjQ 2 , RiRa> S,S 9 concourent done en
un point T.
T
Nous allons d'abord d^montrer que le point T lui-meme
appartient k 2 3 .
Dans la figure qui vient d'etre construile , conve-
nons d'appeler face opposee a T celle du quadrilatere
Q
TQ.Q
points ou cette
Nous avons :
TP P,P, /\ TQ'QA a TR-R.R, A TS'S.S,.
En effet, par ABC passent les plans
ABCP'Q'R'S', AfiCQJt^, ABCQ^S*, ABCT
( 243
qui marquenl sur Q^, R1R21 S1S2 les points
Q'Q,Q*T, R'MJ, S'S 4 S 2 T.
Les deux demieres relations sont done demontrees et
Pon pourra etablir de meme les deux premieres.
Or, supposons que sur quatre droites x u y u z u tt u ren-
contrees par les transversales AiBiCfDj, A 2 B 2 C 2 D.2, on ait
les quatre groupes de points X|X 2 , YjY 2 , ZjZ 2 , Ujl^-
Si, de plus,
et que X,Y|Z|U, soient dans un plan, il en sera de meme
lie a. 2 j 2 a 2 U2,
En effet, soient T^T^ les traces sur XfYjZjIIi des droites
AiB^iDi, A 2 B 2 C 2 D 2 . II est evident que si I'on mene les
plans T^X,, TY^A,, TJ 2 k 2 ,T { T 2 X^ le dernier de ces
plans, en vertu de Phypolhese admise, passera par
Or, il resulte evidemment de ce lemme que les plans
qui joignent les quatre cotes des quadrilateres ABCA'B'C
a T, marqueront sur x { , ?/,, z u ttj quatre points dans un
plan.
' Done, par le mode de generation de 2 3 , T appartiendra
& la surface.
La configuration qui vient d'etre etudiee et qui est
representee par le symbole [15 6 , 20 3 ] est composee de
quinze plans, qninze points et vingt droites.
Elle joue un role important dans la theorie des surfaces
du troisieme ordre a d'aulres points de vue que ceux qui
ont et6 signales ici (*).
(*) Cremona, Acq. del Lined, 1877; Math. Ann., t. XIII, p. 501;
Caporali, Acc. dti Lincei, 1875; Veronese, Annali di matematica, 188-2;
Math. Ann., t. XIX; de Paolis, Accad. dei Lincei, U X, p 123.
( 244
Le mode de generation de 2s permet de faire ressortir
*
immediatement Texistence des droites de la surface.
Pour cela rappelons ce que nous avons dit plus haul
des surfaces 2i.
Les droites x, y, z, u sont actuellement ABC, AB'C'i
B'A'C, BAG.
Nous avons des courbes gauches des deux systemes c
et k que nous designerons par les points de la configura-
tion qu'elles contiennent et par les symboles c et k :
cfA'B'C'P.P,), ft(A'B'CP t P,); c(A'BCQ,Q 2 ), fcfA'BCQ^,);
c(AB'CB t B 2 ), *(AB'CR,R,); c(ABC'S 4 S^; *(ABC'S f S*).
Nous n'enumerons pas, d'ailleurs, loutes celles que nous
obtiendrions en employant successivement les quinze
faces de la configuration.
Nous savons deja que c(A'B 'C'P^) et *(A'BCQ,Q 2 ), par
exemple, sont sur une meme surface du second ordre : il
nous resle k faire voir que c(A'B'C'P,P 2 ) et AfA'B'C'PjPi)
sont egalement sur une surface de second ordre*
Pour cela faisons observer qif a un plan £, de x corres-
pond un point X f . de Xf.
Tous les plans de la gerbe X, coupent y u z i9 u { en des
groupes de trois points qui, joints a y, & % tt, donnent
une surface cubique contenant les trois droites A'B', B'C\
CA .
Celte surface contient aussi c(A B'C'P<P 2 ) et A(A'B'C
Mais cesdeux courbes avec A'B', B'C\ CA constituent
une courbe du neuvieme ordre, base du faisceau de sur-
faces cubiques qui correspondent aux points X,.
Au point X„ oti la droite x i perce le plan ABCA'B'C\
correspond une surface cubique qui conlient entitlement
ce plan et qui par suite est formee de ce plan et d'tine
245 )
quadrique. C'est cetle quadrique qui contient les deux
courbescel k.
Nous voyons done que deux cubiques gauches de sym-
boles differents sont toujours situees sur une quadrique.
Actuellement considerons les deux couples de cubiques
ctA'B'C'PA); ^A'BCQ.Q*); /^A'B'C'^P,), ^A'BCQ^Q,).
Les deux cubiques d'un meme couple out un point
-
commun A' et il est visible qu'elles n'en ont qu'un seul.
Par consequent, d'apres un theoreme connu, les deux
cubiques d'un meme couple ont six bisecantes communes :
ces bisecantes ayanl qualre points sur 2 3 sont des droites
de la surface.
Appelons ces droites respectivement a { , a 2 , a 3 , a 4t a 5 , a 6 ;
61, b^ 6 3 , 6 4 , 6 5 , 6 6 .
II est d'abord evident que les droites d'un meme sys-
t6me, par exemple deux a ou deux 6, ne se peuvent ren-
contrer, puisque sans cela les cubiques ne seraient pas
gauches.
Nous allons maintenant faire voir que si par une des
droites d'un groupe, a { , par exemple, on peut mener un
plan qui coupe la surface suivant une conique decom-
posable, ce plan contiendra necessairemenl une des
droites 6.
Par « 1 menons un plan qui coupe respectivement
cCA'B'C'^P,), ftfA'B'C'PjPa); c(A'BCQ,Q a ), *(ABCQ,Q a )
en des points LMN, GHK; L'M'N', G'H'K' et convenons
de representer par (XYZ...),, = 0, la condition qui
exprime que les points XYZ soient sur une courbe
d'ordre n.
D'apres la distribution des courbes c et k, nous aurons
(LMNGHK), = 0, (LMNG'H'K'), = 0, (L'M'N'GHK)« = ,
(L'M'N'GHK'W— 0;
246 ) .
puis, si LM, L'M' sont les points des deux c situes sur a,
(GHKNG'H'K'N'), =
Supposons maintenant que cette derniere conique soil
decomposable.
Comme nous avons necessairement
»
(LMN), < 0, (GHK), < 0, (L'M'N'), < 0, (G'H'K), < 0,
la decomposition ne pourra s'effectuer que de Tune des
• %
manieres suivantes :
1° (NN'GH), = 0, (KG'H'K'),=0;
2° (GHG'N')i=0, (KNH'K')i =0;
3" (GHG'H'),= 0, (NKN'K'), =0.
Or, la premiere hypothese donne (KG'H'K), = 0, ce
qui est impossible; la seconde, combinee avec
(L'M'N'GH K) 2 — 0,
donne (L'M'R), = 0, et avec (LMNG'H'K')* *- 0, donne
(LMG'h — 0.
D'ou (LML'M'KG'), = 0, puisque (LML'M'Ji = 0.
Done (LMK), = 0, (L'M'G'f, = 0, et par suite (NHG) t
0, (N'H'K'), =0.
El encore
(NHGG'N') 1 =0, (H K'NN'K\ = 0.
Dou (M'HHGG'KK), = 0, ce qui conduirait aux
r&ultals impossibles (GHK), = 0,(G'HK'), = 0.
11 en resulle que nous ne pouvons admeltre que la iroi-
sieme hypothese. Mais (GIIG'H), est necessairement une
bisecanle du groupe b et alors la troisieme droite NKN'K'
s'appuie sur les quatre cubiques.
Mais rien n'est plus facile que d'etablir l'existence de
plans passant par a, el coupant la face suivant deux
ilroiles.
2i7
Nous remarquerons lout d'abord que parmi les six
droites a, il n'en existe pas quatre appartenant a un meme
systeme de generatrices d'une surface de second ordre, car
s'il en etait ainsi la surface 2 3 serait decomposable.
Les droites a x a 2 a z a k ont deux Iransversales communes
9wi .9 56- Done si nous combinons <t\ avec ions les autres
groupes.de trois a nous aurons les droites de la surface
086* 9 56 i 046* 9 46* e ^ C -
Les plans ainsi obtenus seraient au nombre de vingt ;
il est visible, d'ailleurs, que s'il y en a moins, leur nombre
doit diviser 20.
Mais, dans le cas actuel, sur a,a 2 a 3 s'appuieraient les
droites 9m>9\*\ 9u>> 9w\ 9u,9u, ce q ui esl impossible
puisqu'alorsrhyperboIoidea,fl 2 3 ferail partiedela surface.
Ces six droites doivenl se red in" re a trois. Done au lieu du
nombre vingt nous aurons dix on un deses sous multiples.
Ce sous-multiple est evidemmenl snplrieur a deux et il
doit etre au plus egal a six. Done e'est cinq.
Par consequent, par la droite a { on.peut mener cinq
plans contenant chacune une des droites 6.
Soil 6, la droite de ce groupe qui ne rencontre pas a,.
Alors prenons a 2 qui rencontre forcement cinq droites b
dont fait necessairement partie b { . Nous pouvons appeler
b% la droite que a 2 ne rencontre pas.
En continuant de la meme maniere, nous etablirons que
les six droites
CT l cr J « 3 a 4 a 5 cr 6
MAMA
torment ce que Ton appelle un double-six de SchlaOi.
Nous pourrions evidemment partir de la pour etablir
I'existence des vingt-sepl droites tk la surface, mais e'est
une elude que nous ne ferons pas aujourd'hui.
II nous faudra maintenant demonlrer que le mode de
( 248 )
generation de 23, que nous venons de faire connaitre,
est applicable a une surface cubique quelconque; bien
entendu, nous ne nous occuperons pas de la realite des
Elements.
Pour cela, nous devons d'abord demontrer qu'a une 2 3
quelconque on peut inscrire une configuration [15 6 , 20 3 ] f).
Or, prenons sur 2 3 deux points arbitraires P i9 P 2 , par
lesquels nous pouvons toujours faire passer deux cubiques
gauches c 3 , fc 3 situees sur 2 3 ct sur une quadrique. Ces
m
deux courbes se coupent encore en trois autres points
a', b , c\
Les droites PjA', P<B' lt PiC' rencontrent 2s en des
points Q,, R,, S,.
Les trois couples de droites QfR 1t A'B f ; R-|S|, BC,
SiQ l9 C A' se coupent en trois points ABC situes en ligne
droite et appartenant a la surface, d'apres un theoreme
connu ( ,# ).
Si Pon opere de meme avec P 2 , on obtient un nouveau
systeme Q2R2S2.
II est alors evident que les deux lelra^dres P|Q|R f S|,
P 2 Q 2 R 2 S2 son l homologiques : les jonctions PiP 2 , QiQ2>
R|R 2 , SjS 2 concourent en un point T qui est silue sur 2 3
en vertu du theoreme que nous venons d'invoquer.
Nous pouvons observer, en passant, que la construction
precedente permet de construire des pentaedres complets,
inscrits a une 2 3 donnee, probleme qui semble presenter
quelque interet (***).
Nous venons done d'obtenir une configuration [I5 6 , 20 3 ]
(*) Nous avons fait connailre cette construction dans deux notes inse-
aux C. R, T. XCVIH, p. 971, Acta malhematica, t. V. p. Ml.
(**) Reye, Geometrie der Lage,2" Abth. 2* Aufl.S. 197.
(**•) V. un important travail de M. le D' F. Sown, Math. Ann. t. XVII,
p. 26.
U9 )
<
ei, par suite, les droites x, y, z, u cdles du quadrilatere
AA'BB'CC.
II nous reste a faire voir qu'on pourra determiner des
droiles x u y i9 z {y v iy qui, avec les droites x, y, z, u, com-
pletent les elements generateurs necessaires pour la
construction de 2 3 .
Nous allons pour cela employer la voie analytique.
Soient t, k, t, m, n,p six indices quelconques.
Considerons les plans donnes par des equations
Of, = 0,
donl les premiers membres sont astreints aux conditions
J & ik -f- tz kl -4- rs (k = ,
™ik ~t- U M
et les autres relations analogues.
Nous obtenons, de ceite maniere, les quinze plans
forman t une configuration [15 6 , 20 3 ] (*)♦
Dans la figure donnee plus haul, nous verrons que les
quinze plans sont respectivement :
AA'BB'CC' ==i^;
ABCQ.R.S,^^; AB'C'P^S, = **
m 9
A'B'C^Q.R, saw; A'BC'P.Q.S, = v k
NT
ABCQ,R,S 2 = er M ; AB'C'PjR.S, am *
mi 5
A'B'BP 2 Q a K 2 == * pi ; A'BCT.QA = o
nn
PiPtQiQiTA' = *- % P.P.R.R.TB' = * mp ; P^AS JC = a
Q<Q*R|R«TC see*,,; QiQASJB so to ; RJl&SJA mm a«
fieri vons main tenant 1'equation d'une surface 2 3 cir-
conscritea cette configuration.
-+- A ta u is iH i3 km i3 kp -*- B cr ll a lm ar^cr jt; ,-+- C/^/a^sw^,, mm 0,
sert a representer une surface 2 3 circonscrite au quadri-
O Cf. Ie meinoire cite de M. R. de Paolis.
3 me S&RIE, TOME VIII. 17
( 250 )
latere AA'BB'CC el aux deux tetraedres P>,Q,R,S, ; P 3 Q 2
II faut encore exprimer qu'elle passe par T.
Mais les coordonn^es du point T satisfont aux Equa-
tions
U lm G [n Ui p V5 mn XS np U mp
0.
Si nous introduisons ces valeurs dans 1'equation prec6-
dente, il vienl :
*t
vs
*k
°*»>
CT,„ == XS ip .
Le second membre ne s'annulera done que si Ton a
A
B
C
A'
B'
C
0.
Nous allons maintenant nous occuper de la forme
quadrilineaire representee par les points marques sur
quatre droites par lous les plans de 1'espace.
general deux transver-
Les
sales communes que nous prendrons comme aretes
opposees d'un telraedre :
ABC
CDB
a
a
0, ABD
0.
«j
0, ACD
<*«
0,
c
D
Quatre points E„ E 3 , E 3 , E 4 pris sur^AB ont pour
2ol )
coordonnees
E,
E,
E 4
a t A 4 3 4
a, A s a 4
a« A,* 4
a » A 4 a 4 ;
de meme qualre points F h F 2 , F 3 , F 4 pris sur CD ont
pour coordonnees :
o.
F1 (
/ja,
«s
F,\
/»«,
«3
fc-'J
'j*i
*3
F 4
/ 4 a,
<*s
*
II en resulte que qualre points pris respectivement sur
E^j, E 2 F a , E 5 F 3 , E 4 F 4 ont pour coordonnees :
p/ 4 «,
a,
f"*i
a 4 vx 3
« 3 p* 3
Aj« 4
A 4 a 4 .
La condition pour que ces points soient dans un plan
est
\l t pt/, vl 3 p/ 4
A
1
i
1
ft, A, A
P
*4
0,
ou, en developpant :
*l4h— It) (*.— *i)-iv(f — f») (A 4 -A,) + A P (/ t -/ 4 ) (*,—*,)
+tv{k-li) (A 4 -A,)-pp(/, - / 4 ) (A 3 — A,) + yp(/,— / 4 ) (A,— A,)=0.
On a, 6videmment, la condition :
(/.-« (*,-*,)
ft
/.)(*•- *«)
/.)(*4- *.)-(*.-*.) I*
A*)
<»)(*
*.)
/«)(A,-A i )=0,
( 252
qui indique siroplement que les qualrc points a I'infiui sur
les quatresdroites sontdans un plan.
Posons :
tt-h-p, d'ou /j— lz=q~p, ct k,— k t =p t , d'ou &,- £3=7,- p„
l t -h=q, /j-/ 4 =r-p, k t -k 5 =t/ ( , k,-kj=r t -p„
Si maintenant on nous donne nne forme quadrilineaire
& covariants biquadraliques carres, on pent la ramener a
la forme canonique :
f^QunPiUiZtU* -*- aituXjjbZit/t -*- «mi^*yf*tWi -f- «jn**r*yiZiWf
Snpposons encore que Jes coefficients satisfassent k la
condition
Pour Identifier avec Ja precedente, il sufiira de faire :
P(?4— r i) = «HM. 9(^| — Pi) = <*«*,*, ^(Pl — ?l) = «IM»
?i( r — P) = fl«tt) n(p — 7) = a««, Pi(? — r) — %m*
une de ces relations est superflue en raison des conditions
donnees.
Par une elimination facile on est conduit a :
Pi[an!»9i — («i«i •* 0*m)r,] -*- r « [(fljiM -*- «itii ■* <**i*) r i
(ami * ««ii)7i] ■» 0,
Pit^min — (a l4t | -+• a uu )q { ] -^q t [(a mi -*- ci tm ■*• a H w)9
(fllttl +T WlMl)^] = 0.
En eliminant p t , on trouve une relation de la forme
A eg? + oAiQffri -*- 3A i 7irJ-+-A,r} = f
Equation qui nous donne trois valeurs pour^ 1 .
253 )
Soil, par exemple,
7«
r
i
Nous pourrons ecrire
q % = j* n r, = t<r i ; d'ou p f = t? i
f etant indeterminee
On en deduira
1 \ i
'/=7*> r = -«r, P = 7?-
* * *
Ces valeurs, etant substitutes dans f % la ram&neront a
la forme cherchee.
Mainlenant il est facile d'obtenir le resultat que nous
avions en vue.
[/equation de 2^ nous mene a line forme quadrili-
neaire
satisfaisant a la condition
A + B+C4-A'4-B'-fC' = 0.
La methode precedente nous permet de calculer les
rapports anharmoniques
♦ — / *
it — e 4 iz — ti
** "**• t "5 — ** I
»4 — A*4 tfj — /c A
Menons deux droiles g> g 9 qui rencontrent respective-
ment les faces des tetraedres P^R^S,, P2O2R2S2 en des
254 )
groupes de quatre points dont les rapports anharmo-
niques soienl I el k el lels que
«— — — — , • _____ - _ •
/, — /, q ' ki — ks q, '
ces droiles marqueront sur les faces des deux tetraedres
des points E f , E 2l E,, E 4 ; F i9 F 2 , F 3 , F 4 .
Les jonctions E I F 1 , E 2 F 2 , E 5 F 3 , E 4 F 4 seront les droites
x <7 V\> z i, u \ cherchees.
En effet, il est visible que les plans de I'espace marque-
ront sur ces droites une homographie H 3 4 representee par
une equation de la forme F.
Par suite, si Ton joint lous les points correspondants
aux quatre cotes du quadrilalere AA'BB'CC, on obtient
bien la surface dont liquation est
w w 2 5 =0.
demon ire
IIL Nous nous permettrons d'ajouter ici une autre
remarque relative aux surfaces du troisieme ordre.
Dans ii n important memoire (*), M. H. Schroter a
etudie differents modes lineaires de generation des sur-
faces cubiques, principaiement au point de vue de la
distribution des droites de la surface.
II arrive k cette conclusion que la surface cubique,
engendree par trois faisceaux trilineaires, comme le fait
M. Schubert, ne peut appartenir qu'S une des deux pre-
mieres esp^ces, d'apres la classification de Schlafli, c'est-
a-dire posseder vingt-sept ou quinze droites reelles.
(*) Journal fur die reitic und angewandte Mathematik, B d XCVI,
p. 285, §2.
255* )
La generation par faisceaux trilineaires que j'ai fait
connaitre ici meme el ailleurs permet de construire la
surface de troisieme espece, c'est-&-dirc ne possedanl que
sept droites reelles.
Pour cela, je rappelle le theoreme fondamental qui
resume le mode de construction.
Si un tetraedre se de forme de telle fafon que trois de
ses faces passent par trois droites fixes, tandis que la
quatrieme enveloppe line quadriqae 2% inscrite a un angle
tried re dont les aretes rencontrent les cotes de cette
quatrieme face, le sommel du tetraedre, oppose a cette
face, deer it une surf
fi
II sera bien
g
tion, la surface contient vingt-sept droites, c'esl-a-dire
est de la douzieme classe.
Elle apparlient a la premiere espece si la quadrique 2 2
est reglee et si I'hyperboloide qui a pour directrices les
trois droites fixes donnees coupe la surface cubique sui-
vant trois droites reelles.
Elle appai tienl a la seconde espece si parmi ces trois
nouvelles droites il y en a deux imaginaires, ou bien si la
quadrique 2 2 n'est pas reglee et que les trois droites que
nous venous de mentionner sont reelles.
Enlin, si deux de ces droites sont imaginaires et que 2 t
ne soit pas reglee, elle apparlient a la troisieme espece.
Tous ces theoremes se demontrent geometriquemenl
de la maniere la plus simple.
lis resullent d'ailleurs immediatement de ce fait que
notre metbode permel de conslruire, a Taide d^lements
reels, la surface cubique dont on se donne trois droites
non situees dans un plan tritangent et sept points absolu-
inent arbilraires.
2a6
Recherches stir la production de I'acide cyanhydrique
dans le regne vegetal; par A. Jorissen.
(Laboratoire de Tlnstitut pharmaceutique de TUniversite de Liege)
Apres avoir elabli dans la demise note que jVi pre-
sentee a I'Academie, que la substance d'ou provient I'acide
cyanhydrique dans les amandes douces et les graines de
lin en germination doit vraisemblablemenl elre consideree
t
comme un produit de dedoublement des matieres azotees
de reserve, j'ai cru devoir reehercher si la propriety de
donner une eau distillee contenant de I'acide cyanhydrique
est commune a un certain nombre de vegetaux.
On con<;oit, en effel, que Timporlance d'un principe
immediat au point de vue de la physiologic depend, dans
une certaine mesure, de la diffusion de ce principe.
Les traites de chimie et de pharmacognosie menlionnen
gen^ralement un nombre assez considerable de vegetaux
ou de parties de vegetaux qui d^gagent de I'acide cyanhy-
drique dans certaines conditions.
Rappelons que les amandes ameres, les pepins de poire
de pomme, de eoing, de sorbier, les noyaux de prune, de
cerise, les graines de Vicia et de Ricinus se distinguenl
par ce caractere.
La substance qui produit I'acide cyanhydrique se ren-
contre egalement dans les pousses et Pecorce de divers
vegetaux appartenanl notamment h la famille des rosaeees.
Citons plusieurs especes des genres Sorbus, Amygdalus,
Prunus, Spiraea; VAmelanchier vulgaris, le Crataegus
oxyacantha, enlin le Rhamnus frangula.
( 257
\
On retire egalement de I'acide cyanhydrique des racines
du Manihot utilissima.
D'apres la nouvelle edition de la pharmacognosie de
Fliickiger (1), il faudrait aussi ranger dans cetle calegorie
les graines d'une Sapotacee de PAmerique du Sud, le
Lucnma rnammosa, cedes du Chardinia Xeranlhemo'ides
de la famille des Composees, les fruits du Ximenia ameri-
cana de la famille des Olacinees et le sue de VIpomcea tfi\*-
secta, Convolvulaeee de la Trinite.
en est de meme d'un champignon, le Marasmius
Oreades.
Enfin, recemment, j'ai constate la presence d'un produit
de celte nature dans les graines de lin et les amandes
douces en germination.
■
Dans le cours des nouvelles recherchesdont je vais faire
connaitre les resullats, j'ai nalurellement du me borner k
examiner quelques especes que je pouvais me procurer
facilement.
Les vegetaux convenablement di vises etaient introduils
dans ii n ballon avec de Peau et de Pacide sulfurique dilue,
puis le lout etait soumis a la distillation dans un courant
de vapeur d'eau.
En operant de la sorte, j'ai pu relirer de Pacide cyan-
hydrique des especes suivantes :
1° Arum maculatum. Les jeunes pousses recoltees au
printemps fournissent line quantite d'acide assez faible;
2° Ribes aureum. Meme observation que pour Pespece
preeedente;
5° Aquilegia vulgaris. J'ai oper£ sur des plantes en
fleurs et j'ai obtenu un rendement notable. Plusieurs kilo-
(1) Fluckiger, Pharmakognosie des Pflanzenreiches, 1883, p. 954.
[ 258 )
V
grammes de cette espeee ayant ete recoltes au Jardin
botanique de Liege, je me propose d'y rechercher Tamyg-
daline;
4° Poa (Glyceria) aquatica. Les pieds de celte grande
graminee aquatique qui ont ete mis a ma disposition pro-
venaient de I'etang dii Jardin botanique. Celte plante a ele
examinee a Tepoque de la floraison; elle donne une eau
distillee conlenanl une proportion relativement tres forte
^d'acide cyanhydrique. C'est la seule graminee que j'aie
essayee jusqu'a present a ce point de vue. Je me reserve
egalemenl d*y rechercher Famygdaline.
Bien que, sans aucun doute, cette liste soil deslinee a
s'allonger de plusieurs noms, les resultats acquis suflisent
deja pour nous permeltre de conclure que la propriete de
degager de Tacide cyanhydrique, dans certaines conditions,
est commune a beaucoup de vegetatix, c'est-a-dire que le
phenomene doit interesser non seulement le chimiste mais
encore le physiologiste.
On remarquera de plus que le fait a ete observe chez des
especes appartenant a des groupes naturels tres eloignes
Tun de I'aulre, puisque nous avons cite, k ce propos, des
vegelaux appartenant aux classes et aux families suivanles:
Champignons, Aroidees, Graminees, Euphorbiacees,
Rhamnacees, Linacees, Papilionacees, Rosacees, Renoncu-
lacees, Ribesiacees, Sapotacees, Olacinees, Convolvulacees
et Composees.
Enfin, il nVst pas inutile de rapporter ici ce detail
important au point de vue de la genese de I'acide cyanhy-
drique etde ramygdaline,qu'un myriapodedu genre Fon-
taria possede la propriete de degager, quand on Texcile, de
Tacide cyanhydrique etde Taldehyde benzoique-
( 259 )
CLASSE IIES LETTRBS.
Seance du 4 aoiit 4884.
M. Wagener, directeur.
M. Liagre, secretaire perpetuel.
i
Sont presents : MM. Piot, vke-directeur ; P. De Decker,
Ch. Faider, R. Chalon, Th. Jusle, Alph. VVauters, Em. de
Laveleye, G. Nypels, Alph. Le Roy, fim. de Borchgrave,
P. Willems, S. Bormans, Ch. Polvin, Aug. Scheler,P. Hen-
rard, membres; J. Nolet de Brauwere van Sleeland, associe;
I. Gantrelle, correspondant.
M. £d. Mailly, membre de la Classe des sciences, assiste
ii la seance.
CORRESPONDANCE.
M. le secretaire perpetuel donne notification officielle k
la Classe de la morl de Tun de ses associes : M. Charles-
Richard Lepsius, egyptologue, biblioth^caire en chef et
professeur a PUniversite de Berlin, decede en cette viUe,
au mois de juillet dernier, a P&ge de soixante-treize ans.
260 )
M. le Ministre de l'Agriculture, de ('Industrie et des
Travaux publics envoie, pour la Bibliotheque de l'Acade-
mie, un exemplaire des ouvrages suivants :
i° De la justice et de la discipline dans les armies
a Rome et au moyen age, par Jules Bouquie;
2° Gedichten van Anna Roemers Visschers;
3° Jacob Van Maerlanls* Merlyn. — Remerciments.
M. le Ministre de la Justice adresse deux exemplaires
(Tun rapport qui lui a ete adresse, par M. Tinspecteur gene-
ral des elablissements de bienfaisance et des asiles d'alie-
nes du royaume,sur la situation de ces derniers etablis-
sements pendant les annees 1877 a 1881, el la legislation
sur la maliere. — Remerciments.
Les travaux manuscrits suivants sont renvoyes a
1'examen de commissaires :
1° Les peintres Jean et Jacques Van Batlele et Roland
Mai lie, decorateurs des pompes funebres de la Cour des
Pays-Bas au XVI* siecle, par Augusle Castan, associe.
Commissaire : M. Wauters;
2° Lettre de M. Aug. Sassen, membre de la Soci^te des
arts et des sciences de Bois-le-Duc, k Helmond, sur un
manuscrit du XIV* ou du XV* siecle relalif a laseigneurie
de Pollare (Grammonl). — Meme commissaire.
La Ciasse recoit, a tilre d'hommage, les ouvrages
suivants, au sujet desquels elle vole des remerciments aux
auteurs :
i° Bruxelles a travers les ages, 19 e et 20 e livraisons,
offertes par la famille de feu Louis Hymans;
2° Wapenboeck ou armorial de 1334 a 1372, contenant
les noms et arrnes des princes Chretiens..., precide de
( 261 )
poesies heraldiques par Gelre, heraul d'armes, publie par
Victor Bouton, t. I et III. Paris, 1881-1884; 2 vol. in-4°;
3° La con Ire-re volution religieme au XVI e siecle, par
Martin Philippson. Bruxelles, 1884; vol.in-8°;
4° Le droit public de la Belgique, par A, Giron.
Bruxelles, 1884; vol. in-8°.
BIBLIOGRAPHIE.
Note hie par M. Potvin en presentant le livre de
M. Philippson :
« Le litre du livre dont M. Philippson fail hommage a la
Classe : La conlre-revolution religieme au XVI* siecle,
indique a lui seul quel sujet, bien delimite el inleressant,
le professeur de TUniversile de Bruxelles s'est taille dans
Thistoire d'une grande epoque. Ce n'est pas un episode
qu'il en delache. II groupe un ensemble de fails generaux
auxquels une direction commune, une signification indiscu-
lable et des resultats certains donnent une importance
capitale.Toul ce que TEglise romaine, se sentant menaces
a imagine, a employe de moyens de resistance pour
repousser des reformes pacifiques qui lui etaienl deman-
dees par les souverains el les peuples, et pour empecher
qu'une moilie de I'Europe ne suivil le schisme qui les lui
arrachait, est reuni ici pour la premiere fois dans un
tableau complel. Le sujet ainsi trouve, Fauleur le traile
avec un remarquable lalent d'analyse, qui ecarte, exclut
peut-eire les considerations philosophiques et les vues
( 262 )
generates. Trois divisions groupent eette accumulation de
faits exacts et nous font assister: aux essais de renovation
du clerge en de nouveaux ordres, et bientdt dans Tordre
de combat par excellence : la Compagnie de Jesus, qu'on
voit naitre, grandir, devenir formidable; a la repression
violente de Theresie par la terreur; a la defense de la
Papaute contre le Concile de Trente etdans son sein, par
d
f *
des souverains pour maintenir les prerogatives de la cour
de Rome et en constituer k nouveau et pour to u jours
Fautocratie. L'auteur a voulu se tenir dans ttmparlialite
de la science; il n'en sort point. Mais son exposition est telle
que, si des lecleurs imbus de I'esprit d'autorite religieuse
peuvent voir dans celte con tre-revolu lion, telle qu'il la
presente, une ceuvre de g6nie et de salut, il n'en est pas
un, se sentant au coeur la moindre elincelle de liberie et
de dignity de la pensee, pour qui le succds des Jesuites, de
rinquisition et du Concile ne prenne Jes caracteres d'un
attentat k la raison humaine. L'esprit de ce Jivre est la, et
Tauteur ne s'en cache pas; mais il se confie, d'un bout a
Faiit re, k Fexactitude des faits, el cela suffit a 1'histoire qui
garde son ton veritable, et au livre dont rien n'affaiblit la
portee. i
If. Faider, en presentant le livre precite de M. Giron, a
lu la note suivante :
t A la demande de notre honorable confrere M. Alvin
et de la part de 1'auteur, je presente a la Classe un livre
que M. le professeur Giron vient de publier sous le titre :
Le droit public de la Belgique. Ce travail important oflre
( 263 )
un grand inleret: c'est un manuel de droit constitulionnel
beige aussi utile aux eludiants d'Universite qui doivent
s'instruire qu'aux hommes instruits qui aiment a se rerae-
morer. M. Giron, deja auleur d'un excellent Manuel de
droit administralif qui fait autorite, montre dans son
nouvel ouvrage les qualites du premier : distribution
raethodique, exactitude des solutions, extreme clarle de
deduction et de style. M. Giron expose et explique lous
les grands et genereux principes de noire constitution : k
propos de la liberie religieuse qui y est reconnue et con-
sacree, Tauteur donne plusieurs chapitresousont resumes
ou condenses I'hisloire des conciles et les debats qui ont
souvenl agile la chretiente. Tout cela est savamment
etudie : les appreciations de I'auteur ne pourront pas tou-
jours etre accueillies, mais ce qui, en tout cas, semble
caracteriser son talent, c'est la temperance, la moderation,
la sobriete : qualites qu'on aime a retrouver chez un pro-
fesseur qui ne doit pas faire descendre de la chaire dans
I'espril des eleves la passion et I'esprit de la lulte. L'eleve,
au contraire, en lisant les savanls commentaires de
M. Giron, sentira se fortifier en lui le respect pour notre
admirable constitution et I'amour de la Belgique, le pays
le plus libre du monde. *
( 26i )
COMMUNICATIONS ET LECTURES
Lemper eur Elienne Douchan de Serbie el la Peninsule
balkaniqne au XIV e Steele, par M. fimile de Borchgrave,
membre de FAcademie.
L'histoire des peuples de la Peninsule balkaniqne a ete
generalement confondue jusqu^ nos jours avec celle de
I'empire de Byzance. On ne Ta guere degagee plus tard
de celle de Pern pi re ottoman. La science a 6clairci les
origines des habitants de la Peninsule, sans faire connaitre
leurs destinees distinctes. Leurs congeneres slaves s f en
sont oceupes, mais les resultats de leurs travaux sont
presque ignores de I'Europe occidental. On ne pourra
ind&iniment se dispenser de les interroger sur leur pass6
et, si Penquete est favorable, de leur donner dans Pensei-
gnement de Fhistoire generate une place equivalente a
celle qu'ils ont conquise dans la politique.
Les Serbes — cest eux que j'ai ici specialemenl en
viie — ont, quelques annees avant les Grecs et bien long-
temps avant les Bulgares, recouvre leur independance
apres quatre siecles de domination etrangere. Leurs bardes,
dans leurs chants nalionaux, leur rappelaient une epoque
qui n'a pas ete sans eclat. Us les faisaient souvenir d'une
serie de rois qui ont regne pendant plus de deux siecles,
exerce sur les destinees de l'Orient une influence inde-
niable et donn6 a la nation cette vitalile resistanle qui la
sauva de la destruction a Pepoque de la conquete otto-
( 265 )
mane. Un de ees rois, devenu plus tard empereur, a jet6
un lustre parliculier Mir la race serbe. II est la personni-
ficalion de la gloire de la nation dans le passe, a I'epoque
de sa plus grande expansion, comme il est le symbole des
esperances et de^ aspirations du peuple dans I'avenir.
' Fa\ guerre avec Constantinople, en negoeiations avec
Rome, il fut Pallie inleresse de Venise et le rival parfois
heureux des rois de Hongrie. Sa vie n'offre done pas
moins (Tinterel pour POccident que pour I'Orient. Son
nom est frequemmentprononce dans les journaux.L'heure
est des lors opportune pour rechercher, dans une 6tude
rapide, programme d'un travail plus vasle, ce que fut
tftienne Douchan, roi et empereur de Serbie, quelles
&
d
oeuvre qu'un brillant souvenir.
1
La famille des Nemanides, ainsi appelee de son fond a-
leur Nemania, regnait sur les Serbes depuis la premiere
moitie du XII C siecle. Etienne Douchan (1), le neuvigme
prince de la dynastie, £tail His d'Elienne Detchanski ou de
Detchana, et de Smilia, tille du roi de Bulgarie. II naquit
en 1508, k Scutari, non loin de PAdriatique. Les historiens
iournissent peu de details sur sa jeunesse. il passa, encore
tout enfant, quelques annees & Constantinople ou son pere
avail £te exile par son aieul le roi Miloutine el en revint
(1) Chaque membra de la famille prenait ou recevail un surnom qu'on
ne s'explique pas toujour* a premiere vue. Doucha, en serbe, signifie
4me (^X 1 ^*
3 IO€ SERIE, TOME VIII. 18
266 )
en 1517. 11 vecut alors dans la Zeta (I), berceau de sa race
el apanage des herkiers de la couronne.
En 1 350 — il avail vingt-deux ans — son nom sort (out
a coup de Fobscurite. Le roi Michel de Bulgarie venait de
repudier sa femme, Anna, soeur du roi de Serbie, dans le
but d'epouser la soeur d'Andronic III Paleologue. Elienne
declare la guerre k Michel et lui livre une balaille decisive,
a Velboujede, dans laquelle il reste vainqueur de son
ennemi qui succombe k ses blessures. Douchan se dis-
tingua particulierement dans ce combat. II delruiskl'armee
bulgare, penetra jusqu'au coeur du pays et retablit sur le
trdne la reine sa lante. II re?ut Ja province de Zeta en
recompense de sa belle conduite (1330); nsais, se souve-
nanl de la promesse lake par son pere, lors du couronne-
ment, il reclama la moitie de ses Etats et de ses tresors.
Etienne refusa. Une rupture fut evilge, mais elle eclata
peu apr6s.
Le roi inclinail de plus en plus vers les Grecs au grand
d^plaisir des seigneurs serbes qui se voyaienl preferer des
Strangers et de Douchan qui observait d'un oeil jaloux des
tendances qu'une troisieme union du roi avec la princesse
Marie Paleologue — union d'ou naquit un fils — lui avait
rendues d'autant plus suspeetes. Les mecontents, donl le
nombre croissait chaque jour, pouss^rent Douchan k delr6-
ner son p6re et son souverain. Croyant ses droits a la suc-
cession menaces, le « jeune roi j> — c'etait son tilre ofliciel
nerepoussa point ces suggestions. II marcha conlre son
pere et le fit prisonnier au mois d'aout 1551. fiiienne,
enferme au chateau de Zvetchane, dans la Vieille-Serbie,
fut assassin^ le 11 novembre de la meme annee, k Tinsu
(i) Zeta, Zenta, — environ le Montenegro actuel.
( 267 )
de son fits, suivanl les uns, en vertu de ses ordres, selon
■
d'autres.
Douchan s'elait fait couronner des le 8 septembre.
A parlir de son avenement au tr6ne jusqu'a sa moil,
i) deploya une activile extraordinaire et ses grandioses
conceptions lui assignent une place eminente parmi ses
contemporains. Stimule par une volonte intelligente el
une puissanle ambition, il reprit pour son compte Fceuvre
de son grand-pere Milouline et ne reva rien moins que de
reunir, sous Fhegemonie serbe, tous les peuples de la
Peninsule balkanique, de snpplanter Fempereur d'Orient
et de revetir la pourpre imperiale a Byzance meme. Un
tel dessein, meme s'il 6choue, commande Fattention (i).
Ses inspirations personnelles le poussaient a devenir
Fenergique continualeur des traditions de sa famille. Son
s^jour k Byzance, tanlol au convent de Pantokrator, tantot
a la cour meme, avail dd lui laisser des impressions dont
F&ge developpa la vivacite. De loinlains souvenirs histo-
riques rappelaient k sa jeune imagination son compatriole
Dioclelien, Fempereur romain, et ces aulres Slaves, Justin
et Justinien, devenus empereurs de loul FOrient. Des sou-
venirs plus recents lui montraient son bisaieul Ourosch,
surnomme le Grand Roi,epousant la fille d'un empereur de
Constantinople, Helene de Courtenay, son aieul Miloutine
aspirant deja k la couronne de Byzance et son pere nego-
ciant avec les Grecs dans le but de d^troner la famille
imperiale des Paleologue.
Ses ancetres avaient d'ailleurs prepare les voies & Fex-
(1) Timotheia Floriisskago Jovjnie Slaviane i Visanlia vo vloroi
Ichelverli XIV veka; vipousk vtoroi, S'-Petersburg, 1882. (Timoth<e
Florinsky : Les Slaves du Sad et Byzance dans le second quart du
XIV- siecle, & edition), 2 vol.
268
pansion de la nation au Slid el & I'Esl. l/ceuvre deTuniii-
cation de I'Etal serbe, dont le premier des Nemanides posa
les fondemcnls, avail fail de notables progres jusqu'a
I'avenement de Douchan. A ('exception de la Bosnie, les
terriloires occupes par les Serbes etaient reunis dans le
cadre d'un Etat compacle dont Forganisalion altestc un
developpemenl lent mais conlinu. Des provinces nonvelles
agrandirenl successivement le foyer primilif. Les luttes
viclorieuses contre les Grecs et les BuJgares firent con-
nailre les Serbes en Europe, les rapports avec TOccident
s'etendirent et les negotiations avec.les papes attirerent
tout naturellernent Inattention de la chretiente. Dans le
premier quart du XlV e siecle, la Serbie avail conquis sa
place parmi les Iillats secondares. La population recevait
de sensibles accroissements; le bien-elre materiel se
repandait, et si I'induslrie ne se developpail pas encore, le
pays elail ouvert aux negocianls etrangers dont les ope-
rations amenaient de Tor chez le peuple. Malneureusement,
comme ailleurs, a la meme epoque, les moeurs el les habi-
tudes etaient rudes encore, parfois barbares (i). Le tempe-
rament meme de la race empechait les progres rapides de
la civilisation, ttranger aux conceptions idealisles, obeis-
sanl a des tendances purement positives, le Serbe envisa-
geail I'interet comme le but supreme des actions humaines,
se preoccupant moins des lois du developpemenl moral
que de la satisfaction de ses desirs. C'est dans la verite de
celte observation qu'il est perm is de chercher Taffaiblis-
semenl politique de la nation et sa chute devant un ennemi
qui avail fait du renoncement de Pindividu pour la gloire
de tous le mobile dirigeanl de ses conqueles. Douchan
(t) Bk.\jamj> v. Kallay, Gesclnchte der Serben, t. I, Einleilun
tr
( 269
lui-meme,on le verra plus loin, n'echappait pas au re|>roche
qui vient d'etre Ibrmiile.
Quoi qu'il en soil, les idees tradilionnelles sur Fexpan-
sion de I'Etal serbe et I'ambitieuse individuality rfu jeune
souverain devaient amener rapidement on conflit avec
rempire grce. La lutte pour Byzancedura vingt anspresque
sans interruption. Kile amena Felablissement des Turcs
en Europe- Elle donna lieu a Ireize guerres conduilesavec
des alternatives di verses. Douchan n'en sortit pas tonjours
vainqueur; il eprouva meme parfois des re vers sanglants;
mais il n'en augmenla pas moins, par Tacquisilion de ter-
ri to ires importants, le patrimoine de la nation. Metlant
habilernent a profit les rivalites des Paleologue et des
Cantacuzene, soutenant tantot Tun, tantot I'autre des
deux partis, il faisail lourner au bien de sa couronne et de
son royaume le concours qui avail assure la victoire a son
allie. II appuyait d'babiles negocialions le succes de ses
armes, et s'il arriva a des resultats importants, il en fut
redevable non moins a sa diplomatic qu'a ses talents mili-
tates
IL
La mort de son pere le rendant souverain inconteste
de tou le la Serbie, Douchan se prepara sans retard a la
lutte contre Constantinople.
La situation interne de I'empire d'Orient devenait de
plus en plus critique. La conquete latine avait rompu son
unite. Des provinces, des fractions de provinces s'etaient
detach6es de la masse et formaient, en Asie comme en
Europe, de petits fit
possible de ressouder
fill plus
270)
Venise s'elaienl implanlees dans les centres les plus
importants de I'empire el emparees, la premiere surtout,
de tout le commerce du Levant pour le faire dependre,
financierement et eeonomiquement, de leur bon vouloir.
L'empire parvini a se rendre maitre de I'Albanie meridio-
nale ; ma is loute la Grece centrale el le Peloponese
appartenaient aux Latins, donl les deux puissants ducbes
d'Athenes et d' A chafe resistaient viclorieusement a toutes
les entreprises des Byzanlins (1). On redoutait moins,
d'ailleurs, a Constantinople les princes francs et arago-
nais, profondement divis£s enlre eux, que les prelextes
d'intervention que fournissait leur domination aux souve-
rains de l'Occidenl et leurs velleiles incessanles de
conquerir definitivement fern pi re et les Etats Slaves de la
Peninsule au profit des croyances et des idees du rnonde
occidental, represents par le pape.
Cet affaiblissement territorial de I'empire favorisait
les visees de Doucban. II ne comptait pas moins sur les
dechiremcnts inlerieurs, sur les rivalites des princes et les
ambitions dissolvanles des grands dignilaires; toutefois,
il trouva devant Ini, au debut de son regne, deux bommes
energiques qui lui dispulerenl pied a pied les villes et
provinces qu'il leur enlevait. C'etaienl Andronic 111, le
jeune, et le grand domesticus, Jean Canlacuzene. Des
treize annees que dura le regne du nouvel empereur, pas
une qui ne fut marquee par des guerres, dans lesquelles
Andronic se signalait non moins par la bravoure que par
Tintelligence.
Les provinces europeennes de I'empire embrassaient,
au moment ou les hostililes eclalerent entre les deux
( I ) Hopf, Griechenland im Mittelaller.
271
rivoux, toute la Thrace, la contree du Rhodope (frontiere
de Bulgarie, en suivanl la ligne de Sospoli vers Philip—
poplc et les coteaux du fleuve le Nesta), la Macedoine
meridionalc (avec Serez, Salonique el la Chersonese thra-
cique : frontiere de Serbie, en suivant la ligne de JVlelnik-
Stroumifza et le lac d'Ochrida) et la Votie, avec Verra,
Pidna, Platomon, Ostrovo. En Albanie, en Epire et en
Thessalie, le pouvoir imperial n 'etait reconnu que d'une
maniere partielle elinegale.
On a vu qu'Andronic III avail pris parti pour le roi
Michel de Bulgarie dans son conflit avec la Serbie, que
Douchan etait resle vainqueur a Velboujede et avail ren-
voye a Constantinople la seconde femme de Michel, Theo-
dora Paleologue, apres avoir reintegre sur le trone de
Trnovo la reine Anna, sa tante. Dans la pensee de \enger
Padroni fait & sa soeur, Andronic s'empara des villes
situees au pied du Balkan, depuis Toundcha jusqu'& la
mer Noire (Yamboli, Rosokastro, K tenia, Aitos, Ankhial,
Mesembria); mais il ne put y consolider son empire, line
seconde revolution succeda, k peu d'intervalle, a la pre-
mi6re; les Bulgares detronerent de nouveau la reine Anna
et son fils, puis proclamerent tsar un parent du roi defunt,
Alexandre Stratsimirovitch. Celui-ci fit au roi de Serbie
des propositions d'arrangement. Douchan les accepta et
scella la reconciliation en epousant la soeur d'Alexandre,
Helene, princesse d'un caractere energique et qui exerga
une grande influence sur son epoux. Elle etait d'origine
serbe et c'est en Serbie qu'elle fut elevee.
Ce mariage assura a Douchan, du cdte de la Bulgarie,
une paix qui ne fut pas troublee une seule fois pendant
les vingt-cinq annees de son regne. II eut pour premier
r^sultat une campagne heureuse que les deux souverains,
272 )
unis an due de Valachic, Bessarab, rnenerent con t re
Byzance, lui reprenant presque loutes lei villes balkani-
ques.
Les frontieres de la Bulgarie ainsi assurees, Douchan
declara la guerre a Andronic, enlra en Macedoine el, en
moins de trois ans, s'empara de loute la parlie occidentale
de cette riche province, jusqu'au fleuve le Strymon et a
la ville d'AmphipoIi. L'armee serbe etait commandee par
Sirguian, stratege de merite, transfuge de Byzance. Sur ses
conseils, Douchan poussa jusqu'a proximile de Salonique,
place d'une importance capitale, point de ravitaillement
sans pareil (1334). Byzance fut consternee. Ce n 'etait pais
tant Douchan que Sirguian que Ton craignail. Francois
Paleologue ful mis ;\ la tete de quelques troupes, avec
mission d'entrer en rapports personnels avec Sirguian et
s'il 6tait possible de s'en d£faire. Andronic, de son cote,
amena par mer des ren forts a Salonique.
L'armee serbe campait sur le Vardar. Francois Paleo-
logne s'acquitta avec succes de sa mission. II lit tuer Sir-
guian et s'enf'uil a Salonique; Tempereur I'y recornpensa
richement. Ce malheur inattendu frappa douloureusement
Douchan. Un auxiliaire important venait a lui manquer.
Andronic, profilant des dispositions d'esprit du roi serbe,
demanda la paix el Poblint. Une entrevue eul lieu entre
les deux souverains sur le Gallico, ou Sirguian avail
*
ete assassine. Byzance ceda a la Serbie presque toule la
Macedoine occidentale avec les villes de Ochrida, Prilep,
ou le roi (it construire un chateau, Kastoria, Slroumitsa,
Khlerine (aujourd'hui Lerine ou Florine), Jelesnitsa
(Dornihissar), Vodena, Tchemren, etc.
II est vraisemblable que, malgre la mort de son general
en chef, Douchan ne se serait point r^solu & accepter la
( 275 )
paix <Je Salonique si tin ennemi redoutable n'avail menace,
an meme instant, le nord de ses £tals. C'elail le roi de
Hongrie qui, effraye des succes de Douchan, jugeait le
moment opportun pour lui reprendre la Matchva, province
septentrionale de la Serbie, aux I i mites indecises et depuis
longlemps objet de contestations entre les deux pays.
Douchan gagna rapidement la frontiere menacee et
Charles-Robert, le voyant en mesure de lui resister ener-
giquemenl, s'en retourna avec son armee sans livrer de
combat.
Le roi de Serbie ne se laissa pas distraire par cette
diversion de ses projets sur Tempire. Tandis que Charles-
Robert Tavait attire dans le nord, Andronic rattachait a
sa couronne la Thessalie el I'Albanie meridionale. Dou-
chan en Ira aussitdt en Macedoine (1335) et ce retour
offensif fit concevoir a Fempereur de justes doutes sur la
solidite de la paix de Salonique- D'autre part, la lulle
conlre les Latins et les Turcs Fappelait ailleurs. Afin de
mettre les provinces occidentales k Fabri d'une attaque de
Douchan, Pempereur d'Orient fit une demarche qui ne
pouvait que flatter Famour-propre du jeune souverain
serbe : ouvrant de nouvelles negociations, il alia le
trouver dans sa residence de Radovichte etobtint une nou-
velle paix.
Pendant la guerre pour la conquete de la Phocide et de
Lesbos Douchan, allie momentane de Byzance, non seu-
lement ne lit aucune entreprise en Macedoine, mais dirigea
ses armes contre les possessions des d'Anjou de Naples,
sur la c6le orientale de TAdrialique. Tactique habile,
inspiree par son inleret le plus evident; elle lui permit de
conquerir d6s Fannee suivante (1356) I'Albanie jusqu'a
( 274 )
Dratch (Durazzo) et cle planter, bientot apres, le drapeau
serbe sur les villes d'AvIona et de Kanina (1337).
Maitre des lors d'une portion notable du littoral adria-
tique, Douchan tire parti des dilliculles con ire lesquelles
se debat Andronic pour reprendre PEpire; il etend peu h
peu sa puissance vers le Sud; en 1340 il avail soumis
presque tout le terriloire des Albanais independants jus-
qua Yanina et il ajouta, depuis ce moment, a ses litres
celui de roi d'Albanie.
III.
*
Dans cette premiere periode de leconds efforts, Douchan
avail vu la fortune sourire a ses armes et son royaume
acquerir de serieux elements de force et de grandeur. II
jngea le moment propice pour elargir le domaine de son
activite; mais il lui imporlait avant lout de consolider la
situation acquise.
Si des evenements graves, favorables h ses projels, se
preparaient k Constantinople, qui devaienl paralyser les .
forces de I'empire, d'autres adversaires pouvaient entraver
les plans du jeune roi et Pattirer sur un nouveau theatre.
Lesd'Anjou de Naples n'avaient pas renonce a leurs pre-
tentions sur I'Albanie. Les souverains de Hongrie convoi-
taient la Dalmatie qui confinait aux possessions serbes de
PAdriatique. Le ban de Bosnie, allie des Magyars el gagnS
& la foi romaine, etait pret a tout momenta inquieter
Douchan, adherent fervenl de Porthodoxie greco-orientale.
Une solide alliance se presentait done a Pesprit du roi de
Serbie comme une necessite de premier ordre. Ce n'etait
point autour de lui qu'il la pouvait lrouver;ses int^retset
ceux de ses voisins immediats 6taient trop divergents pour
( 275 )
quil piit esperer de les rapprocher meme pour un temps.
(Test sur une des premieres puissances maritimes et com-
merciales de I'epoque, sur une puissance aux origines
slaves et qui enlretenait avec les pays slaves du Sud des
rupporls de toute nature, qu'il jeta les yeux. J'ai nomine
Venise.
Les relations de la Serhie et de Venise dataient dej&de
loin etn'avaient pas toujoursete cordiales. La serenissime
republique avail, sans tenir compledes pretentions ri vales
des Serbes, etabli sa suzerainete sur la cote slave de
TAdrialique, sur les principals villes et iles dalmates
Zara, Raguse, Brazza, Sebenico, Spalalo, etc.; — d'aulre
part, ses marchands, qui traversaient les provinces serbes
pour traiiquer dans les pays environnanls, elaienl exposes
a de nombreuses vexations de la part des habitants de ces
provinces. II en elait resulle des reclamations frequentes
de la part du Grand Conseil auxquelles les rois de
s'etaienl le plussouvenl eflbrces de faire droit.
Douchan, allant plus loin que ses predecesseurs,
n'epargna aucun effort dans le but de nouer avec Venise
des relations de durable amitie qu'il jugeait basees sur
Pinlerel reciproque des deux fitats. La republique sem-
hlail lencourager dans cette voie. A loccasion de son
manage avec la princesse Helene de Bulgarie, elle lui
deputa une mission extraordinaire chargee de compli-
menter le roi et de remettre de riches cadeaux a la jeune
reine. II enlama avec le doge des negociations des le debut
de son regne. Files ne porlerent d'abord que sur des
objets d'importance secondaire, tels que I'autorisation
dVxporler des armes et de faire libremenl passer par le
lerritoire \enitien une garde d'elite recruteeen Allemagne
Serbie
276 >
« pour la s^curile de sa personne » (1). II donna, en 1335,
une grande satisfaction a la republique, en consentant a ce
que la ville serbe de Cattaro, qui relevait du royaume,
accordat a la republique le privilege d'eriger dans ladite
ville des tribunaux commerciaux dont seraienl justiciable
tous crux qui se livreraient au commerce en Serbie et dans
les pays de sa dependance(2).
C'est en 1340, alors qu'il venait de remporter des succes
considerables, qq'il essaya une premiere fois de conclure
une alliance effective avec Venise. Comme gage de son
desir d'entretenir a loujours des rapports in times avec les
doges, il demandait de devenir citoyen de la republique.
Le message indiquait les motifs pour lesquels il reclamait
cet honneur : le roi croyait avoir beaucoup d'adversaires
a I'inlerieur, surtout dans les pays recemment conquis, et
il se pouvait qu'un accident quelconque le format a deman-
der un jour Thospitalite a Venise. Faute de documents, il
est malaise d'apprecierjusqu'aquel point ces apprehensions
elaienl fondees. II semble, a premiere vue, qu'elles ne
fussent qu'im pretexte pour capter la hienveillance de la
republique et arriver plus facilement a obtenir I'alliance
convoitee.
C'etait la le but capital que la mission serbe avail a
poursuivre. Ayant appris que des mouvementsoffensifssc
preparaienl contre Venise en Dalmatie, que Zara, la ville
slave, etait sur le point de s'insurger, que la republique
allail etre inquietee par le roi de Hongrie, Douchan met-
(1) S. Ljcbic, Monumenta speclantia historiam Slavorum tneridiona-
tium, l. II, pp. 4, II. Zagrahiae, 1868-73. Cf. Glasmk Srpskog outcenog
(fructva .' Monumenta historica Serbica Archivi Veneli, I. XI, pp. 316-
462. Beograd, 1839.
(2) Florinsky, /. c.
277
tail 500 hommes de cavalerie a la disposition de Barlheleruy
Gradenigo et se declarait pr£l h se mettre a la tele de son
armee pour marcher, le cas echeant, au secours de son
allie. II demandait, en retour, et en lermes pressants, uo
concours analogue pour le cas oil il en aurait besoin.
L'occasion d'en profiler n'etait pas encore venue; mais il
voulait s'en assurer a temps, afin de parer a toute even-
tuahte.
II faisait ensuite les promesses les plus rassurantes
quant aux facilites k accorder au commerce venitien dans
les pays serbes. Enfin, il demandait au doge un service
personnel. A peine retabli d'une grave maladie, il lui tenait
a coeur de remplir le vceu qu'il avail forme, lorsque ses
jours etaient en danger, de faire construire, sous le vocable
du Sauveur, une eglise et un couvenl a Jerusalem. II avail
Tintention d'envoyer dans la ville sainte une mission
inunied'une forte somme d'argent et desirait que Venise
lui pretat deux galeres, a equiper aux frais du roi, pour
le transport de la mission jusqu'& Tile de Chypre (I).
La republique accueillit assez froidement les propo-
sitions de Douchan. La reponse de Gradenigo abonde
en protestations d'amitie vagues, affaiblies d'ailleurs par
d'adroites reticences habituelles chez ces diplomales emi-
nents qui joignaient la finesse slave a I'habilele italienne.
La republique, etait-il dit dans la reponse officielle, se
rendait volonliers a la priere du roi (prwcibus annuentes),
le nommait ciloyen de Venise et lui oflVait un asile com-
mode et sur, a son choix, a condition, s'il se voyait ob!ig6
d'y rrcourir, qu'il userait de la reserve que reclamait la
s^curite du pays. On remeiciait d'une fa^on tres obligeanle
(1) Ljibic, Monumenta, L c. pp. 74, 75.
278 )
pour la cooperation militaire; on l'acceptail en principe;
on offrait ses services dans les memes conditions; mais on
passail sous silence I'offre des 500 hommes de cavalerie;
on ne soufflait mot d'une alliance a conclure. On pre-
nait acte, d'une fa<jon un peu hautaine, de la promesse
du roi de proteger le commerce venilien dans ses Etats;
en revanche, il n'etait pas meme fait allusion au desir
de Douchan d'obtenir deux galeres pour le transport de la
mission serbe a Jerusalem (1).
La reponse de Venise precise nettement raltitude que
la republique comple prendre dans ses rapports fulnrs avec
Douchan. Elle laisse entrevoir au roi serbe qu'elie lui est
neeessaire, que son inimitie lui couterait cher, qu'il a tout
interet a la menager afin de s'assurer tout au moins une
neutralite bienveillante.
On ignore Timpression que fit cette reponse sur I'esprit
de Douchan. II ne chercha point, sur le moment, k en
provoquer d'autre; il ne se decouragea pas non plus; il
reviendra plus lard a son idee fixe d'une alliance elroite
avec Venise.
Sur ces entrefaites, les rapports avec Byzance n'etant
point relablis, Douchan jugea prudent d'affermir son
empire dans la Macedoine.
Andronicllljejeune, venaitdesuccomber(15juin!341)
aux fatigues d'un regne difficile et tourmente, laissant pour
heritier son fils aine, Jean Paleologue, k peine age de onze
ans (2). Le grand domesticus, Jean Cantacuzene, k qui
Fimperatrice-mere avait confie la regence, prit des mesures
(1) Ljubic, Monumenta, I. c. t pp. 76, 77
(2) Pour les eveneraents qui vont suivre, v. Cantaciz£ne, Hist, byzant
liv. II, III, IV.
.( 279
alifi d' assurer I'ordre et la tranquillite; mais il n'opposa
point de troupes a Parmee serbe que Douchan avait dirigee
sur Salonique et qui causa de grands prejudices a la popu-
*
lation grecque de la province. Une partie de Parmee
Payant proclame empereur a Demolika, il jugea neces-
saire de mainlenir de bonnes relations avec le roi de
Serbie et lui deputa des ambassadeurs qui reussirent a
renouveler le traile pr6cedemment conclu avec Andronic.
II parcourut alors de sa personne la Macedoine afin de se
rendre compte par lui-meme de Petal des choses. II se mit
en rapport avec des seigneurs qui comraandaient les forte-
resses au nom du roi et essaya d'en gagtier quelques-uns
a la cause imperiale; mais voyant Pinutilile de ses efforts,
il resolut de s'entendre avec Douchan lui-meme, alors
occupe au si£ge de Vodena, qu'il dut lever a Papprochede
l'armee byzanline, sous lesordres du gouverneur de Salo-
nique, Apokavke. Le roi de Serbie s'etait retire provisoire-
ment k Uskub, une de ses principals residences, et se
disposaild conduire en Bulgarie sa femme Helene aupres
de son beau-frere, le tsar Alexandre- Le gouverneur de
Veles, Oliver, un des dignitaires les plus Aleves du royaume,
lui annonca la visile de Cantacuzene, qu'il precedait de
quelques marches.
L'arrivee du pretendant au trone imperial avait une
importance qui ne pouvait echapper a la clairvoyance de
Douchan et que celui-ci sut apprecier. Le roi el la reine
differerent leur voyage en Bulgarie et allerent h la ren-
contre du regent. L'entrevue eut lieu au chateau de Tao,
pres de Prischtina. Douchan re^ul Cantacuzene avec beau-
coup d^gards, mais non sur un pied de parfaite egalite. On
6changea des cadeaux. On adopla, pour la duree du sejour
de Phdte byzanlin, Petiquette et le c£r£monial de Constan-
280 )
linople. Au iioul tie queiques jours passes en fetes, on
aborda les negociations, auxquelles prirenl part la reine
Helene el vingt-qualre vo'ivodes. Cantacuzene revela
ouvertemenl ses pretentions au trone de Constantinople
et demanda I'appui du roi. Douchan dissimula ses inten-
tions ri vales, promit le concours desire et demanda, i*H
retour, la cession de loule la moitie occidentale de I'ernpire
a partir de Chrislopoli ou, du moins, de Salonique. II
esperait, de cetle facjon el en cas de succes du pretendant,
pouvoir rattacher sans diffieulte au royaume la Macedoine
meridionale, la Volie, la Thessalie et Umpire. Cantacuzene,
qui avail contribue, ainsi qu'on Ta vu plus haul, a mainte-
nir tant bien que mal le faisceau des pays de Pempire et
mesurail pour lui-meme les consequences du demembre-
ment, ne pouvait, au moment ou il meditait de devenir le
chef supreme de cet empire, souscrire a d'aussi accablantes
conditions. 11 le demontra en termes eloquents a Douchan
qui pa rut se laisser convaincre et (it comprendre qu'il
n'attachait qu'une importance secondaire a la promesse
d'une cession conditionnelle. On s'entendit sur d'autres
bases, au sujet desquelles il y a deux versions differenles.
Cantacuzene, dans son hisloire de I'Empire, aflirme que
i'alliance fut reciproquement desinleressee. Jl se serait
borne a reconnaitre a Douchan le droit de possession sur
Jes provinces deja conquises, et lorsqu'il serait reconnu
empereur, a preler secours a son allie, s'il elail menace
par une agression etrangere. Douchan, de son cdte, devait
I'appnyer rnililairemenl dans la lutte qu'il allait entre-
prendre conlre Jean Paleologue et I'imperatrice Anne, se
ranger ouvertemenl du cdte de Cantacuzene, el en I'assis-
tant pour renforcer son pouvoir dans les provinces byzan-
tines, renoncer a loutes visees personnelles quant au pays
( 281
se irouvant en dehors des terres deja conquises (1), Nice-
phore Gregoras parait se rapprocher davanlage de la
vraisemblance politique lorsqu'il dit : « line entente s'elablit
entre eux, scellee par des serments reciproques, dans le but
de ne pas s'emperher Tun I'autre de poursuivre la fortune,
mais de demeurer toujours dans les limites d'une in6bran-
lable amitie, les villes dependant de Byzance devant echeoir
a celui d'entre eux a qui elles-memes voudraient se donner,
soit moyennanl un accord k Tamiable, soit k la suile d'un
siege, de telle fa^on qu'ils ne pussent se nuire Tun k
I'autre i> (1342) (2). Si Ton admet I'exactitude de la version
de Gregoras, relativement k la principale clause du traite,
un vaste champ d'operations s'ouvrait devant le roi de
Serb.'e. 11 ne s'agissait pour lui que de saisir les occasions
propices et de rivaliser d'adresse avec son allie dans la
conquete des places byzantines.
IV.
Cantacuzene demeura quelque temps encore k la cour
de Serbie (jusqu'a la fin de juillet 1542), puis il partit a
la lete d'un corps serbe et de ses troupes grecques, dans
•'intention de reprendre rimportante place de Serez qui
tenait pour le jeune empereur. Douchan lui donna vingt
de ses meilleurs voivodes, y compris le puissant Oliver. Le
regent laissa, cornme otage en Serbie, son ills Manuel,
fiance de la fille de ce dernier. Sa campagne contre Serez
n'eulaucun succes.
(.'arrangement de Prischtina n'avait pas laisse que
(1) Cantacuzene, Hist, byzant., I. Ill, c. c. 43, 44.
(2) iXiceph, Gregor, But. byzant., I XIII, c.6.
5 me s6rie, tome vih. 19
. ( 282
(Talarmer vivemenl Ic gouvernement de Constantinople.
L'imp£ratrice, convaincue que le concours clu roi de Ser-
bie devait etre decisif pour qui l'obtiendrait definilivement,
nSsoIul de gagner a tout prix Douchan a la cause de son
fils. Elle lui erivoya deux ambassadeurs, Georges Luka et
le metropolilain de Salonique, charges de demander &
Douchan de leur livrer Contacuzene; en echange de ce
service, on lui remettrait quelques places fortes qu'il
designerait. Soit qu'une telle proposition blessat sa fierte
naturelle, soit qu'il trouv&t la compensation insuffisante,
soit, comme le presument quelques historiens, qu'il se
• . ?
fut uni a Cantacuzene par le lien de la fraternite spin-
tuelle (pobratimstvo), Douchan repoussa categoriquement
les avances de Fimperatrice (1). Celle-ci revint peu apres
a la charge. Elle offrit a Douchan toute la Macedoine
jusqu'a Christopoli, Salonique excepte, et moyennani
cetle double condition que le roi n'appuierait plus Canta-
cuzene et le ferail 6troilement surveiller. Douchan d^clina
encore cetle nouvelle offre. L'imperalrice ne se tint point
pour battue. Elle fit une troisteme demarche dans le but de
se concilier Douchan.Un des grands dignitairesde I'Empire,
Kamiral Apokavke, gouverneur de Salonique, sollicita
une entrevue du roi, k Amphipoli, en vertu des ordres
du jeune empereur; mais cette entrevue ne put avoir lieu,
le roi etant occupe a reunir a son royaume de nouvelles
possessions, la vallee du Strymon, avec les villes de Mel-
nik et de Slroumitsa. II ne reussit point a s'emparer de
Serez, la clef de I'einpire, malgre I'appui de Cantacuzene
et ses troupes, peut-etre secretement excitees par des
(i) Davidovitch, Istoria Srbskoga Naroda, 1848— (Krstitch), Istoria
Srpskog Naroda, 1873. (Histoire de la nation serbe.)
283
agents grecs, refuserenl tie marcher avec le regent sur
Demolika, ou les partisans de ce dernier etaient fort
menaces.
Cantacuzene retourna une troisieme fois en Serbie. Sa
position devenail de plus en plus critique. Ses insucces
lui avaient aliene la confiance des voivodes. Chose plus
grave, il redoutait que Douchan, lasse d'une alliance
infructueuse, ne le livrat a ses ennemis. La peine seule le
protegeait. II la supplia de lui preter sa garde allemande,
■
et, un jour, a Tinsu dti roi, sous pretexte d'une excursion
de chasse, il s'enfuit a Verra, dont ses partisans lui ou-
vrirent les portes el d'ou il soumil plusieurs autres
villes.
Douchan considera ce depart furtif com me une rupture.
II somma Cantacuzene de lui renvoyer la garde royaie ;
mais, par des motifs demeures inexpliques, celle-ci refusa
de se separer de son nouveau chef. Elle ne revint que plus
lard. Le roi s'eiuendil alors avec le gouverneur de Salo-
nique en vue d'une action contre leur ennemi commun.
Cantacuzene allail tomber atix mains de Tarmee alliee,
lorsqu'un paysan le fitechapper k Taide d'un deguisement.
Dans la crainle qu ? un rapprochement ne put s'operer entre
lui et Douchan, Fimperatrice Anne redoubla d'efforls afin
de lixer d£finitivement le roi. Apokavke envoyait mission
sur mission en Serbie el faisait dislribuer de riches cadeaux
*
au roi el a sa famille. Douchan demeurant, malgre lout,
hesitant, le gouvernement de Constantinople recourul a
un moyen dont l'eflicacite n'etait point douleuse a ses
yeux : il invoqua Tintermediaire des Veniliens, dont il
connaissait ['influence sur I'espril dti roi.
L'ambassade grecque etait chargee de negocier une
double demande : elle devait solliciter le secours de ia
284 )
republique con Ire les Turcs el famener a empecher loule
eniente ulterieure entre Douchan et Cantacuzene. La
reponse de Yenise, sur le premier point, ful evasive; Je
Pape prechant une croisade contre les infideles, on y
prendrak pari aussitot que loul le monde se serai t mis
d'accord. Relalivemenl au second objel, on fut d'une ex-
treme precision. Le Senal, prenanl en consideration que
n loul dommage que subirail lempire tournerail au pre-
judice » de I'Elat venilien, resolut d'envoyer un ambassa-
deur a la cour de Serbie atin de detacher le roi de la cause
*
de Cantacuzene, de liavailler au retablissement de la paix
en ire les Grecs et les Serbes et de trailer, en outre,
quelques affaires accessoires d'un interet special pour
Venise (1). Le seigneur Marino Venerio fut le chef de
l'ambassade. II se presenla, accompagne d'une suite bril-
lanle, au mois de juin 1345, devanl Douchan. Sa mission
reussit completement. II negocia merae une union entre
le jeune 6 Is titi roi el la soeur de Pempereur de Constanti-
nople ; mais ce manage n'eul pas lieu- Le A septembre
suivant, le Senal venilien rappela son ambassadeur, en
If |
remereiant le roi ties lemoignages de bun vouloir qu il
avail donnes a la republique (2).
Douchan imprima alors a sa politique, dans ses rapports
avec Conslanlinople, Pimpulsion qu'il avail recue de Ve-
nise. II essaya de se rendre mailre de Cantacuzene; n'y
etant point parvenu , il envoya une mission speciale a
reflet de lui notifier qu'il considerait desormais comme nul
et non avenu le traite de Prischtina; en meme temps, il
lui declara la guerre et se rangea officiellement du cdte de
rimperatrice Anne.
(1j Ljubic, Monumenta, I. c, pp. 174, 175.
(i)Ibid, p. 192.
285
On ne s'aventure pas en disanl que Pinter vent km de
Venise servait les interels de Douchan bien plus qu'elle ne
*
les contrariait. Debarrasse d'un traile genant, il ne perdait
rien a envoyer des protestations d 'ami tie a la cour de
Byzance, a laquelle ne le liait aucun engagement. Sa
rupture avec Cantacuzene lui donnait, en outre, une
liberie (failures qu'il n'avail point auparavant. On ne
tarda pas h s'en apercevoir a Constantinople. Douchan
repril le cours de ses conqueles, s'emparant aussi bien
des places qui tenaientpourfempereur que decellesdontle
regent s'etait rendu maitre. II ne preta aucunc aide effec-
tive a Jean Paleologue. il ne voulait point contribuer a la
victoire d'un parti sur I'autre. Pendant pres de trois ans, il
demeura spectateur indifferent, en apparence, des lutles
entre la cour, Cantacuzene et le chef turc Omour, que
le regent avail appele a son secours. II ne sortil de son
impassibilile que lorsqu'il jugea le moment favorable pour
arracher quelques nouveaux lambeaux a f empire dechire.
Toulefois, il ne parvinl point h se rendre maitre d'un coup
de loute la Macedoine. Verra, commandee par Manuel
Canlacuzene, resislait a sesarmes; Serez et quelques aulres
petites villes reslaient fideles a fempereur; la premiere place
de guerre, la seconde residence de I'Empire, Salonique,
obeissait a une fraction anarchique qui ne reconnaissait
plus aucune autorite exterieure. Ce qui explique ces resis-
tances, cest que dans cetle partie du pays les Grecs
etaient en majorile, tandis qu'ailleurs f element slave pre-
dominant avail facilite les eot re prises du souverain serbe.
Une circonstance fortuitc allait le mettre pour la pre-
miere fois en presence d'un nouvel ennemi. Les allies de
Cantacuzene, les Turcs d'Omour, h la suite de plusieurs
d^faites, abandonnerent lenr flotte et resolurenl de rega-
( 286
gner TAsie par voie de lerre, en travel sant la Thrace el
une parlie de la Macedoine. Douchan se decida a leur
barrer le passage. 11 envoya contre eux une petite armee
d'elite sous les ordres d'un de ses plus habiles voivodes,
le brave Priloupe. La renconlre eut lieu pres de Slefania.
Les troupes serbes se composaient presque exclusivement
de cavalerie, formee de raereenaires italiens et allemands;
lenombre des ennemis, tous fanlassins, ne depassait pas
3,000 hommes. Graignant d'etre ecrases en rase campagne,
les Turcs se relirerent rapidemenl dans les montagnes
boisees des environs, ou les Serbes ne pouvaient lessuivre.
Ceux-ci descendirent de cheval et conlinuerent a pied,
malgre le poids de leurs lourdes armures, a potirsuivre
les infideles. Lorsque les Turcs jugerenl les cavaliers
suffisamment epuises par la marche, ils selancerent sur
eux, en massacrerent un grand nombre el en emmenerenl
d'autres en caplivile. Cel echec fut sensible k Douchan;
mais il ne perdit point de temps pour le reparer. 1 1 envoya
dans diverges directions des colonnes volanles qui s'em-
parerent de nombreuses localiles depuis Verra jusqu'a
Christopoli. Les populations grecques et bulgares, hostiles
d'abord, se soumirent pen a peu afin d'avoir un protec-
leur contre les Turcs- La prise de Verra determina le roi
a faire une supreme tentative afin de s'emparer de Serez,
cetle grande ville si bien fortifiee, situee au centre de
Fempire, el donl la possession devait lui assurer detiniti-
Yemeni la conquele de la Macedoine. Comroe il ne pouvait
esperer la prendre d'assautjl recourut a Texpedient gene-
ralement employe i celte epoque el consislant a cerner
une place de tous cdles, puis a en devaster savammenl les
alentours. Le si6ge fut long; Douchan fut oblige & deux
reprises de le lever; les habitants se defendirent virile-
287
meat. Toutef'ois, Canlacuzene, dont ils avaienl implore
Assistance, ne put venir a leur secours. Un parti serbe se
forma dans la ville;il devint assez puissant pour imposer
la rendition de la forleresse, et Douchan, apres dix-huit
mois d'efforls, cntra en vainqueur dans la vieille cite, au
mois de seplembre 1345.
La chute de Serez decida du sort de la Macedoine. Celte
imporlanle province devint, comme i'Albanie, une partie
integrante du royaume deSerbie. Salonique seule, graced
son admirable position sur la mer et a ses forts redou-
tabies, continuail a resisted Les acquisitions de 1545 ter-
minent la seconde periode de Faclivite de Douchan- Dans
1'espace de quinze annees, k partir de son avenement, il
avail atteint des resultals tres rcmarquables. Tout le ter-
riloire de I'cmpire d'Orient depuis Christopoli jusqu'a
Dratcli et Kanina, sur l'Adriatique, au Nord, el jnsqu'a
Yanina et a la Thessalie seplentrionale, au Sud, recon-
naissait Taulorite du plus illustre des Nemanides.
V.
Douchan revintalors avec plus de force a Tideedecon-
querir Constantinople. L'attraclion fascinatrice qu'exer-
gail sur son esprit la superbe Byzance, sa civilisation
exterieure, gardienne des traditions d'un vieux monde et
de souvenirs glorieux, la vision eblouissante de la majeste
imperiale, son propre prestige grandissant, tout se reunis-
sail pour entrainer irresistiblement le roi de Serbie vers
les plus bautes deslinees. La situation generale de rem-
pire d'Orient, les dechirements inlerieurs, Fetat d'aban-
don ou se trouvaient les provinces, le manque de solidarity
dans les populations, consequence de la diversite des races,
( $88
r
semblaient favoriser les desseins d'un conqu6rant qui jus-
qu'alors avait ete non moins heureux qu'habile.
II se rendait compte, neanmoins, des obstacles qui se
dressaient encore devant lui el il essaya, avec one ener-
gique tenacite el non sans clairvoyance, de les surmon-
ter peii a peu. II voulut, une nouvelle fois, s'assurer du
concours de Venise, qu'il estimait son seul allie possible,
mais un allie d'une valeur incomparable. Une leltre qu'il
adressa de Serez an doge Andre Dandolo, le 15 octobre
1345, revele jusqu'a quel point il avait le sentiment de sa
puissance personnelle. II s'y intitule « roi deSerbie, de
Dioclee, de Zahoumie, de Zeta, d'Albanie, de la region
maritime, chef d'une parlie notable de Tempire de Bulga-
rie et maitre de presque tout I'empire romain*. Afin de
se rendre le Senat favorable, il renouvelle le traite de Cat-
taro et assure que les interets commerciaux de la repu-
blique seront sauvegardes dans toutes les parties de son
royaume. Faisant allusion a Insurrection de Zara, qui
causait de si grands embarras aux Venitiens, il lui offrede
nouveau son appui mililaire. II charge en meme temps son
chambellan, le corale Nicolas Boutcha,d'employer les argu-
ments les plus pressants aux fins de determiner Venise
ientrer dans ses vues et de rappeler qu'il met a la dispo-
sition de la republique un contingent de 500 hommes de
cavalerie equipesa la maniere allemande (1).
Bien qu'elle etil pour lors a faire face a plusieurs enne-
mis k la fois — le roi de Hongrie, la ligue croate, les villes
dalmates revoltees, — Venise, dans sa r^ponse datee du
22 novembre, declina cette fois encore les propositions de
Douchan. Elle se confondit en remercimenls pour les sen-
(!) Ljubic, Monumenta } I. c, p 278.
( 289
timents d'amitie du roi, accepta avee gratitude le renou-
vellement du traite Cattaro el aulorisa Pexportalion
d'armes du territoire venilien au gre des desirs du souve-
rain. Quant aux secours mililaires, elle ne les accepterait
que lorsqu'elle en aurait besoin. Ce declinatoire etail
libelle dans des termes d'une extreme cordialite (1).
Douchan se fit illusion stir cette reponse. II ne doutait
point que le moment ne ful proche ou la republique
acceplerail son concours. II continua de prendre toutes
les mesures qui devaient le conduire a Taccomplissement
de son reve. Vers la fin de 1545 (v. s.), il se fit proclamer,
a Serez, « empereur et autocrate de Serbie et de Romanie »
et envoya une nouvelle ambassade a Venise dans le butde
Ini notifier son intention de se faire couronner en cette
qualite « in imperio Const an tinopolitano », de lui propo-
ser une alliance a pro acquisitione imperii Constantino*
politani d et de lui temoigner son desir d'assumer le role
de mediateur entre la republique et Zara (2).
La reponse de Venise ful derechef negative; mais, eu
egard aux circonstances, elle n'avait rien qui put blesser
Jes susceplibilites du nouvel empereur. En le felicitant
amicalement de la glorieuse dignite qu'il avait acquise,
elle opposait a sa demancle d'alliance les traites solennels
qui la liaient au gouvernement de Constantinople et objec-
tait qu'elle ne pouvait accepter une mediation que Zara
n'aurait point proposee (3). Aussi bien, I'annee 1346 etait
critique pour la republique, qui ne pouvait songer a des
entreprises en Orient. Elle voulait, cPailleurs, maintenir de
(1) Ljubic, Monumenta, I c. p. 279.
(2) Ibid., p. 326.
(3) Ibid., /. c.
( 290 )
bons rapports avec Douchan, au profit de ses propres inte-
rets, sans nouer sa fortune a celle (Tun rival dont la puis-
sance croissante n'etail pas sans lui donner de L'ombrage.
Douchan n'avait pas altendu cetle reponse pour metlre
toules chases en harmonic avec la situation nouvelle. II
introduit a sa cour I'etiquelle de Byzance; il se rapproche
de raristocralie et du clerge grecs; il maintient les sei-
gneurs grecs des provinces nouvellement conquises dans
leurs droits et privileges, et place, com me langue officielle,
le grec sur la meme ligne que le serbe, lemoignant par la
qu'il elait desormais Tempereur aussi bien des Grecs que
des Serbes.
Ce n'elaient la d'ailleurs que d'accessoires preliminaires
destines a preparer les esprits au grand acte qui devait
legilimer les hautes pretentions du monarque et donner
aux entreprises de la force le caraclere de la legalile.
Douchan savail que ni ses conquetes, ni son nouveau
titre ne suffisaient ni pour lui donner Byzance, si meme
il £tait assure du concours des populations, ni pour s'y
maintenir, s'il parvenait & s'en emparer par les amies. II
lui fallait la sanction de la supreme auloriteecclesiastique,
c'est-a-dire du palriarche de Constantinople. Comme il
ne pouvait se flatter de se rendre ce prelat favorable,
il chercha & le remplacer par la participation du clerge
grec des provinces conquises k la ceremonie du sacre. II
visait done a deux choses : que le haul clerge grec, con-
jointement avec celui du mont Athos, usant de sa grande
influence dans tout I'Orient, reconnut publiquement au
primat de Serbie le rang d'un palriarche et le procla-
m&t ensuite, lui Douchan, « empereur des Serbes et des
Grecs ». Les demarches qu'il fit dans ce but, appuy£es de
nombreuses donations aux monast^res grecs et serbes, ne
demeurerenl pas sans r£sultal.
( 291
Le \6 avril 1346, fete de Paques, fut une journee
memorable dans I'histoire de Serbie. Uneassemblee illustre
i
etait reunie k Uskub, la belle residence de Douchan. Elle
se composail des plus hauls dignilaires civils et ecclesias-
liques du royaume, farcheveque Jean en tele,du palriarche
bulgare de Trnovo, du haul clerge grec des provinces
-
conquises, enfin de I'archiprelre el des moines du Mont
Athos. Elle avail pour lache de sanctionner la revolution
politique inauguree par Douchan, c'est-a-dire la creation
du nouvel empire, Elle s'occupa tout d'abord dVganiser
un palriarcal serbe, Tiiidependance spiriluelle complete
elant le corollaire nalurel,aux yeux de l'Orient,de Tentiere
independance temporelle. Question delicate, le primal de
Serbie etanl suffragant du patriarche de Constantinople et
celui-ci ne se prelant pas a un amoindrissement de son
autorile. II en resulta que Institution du patriarche de
Serbie se fit en dehors des regies canoniques; elle etait,
par consequent, enlachee d'un vice originel. Les eveques
grecs et le clerge du mont Alhos, reunis en synode, sup-
plement le repr&sentanl du chef supreme de I'lglise orien-
tale. Jean, archeveque d'lpek et favori de Douchan, fut
proclame premier palriarche serbe. II ne fut point reconnu
k Constantinople.
L'assembiec cPUskub proceda ensuite au couronnement
solennel de a Douchan avec la couronne imperiale ». Les
archipretres, abbes et moines de la Montague Sainte, ainsi
que les archierarques du trdne grec confirmerenl Taccep-
lation par le roi serbe de la dignite imperiale. La formule
de la proclamation est malheureusement perdue. Le nom
des Serbes a du y figurer en premiere ligne; jusqu'& la
conquete definitive de Byzance, le roi demeurait surlout
souverain serbe. Le fail du couronnement denongait pour
( 292
toujours raffranchissementde son peuple de la supremalie
byzantine. II caraclerisait les vastes conceptions de Dou-
chan sur Timportance de son role politique. II s'identifiait,
dit M. Florinsky, avec Constantin le Grand, en proclamant
la fondation du nouvel empire. C'est en cela que reside la
signification de la journee du 16 avril 1346.
La reine Hel6ne fut couronnee imperatrice, etc., et son
jeune fils Ourosch, alors kge de dix ans, « roi de tons les
pays serbes (1) », litre qui correspondait, dans la pensee de
Douchan, a celui de « roi des Romains » dans le Saint-
Empire d'Occidenl.
(i) Flomnsky, t. II, passim.
(A con tinner.)
( 293 )
CLASSE DES BEAUX-ARTS.
Seance du 7 aoiit 4884
M. Paulf, vice-direcleur, occupe le fauteuil.
M. Liagre, secretaire perpeluel.
Sont presents : MM. L Alvin, Jos. Geefs, C.-A. Fraikin,
£d. Fetis, le chevalier L. de Burbure, Ad. Siret, F.-A. Ge-
vaert,Jos. Schadde, Joseph Jaquet, J. Demannez,P.-J. Clays,
Ch. Verlal, G. De Groot, Gustave Biol, membres; le cheva-
lier X. van Elewyck, Al. Markelbach, Joseph Stallaert,
Ed. Marchal, H. Hymans et J.-B. Meunier, correspondants.
M. fid. Mailly, membre de la Classe des sciences, et
M. R, Chalon, membre de la Classe des lettres, assistent
a la seance.
M. Slingeneyer, direcleur, fait connahre que les tra-
vaux de la Chambre des Representanls Tempechent de
presider la seance.
CORRESPONDANCE.
M. le secretaire perpeluel donne lecture d'une lettre
par laquelle M me Elisa Pincharl annonce la mort de
son mari, M. Alexandre Pincharl, chef de section aux
Archives du royaume et membre titulaire de la section des
( 29i )
sciences et des lettrcs de la Classe des beaux-arts, decede
a Saint-Josse-ten-Noode le 23 juillet dernier.
II fait savoir que M. Slingeneyer s'est fait I'organe des
sentiments de la Classe en pronon^ant le disco 11 rs aux
funerailles.
La Classe vote des remerciments a M. Slingeneyer pom
ce discours, qui sera imprime an Bulletin.
Une lellre de condoleanee sera adressee a M me Pin-
chart.
La Classe prend aussi notification de la mort de Tun des
associes de sa section de musique, M. Victor Masse, ne £
Lorient en 1822, decede a Paris au mois de juillet der-
nier.
M. le Ministre de FAgriculture, de Plndustrie el des
Travaux publics eerit qu'il se rallie k l'avis emis par la
Classe des beaux-arts sur les propositions qu'il avait sou-
mises k celle-ci, touchant I'examen lilteraire prealable a
faire subir aux concurrents pour les prix de Rome; il
maintiendra en consequence le reglement actuel.
M. le Ministre ajoute qu'il accepte avec plaisir la propo-
sition que veut bien lui faire la Classe d'elaborer un pro-
jet de programme pour le cas ou I'examen prealable, dans
certaines limites, semblerait k PAcademie de nature a
donner des resultats utiles.
La Classe confie a une Commission cornposee de
MM. Alvin, Balat, Demannez, Fetis, Fraikin et Robert lesoin
de s'occuper de tout ce qui se rapporte a cette question de
Texamen prealable.
Elle renvoie, dans ce but, k ladite Commission une com-
munication dont M. Verlat donne lecture et qui a rapport
( 295 )
aux capacites lilteraires ties concurrents pour les prix de
Rome.
Le meme Ministre transmet une copie du proces-
verbal du jury charge de juger le grand concours d'archi-
tecture de cette annee: M. Eugene Dieltiens, de Grobben-
donck, a ete proclame laureat; un second prix a ete
decerne a M. Ferdinand Truymans, d'Anvers.
La Classe regoit, a titre d'hommage, les ouvrages
suivants, au sujet desquels des remercimenls sont voles
aux auleurs :
*
1° Hucbalds ech/e und unechte Schriflen iiber Musik,
von Hans Mailer. Leipzig, 1884; cahier in-4°;
2° Les tribulations d'un artiste musicien a Paris
en 181%. Pietro Belloni, compositeur - professeur de
Naples, par Edouard-C.-J. Gregoir. Paris, 1884; in-8°;
3° Les tapisseries du chateau d'Aigremont, par D. Van
de Casteele. Liege, 1884; extr. in-8°.
Discours prononce aux funerailles de M. Alexandre
Pinchartj par M. Slingeneyer, direcleurde la Classe.
Messieurs,
t Dans le vaste ensemble des arts, deux categories
d'hommes contribuent au mouvement et au progres.
L'artiste proprement dit qui,faisant appel a son imagi-
nation, traduit les manifestations de Tame, tache de rendre
par les moyens que comporte son organisation intellee-
tuelle, les beautes de la nature et les grands fails hislo-
riques et sociaux, et 1'homme de lettres qui concourl par
ses ecrits, par ses reherches, £ edifier le dornaine du beau,
du vrai.
( 29<> }
A cello second u categorie apparlenait le confrere aime
elestimedont nous entourons la depouille mortelle.
II n'y a guere nombre d'annees que tout £lait encore
obscurite et confusion dans les ouvrages consacres aux arts
qui onl fleuri aux Pays-Bas, surlout pendant les XV e el
XVI 6 siecles.
Appele par ses fonctions d'archivisle a s'occuper con-
stamment du passe, Pincharl, doue d'heureuses aptitudes
el d'un gout prononce pour tout ce qui concerne I'hisloire
des arts, a utilise sa belle et longue carriere a exhumer de
1'oubli quantite de documents qui Font aide a etablir sous
son vrai jour avec tous ceux qui se sont occupes de ce
sujet, noire passe artistique.
Pincharl debula en 4847 par deux communications qu'il
presenta a la Classe des lellres, Sur des antiquites gallo-
romaines trouvees dans le Hainaut. L'Academie fit bon
accueil k cet essai; elle en vota ('impression dans ses
M 6 moires.
L'annee suivante, il fit parailre ses curieuses Recherches
sur Vhisloire des academies et des ecoles de dessin qu'il
avait communiquee en exlrait dans le Bulletin de la Revue
beige de Numismatique.
La Societe des arts, des sciences et des lellres du Hai-
naut avait propose comme sujet de concours pour 1847-
1848 la question suivante : Narrer les evenements qui,
depuis Henri I'Aveugle jusqu'a Philippe le Bon, out pre-
pare la fusion des comtes dc Namur et de Hainaut, en
discutant leur importance et V influence quits ont pu
exerccr sur la civilisation.
Pinchart remporla la palme.
Nous ne pouvons mieux faire I'eloge de ce travail qu'en
relracanl les paroles dites a son sujet par I'honorable
secretaire perpetuel de la Societe de Mods, notre regrelte
J>
( 297 )
Adolphe Mathieu: « Des trois qualites qui assurent le
d succes (Tun livre, les id£es, le savoir et le style, I'auteur
» en possede deux a un degre eminent.
» II fait preuve, dans I'execution de son travail, de toute
Instruction qui lui etait necessaire, en puisant aux
d raeilleures sources; en disposant des materiaux avec
ordre, methode et critique, il montre qu'il sait apprecier
p les faits. Quanl au style, il a le grand avanlage de ne
» jamais pecher par la recherche et I'affectation , et
j> d'offrir cetle simplicity, ce naturel dont on peut, a la
» rigueur, se contenter dans I'histoire qui ne peint pas,
j> mais qui discute. »
Tous les travaux de Pinchart sont modeles sur les qua-
lites precitees.
aborde
CI
pour 1857 : IJhistoire du conseil souverain du Hainan t.
Pinchart obtint la m6daille d'or.
Notre confrere avait insere de 1850 a 1858 dans la Revue
de la Numismattque beige, une s6rie d'articles sur nos
anciens graveurs de m^dailles, de sceaux et de monnaies;
en 1858 il en forma un premier volume. En redigeant ces
articles, il preparait sans s'en douter les materiaux neces-
saires a la solution de la question posee par la Classe des
beaux-arts pour 1868, demandant Yhisloire de la gravure
des medailles en Belgique depnis le XVI* Steele jusqu'a 4794.
II remporta de nouveau le prix.
Dix annees auparavant, en 1859, Pinchart avait obtenu
un prix k la Classe des beaux-arts pour une interessanle
Hisloire de la tapisserie de haiite-lice aux Pays-Bas.
Par ses rnemoires sur Pinfeodation du comte de Namur
au comte de Hainaut et sur Tancien conseil souverain du
3 me SERIE, TOME VIII. 20
( 298
Hainaut, il avail fait preuve dexcellentes qualites d'bislo-
rien.
En dehors de ces travaux, nous en passons encore bon
nombre parmi lesquels il y a lieu de ciler sa savante colla-
boration a la Revue de la numismatique , an Bulletin d'art
el d'arckeologie; ses notes el additions aux anriens pein-
tres flamands, de Crowe et Cavalcaselle; ses communica-
tions et notes pour le Bulletin de PAcademie, ainsi que ses
trois volumes des Archives des arts et des lettres, series
d'arlicles qu'il publiait dans le Messager des sciences de
Gaud depuis 1860 et dans lesquels Pinchart consignail
pour prendre dale le resultal de ses recherches.
Je m'arrele ici, Messieurs; celte longue enumeration,
bien qu'incomplete, des travaux de notre confrere justifie
pleinemenl les litres qa'il s'etait acquis pour fa i re partie
de l'Academie.
Pincharl elail chevalier de I'Ordre de Leopold depuis
1871 , il etait egalemenl chevalier de I'Ordre de I'Etoile
polaire de Suede et de Norwege, de Francois-Josepli
d'Aulriche, elc.
■
Messieurs, je tie vous ai parle jusqu'ici que de I'acade-
micien, de I'erudit, permettez-moi d'ajouter encore quel-
ques mots sur I'homme prive, sur ses qualites intimes et
sur les sentiments qu'il professait.
La vie de Pincharl se resume en trois mots: travail,
modestie el simplicity.
Toute son existence, si bien remplie, n'avait qu'un seul
bul: cest de cooperer, avec la belle cohorte d'ecrivains et
de litterateurs que noire pays possede, a edifier sur ses
reelles bases la plus belle page de notre histoire, celle que
nous complons en fail d'illustrations dans les arts el qui a
porle si haul, jusque dans les contrees les plus lointaines,
la renommee de la Belgique.
( 299 )
Pinchart etait proi'ondement croyant, il avail foj dans
celle puissance superieure qui nous regit etqui forme Tune
cles plus belles aspirations des sentiments de I'ame et du
coeur.
Adieu, Pinchart, adieu, on plulot au revoir, car si ton
ame est relournee au sein du Createur, ton souvenir se
conservera precieusemenl parmi ta famille, parmi tes con
freres, parmi tes amis, qui ne t'oublieront jamais. »
RAPPORTS
II est domic leciure de ('appreciation laite par MM. Pauli
Ralat et Schadde du S K rapport semestriel de M. Eugene
Geefs, la ureal du grand concours d'architecture de 1879.
Cede appreciation sera transmise a M. le Alinislre.
OUVRAGES l'HESENTES.
Folic (F.). — Douze tables pour le calcul des reductions
Stella ires. Bruxelles, 1883; in-4° (131 pages).
Plateau [Felix). — Recherehes experimenlales sur les mou-
vernents respiratoires des inseeles. Bruxelles, 188i ; in-4"
(320 pages, fig. et pi.).
Comment on devient specialistc. Moriaix, 1884: cxlr.
in-4° (8 pages).
Sehjs Longcliamp* (Ed in. de). — Revision des Diplax pale-
aretiques. Bruxelles, 1884; extr. in -8" (17 pages).
Spring (W.) et Frost (E.). — Elude sur les eaux de Ja
Meuse. Liege, 1 884; extr. in-8° (102 pages, pi.).
( 300 )
Van de Casteele (D.). — Les tapisserics du chateau d'Aigre-
mont. Namur, 1883; extr. in-8° (19 pages).
Philippson (Martin). — La contre-revolution rcligieuse au
XVI e siecle. Bruxelles, 1884; vol. in-8°.
Leboucq (H.). — Recherches sur la morphologie du carpe
chez les mamraiferes. Gand, 1884; extr. in-8° (68 p. et pi.).
De 1'augmentation numerique des os du carpe huraain.
Gand, 1884; extr. in-8° (23 pages, fig.).
Giron (A.). — Le droit public de la Belgique. Bruxelles,
1884; in-8°(536 pages).
Bouquie (Jules). — De la justice ct de la discipline dans les
armees a Rome et au moyen age. Bruxelles, Paris, 1884;
vol. in-8°.
Overloop (Eug. Van). — Sur une methode a suivre dans les
etudes prehistoriques. Bruxelles; 1884, vol. in-8°.
Gregoir (Ed.- J.). — Les tribulations d'un artistc-musicicn
a Paris, en 1812 : Piedro Belloni. Bruxelles, etc., 1884; in-8°
(30 pages).
Dollo (L.). — Cinquicme note sur les Dinosauricns dc
Bernissart. Bruxelles; 1884, extr. in-8- (20 pages, pi.).
Ministere de I'lnteriew. — Carte generale des mines (bas-
sin bouiller dc Charleroi), 1883. Bruxelles, 1885; in-plano.
Ministere de la Justice— Douzicmc rapport sur la situation
des asiles d'alienes du royaume (1877-81). Bruxelles, 1884;
vol. in-8° (2 exemplaires). '
iblie a Mom en faveur des ouvi
mineurs. — Rapport annuel, 1883. Mons, 1884; br. in-4
ALLEMAli.NE ET AuTRICIIE-llo.NGUIE.
Midler (Hans). — Hucbalds ecble mid unccbtc Scbriftcn
iiber Musik. Leipzig, 1884; in-4° (102 pages).
Naturhislorischer Verein 7 Bonn. — Verhandlungen, 4!).
Jabrgang, Halftc 1 und 2. ln-8°.
301
Geogr. Gesellschaft. — Mittheilungen , Band XXV und
XXVI. Vienne, 1882-83; 2 vol in-8°.
Historischer Verein fur Steiermark. — Beilrage, 17. Jalir-
gang. Graz, 1880; in-8°.
Naturhistorisch.-medicin. Bureau.— Verhandlungcn, neuc
Folge, 5. Band , 3. H. Heidelberg, 1884; in-8°.
Wetter auische Gesellschaft fiir die gesammte Naturkunde
zu Hanau, — Katalog der Bibliothek. Hanau, 1883; in-8°.
Physikalischer Verein.— Jahresberieht, 1882-85. Franc-
fort s/M., 1884;in-8°.
Amerique.
Institute hislorico, geografico" e ethnografico do Brazil.
Revista trim en sal, t. XLVI, parte I e fl. Rio de Janeiro,
1883; in-8°.
American philosophical Society. — Proceedings, 1883;
n° 114. Philadelphia; in-8°.
Bureau de stalislique de la Repttblique Argentine.
Annuairc statistique de In province de Huenos-Avrcs (Corii),
L 2 mt annee 1882. Buenos-Avres, 1883; vol. gr. in-8*.
France.
Vial (Louis-Charles- Emile). — La chalcur ct le fro id.
Paris, 1884; in-8°(105 pages).
Catalan (E.). — Remarques sur la note de M. I bach.
Paris, 1884; extr. in-8° (7 pages).
Lagrange (Ch.). — Forme generale dn rcste dans Pcxprcs-
sion d'une fonrtion an moyen dantres fonctions. Paris, 1884;
eitr. in-4° (4 pages).
Bouton (Victor). — Wapenboeck on armorial de 1334 a
137!2, contcnant les norasetarmes des princes chretiens
( 302 )
precede de poesies hcraldiques par Gelre, heraut d'armes,
tomes I et III. Paris, 1881-83; 2 vol. in-4 u .
Rosny [Leon de). — Voeabulairc de P&ritiire bieratiquc
yueateque. Paris, 1883; in-i° (30 pages).
Societe d'histoire natnrelle, Toulouse. — Bulletin, 1883;
1884, janvier-mars. In 8°.
Academic des sciences, arts et belles-lettres, Caen. — Tables...
des . . Memoires depuis 1 754 jusqifcn 1883, par Armand
Gaste. Caen, 1 884; br. in-8°.
Academic des sciences... de Lyon. — Memoires, Classe des
sciences, vol. XXVI. In-8°.
Academie des sciences, Paris. — OEuvres de Laplace, t. VI,
In-4°.
Societe arcbeologique et historique du Limousin. — Bulle-
tin, t. XXXI, l' e et 2 e Jivraisons. Limoges, 1883; in-8°.
Societe d* agriculture ,~ ties sciences el arts de Douai. —
Souvenirs de la Flandre wallonne, 2 me serie, t. II et HI.
Douai; in-8\
Societe Simulation d' Abbeville. — Memoires, 3 C serie,
fol.HL 1884; in-8°.
Societe des sciences de Nancy. — Bulletin, 16 e annee, 1883.
In-8\
Societe nationale des anliquaires de France. — Memoires
et Bulletins, tomeXLIII. Paris, 1882; vol. in-8°.
Societe d* emulation de Cambrai. — Memoires, t. XXXIX.
In-8°.
(iRANDE-IifiETAGNE ET COLONIES BlUTANNIQUES.
The Canadian Institute, Toronto. — Proceedings, vol. II,
fasc. I. In- 8°.
A dela'ide Observatory. - Meteorological observations, 1 88 1 .
Adelaide; vol. in-i°.
( 303
Italib.
J.
Crudeli[C. Tommasi). — Che cosa si puo fare in tempo di
colera ? Arezzo, 1884; in-8° (31 pages),
Zoologische Station in Neapel. — Zoologischer Jahresbe-
richt fur 1882- Leipzig, 4884; vol. in-8°.
JR. Comilato geologico d' Italia, Roma, — Bollctlino, 488
In-8°.
Accademiadellescienze delV Islittito di Bologna. — Meraorie
serie IV, tomo IV. In-4°.
Accademia discienze, lettere edarli in Modena. — Memo-
rie, serie II, vol. II. In-4°.
Osservatorio delta regia Universitd de Torino. — Bol(c»ino,
anno XVIII. Turin, 1884; in-4*.
Pays-Bas et Indes Neerlandalses.
JVedertandsche Regeering. — Rcgenwaarnemingen in
Nederlandsch-Indie, 1885. Batavia, 1884; vol. in-8°.
Vloten (J. van). — Jacob Van Maerlanls Merlijn, naar het
eenig bekende Steinforter handscbrift. Leyde, 4882; pet. in-4°
(408 pages),
Roemers Visscher (Anna). — Gedichten, uitgegcvcn door
Nicolas Beets, deel I et II. Utrecht, 4881-82; 2 vol. pet. in-4°.
Verslac der handelin&en van de tweede kanier der Staten-
w «-* »*»««^Ji..
La
Hayc 4883; vol. in-folio.
( 504 )
Pays divers.
Institute geogra/ico y estadistico. — Mcmorias, totno IV.
Madrid, 1883; vol. in-8°.
Real Academia de Ciencias exaclas. — Discursos leidos en
a reception publica del Si*. D. Daniel de Corlazar; y del Sr.
de Botella y Homos. Madrid, 1884; 2 br. in-8°.
Mcmorias, t. X. Madrid , in-4°.
Ministere des domaines : Comite geologique, S'-Petersbourg.
Me moires, vol. I,n° 1. — Bulletin, 1883, 1-6.
JValurfbrscher Gesellsc/iaft, Dorpat. — Meteorologische
Beobacbtungen, Bd. Ill, Heft 2-5. — Sitzungsbericbte, VI.
Band, II. 5. — Archiv, 2. serie, Bd. IX, 5.
Universitede Kazan.— Bui. et Memoires, 1881-1882. In- 8°.
Societedes naturalisles de la Nouvelle-Russie. — Memoires,
tome VIII, 1 et 2. —Memoires (section des sc. mathematiques),
tomes IV et V. Odessa; in-8 rf .
iVaturforschende Gesellschaft in Basel. — Verhandlungen,
Theil VII, 2. Heft. Bale, 1884; in-8 .
DicBasler Mathemaliker Daniel Bernouilli unci Leonhnrd
Euler. Bale, 1884; in-8° (95 pages).
Inslitut national genevois. - Mem., t.V, 1880-1883. In-4°.
Societe vaudoisedes sciences naturelles. — BuIletin,vol. XX,
n° 90. Lausanne, 1884; in-8°.
Ada mathematical Zeitschrift von G. Mittag-Leffler, Band
l-III, IV, 1, 3. Stockholm, 1882-84; 5 vol. et 2 can. in-4°.
Observatoire meteorplogique de I' Universite d'Upsal.
Bulletin mensuel, vol. XV, 1883; in-4°.
Association geodesique inter nationale. — Comptes rendus
des seances de la 7 me conference, reunie a Rome en 188->.
Berlin, 1884; vol. in-4°.
Jnstitat egyptien. — Bulletin, 2 n,e seVic, n°4. Le Caire, 1884;
in-8°.
TABLE DES MATURES.
■
*
rxAssE des sciences. — Stance du 2 aoiV 1884.
orhespondance. — Exposition de Philadelphia (outrages beiges rapportam
u lelectricite). — La Sociele des sciences du Ifni itaiit et PAcademie de MeU
adressent lours programmes de concours. — Travail manascrit soumis
a Pexamen . — Hommage d'ouvrages 151
Motion d'ordre. — Prise de date par M. Melsens au sujet de son memoire
manuscrit sur la balistique experimental 15G
Concours annuels. — Memoire regu 157
Rapports. — Lecture du rapport de MM. De Tilly et I olio sur tin memoire
de M. Catalan concernant quelques theoremes d'arithmetique . . . . ib.
Avis exprime par M. Maus sur une note de M. Martin concernant les helices
des bateaux a vapeur &•
Rapport de M. Folie sur un travail de M. Le Paige concernant la generation
de certaines surfaces par des faisceaux quadrilineaires 158
Rapports de MM. Van der Mensbrugghe et Melsens sur tin travail de
M. Ronkar concernant la conductibilite des corps gazeux pour la chaleur. 188
Rapport de MM. Spring, Stas et Van der Mensbrugghe sur un travail de
M. De Heen concernant le coefficient de diffusion des sels en solution. 161, 164
Rapport de MM. Morren, Stas et Gilkinet sur un travail de M. Jorissen con-
cernant la production de Paeide cyanhydrique dans le regne vegetal . . 164
Rapports de MM. Mansion et De Tilly sur un memoire de M. Lagrange con-^
cernant la demonstration elementaire de la loi supreme de Wronski . 165, 172
Rapports de MM. Folie, De Tilly et Mansion sur un memoire de M. le doc-_
teur Ubaghs intitule: P'ormulede la nutation annuelle 173* 170
Rapports de MM Spring, Stas et Cornet sur un travail de M. Bias concer-
nant un phosphate riche des environs d'Havre . 178, I i0
(Communications et lectures. — Deux experiences Ires instructives de
capWarite ; par ML 8* Van der Mensbrugghe '79
Sur la theorie des fonctions elliptiques; par M. P. Mansion '^0
Sur le resle de la formuie de Taylor et sur le binome: par M . P. Mansion . 18.»
Analyse (Tun nouveau phosphate riche des environs <i ' llarre , pres Mons:
parM. C. Bias . .*., 18 *>
Sur (a conductibiliU des corps gazeux pour la chaleur ; par M. C. Ron-
kar 201
delations theoriques entre le coefficient de dilatation, la chaleur mole-
culaire dc vaporisation et les chaleurs spe'cifiqucs des corps prte fl
Vetat liquid*' et d Vetal de vapeur: par M P. De lleen . . . . , • - ,0
Determination, a Vaide (Fun appareit nouveau, du coefficient de diffusion
des sels en solution et des variations que ce.ffe quantiU eprouve aver
la temperature; par M. P. De lleen , .*
Sur la generation de certaines surfaces par des faisceaux quadrili-
neaires; par M. C. Le Paige •
Hecherches sur la production de Vacide cyanhydrique dans le regne vege-
tat ; par If* A. Jorissen -- >l '
classe des IjEttres. — Seance da '* aoxit 1884.
• orrespondancf. — Aniionce de la inort de C. R. Lepsius. — Hommage
d'ouvrages. — Travaux manuserits soumis a Pexamen - ;> ^
Rihi.i(m;raphie. — La confre-rerofufion refigieusr au VI7« itetle (Martin
Pki(ipsson) : note par M. Pot vin 261
Le droit public de la Belgique{A. Giron); note par M. Faider. . . . 26i
l omhumcati<»> et lectures. — L'empereur Eticitne Douchan de Serbie
et la Peninsule balkanique an XI v c Steele ; \&r M. fim.de Borehgrave - 264
CUtSSfi des beaux- arts. — Seance du 7 aout ISHi.
Corhesponbance. — Aniionce de la mortde MM. A Pinchartet V. Masai.
Commission chargee de s'oecoper de la question de fexamen litterain j
des concurrents pour les grands concours (Prix de Rome). — Laureats
du grand concours (f architecture de 1884. — Hommage d'ouvrages . . VH
Di&cours prononcti aux funerailtes de M Aler. Pinchart, par M.SIinge-
neyer • 29;>
Outrages pr^sent^s 299
AGAJDEJIIE ROY/% LE DE BELGIQ8JE.
BULLETIN
DE
p
L'ACADEMIE KOYALE DES SCIENCES,
DES
JLETTRES KT DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
58* ouuee 8* 6etie . toiue 8
OS
10.
iiRUXELLES,
F HAYEZ, IMPR1MEUK DE L ACADKMIK ROYALE.
Rue de Lou vain, 108.
1884
BULLETIN
DE
L'ACADEMIE HO YALE DES SCIENCES,
7
DES
LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
1884- — IN- 9-10.
CLAUSE DES SCIENCES,
Seance du U octobre 1884.
ML Dupont, direcleur, president de PAcademie.
M. Liaghe, secretaire perpetuel.
Sont presents : MM. td. Morren, vice-direcleur ; J.-S.
Stas, L.-G. de Koninck; P.-J. Van Beneden, le baron
Edm. de Selys Longchamps, Gluge, Melsens, G. Dewalque,
H. Maus, E. Candeze, Ch. Montigny, Brialmont, Ed. Van
Beneden, C. Malaise, F. Folie, Fr. Crepin, fid*. Mailly,
J. De Tilly, Ch. Van Bambeke, G. Van der Mensbrugghe,
mewbres; E. Catalan, associe; M. Mourlon, P. Mansion et
A. Renard, correspond ants.
5 rae SGRIE, TOME fill. 21
( 306 )
CORRESPONDANCE.
M. le Ministre de I'Agricullure, de PIndustrie et des
Travaux publics communique, afin d'avis, une lettre par
laquelle M. Carnoy, professeur de biologie a FUniversite*
de Louvain, demande a etre envoye au laboratoire de
zoologie du D r Dohrn a Naples, a 1'effet de poursuivre ses
etudes sur la cellule. — Renvoi a MM. Van Beneden, pere
et fils, Plateau el Morren.
Le meme Ministre envoie, pour la Bibliotheque de
I'Academie :
1° Le 3 e volume des Travaux et Memoires du Bureau
international des poids et mesures. Paris, vol. in-4°;
2° Cinq exemplaires des Rapports des membres dujunj
et des delegues beiges a VExposilion Internationale d'elec-
tricite de Paris en 4884; in-8°;
3° Les Rapports des commissions medicates provin-
ciates pendant Connie 4882; in-8°;
4° Les Lepidopteres de r Europe , leurs chenilles et
leurs chrysalides, liv. 132-145, par Alph. Dubois. In-8°;
5° Les 265 e et 266* livraisonsde la Flora BatavaM-A 9 .
Remerciments.
L'Academie royale des sciences de Flnstitut de
Bologne fait savoir qu'elle celebrera, le 7 novembre pro-
chain, le quarantieme anniversaire de I'election de M. le
professeur L. Calori comme membre pensionnaire. Les
felicitations de I'Academie seronl adress^es a ce sujet.
L'Inslilul des sciences, leltres et arts de Venise
, 307 m
envoie le programme des prix de concours qu'il a proposes
pour les annees 1885 et 1886.
La Classe accepte le depdt, dans les archives, d'un
billet cachete de M Ch. Lagrange, astronome a I'Obser-
vatoire royal de Bruxelles.
La Societe beige d'electriciens adresse ses deux pre-
miers Bulletins et dernande Pechange contre les publica-
tions de l'Academie. Meme demande de la part de PAlhenee
scientifique, litleraire et artistique de Madrid, et de Pficole
sup6rieure d'agriculture de Portici, — Renvoi a la commis-
sion administrative.
[/Association internationale du Congo fait hommage
(Congo infi
2st d'Afriq\
r<
Berlin, 1884, vol. in-4°. — Remerciments.
Le Bureau international des poids et mesures envoie le
tome 3 de ses Travaux et Memo ires. — Remerciments.
M. Niesten fait hommage h la Classe, au nom de
MM. Prins et Damanet, d'une serie de photographies
relatives a Teclipse de Lune du 4-5 octobre de celte
annee. — Remerciments.
La Classe recoil encore, h litre d'hommage, les ouvrages
suivants, au sujet desquels elle vote des remerciments aux
auteurs :
1° Memoir es sur quelqnes decompositions en carres,
par E. Catalan. Rome; extr. in-4°;
2° Les marees, etude de cosmographie terreslre, par
J. Liagre. Extr. in-8°;
3° Correspond ance botanique, par Ed. Morren, 10 e ed.
ln-8°;
308 )
4° Notice sur la composition mineralogique de VArkose
de Haybes, par A. Renard. Extr. in-8°;
5° La panique du cholera, par le D r Gluge. Exlr. in-8°;
6° Passage de Venus du 6 decembre 188% ; 2 de partie :
Documents el observations. Ex trait des Annates de VObser-
vatoire royal de Brnxelles. ln-4°;
7
frag
tiques recueillis dans la Flandre , etc., b) Decouverte de
gisements de phosphate de chaux appar tenant a Vetage
ypresien, etc., par E. Delvaux. 2 br. in-8°;
8° a) Invention nouvelle en algebre, par Albert Girard.
b) Stelkonstige reeckening van de Regenboog <i and » Reec-
kening van kanssen, par Benedietus Spinoza, c) « Van de
Spiegeling der Singkonst d el *Van deMolens i>, par Simon
Stevin. 3 vol- pet. in-4°; reimpression par le docteur
Bierens de Haan, de Leyde, qui en offre un exemplaire;
9° Report on the scientific results of the voyage of
H. M. S. Challenger ; Zoology, vol. IX, text and plates.
2 vol. in-4° offerts par M. John Murray;
10° Notice sur Veau minerale de Spa, Pouhon du prince
de Conde, par le D r X... In-8° ;
11° Cinq extraits du Bulletin de FAcademie sur des
sujets d'astronomie el de meteorologie, par F. Terby ;
12° Le Musee anatomique de UUniversile de Gand, par
H. Leboucq. In-8°;
13° In tor no ad una lettera di Carlo Federico Gauss al
dr. Enrico Guglielmo Mattia Olbers, memoria di B. Bon-
compagni. Rome, 1884; ext. in-4° presente par M. Catalan,
avec une note bibliographique qui figure ci-apr&s;
14° De faction des hautes pressions sur... la putrefac-
tion el sur la vitalite des micro -org anismes, par A. Cerles;
extr. in-4° presente par M. P.-J. Van Beneden, avec une
note bibliographique qui figure ci-apres;
309
15° Zur bevors tehe nrlen Mondesfinstemiss, par Victor
Dworzak. Feuille in-folio avec figure.
Les travaux manuscrils suivanls sonl renvoy^s a
Fexamen de commissaires :
1° Les proprietes reductrices des graines et la forma-
tion de la diastase, par A. Jorissen. — Commissaires :
MM. Morren, Slas et Gilkinet;
2° L'homme tertiaire, notice geologique et paleonlolo-
gique, par F. Daury, cure de Meux. — Commissaires :
MM. Malaise, Cornet et Mourlon;
5° Stir Vagrandissement des constellations da soleil et
de la lune a U horizon, par Paul Stroobant. — Commis-
saires : MM. Van der Mensbrugghe, Montigny et Liagre;
4° Trois lettres sur la direction des aerostats, par
MM. Gerard, de Liege, Leon Jacquet, d'Houflalize, et A.Van
Weddmgen, de Hasselt. — Commissaires : MM. Maus et
Montigny ;
5° Recherches experimental et analytiques sur les
lois de I'ecoulernent et du choc des gaz en fonction de la
temperature, par G.-A. Hirn.— Commissaires : MM.Folie,
Van der Mensbrugghe et Melsens.
BIBLIOGRAPHIE.
En presentanl le travail M. de Boncompagni, M. E. Ca-
talan a iu la Note suivante .
c J'ai Thonneur d'offrir a TAcademie, de la part du
Prince Balthasar Boncompagni , un M^moire intitule : /n-
torno ad una letteradi Carlo Federico Gauss. Ce Memoire,
( 310 }
compose de 95 pages in-quarto, est extrait des Alii de
I'Academie pontificate des JSuovi Lincei. Voici a quelle
occasion il a ete compose.
La Societe des sciences, de Goltingen, possede une lettre
autographe de Gauss, datee du 3 septembre 1805, et
adressee a I'Aslronome Olbers. Comme elle est fort im-
portant pour I'histoire de la science, le savant Redacteur
du Bullet tino en a fait executer, a Berlin, une photo-litho-
graphie, publiee l'annee derniere.
Le Memoire actuel est un commentaire de ce document.
Dans sa lettre, Gauss traite, successivement, des ma-
tieres suivantes :
4° Lettre de Leblanc (Sophie Germain) a Gauss;
2° Remarques sur Particle 356 des Disquisitiones, rela-
tif aux formules
^ kRp v kNp
> cos > cos — - = dt |/n,
** n ~* n
> sin > sin = 0,etc.;
3° Mention de Vahr, petit village pres de Breme, ou
Gauss semble avoir hahitc;
4° Developpement de la fonction
L 2aa cos s -+- «' 2 ?]~ 2 ,
ordonne suivant les cosinus des multiples de <p. Gauss
compare ce developpement a ceux qui ont ete employes
par Legendre et Laplace;
5° Dlcouverle des Planetes Ceres et Pallas- Calcul de
leurs orbiies, effectue par Gauss, et critique par Lalande;
6° Madame Gauss.
Comment une lettre, de moins de qualre pages, a-t-elle
( 511
et£ 1'occasion d'un commentaire qui en contient pres de
cent ? La chose est bien simple.
Le Prince Boncompagni, si connu par ses travaux
historiques et bibliographiques, a la passion de l'exac-
litude. Si le nom d'un homme celebre lombe sous sa
plume, il citera, parfois, tons les ouvrages ou il est question
de celui-ci; et il reproduit le litre exact el complet de
chacun d'eux. Dans le Memoire acluel, telle page ne con-
tient qu'une ligne de texte : le reste se compose de renvois,
de dissertations sur l'orthographe d'un nom propre, etc.
En resume, je pense que le savant et liberal Redacteur
du Bullettino vient de rendre un nouveau service a la lilte-
rature scientifique, et que son Memoire sera hi, avec un
vif inleret, par les Geometres et par les Bibliophiles. i>
M. P.-J. Van Beneden, en presenlant le travail de
M. Certes, menlionne ci-dessous, a lu la note suivante :
« J'ai 1'honneur d'offrir a la Classe une nouvelle notice
de M. Certes Sur Faction des hautes pressions sur la
vitalite des micro-organismes.
Un resultat important des recherches conduites dans
cetle direction par l'habile eleve de Pasteur, c'est la des-
truction complete de la matiere organique par des microbes
qui vivent et se developpent sous de hautes pressions.
Du sang charge de Bacteridie charbonneuse, soumis a
une pression de 600 atmospheres pendant 24 heures, a
conserve toute sa virulence. x>
( 312
CONCOURS EXTRAORDINAIRE POUR 1884.
M. le secretaire perpetuel fait savoir qu'aueun memoire
ne 1 11 i est parvenu en reponse a la question proposee par
tin des membres concernant le repeuplement des rivieres
de la Belgique.
Le delai pour la remise des travaux expirait le l er oc-
tobre et un prix de 3,000 francs devait etre accorde a
Pauteur du memoire couronne.
La Classe s'oceupera, dans sa seance de Janvier pro-
chain, de la remise de ce sujet an concours.
RAPPORTS.
Sur Pavis de M. Liagre, les deux notes suivantes de
M. L. Niesten paraitront au Bulletin :
a) Note sur les observations des etoiles filantes perio-
diques faites a VObservatoire royal de Bruxelles du 9 au
ii aout 488b; b) Sur I' eclipse lotale de lune du 4-5 oc-
tobre 4884.
Etude sur la penetration des projectiles dans les milieux
resistants; par M. Henrard, membre de PAcademie.
Rapport tit- ft. no Tilly.
« Le travail soumis a I'examen de la Classe des sciences
parM. le colonel Henrard, membre de I'Academie (Classe
des lettres), nous fait connaitre le detail d'experiences
assez nombreuses et executes avec le plus grand soin,
313 )
pour la determination des phenomenes qui se produisent
lors du choc d'un projectile conlre un obstacle plus ou
rnoins resistant, puis pendant la penetration du projectile
dans l'obstacle.
Ce sujet interessant a dej& fait l'objet, de la part de
notre honorable et savant confrere M. Melsens,de plusieurs
communications academiques (1), lesquelles sont resu-
mees dans les premieres pages du Memoire de M. Henrard.
Entre ces communications et le travail actuel, il y a, natu-
rellement, de nombreux points de contact, mais les con-
clusions des deux experimentateurs sont absolument
opposees. De courles citations en feront juger (2) :
Opinion de M. Melsens. — On ne s'est pas assez pre-
occupe du role important de Fair dans les actions de
penetration des projectiles dans les milieux resistants et
pendant leur passage a travers des lames solides plusou
moins epaisses. Je suis porte a admetlre que Fair, qui pre-
cede la balle, commence Taction, et peut-etre prouvera-t-on
que dans le tir contre un carreau, par exemple, celui-ci
est troue, dans certains cas, avant d'etre reellement alleint
par le projectile. Une balle de bronze ou de cuivre rouge,
animee d'une viiesse de 400 metres, frappe une plaque
de fer; rempreinte dans le fer est cuivr£e ou bronzee,
excepte au centre; la balle, deformee fortement, porte,
an centre de la partie deformee, une petite zone spherique
qui tranche sur le reste, et il ne parait pas y avoir eu con-
tact entre le fer et le bronze. Les balles de plomb frappant
du plomb ne se soudent jamais au point dlmpact, ou dans
(1) Voir, a ce sujet, une Motion d'ordre instoee au Bulletin du mois
iTaout 1884 (3* serie, t. VIII, p. 15C).
(2) Citations libres.
( 314
I
une zone plus ou moins considerable, concenlrique a ce
point.
Tous ces fails ne s'expliquent qu'en admettanl qu'une
eertaine quantite d'air, plus ou moins comprime, se trouve
en avant du projectile. S'il est incontestable quele projec-
tile enlraine de Pair, qu'une partie de eel air se trouve en
avant du projectile, on voit de suite que, dans les blessures
par les armes a feu, les effets sont produits par deux pro-
jectiles frappant simultanement : le projectile solide, qui
se deforme sans changer sensiblement de volume, et le
projectile gazeux, qui, comprime en avant du solide, tend
a reprendre son volume primitif correspondant a la pres-
sion atmospherique.
Opinion de M. Henrard. — Dans aucun cas, nous n'ob-
servons que le centre on les bords de la balle soient deta-
ches, ni que Pair preeedant la balle soit renferme en Ire
elle et Pobstacle (metallique). Au point d'impacl, un ele-
ment de la balle est brusquemenl immobilise. II entre
parfaitement en contact avec la surface de Pobstacle, puis-
qu'il ternit la couleur dont cette surface a ele enduite,
mais il ne glisse pasdessus el ne peut, par consequent, la
lui enlever. Aussitot immobilise, cet element devient la
base d'un cone sur lequel, en verlu de la vilesse acquise
et du peu de lenacite du plomb, glissent les a litres ele-
ments de la balle. Ceux-ci, en rencontranl obliquement la
surface du bloc, lui enlevent son enduit tout atitour du
point d'impact. Explication analogue pour la question de
la soudure, celle-ci n'ayanl lieu que \k oil le plomb est mis
k nu et depourvu d'oxyde.
L'ecartement lateral des molecules du corps choque
(quand celui-ci est plastique) s'explique suffisamment par
Pobliquite des surfaces choquantes. L'inegalit6 de capacity
(518)
des excavations produites par la balleen plomb et la balle
en acier ne peut s'expliquer dans I'hypolhese de leur for-
mation par la detente de Pair comprime qui les precede, les
deux balles ayant du necessairement en entrainer la meme
quantite. Dans celte meme hypothese, la forme en colonne
torse de I'excavation produite par la balle en acier serail
encore plus inexplicable.
Nous ne nions certainement pas quel'air n'accompagne
le projectile dans son mouvement et il se peut qu'une
partie penetre dans I'argile avec la balle, mais sa presence
n'est nullement necessaire pour expliquer les dilacerations
constatees, et Ton peut affirmer qu'il est etranger aux
causes de I'excavation.
Si j'etais oblige de choisir enlre ces deux opinions, je
declare que je m'arreterais a la seconde. Mais je me hate
d'ajouter que je suis fort peu competent dans la matiere,
et je regrelte que les fonclions de premier commissaire
n'aient pas ete remplies par notre savant confrere 3VL Mel-
sens. II aurait pu nous dire quelles sont, parmi les expe-
riences relatees dans le Memoire soumis a notre examen,
celles dont il jugerait la publication inutile on inopportune;
celles dont il contesterait les resultats; celles, enfin, dont
il ne contesterait que Implication.
Priv6 de ses lumieres, je me suis pose simplement la
question de savoir si le Memoire du colonel Henrard m6rile,
ou non, d'etre imprime dans les publications de I'Acade-
mie, et j'ai resolu cette question affirmativement, en ce
qui me concerne. *
( 316 )
Rappori de IfM. Mirialtnont.
<r M. le colonel HenrartJ indique et discule, dans son
memoire, une serie d'experiences qui prouvent, selon lui v
que la theorie de notre savanl confrere M. Melsens sur les
effels de Pair dans le chocdes projectiles est inadmissible.
Je reconnais que cette theorie ne saurait expliquer
d'une maniere satisfaisanle certains fails rapportes par
1'auteur du memoire, mais, d'un autre cote, M. Melsens,
dans ses nombreuses et remarquables experiences, a con-
state des efFets qui ne laissent aucun doute sur Faction
mecamque exereee par I'air qui precede les projectiles.
Le colonel Henrard, en tirant avec une balle peinte en
bleu contre une plaque de fonte, couverte d'un enduit de
couleur rouge, a reconnu qu'il reste au point d'impacl,
centre de 1'empreinte, un cercle, de 3 a 4 millimetres de
diametre, dont la couleur n'est pas enlevee. Elle n'est,
dit-il, que « legerement ternie ».De ce fait 1'auteur conclut
que la balle a i'rappe le cercle et qu'il n'y a pas eu d'effet
provenant du choc de I'air.
Cette conclusion me parait forcee, car I'air qui precede
la balle peut tres bien avoir produit la « legere » alteration
de couleur constatee apres le tir. II est a remarquer, du
reste, que sur la parlie pretendumenl frappee par la balle
Ton ne trouve aucune trace de la couleur bleue qui avail
et^appliquee sur cette balle.
En consequence, je suis d'avis que le travail, presente
a l'Academie par le colonel Henrard, n'eSt pas assez
concluant pour faire rejeter la theorie de M. Melsens,
mais qu'il merile neanmoins de figurer dans nos Bulletins
parce qu'il signale des faits nouveaux dont la discussion
317
nous fixera peut-etre sur le veritable role de Pair dans
Paction des projectiles contre les milieux resistants. »
La Classe a adopte les conclusions de ces deux rapports,
auxquelles s'est rallie M. Liagre, troisieme commissaire.
Developpement des fonctions d\tn nombre quelconque de
variables independanles a I 9 aide d'autres fonctions de
ces memes variables; par C. Lagrange, astronome a
J'Observaloire royal de JBruxelles.
Happot'i de .ft. Mansion .
« Le Memoire de M. C. Lagrange dont nous allons ren-
dre compte a la Classe est la suite naturelle de celui dont
elle a vole I'impression dans la seance du mois d'aoiit
dernier. II contient la demonstration de la Loi supreme
elendue aux fonctions de plusieurs variables et une appli-
cation de la formule trouvee k la differentiation des fonc-
lions composees.
L'idee fondamentale qui a servi a M. Lagrange pour
etendre au cas de plusieurs variables le procede de deter-
mination du reste de la Loi supreme expose dans son pre-
cedent travail est, au fond, la m6me que celle de
Cauchy, dans la demonstration du theoreme de Taylor,
quand la fonction a developper contient plus d'une varia-
ble. Quant a la determination des coefficients, elle se fait
par une methode qui lui est propre et qui est l'ex tension
de la methode employee dans son premier memoire.
La mise en ceuvre de ce procede d'ex tension des theo-
«remes relatifs au developpement des fonctions d'une varia-
( 518
ble au cas de plusieurs variables, est loin d'etre facile,
dans Ja question consider^ par M. Lagrange, Stir toot
lorsqu'on I'aborde directement, com me il le fait, dans
Fhypofhese d'un nombre quelconque de variables.
Pour donner a la Classe une idee de son travail, nous
allons, pour simplifier, considerer uniquement des fonc-
tions de deux variables, et nous supposerons verifiees
loutes les conditions de continuity necessaires pour Fexis-
tence des theoremes invoques.
Soil
Fix, ij, a f 6, c, #, hj, z)
une fonction de x, y contenant six parametres a, 6, c, g f
/*, /, et une fonction auxiliaire z de x, ?/, definie par la
relation
F(a;,y, a, ..,/, z) = (*)
Les six coefficients a, b, c, d 7 g, h,j sont determines par
les relations
F (*o» ?/ > «>•••>/, z ) = o r
F* {*o . yo, o, ... ,j, z v ) = Q, F; (x 0) y , a j f z (> ) — , (2)
K' t (X ,y<»-,Zo)=0, F^(Xo,t/«-.M^o)=0» F^(X ,t/ ,...,Z )= >
z etant la valeur de z, supposee connue grace a la forme
particuliere de cette fonciion; par exemple, z = 0.
Posons x=X{t),y = Y(/), X(/), Y(i) etant des fonctions
d'une variable auxiliaire t egales respeclivement a a? , $fo
pour t = 0. La fonction F(ac, y, ..., s)sera une fonction G(f)
<Je t, telle, d'apres les equations (\) (2), que
G(*)=0; G(0)=(), G'(0), G"(0) = 0.
Par suite, d'apres un theoreme connu,
G'(fl*) ■*■ 0, G"(M) =0, < e, < e < 1 (5)
319 )
et ces relations pourront servir, dans certains cas, au lieu
de I'equation (]), a determiner z.
En parliculier, soil
f fa y)
F(x, y, o, b, c, g, h. j, z)
[a ? {x, y) -4- U (x, y) + c%{x, y)
g«(x>y)
h ? (x,y)
+jelx,y)
P*(x,y),
(x, y) etant une fonction telle que (x
z
*o)
2
Vof <\™
pour x
%y
y s'annule ainsi que ses deux premieres
derivees, P un coefficient dependant des valeurs extremes
Les equations qui donnent a, 6, c, y, A,yseront
f (x » y<>) = a ? (x , t/ ) ■♦■ 6*(x , y ) -*- cx{*o> Vo) ■+• 9 T (x<>, yo)
/"x(x ,yo) = a ? ;(x ,t/ )
/'» (x , !/o) = Ofi (x w y )
rxx
(xo, y<>)
/xx(Xfl, !/o) = «
/*y(x , t/ ) = a y ;;(x 0) t/o)
2/o),
i»i (x , t/o),
J*«(x
• f r
)C„(X
o> 2/o)>
J ff *<,(x , y ),
*<j
Elles sont lineaires, ainsi que chacune des trois sui-
vantes qui peuvent servir a determiner P,
Ax, 9 )
«?(x, y)
j<Kx, y)
Pr(x, y),
J*D,(x„ y.) -4- PD,r(x„ y,),
D /(x„ y t ) = «D J? (x„ y.)
D V(*i, y») = flD* ? (x 4 . y s ) -f- ... -*-jD*(x 2 , y,) + PD?r(x 2 , Jhl.
Les quantites x„ x 2 , i/„ y 2 sont les valeurs de x, y qui
correspondent a 6/, 0,f.
¥
- „„„ T , ,., 7r sont donnees et si Ton choisit
convenablement les fonclions arbitrages p eta; que, de
plus, Ton suppose <p(x, y) = 1, on pent faire en sorte que
les coefficients a, b, c, d ne dependent que des valeurs
( 320 )
initiates des fonctions donnees f, <p, %, it, par les equations
f (x , y Q ) = a -+- bb (x , y ) -f- c% (x , y ) -t- gn (x , y ),
f'x (x , y ) = bp' x (x , y u ) -¥■ ex, {x , y ) ■*■ 9*x (** !fo)»
f'y («0, !/«») — h'y (#0, y ) -+- C%y {X , y ) -*- 9>r'y (*0> Sfo),
/xx (a?0i Vu) = bf'rx {X , IJo) *- cK'z {X , Vo) "+- Q*L («0, */<>)•
Dans cette hypolhese, les calculs precedents conduisent
a la loi supreme sous la forme
A** y) = a -*- 6 *( x > m) ■*- c %( x » y) •*- s^fo y) -*- R >
R = A p (x, y) -4- ^(x, t/) -*- Pt(x, y)
et la question que s'est proposee M. Lagrange est comple-
lement resolue. . • ■
II en deduit I'expression de la derlvee d'ordre queleon-
que, par rapport a une ou plusieurs variables indepen-
dantes, d'une fbnclion composee d'une certaine forme.
Soil, pour fixer les idees F[»(x). a(y)] une fonction de deux
fonctions «(x), u(y), Tune de x, l'autre de y. Par le theo-
reme de Taylor, on peut ecrire
F[w(x). u(y)] = a -+- 6(o? — x ) +- c{y — y ) -t- g {x — Xo) 1
et i'on a
h(x — x ) {y — y ) ■+■ jiy — y«f -+■ R >
(/a da 1 <ra
a = F H *,),„ W]> 6=-, .-_ .-^Sj—
Posons
«(x)-X, x=n(X), «fo}— T, y==jfl'Y},
«(x ) = X , x„ = fi(X ), o(y ) = Y , y = fl(Y u ),
La fonclion
F[«(x), «(*)] - F(X ; Y)
pourra elre developp^e, au moyen de la loi supreme
321
comme il suit :
F(X f Y) = A + B[a(X) - a(X )] + C[n(Y) — o(Y )] + etc.
et Ton saura determiner les coefficients A, B, C, ... par le
procede indique plus haut.
M. Lagrange conclut, de la comparaison des deux deve-
loppements, que Ton a
a = A, 6 = B, c = C,etc.
et ces egalites donnent precisement les formules cher-
chees pour la derivation des fonctions composees. II nous
semble que cette conclusion n'est pas suffisarament eta-
blie , parce qu'il faudrait faire intervenir la consideration
des restes des developpements. Cependant les formules
nouvelles sont exactes, croyons-nous, comme le prouve la
remarque suivante :
Les deux developpements compares se terminent si la
fonction est entiere et la demonstration est irreprochable
dans ce cas. Or, evidemment la forme de 1'expression d'une
derivee quelconque d'une fonclion composee ne depend
pas de la forme de cette fonction ni de celle des fonctions
composantes; done cette expression ayant ete trouvee dans
un cas particiilier, par le procede de M. Lagrange, est
bonne dans tous les cas f ).
L'auteur retrouve dans le cas d'une seule variable inde-
pendante une formule de Wronski pour la derivee s
d'une fonction de fonclion el 1'applique a la fonction
ienae
1
f x = e x *
(*) Nous pensons aussi qu'on peut prouver Pegalite des coefficients a et
M et B, etc., par des orients analogues 2* ceux de l'auteur, sans s'occu-
Per du reste des developpements ; mais ii faut modifier le mode deposi-
tion en vue de ceite application particultere.
3 me SfcRIE, TOME VIII. 22
( 322
■
Le Memoire de M. Lagrange nous semble irreprochable
pour le fond et nous proposons a la Classe d'en voter Fim-
pression a la suite du precedent. Nous regreltons quelque
peu que les notations employees dans ce travail soienl
trop speciales a Pauteur et en rendent la lecture difficile f).
Wronski a rendu ses ecrils illisibles par Tabus des nota-
tions corapliquees. Les disciples les plus enthousiastes de
son systeme peuvent ne pas l'imiter en ce point et rendre
ses idees plus accessibles en employant les notations uoi-
versellement en usage. »
La Classe adopte les conclusions de ce rapport; aux-
quelles a adhere II. De Tilly, second commissaire.
La structure de Vinteslin anterieur des Arachnides; par
M. J. Mac Leod, agreg£ special k ITJniversile de Gaud.
Ha I > P»>t de MM. Wan Bmmihmk* *
« En etudiant l'anatomie des Acariens (1), M. J. Mac
Leod a ete amenea s'occuper de divers points de l'anatomie
des autres Arachnides. II presente aujourd'hui a la Classe
le resultat d'une etude compared de Tintestin anterieur des
Scorpionides,Phalangides, Araneides, Acariens et Pseudo-
Scorpionides. II a egalement examine" k ce point de vue un
Pycnogonide (Pycnogonum littorale) sans avoir rien a
(*) Notation pour les factorielles; minuscules pour designer des valeur*
particulieres d'une fonction, etc.
(1) J. Mac Leod, Communication prtliminaire relative a l'anatomie
des Acariens. (Bulletin de l'Academie royale de Belgique, 1884, n* 3,
page 253.)
/
323
ajouter aux descriptions existantes, parrai lesquelles celles
de Dohro et de Hoeck. II publiera sous peu la description
de Fintestin anterieur des Solpuges. *
Danscette communication preliminairej'auteur signale,
pour la premiere fois, diverses particularity tres interes-
santes touchant la structure et les homologies de Tintestin
anterieur des ATachnides.
A la suite de cette premiere partie de sa notice, M.Mac
Leod nous apprend qu'il a trouve chez les Phalangides
une glande de meme nature et de meme signification que
les glandes coxales decrites recemment par Ray Lankester
chez les Limules, les Scorpionides et les Araneides tetra-
pneumones.
II indique enfin la presence, dans les culs-de-sac de la
glande male du Trombidium holosericeum, chez tous les
exemplaires examines par lui, d'ovules situes entre les
cellules-meres des spermatozoides.Toutefois, d'apres Tau-
teur, il ne s'agirait pas ici d'un hermaphrodisme fonc-
tionnel
En consequence, nous avons Phonneur de proposer a la
Classe :
1° De voter des remerciments a Fauteur;
2° D'inserer sa communication, avec la planche qui
Paccompagne, dans le Bulletin de nos seances, p
La Classe a adopte les conclusions de ce rapport, aux-
quelles a souscrit M. £d. Van Beneden.
( 524 )
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Note sur des pseud o-crislaux de quartz, affectant la forme
de la pyrile arsenicale; par A. Henard, correspondant de
I 'Academic
Des pseudomorphoses de quartz sur un grand nombre
d'especes minerales ont ete signalees par les mineralo-
gistes; je viens d'en constater une nouvelle qui me parait
interessante et dont ^interpretation semble en parfait
accord avec la nature du mineral pseudomorphose et les
fails qifon observe dans la region du gisemenl. Je dois £
Pobligeance de M. le D r E. Vincent les echantillons de
quartz que je vais decrire.
Ces pseudo-ci islaux, trouves aux carrieres de Chastres,
mesurent de 5 a 8 millimetres; les faces terminales sont
ternes et rugueuses, elles sont recouvertes de granules
quartzeux irreguliers. La forme de ces polyedres el les
particularites des surfaces indiquent qifon doit les consi-
derer comme une pseudomorphose. On constate, en effet,
que les faces des echantillons polyedriques de quartz sont
identiques a celles qu'affecte la pyrite arsenicale des
quartzites du Brabant. Ces pseudo-eristaux montrent la
combinaison cristallographique la plus ordinaire de Pespece
sus-menlionnee : les faces du prisme ooP,elcellesd'un bra-
chydome '/i P °°- Les valcurs angulaires approximatives
prises au goniometre d'application, confirmenl ce rappro-
chement : j'ai trouv£ pour Tangle du prisme environ \ 12°,
celui forme par les faces du brachydome etant de 146°.
( :>25 )
Les (aces cristallographiques et les valours angulaires que
je viens d'indiquer, I'association dans les memes roches de
crislaux de pyrile arsenieale et de cos formes imitatives de
quartz, ne laissenl pas de doute quant a I'exaelitude de
Interpretation d'une pseudomorphose de quartz sur pyrile
arsenieale. Ce qui n'est pas moins significatif en faveur
de celte maniere de voir, e'est que des details d'une grande
finesse et Ires earacteristique de la cristallisalion de la
*
pyrite arsenieale sont parfaitement reproduits sur les po-
lyedres de quartz ; je veux parler des stries oscillaloires
horizon tales qui ornent d'habitudc les faces clii braehydome
de celte pyrite. En faisanl miroiter les crista nx de quartz
pseudomorphoses on voit neltement a Fori I nu les stries en
question, comme si ce mineral s'etait parfaitement moule
dans un creux forme par la dissolution de Farsenopyrite.
Ceci m'amene a dire un mot de Forigine de cette pseu-
domorphose. Nous nous trouvons ici en presence d'un
mineral revetant la forme rrislalline qui apparlienl a une
autre espece et dont on ne retrouve plus aucun des prin-
cipes composanls. Si Ton tient comple de la solubilile de la
pyrite arsenieale par Feau, meme a la temperature ordi-
naire, on peut admetlre que le quartz dissous par les eaux
circulant dans la roche arrive en presence de la pyrite
arsenieale el qu'il s'accomplit entre les deux corps un
echange (Fetat. La pyrite se dissoul, la silice se precipile et
le precipile siliceux copie exaclement la forme i\u cristal
primitif.
La dissolution de la pyrile arsenieale et son entraine-
menl par les eaux nous est sullisammeru prouvee, pour la
legion qui nous oceupe, par les sources arsenicales que
Ton y rencontre; d'un autre cdte, Fapport de la silica et
sa cristallisalion dans les vides des roches qui ailleurent
(326
dans cette localite, nous est demontree par le develop-
pemenl des filons quartzeux et la formation de magnifi-
ques el volumineux cristaux de quartz , qui y tapissent les
fissures des quarlzites (I).
Sur les actions verticales exercees par les menisques capil-
(aires des liquid es ; par G. Van der Mensbrugghe,
membre de FAcademie.
1. Quand une lame solide est plongee partiellement
dans un liquide qui la mouille, el maintenue dans une
position verticale fixe, le liquide s'eleve d'une certaine
quantite le long de la lame et tons les Elements de la
surface terminale sont soumis £ une force contractile
comme ceux de la surface libre du niveau. L'annee der-
niere (2), j'ai t&che de determiner d'une maniere gene-
rale Taction de toutes les forces contractiles distributes
sur les elements en question, dans une section verticale
menee normalement a la lame solide; j'ai trouvS alors que
Ja resultanle peut se decomposer en deux forces compo-
santes, Tune verticale et equivalente au poids du menisque
souleve, 1'autre horizontal, egale a la tension m6me du
liquide et absolument independante de la hauteur a la-
quelle s'eleve le liquide le long de la lame plongee.
Dans le cas d'un menisque deprime ou convexe, la
(1) Cf. de la Vallee Poussin , Note sur les cristaux de quartz de la
carriire de Nil-Saint-Vincent. (Ann. de la Soci&e geologique de Belgi-
que, t. Ill, p. 53.)
(2) Thdorie tiltmentaire des attractions etdes repulsions apparentes
des corps legers floltants (Bull, de TAcad. roy. de Belg., Z me serie, 1883,
p. 482.)
( 327 )
proposition ci-dessus est encore vraie; settlement la coin-
posante verlicale, au lieu d'etre dirigee de haut en bas, est
dirigee alors de bas en haut.
Cette maniere d'envisager la question des menisques
capillaires m'a perm is de trouver une theorie elementaire
des attractions ou repulsions apparentes des corps legers
flottanls, c'est-i-dire de certains effets produits dans le
sens horizontal. Aujourd'hui je me propose de decrire
quelques effets remarquables provoqnes dans le sens ver-
tical soil par des menisques souleves, soit par des menis-
ques deprimes.
Mais auparavant je ferai remarquer que, puisque Taction
d'un menisque concave ou
convexe depend seulement
des tensionsappliquees,d'une
part, au niveau da liquide,
de I'aulrc, au point oil le
menisque aboutit au corps
plonge, les parlies supe-
rieures et inferieures de ce
corps n'exercent aucune in-
fluence sensible sur Peffet
capillaire total; on comprend
done, d'apres cette remarque ,
que I'on pent employer de
simples fils solides; s'ils sont
mouilles par le liquide, il suffira de les soulever hors de
celui-ci pour qu'avant leur sortie on voie se former un
m6nisque concave; s'ils ne le sont pas, on n'aura qu'a leur
taire subir un effort de haut en bas pour que, avant d'etre
plonges entierement, its donnent lieu h un menisque con-
vexe, Passons maintenanU la description des experiences.
528 )
2. Procurons-nous un bouchon cylindrique B (fig, ci-
dessus) ayant, par exeraple, 2 centimetres d'epaisseur et 4
de longueur: au centre de Tune des sections terminates,
enfongons un fil de fer Ires fin de 6 a 8 centimetres de
longueur et portant un crochet on une petite corbeille
destinee a recevoir du lest; a Pautre bout du bouchon,
fixons un systeme compose d'un anneau en fil de fer fin A
ayant un decimetre de diametre el porte par deux bouts
de lil a, 6, qu'on enfonce dans ('autre face terminate de
telle fa?on que le plan de I'anneau soit aulant que possible
perpendiculaire a Paxe du bouchon.
Cela etant, plongeons le petit appareil dans Peau conte-
nue dans un vase d'une profondeur suffisante : si le lest
est convenable, le bouchon se tiendra verlicalement et
n'emergera que de 10 a 12 millimetres au-dessus du
niveau; avant d'abandonner Pappareil a Jui-meme, il est
bon de plonger enlierement le bouchon et de le mouvoir
de cote et d'autre pendant quelques instants, alin de le
d^barrasser des bulles d'air qui apparaissent k sa surface.
Quand la plupart des bulles se sont detachees, on laisse
Pappareil prendre sa position d'equilibre; puis on enfonce
tout le systeme verlicalement dans le liquide; si on I'aban-
donne pour la seconde fois & lui-meme, Panneau ne quit-
tera plus Peau; seulement il s'etevera un peu au-dessus du
niveau en produisant un double menisque concave; on
pourra ainsi realiser une deuxieme position d'equilibre de
Pappareil.
Pour que Pexperience reussisse le mieux, il faut que la
surface de Peau soit fraiche; a cet eflet il suffit de faire
d^border le liquide pendant que Panneau
plonge.
3. La theorie de Pexperience est bien simple : on n'a
est enlierement
( 329
qu'a se rappeler que chaque bande verticale du menisque
souleve, ayant un millimetre de largeur, peuf exercer line
traction de haul en bas equivalente a 7,5 milligrammes
(tension de l'eau pure); des lors Teflon total maximum
des menisques soulevls de part et d'autre du fil metallique
fin serait de 2^ X 50 x 2x 7,5 mgr ou 4712,4 mgr . Quant a
('augmentation produite dans la poussee, elle vaulevidem-
menl it r* h -t- nr'% L 9 retant le rayon du bouchon sup-
pose cylindrique, It la hauteur de la portion emergente
au-dessus du niveau, r' le rayon du fil metallique dont
sont formes Panneau et ses deux supports, L la longueur
totale du fil immergee en plus dans la deuxieme position
d'equilibre (2 X 80 mm ). Pour les valeurs particulieres
r = 10 mm , /*=iO mn \ r' = mm ,25, L = 314 -+- 2 X 80 mm ,
9
on trouve aisement 3234 mgr pour I'augmenlation de la
poussee. Com me cet effort esl sensiblemenl inferieur a la
resuli.mle verticale maximum de toutes les forces con-
tractus elementaires, il s'ensuil que lequilibre dans le
cas de I'anneau plonge est parfaitement stable. La limite
de la stabilite correspondrait, on le concoit, au cas ou les
deux efforts, celui de I'accroissement de poussee et celui
des forces contractiles, seraienl precisement egaux entre
eux. Un calcul tres facile monlre que celle limite serait
alteinte dans le cas ou le bouchon emergerait non de
10 millimetres seulement, mais de iA mm fi.
Mais bien avant que celte limite soil atteinte, on peut
monlrer aisement que la seconde position d'equilibre du
systeme provient bien de I'ensemble des composantes
verticales des tensions qui agissent de part et d'autre de
I'anneau; a ceteffel, on n'a qu'a diminuer subilement ces
tensions d'une quanlile notable, par exemple, en deposant
£ I'interieur et a l'exte>ieur de I'anneau une petite goutte-
( 330 )
lelte tTessence de terebenthine : aussitot chaque goutle-
lette s'etale sur la surface, I'anneau remonte a l'instant
m£me et reprend a tres peu pres sa premiere position
d'equilibre. C'esl un moyen aussi prompt que commode
de prouver qu'on n'a pas affaire ici k un simple phenomene
d'adhesion du solide el du liquide, mais bien a une action
capillaire exercee & la surface meme de Teau.
4. Vent-on multiplier davantage encore Teffet des forces
capillaires, il suffit de fixer k 1'anneau plusieurs fils metal-
liques ou meme simplement des fils fins de coton suivant
desdiametres decet anneau. Pour4de ces fils diamelraux
ayant deux a deux 45° de distance angulaire, on augmen-
lerait la resultanle dirigee de haut en bas de4xl00x!5 mgr ,
c'esl-a-dire de 6000 milligrammes; on pourrail des lors
faire equilibre a une augmentation de poussee un peu in-
ferieure a 10 er ,712. On le voit, le procedeindiqueplus haut
permet de rendre manifeste pour un nombreux audiloire
des effels tres notables, quoique dus a de simples forces
capillaires.
La forme circulate du fil metallique lelongduquel doit
s'exercer la tension du liquide est assurement tres com-
mode en raison de la parfaite symetrie d'un anneau; lou-
tefois, cette forme n'est pas indispensable : rien n'empeche
de donner au til une autre figure symelrique, telle que la
forme d'nn carre; j'ai fait construire un carre en fil de fer
de 10 centimetres de cdle, el, pour renforcer considera-
blement faction que je voulais conslaler, j'ai fait fixer une
serie de fils tres fins, respectivement paralleles a chaque
couple de cdtes du carre et en nombre tel, que celui-ci
compril 100 petits carres ayant chacun I centimetre de
cote; pour atlacher solidemenl le cadre au bouchon, qui,
dans le cas actuel, avait pres do 6 centimetres d'epaisseur,
( 331
j'ai fait souder aux sommets- du grand carre quatre ills de
fer disposes normalement au plan de ce dernier et replies
Wangle droit, de maniere que les portions repliees paral-
lelemenl au meme plan pussent aisement s'engager, d'une
fa^on symetrique et de quantites egales, dans le bouchon
par sa surface laterale. Le systeme etant convenablement
leste, j'ai pu vaincre, par le seul effet des menisques sou-
leves lelong des fils du cadre, une augmentation de pous-
s£e de 26 grammes- A la verite, I'effort Iheorique maxi-
mum de ('ensemble des menisques serail, dans ce cas, de
33 grammes; mais il est h remarquer qu'entre les mailles
du cadre, les menisques partiels ne peuvent prendre leur
entier developpement, car ils empietenl les uns sur les
autres, ce qui rend I'aspect du liquide exlremement
curieux.
5. Ce qui precede fait prevoir qu'on ne peut multiplier
indefiniment, sur une meme surface donnee, les points
^'application de la tension : si, parexemple, on se servait
d'une sorle de treillis tres fin, les menisques partiels ne
pourraient se former entre les petits carresou mailles du
systeme; les mailles seraient occupees par des lames planes
et, des lors, deviendraient inefficaces en ce qui concerne
toute action verlicale.
Mais si Ton n'esl pas libre d'augmenter a volonte la
r£sultante verlicale de ton les les tensions pour un carre
donne, on peut da moins faire croitre Teffet qu'on a en
v ue en se servant d'un carre de plus en plus grand; par
exemple, si Ton faisait construire un carre ayant 1 metre
de cdte el divise en centimetres carres, reflet total serait
cent fois plus grand que dans ('experience faite avec le
decimetre carre, c'est-ii-dire de 2600 grammes ou 2,6 kilo-
grammes.
332 )
6. Les appareils analogues a ceux que je viens de
decrire me paraissent tres propres a monlrer combien les
petiles forces distributes dans la couche superficielle d'nn
liquide quelconque peuvent, par leur accumulation, pro-
duire des effets notables. A eel egard, les resultats que
j'ai indiques plus haut font tres bien comprendre que la
surface libred'un liquide est capable d'effectuer un travail
et que, conformement au principe de la conservation de
I'energie, k toute diminution de celte surface correspond
soil un developpement de chaleur, soit une production
d'energie de raouvement.
7. Les experiences precedentes rappellent immediate-
menl, sinon quant a Pintensite, du moins quant a la
nature des effets produits, I'appareil imagine Tannee der-
niere par M. von Lang (1) pour donner dans les cours de
physique une idee de lintensite des forces capillaires.
L'instrument a une forme tout k fait analogue k celle d'un
areometre; seulement k la parlie superieure on a souffle
une petite boule tres mince en verre : le poids de I'appa-
reil est regie de telle sorte que, dans Teau pure, le point
d'affleurement se trouve au bas du tube cylindrique; mais
si Ton plonge Instrument jusque vers le centre de la boule
superieure, il ne reprend plus sa position d'equilibre pri-
mitive; il s'arrele, au contraire, dans une position telle
que la boule en question ne plonge que de quelques milli-
metres dans le liquide.
M. von Lang a propose d'appeler cet instrument une
balance capillaire, altendu que, dans sa pensec, on pouvait
Temployer ulilement pour la mesure de la tension super-
(1) Die Capillarwage (SUzungsbericbte der Winner Akad., t. LXXXVII,
section des sciences phys. et math., 1883).
353 )
fieielle; mais, de Faveu merae de 1'auteur, l'appareil ne
merite guere ce nom, car, malgre des calculs compliques
et des mesures executees avec beaucoup de precision,
fauteur n'a pu obtenir par son emploi que des valeurs
ires peu exactes de la tension. La cause de cet insucces
tient-elle a ce que la force qu'il s'agissait d'evaluer s'exer-
?ait sur une etendue trop reslreinte, ou bien k ce qu'elle
s'appliquait suivant des angles differents avec la verticale?
Je ne saurais le dire avec certitude, mais tout me porte &
croire que ce genre d'appareils ne fourniraitqu'un moyen
assez imparfait pour mesurer 1'intensile de la force con-
tractile; il existe, d'ailleurs, des procedes a la fois plus
simples et plus rigoureux pour effectuer cette mesure;
c'est pourquoi je me suis abstenu de me livrer a des eva-
luations numeriques.
8- Apres avoir montre d'une fa^on saisissante el reali-
sable pour tout le monde les effets de la tension dans la
direction de la pesanteur, il m'a paru curieux d'imaginer
des experiences ou la force contractile produit des effets
dans lesens oppose, c'est-a-dire de bas en haul.
Prenons un anneau en fil de cuivre ayant, par exemple,
1 millimetre d'epaisseur et 1 decimetre de diametre :
frottons-Ie d'abord avec du papier de sable fin pour le
debarrasser de toute trace de matiere etrangere; procu-
rons-nous une capsule ayant une vinglaine de centimetres
de largeur et remplissons-la d'eau pure jusqu'a ce que le
liquide deborde et qu'ainsi regno autour de la capsule un
menisque convexe; cela etant, deposons avec precaution
I'anneau solide a la surface du liquide, de maniere qu'une
petite porlion de Tanneau depasse le bord du vase; il suffil
alors de faire glisser doucement cette portion jusqu'au
moment ou Tanrieau tout entier repose sur le liquide en
)
U )
dormant lieu a uu double menisque convexe; comme deux
corps en ton res Tun et l'autre d'un menisque convexe s'at-
tirent, l'anneau ne quittera pas le bord ; pour le faire flot-
ler au milieu de la surface libre, on n'aura qu'& retirer, a
Faide d'une pipette, une quantite de liquide suffisante pour
qu'il se produise un menisque concave autour du bord de
la capsule; aussitot l'anneau raetallique s'eloignera de
celui-ci et viendra occuper le milieu de la surface du
liquide.
9. Veut-on montrer que c'est bien la tension superfi-
cielle qui soutient partiellement le corpsflottant, on depose
une gouttelette d'essence de terebenthine & Finterieur et
k Fexterieur de l'anneau; aussitot on voit la depression
augmenter et Tangle que la surface terminale du liquide
fail avec la verticale diminuer a tel point que Fanneau se
trouve notablement au-dessous du niveau general. Par le
depot de plusieurs gouttelettes d'essence, cet effet devient
de plus en plus marqu£.
Si l'anneau a une epaisseur un peu superieure a 1 milli-
metre, par exemple l mm ,4, on reussit encore a le faire
flotter, mais alors il suffit d'une trace d'essence de tere-
benthine ou d'une malieregrasse quelconque deposee sur
1'eau pour rompre Fequilibre et faire plonger Fanneau. Le
meme effet se produirait si Fon se servait d'un anneau en
til de platine d'environ mm ,4 d'epaisseur.
10. Mes experiences sur les menisques concaves
m'avaient immediatement suggere Femploi de corps flot-
tants annulaires; je ne suis pourtant pas le premier b
emettre cette idee, car MM. R. et P. Dupre (i) ont annonc6
(i) Thtorie mecanique de la chaleur, par Athanase Dupre, Paris
4869; voir pp. 311-318.
335 )
en 1869 qu'ils allaient faire des essais avec des anneaux
melalliques, k I'effet de verifier la theorie proposee par
eux et fondee egalement sur le principe de la tension ;
mais je n'ai pu me procurer leur travail et j'ignore meme
s'il a paru.
H. Malgre les irregularites provenant de la difference
entre les angles sous lesquels les menisques convexes abou-
tissent an fil solide annulaire, on peut obtenir des effets
vraiment surprenants en faisant croitre suffisamment le
nombre des points duplication de la force contractile.
On peul, par exeraple, recourir a des fils de coton ou
de chanvre tendus suivant des diametres de Tanneau et
recouverts d'une couche de cire blanche afin de les empe-
cher d'etre aisement mouilles; en operant de cette maniere
sur un anneau en cuivre de 2 millimetres d'epaisseur, de
10 centimetres de diametre, et muni de six fils diame-
Iraux enduils de cire, j'ai parfaitement reussi k le faire
flotter sur une surface d'eau fraiche, malgre son poids
d'environ 8 gr ,5.
J'ai eu recours aussi k un autre procede" : apres avoir
choisi un anneau de cuivre de 2 millimetres d'epaisseur et
de 1 decimetre de diametre, je I'ai fait fixer, par quatre
petits fils metalliques, a un autre anneau en cuivre ayant
14 centimetres de diametre, mais seulement mm ,5
d'epaisseur, de telle sorte qu'il fut concentrique au pre-
mier et que son plan moyen s'elevat un peu au-dessus de
celui du gros anneau; pour multiplier davantage encore
les points ou il put se former des menisques convexes, j'ai
tendu, suivant des diametres de 1'anneau interieur et a
22° */ 2 de distance angulaire mutuelle, huit fils de colon
ou de chanvre; j'ai frotte toutes les parties du sysleme au
moyen de cire blanche afin de les rendre peu susceptibles
356 )
d'etre mouillees par Feau; des lors, j'ai pu aisement faire
flolter le sysleme en question sur de Feau k surface fraiche,
bien que son poids ftit de pres de 10 grammes.
12. Je ne connais pas d'experience simple oh les forces
capillaires aient jamais produit des effets aussi considera-
bles a Fetat slatique; les faits ci-dessus me paraissent
extremement propres k familiariser les observaleurs avec
ces forces si longtemps negligees dans Fetude d'une foule
de phenomenes naturels : a ce titre, j'estime que le petit
travail actuel constitue une contribution interessante a la
theorie des corps flottants. En outre, il facilite Implica-
tion nette de certaines observations faites depuis long-
temps, mais rattachees parfois a des causes purement
hypothetiques; je citerai, par exemple, les gouttelettes
d'eau qui, des le moment ou elles flottent sur Fhuile,
perdent leur forme spherique et, de plus, se transformed
pendant des heures jusqu'a ce que chacune d'elles se divise
en une lenlille demeurant a la surface et en une sphere
qui tombe au fond du vase. Un aulre fait bien curieux,
c'est la facilite avec laquelle certains insectes se meuvent
a la surface de Feau; j'attendrai une saison favorable pour
tacher de connaitre d'une fa?on precise la longueur des
menisques convexes, grace auxquels ces insectes ne plon-
gent pas dans le liquide : il y aura lieu de tenir compte de
la couche d'air emprisonn6e enlre les poils nombreux et
ires tenus qui recouvrent les articulations, couche d'air
dont noire honorable confrere M. F. Plateau a si eMegam-
raent demonlre I'exislence des 1867 (i).
(I) Observations sur Fargyronite aquatique (Bullet, de l'Acad. roy. de
Belg., *• serie, t. XXIII).
( 337 )
A celte occasion, j'exaroinerai si la viscosite superficielle
des liquides n'exerce pas une action sensible sur lequi-
libre entre le poids des menisques souleves et Faugmen-
tation de la poussee, ou bien sur Tequilibre des corps
flottants.
Etude sur la penetration des projectiles dans les milieux
resistants ; par P. Henrard, membre de la Classe des
lettres.
I.
Lorsque, a 10 metres de distance, on lire dans uu bloc
de terre plastique plus ou moins humide, an moyen d'un
fusil raye d'infanterie, une balle Chassepot, de forme cy-
lindro-ogivale et du poids de 25 grammes, animee d'une
vitesse d'environ 400 metres par seconde, on est stupe-
fait de P<Hendue de Texcavalion qui se produit (pi. I,
lig. 1). La balle se creuse un canal de forme ovo'ide ter-
mine par un tronc de cdne, dont la partie la plus large,
situee de 10 a 15 centimetres de 1'entree, peut avoir de 15
a 35 centimetres de diamelre, selon la consistance de
l'argile. De plus, si le bloc a moins de 50 centimetres
d'epaisseur, la balle le traverse de part en part. A Tentree
la terre eslarrachee en larges lambeaux irreguliers, dont
quelques-uns, detaches, jonchent le sol au pied du bloc;
I'orifice de sortie presente des levres en saillie sur sa sur-
face. La balle est deformee et affecte la figure d'un cham-
pignon (lig. 6); recueillie immedialement apres quelle s'est
arretee, elle est brulante et difficile a garder dans la main.
Lorsque le bloc d'argile n'a que quelques centimetres
3 m « SERIE, TOME ¥111. 23
C 338
d epaisseur, il semble, vu le diametre de i'ouverlure que la
balle a produile, avoir donne passage a un projectile du
calibre de 12 on de 15 centimetres.
La premiere explication qui vient a I'esprit, lorsqu'on
constate ces effets si considerables, c'est qu'ils sontdus au
monvement de rotaion de la balle aulour de son axe, et
que les molecules d'argile se sontecartees violemmenl, en
vertu de la force centrifuge que leur onl eommuniquee les
parties du projectile avec lesquelles elles ont ete en con-
tact. Mais lorsque, au lieu du fusil rave, on emploie une
arme lisse et une balle spherique, les resullals constates
etant analogues il faut bien recourir a une autre explica-
tion.
*
On peut admellre, il est vrai, que la balle spherique est
toujours animee d'un mouvement de rotation autour d'un
axe quelconque; ma is si Ton tire au moyen du meme fusil
lisse une balle expansive cylindro-ogivale, qu'aucun mou-
vement de rotation ne peut animer et qui frappe le bloc
d'argile par sa pointe, J'excavalion se produit encore et
meme el!e est bien plus considerable, en vertu de la masse
plus grande du projectile.
Bien avant que nous nous soyons occupe de ces fails,
ils avaient frappe JM. Melsens. A la suite d'un tres grand
nombre de lirs, executes contre des corps resistants les
plus divers, le savant professeur avail conclti, de tons les
fails recueillis, que le phenoraene observe a pour cause
principale la masse d'air entrainee par le projectile : apres
s'etre condense en avant de celui-ci,Iui formant en quelque
sorte une proue d'air^ cet air se distendrail tout a coup
quand la vitesse diminue par suite de la penetration dans
un milieu resistant.
Cette conclusion ressort de notes successives publiees
( 359
dans divers recueils et que nous allons rapidement ana-
lyser.
Dans une premiere note, ins£r£e dans les Comptes ren-
du* de CAcademie des sciences de Paris (30 seplembre
1867), M. Melsens, apres avoir constate qu'un projectile,
lombanten chute libredans Peau, entraine une notable
* quantite d'air », pense « qu'on ne s'est pas assez preoc-
cupe du rdle important de Pair dans les actions de pe-
» netration des projectiles dans les milieux resistants et
i> pendant leur passage a travers des lames solides plus
* ou moins epaisses *. II indique, en quelques mots, les
experiences auxquelles il s'est livre, au moyen d'un pistolet
lisse et d'une balle spherique de 12 millimetres pesant
environ 10 grammes, sur des lames d'especes diverses, et
constate que les resultats des lirs dans les lames d'argile
sont des plus inattendus- II etablit ensuite la serie succes-
sive des phenomenes qui se produisent lorsqu'on tire sur
un carreau de vitre en augmentant la force vive du pro-
jectile, et dit « qu'on est port6 h admettre que Pair qui
» precede la balle commence Paction, et que, peut-etre,
> prouvera-t-on que le carreau est troue dans certains cas
avant d'etre reellement alteint par le projectile p.
Deux ans plus lard (Comptes rendus, 29 novembre
1869), M. Melsens revient sur sa premiere note et decrit
Pappareil dont il s'est servi pour demon trer que la balle,
en penetrant dans Peau, pousse en avant Pair qui la pre-
cede, k Petal condense ou comprime « comme il le serait
dans le briquet a air d. — « Par sa vilesse, ajoute-t-il,
qui est celledu projectile, Pair agira a la fagon des ma-
l *eres explosibles : il brisera ou entamera le solide qu'il
rencontrera, et son accumulation, plus ou moins consi-
derable d'apres sa vilesse, constituera, dans le prolon-
>
*
>
( 340 )
> gemenl de la trajectoire autour de laquelle il doit &re
> symelriquement distribue, une couche capable, dans le
> casde grandes vitesses, de s'opposer,en toutou en par-
» tie, au contact immediat, absolu entre les deux solides,
* et parliculierement au point d'irupact. *
Et il cile quelques experiences k 1'appui de ce principe :
a Une balle de bronze ou de cuivre rouge, animee d'une
* vitesse de 400 metres, frappe une plaque de fer ; l'em-
* preinte dans le fer est cuivrec ou bronzee, excepte au
* centre; la balle, deformee fortement, porte, au centre
* de la partie deformee, une petite zone spherique qui
a tranche sur le reste, et il ne parait pas y avoir eu
3 contact entre le fer et le bronze ».
« Une balle de cuivre rouge, bien d^capee, frappe une
* masse de plomb k la vitesse de 400 metres, p^netre, se
deforme, se soude au plomb; en la degageant avec pre-
caution, on observe lasoudure ou Tadherence parfaite
* du plomb, mais un petit cercle \ers le centre est par-
d faitement libre. »
« Les balles de plomb frappant du plomb ne se soudent
i> jamais au point d'impact ou dans une zone plus ou
» moins considerable concentrique a ce point; la vitesse
* est-elle faible, la balle tombe au pied du blocde plomb,
ou rejaillit, ou s'y fixe parfois legerement. La vitesse
atteint-elle 250 metres environ, la balle se soude, plomb
sur plomb, sur tout son pourtour, mais reste libre au
centre; la vitesse atteint-elle 380 k 400 metres, elle
*
n'adhere plus ni au centre ni vers les bords et se
detache complement du bloc de plomb frappe. »
« Tous ces faits ne s'expliquent qu'en admettant qu'une
* ceriaine quantite d'air plus ou moins comprint se
* trouve en avant du projectile. *
>
*
i>
D
P
1
( 541
Jusqu'alors M. Meisens ne faisait jouer& Fair qu'un r61e
passif, celui de tampon s'interposanl en quelque sorte
entre le corps choquant et le corps choque; dans une
Note sur les plaies produites par les arrnes a feu, inseree
dans le Journal publie par la Societe des sciences medicates
et naturellesde Bruxelles, annee 4872, le savant professeur
va plus loin (p. 59) :
c S'il est incontestable, dil-il, que le projectile entraine
* de Pair, qu'une partie de cet air se trouve en avanl du
* projectile, on voit de suite que, dans les blessures par
> les amies a feu, les effets sont produits par deux projec-
» tiles frappanl simultapement r le projectile solide, qui se
> deforme sans changer sensiblement de volume, et le
» projectile gazeux qui, comprime en avant du solide,
* tend a reprendre son volume primilif, correspondant a
* la pression atmospherique, tout en perdant sa force
» vive et en produisant des dilaceralions particulieres
> qui, dans des cas donnes, peuvent simuler reflet pro-
> dint par une balle explosive.
Les dilaceralions observees dans le corps humain peu-
vent se comparer aux excavations produites dans le bloc
d'argile; le projectile-air, pouvant simuler Veffet produit
par une balle explosive, produirait done, selon M. Meisens,
un effet analogue a la charge de poudre dans une mine,
et donnerait, suivant le cas, e'est-a-dire suivant I'epaisseur
des couches dans lesquelles il agit, Ventonnoir ou le camou*
flet.
Telle n'est pas notre opinion. Nous allons exposer les
experiences auxquelles nous nous sommes livre (i), non
0) Nous avons ele aide dans Fexecution de ces experiences par
MM. le capiiaine commandant d'artillerieEug. Guillaumot el le lieutenant
d'artillerie Ed. Simon.
342 )
pas dans I'ordre ou nous les avons executees, car nous
avons du souvent talonner avanl d'arriver a un resultat
satisfaisant, mais dans Tordre ou nous les executerions
actuellement que 1'ensemble des fails acquis nous permel
de rendre compte assez exactement des phenomenes qui
se produisent.
II.
Lorsqu'un projectile lance par une arme a feu ren-
contre un milieu resistant indefini, la force vive dont il
est anime est, non pas aneanlie, mais transformee en tra-
vail : les phenomenes qui en rSsultent s'etendent egale-
ment au corps choqu£ et au corps choquant, et dependent
de la nature des deux corps.
Si le corps choque est rigide, impenetrable, inebran-
lable, il ne peut que s'echauffer au point d'impact, tandis
quele projectile lui-meme peut subir les transformations
les plus varices.
Supposons ce dernier ires dur, tres resistant et anime
d'une grande vitesseren s'arretant brusquement, il prend,
lui aussi, une tres haute temperature, et c'est ce pheno-
mene que I'arlillerie h grande puissance a utilise pour pro-
voquer rinflammation de la charge interieure des projec-
tiles creux qui, a cause de la nature du but conlre lequel
ils sont lances, ne peuvent £tre munis d'une fusee percu-
tante.
Dans les memes circonslances, si le projectile est fra-
gile, il se brise, et le travail absorhe par cette fragmen-
tation pent equivaloir si exactement a la force vive
transform^, que les fragments recueillis ne subissent
aucun echauffement.
343 )
Si le projectile est plastique, il s'epanouil et pent se
diviser en fragments plus ou moins considerables, proje-
tes plus ou moins loin. Enfln, s'il est fusible et meme
susceptible de se vaporiser a une temperature pen elevee,
il pourra se fondre ou se volaliliser en tout ou en partie.
Si le corps choque est penetrable, au conlraire, il se
deforme d'aulanl plus et d'autanl plus profondementqu'il
est moins dur, plus plaslique ; mais la forme de Pexcava-
tion produite depend aussi de la nature du projectile et
des mouvemenls, aulres que le mouvement de transla-
tion, dont il est anime.
Observons d'ahord les phenomenes qui se produisent
lorsque le corps choquanl et le corps choque, le projectile
et la cible, sont tous deux plasliques, bien qu'a desdegres
differcnls, comme le plomb et I'argile de polier.
L'arme dont nous nous somines servi est le fusil din-
fanterie systeme Albini, tirant une cartouche composee
d'unedouille en lailon embouti, une balle de me'.al et une
charge de poudre dlnfanterie.
Avec la balle en plomb pur du poids de 25 grammes,
tiree avec 5, 4, 3 et i grammes de poudre exaclement
peses, les vitesses moyennes a 10 melres de la bouche de
I'arme, mesurees au chronographe Leboulenge, ont ete
respectivement :
Pour 5 grammes £15 metres.
A 360 •
3 • 300 •
i » 175 »
La cible a toujours 6le placee a 10 melres de Farme
afin de frapper bien au centre.
Les projections de terre a Torifice d'entree de la balle
( 34i
dans le bloc d'argile, que nous avons coostalees clans le
chapitre precedent, ont pour cause la reaction de la ma-
liere revenant sur elle-ineme apres avoir ete violemment
repoussee lateralement. Ce fait a dejik ete signale dans les
experiences de tir en breche executees k Metz en 1834 et
rapportees par le colonel Duchemin dans le tome IV du
Memorial de Vartillerie : on avait remarque qu'aussilot
apres le passage du projectile (il s'agissail alors de boulets
de 12 el de 24), la terre, 6cartee violemment et lancee
normalement aux parois du conduit fore par le projectile,
revient sur elle-meme d'une certaine quantite, en vertu
de son elaslicile.
Or, il est a remarquer que Texcavation proprement
dite ne commence reeilenient que lorsque la balle a fran-
cln une certaine epaisseur du corps choque. Ainsi, une
balle penetrant dans le corps humain, comrae Font demon-
tre en 1867 les experiences du docteur Sarazin, profes-
seur h I'ecole de medecine de Strasbourg, meme a courle
distance, ne fail a Tentr6e qu'une ouverture egale au dia-
m6lre du projectile, landis que 1'oriGce de sortie est
enorme.
De meme, si Ton tire sur une vitre de 3 a 4 millimetres
d epaisseur, sur laquelleest collee,du cote oppose an tireur,
une feuille de papier pour empecher les morceaux de verre
de se separer, 1'ouverture produite par la balle est sensi-
blement egale k son diamelre; elle est entouree d'une zone
irreguliere de 10 millimetres ou le verre est broye, puis
au del&, de felures Ires tenues se ramifianl, se recroisanl.
Ni dans la zone broyee, ni au dela, les figures n'alteignen
la surface anterieure de la vitre : Peffet lateral se produit
risiblement dans T6paisseur du verre & une faible distance
de Fen tree.
t
V
345
Des lors, pour conserver la forme primitive de Texcava-
tion on, tout au moins, pour s'opposer a ce qu'elle soit
trop profondement alteree, nous avons applique conlre la
paroi du bloc d'argile, du cote du tireur, une mince feuille
de fer-blanc, assez rigide pour ne pas eeder et se (lecturer
par reflet de la poussee des terres produile par leur reac-
tion apres le tir. La presence de cette legere feuille de
t61e ne diminuait du reste la vilesse de la balle que de
5 metres (1).
En consequence la cible, en terre de potier, etait for-
mee d'un prisme rectangulaire de 40 centimetres de cote
sur 1 metre de hauteur, place horizontalemenl, son grand
axe dans la direction du canon du fusil; la petite base, du
cote du tireur, etait recouverle d'une feuille de fer-blanc
de 1 millimetre d'epaisseur, appliquee conire la terre au
moyen de deux monlants verticaux en bois. Le fusil etait
dispose sur un chevalet, horizon talement, a hauteur de
1'axedu prisme.
Apres chaque coup, on enlevait, a Paide de longs cou-
teaux, la terre au-dessus d'un plan horizontal passant par
Paxe de Fexcavation et on relevait, par ordonnees et
abscisses, la section meridienne de celle-ci.
coup. — Balle en plomb de 25 grammes; charge de
poudre de 5 grammes.
/
L
plus grand diametre, a environ 20 centimetres de Tentree,
estde 23 centimetres. La balle s'est arretee apres un par-
lours de 58 centimetres et presente assez exaclement la
forme d'un champignon a lige Ires courte, avec tele irre-
guliere de 23 h 24 millimetres de diametre (pi. I, fig. 6).
(1) En moyenne, exaclement 5 ra ,06.
346
Au centre de cette tele, on remarque une pa reel I e d'etain
arrachee a la feuille de fer-blanc et sur laquelle nous
aurons a revenir ulterieurement.
2% 3 e et 4 e coups. — Balle en plomb de 25 grammes;
charges de poudre de 4, 3 et i grammes (pi. I, fig. 3, 4
et 5).
Les excavations, produites par lesdeux premieres balles,
ont une forme analogue a la precedente, mais leur diametre
maximum est respectivement de 20 et de 15 centimetres;
la 3 e ne presente qu'un canal cylindrique legerement
renfle a 10 centimetres de I'orifice. Les balles se sont
arretees apres un parcours de 52, 48 et 33 centimetres;
eel les lirees avec 4 et 3 grammes de poudre presentent
un epanouissement en champignon dont la forme est
encore tres nettement accusee, avec tele de 20 a 22 milli-
metres de diametre et tiges moins courtes que precedem-
ment (fig. 7 et 8). La balle tiree avec un gramme de
poudre n'est que legerement renflee& la tete, dont le dia-
m&tre, de II millimetres, a ele porte a 12 ,nm J; elle est
raccourcie de 1 mn \5 (fig. 9).
On remarqua que cette derniere balle avail devie dans la
terre vers le bas et la droite. Fallait-il y reconnaitre I'in-
fluence du mouvement de rotation et ce mouvement se
continuait-il dans I'argile, meme apres que le projectile
s'etait epanoui en champignon? — II etait assez difficile
d'en juger par Texamen des excavations; mais, en y versa nt
du platre, il fut aise de reconnaitre, sur le moulage de la
partie conique d'une des plus grandes, des stries en helices
tres nettement accusees se continuant jusqti'a Tarret de la
balle, et qui avaient el6 tracees par le bord irregulier et
dechiquete de sa tete epanouie.
II etait int^ressant de connaltre I'espace que devait
347
parcourir la baile dans I'argile avanl d avoir alteinl sa
forme champignonnee. Or, en introduisant une feuille de
fer-blanc a 5 centimetres de la base d'entree du prisme, on
observa que I'ouverture qui s'y produisit avait deja le dia-
metre de la tete de la balle epanouie et que celle-ei portait
sur son pourtour des traces d'etain arrachees au fer-blanc.
L'epanouissement de la balle se produit done au premier
contact des corps et presque instantanement. .
Ill
Nous n'avions jusqu'ici examine que les effets r£ci-
proques d'une cible penetrable et d'une balle deformable.
II semblait que 1'effet sur la cible dut etre bien plus con-
siderable si le projectile tire, au lieu d'etre plastique
comrac le plomb, etait indeformable, puisque la force vive
dont il est anime, au lieu de se diviser en travail neces-
saire: 1° a la deformation, 2° a la production de Pexcava-
tion, ne devait plus determiner que cette demiere.
On confectionna une balle en aeier dont la surface
cylindrique, legerement molletee, ful recouverte d'une
mince enveloppe de plomb destinee a penetrer dans les
rayures du fusil Albini. Elle pesait25 grammes et etait
un peu plus longue que la balle en plomb du meme poids;
mais sa vilesse initialed 10 metres de la bouche de 1'arme
6tait sensiblement la meme.
L'excavation produile dans I'argile fut essentiellement
differenle de celle obtenue avec la balle en plomb. Le
profll de la section maridienne horizon tale presentait
d'abord une parlie a peu pres rectangulaire; puis, apres
une succession d'ellipses irregulieres se raccordant entre
348
elles, on observait un canal cylindrique obliquant vers ia
droite et vers le has du prisme d'argile.
L'extreme difficulte de reconnaiire exactement la forme
de I'excavalion en relevant sa section meridienne nous
decida k operer d'une aulre fa^on : apres le lir, le prisme
d'argile fut redresse sur sa petite base posterieure et Ton
coula du platre dans 1'excavation par I'orifice d entree de
la balle. Le corps qui nous apparut apres le demoulage (i)
se composait d'abord d'un Ironc de cone a base legerement
arrondie d'un diametre de 6 k 7 centimetres et d'une
hauteur de 9 centimetres, puis d'une sorte de colonne
torse dont les renflements allaient en diminuant de dia-
metre et se terminaient, a 55 centimetres de Tentree, par
un canal heli<joidal aplali, visiblement forme par la balle
s'avangant obliquement sur la trajectoire (fig. 10 etfig. Il f
celle-ci resultant de 1'excavation produite par la balle
lancee avec 4 grammes de poudre). La profondeur de
tail de 78 centimetres. Elle etait
de 68 avec la charge de & grammes.
Le moulage des excavations nous permit de mesurer
leur capacite. Les experiences de Metz en 1834 semblant
avoir demontre que, dans un meme milieu, la force vive
du projectile et le volume de Vexcavalion sont dans un
rapport constant, quels que soient d'ailleurs le calibre et
la densite du projectile, il etait interessant de verifier
cette loi.
Pour mesurer avec exactitude le volume du solide en
platre resultant du moulage, nous avons determine celui
du liquide ecoule d'un vase entierement plein dVau dans
lequel ce solide, enduit de deux couches de bitume de
(1) Excavaiion produite par une balle tiree avec 5 grammes de poudre
( 349 )
Judee pour le rendre impermeable, etait eomplelement
immerge.
Le volume de l'excavation produite par la balle en plomb
fut trouve de 4 d ' c8 oOO; celui provenant de la balle d'acier
de 3^ c,s 900 seulement, contrairement a ce que nous avions
suppose. Mais, comme nous I'avons vu, la profondeur de
penetration dans le premier cas etait de 20 centimetres
inferieure a celle du second.
La loi ne se verifie pas mieux lorsque Ton mesure les
excavations produites avec le meme projectile anime de
diverses forces vives. Ainsi, les balles en plomb ou en acier
lirees avec les vitesses de 415, 360 el 300 metres, et
dont les forces vives sont dans les rapports de 173 :
130: 90, ou, plus simplemenl : : 2: 1.5 : 1, donnent des
excavations dont les volumes sont respectivement :
Charges de poudrc.
o grammes
4 •
3 »
Vitesse.
Balles en plomb
Balles en acier.
415m
dec*
4,500
dec. 5
3,900
380-
4,500
4,032
300 ™
0,560
0,507
Cest>a-dire, dans le premier cas, sensiblement : :9: 3: 1,
et dans le second : : 8 : 2 : 1 .
En continuant le tir avec des charges plus faibles, les
balles en plomb ne subissant plus de deformation sensible,
les deux excavations auraient lini par avoir les memes
capacites.
Toutefois, il est a remarquer que ces nombres ne sont
pas d'une exactitude absolue. II n'est pas possible de pr<§-
35*0 )
parerdes blocs d'argile ayant absolumenl la meme consis-
tance; aussi deux cartouches idenliques ne fournissent-
elles pas deux excavations identiques. Avec un peu d'habi-
tude dans la preparation des terres, on obtient cependant
des resultats tres comparables.
Est-il necessaire de faire remarquer que Pinegalite de
capacite des excavations produites par la balle en plombet
la balle en acier ne peut s'expliquer dans Thypothese de
leur formation par la detente de Pair comprime qui les
precede, les deux balles ayant du necessairement en entrai-
ner la m&me quanlite? Dans cette meme hypothese, la
forme en colonne torse de Texcavalion produite par la
balle en acier serait encore plus inexplicable.
IV.
Les quatre figures 9 f 12, 15 el 14 representent des
balles en plomb tiroes avec des vitesses differentes dans
Targile et le sable.
Dans la premiere, la tele de la balle s'esl legerement
gonflee, la balle s'est raccourcie. Dans la seconde, le rac-
courcissement est plus prononce encore. Dans les troisieme
et qualrieme figures, la resistance opposee par le milieu
augmentant rapidement avec la vitesse du projectile, les
parois se sont recourbees en arriere et ont donn£ a la balle
la forme en champignon.
Une balle tir^e a 600 metres contre une plaque en acier
offre un epanouissement plus rapide, plus complet, plus
^tendu encore (fig. 15). Elle s'est aplalie; sa surface en
contact avec 1'acier presenle une surface brillante indi-
quant que le plomb a et6a Pabri jusqu'alors du contact de
351
Fair; sa surface exterieure est leme au conlraire comme
I'etait celle de la balle avant le tir, et le culot deprime se
marque plus ou moins rapproche du centre, selon la direc-
tion du projectile par rapport a l'obslacle.
En tirant a 10 metres de distance d'un lingot d'etain,
la balle en plomb, animee de 415 metres de vitesse, s'y
creuse une excavation sur laquelle elle se moule tres
exactement et, par suite de I'elasticile de retain, rebondit
en arriere et vient lomber au pied du tireur. Le projectile,
en forme de de a coudre (fig. 16) que nous ramassons,
est chaud, ires brillant a l'exterieur, et ne pese que 23
grammes : il a perdu 2 grammes, projetes en fragments
impalpables et qui appartenaient au rebord extreme de la
balle epanouie.
En tirant la meme balle h la meme distance d'un saumon
de plomb, l'excavation est plus accusee encoie (fig. 17);
mais le plomb n'elant pas elaslique comme retain, la balle
n'est pas rejetee en arriere : elle reste adherente el lapisse
entierement Pexcavation.
Dans aucun do ces cas nous n'observons I'effet du a la
presence de fair en avant du projectile, que Al. Melsens
(lit avoir constate (voir plus haul, p. 340). Comme on pour-
rait objecter que la forme cylindrique de noire balle en est
la cause, nous tironssuccessivemenl, au moyen d'un fusil
lisse, des balles en plomb de 16 grammes avec des charges
de 1,2, 3, 4, 8 et 12 grammes de poudre a 10 metres
d'un bloc de plomb. Avec la charge de 1 gramme, la
balle s'aplatit et le projectile, ramasse au pied du bloc,
presente la forme de deux segments de sphere, de rayons
inegaux, accoles par leur base. Avec les autres charges,
I'excavation devient de plus en plus considerable, mais
I'adherence du projectile avec la masse de plomb est com-
( 352 )
plete, et dans aucun cas nous n'observons que le centre
ou les bords de la balle sont detaches, ni que Fair pr6c£-
dant la balle est renferme entre elle et l'obslacle (1).
Lorsque nous tirons avec 5 grammes de poudre, a 10
metres de distance, sur une plaque en fonte, la balle est
dispersee en petits fragments qui ne nous fournissent
aucun eclaircissement sur sa maniere de se comporter.
II n'en est plus de meme quand nous la tirons avec
5 grammes. Pour bien nous rendre compte du phenomene,
nous enduisons de couleur rouge la surface bien dressee
du bloc de fonte, et de couleur bleue la surface de la balle.
Le resultat du tir est tres caracteristique. Sur le bloc, au
point d'impact (fig. 18), un cercle de 3 a 4 millimetres
de diametre a conserve sa couleur rouge, bien que leg6-
rement lernie. Autour de ce point central, la couleur a et6
enlevee : le metal de la fonte est mis a nu sur une surface
circulaire d'environ 15 millimetres de rayon, terminee par
une sorle d'aureole a rayons brillants enveloppee <>lle-
meme d'une nouvelle aureole rouge-noiratre, dont Tex ire-
mite des rayons est noir.
La balle s'est eparpillee en fragments; nous en recueil-
lons ayant la forme demorceaux de bagues, d'un assez grand
rayon, quelques-uns teintes de bleu sur leur circonference
et ayant appartenu aux parois; d'autres tres brillants et
provenant du centre. Le plus gros fragment, du poids de
3 grammes environ, est tombe au pied de la cible, sous le
point d'impact (fig. 19). Cest un disque circulaire qui
parail forme de deux disques accoles et se penetrant ; Van,
de 3 h A millimetres de diametre, term", tres legerement
(i) Celte experience a elerenouvelee en presence de M. Melsens, & qui
nous avions presente nos objections relatives a son hypolhese.
( 353 )
teinte en rouge, a les dimensions du cercle rouge du point
d'impacl sur la surface du bloc. Tout autour, le metal du
second disque est brillant, avec des rayons irradiant vers
la circonference. La face opposee du fragment est visible-
ment formee par le fond deprime de la balle, el on reeon-
nait aisement encore le cordon entouranl la depression;
mais celle-ci est bom bee en sens inverse, comme si elle
avait ete repoussee du dedans au dehors.
Cette experience semblait donner raison a la theorie de
M. Melsens ; le petit cercle encore rouge sur la surface du
bloc et le petit disque terni du fragment de balle parais-
saient, en effet, indiquer que le contact avail eu lieu avec
beaucoup moins d'lnergie que dans la zone environnanle,
parce que, sans doute, Pair avait form6 tampon.
Nous nous sommes demande ce qu'il serait advenu si,
au lieu d'une balle pleine, nous avions tire une balle per-
c£e, suivant Paxe, (Fun canal de 2 millimetres par ou fair
pouvait s'ecouler au moment du choc. Le resultat du lir
fut idenliquement le meme sur la plaque; le petit disque
en plomb fut de meme retrouv6 au pied du bloc, perce au
centre; mais les deux parties qui le conslituaient, au lieu
d'etre soudees exactement Tune a Fautre, comme dans le
cas precedent, se detacherent : la plus petite presentait la
forme d'un cone aplati dont la base avait ele en contact
avec la fonle et dont la pointe, agissant sur le culot de la
balle, Pavait deprime du dedans au dehors; I'empreinte du
cone y elait tr6s netlement marquee.
Des tirs subsequent?, avec des balles en ailiage non per-
cees, nous fournirent encore des disques se decomposant
en deux parlies et presentant les memes apparences.
Cette experience nous donnail Implication du pheno-
o
me
SfeRIE, TOME VIII. 24
( 3K4 )
mene et nous permel d'assurer que Tair n'y joue aucun
role.
Cen'est pasd'aujourcPhui, en effet, que Ton saitque les
projectiles m6talliques durs, en se brisant k la rencontre
d'un obstacle resistant, fournissent au point d'impact un
fragment circulaire dont la surface opposee & l'obstacle a
la forme conique (1) (fig. 21). Ce qui se produit pour les
projectiles resistanls est 1'image du phenomene que nous
observons dans les balles en metal mou. Au point d'im-
pact, un element de la balle est brusquement immobilise.
II entre parfailement en contact avec la surface de l'ob-
stacle, puisqu'il en ternit la couleur, mais ne glissanl pas
dessus il ne peut par consequent la lui enlever. Aussilot
immobilise, cet element devient la base d'un cone sur
lequel, en vertu de la vitesse acquise et du peu de tenacite
du plomb, glissent les aulres elements de la balle, qui, en
rencontrant obliquement la surface du bloc, lui enlevent
son enduit tout aulour du point d'impact. L'elasticite de
la fonte fait ensuite smearier ces elements; ils glissent sur
la surface en Peffleurant et la marquent en noir en y des-
sinanl I'aureole que nous avons depeinte. Si la vitesse
acquise est ires grande, les Elements de la balle se deta-
chent de sa base; si elle est moindre, ils y restent attache's
Quand
5)
(1) Dans la brochure extraite des Annates de chimie et de physique,
t. XXV, mars 1882, que M. Melsens a publiee sous le titre de : Experiences
sur le passage des projectiles a tr avers des milieux risistants^ les
figures 8, 10 et 1 1 de la planche represented des fragments semblables de
projectiles en zinc, en laiton ou en etain brises a leur rencontre avec un
obstacle en fonte.
( 35S )
le principe, se passer de la me me fagon. Le premier ele-
ment du projectile qui frappe Pobslacle est non plus immo-
bilise, mais sa vitesse est tres ralentie; le cone se forme
neanmoins, les aulres Elements glissent dessus et se dis-
ponent ati tour, ralentissant leur vitesse a mesure qu'ils
rencontrent I'obslacle. On comprend des lors pourquoi la
forme en champignon est en quelque sorte instanlanee
des I'origine de la penetration de la balle dans Pargile. Ce
qui prouve bien d'ailleurs que les choses se passent ainsi
et que Pelement, le premier en contact avec I'obstacle et
immobilise relativement, est reste au centre du mouvement
des autres elements du corps, c'est celte parcelle d'etain,
donl nous avons constate la presence, incrustee au centre
de la surface convexe de la balle qui avait frappe la plaque
de fer-b!anc avant de pen^trer dans Pargile (voir p. 546).
V.
Ces faits etablis, quel effet se produit sur un corps
plastique lorsqu'un corps dur vient le frapper normale-
ment avec une certaine vitesse? II y a penetration; mais
le projectile ayant une certaine epaisseur forme coin, et
les molecules du corps choque doivent aussi bien s'ecarter
lateralement que dans la direction du mouvement, en
vertu du principe de la decomposition des forces. Cet ecar-
tement est d'autant plus grand que la force vive du pro-
jectile est plus considerable, sans pourlant qu'il lui soil
proportionnel.
Le rapport de MM. les capitaines d'anillerie Piobert,
Morin el Didion,au sujet des experiences execulees a Melz
556
en 1835 sur la penetration des gros projectiles dans les
terres (I), signale qu'en relevant sur la surface de I'exca-
valion produite par le projectile, et dans chaque profit
perpendiculairement a son axe, les empreinles portant la
trace evidente du contact du boulet, leur somme est
conslante et egale k la circonference de celui-ci.
II en resulle done que le projectile se fore d'abord
dans Targile un canal cylindrique et qu'instantanement les
parois se dechirent et sont lanceeslateralement. « On peut
» admettre, dit le rapport, que e'est a la projection dans
les plans meridiens des diflerents elements auxqnels ils
v communiquent une parlie de leur vitesse, qu'est du Pen-
d tonnoir. i>
Jl est incontestable que si le projectile -air de M. Mel-
sens avail contribue a dislendre les parois de Texcavation,
precedant le projectile-metal, il aurait agi avant le contact
de celui-ci avec les terres, et Ton n'aurait pu relever les
empreinles portant les traces evidentes dont il est question
plus haul.
Lorsque la balle indeformable en acier, animee d'un
mouvement de rotation, penetre dans la terre, la premiere
parlie de Pexcavation est legerement conique et, si la balle
continuait a se mouvoir sans s'incliner davantage sur la
direction du mouvement, elle conlinuerait a penetrer en
donnant naissanee a une excavation conique d'une cer-
laine etendue. Mais, par suile des frottemenfs qu'elle
eprouve au contact des terres, son mouvement de rola-
tion se ralentil bienldl. Des lors, de meme que la toupie
en mouvement s'incline d'autant plus sur son axe que son
U) Voir Memorial de iartiUerie, t. IV.
( 357 )
mouvemcnt de rotation se ralcnlit, la balle s'incline ello
aussi : sa section perpendiculaire a la direction du mouve-
ment augmente et avec elle la composante lalerale H la
resistance a la penetration; le diametre de I'excavalion
grandit en suivant, dans sa conrbe heligoidale, le mouve-
ment de la balle et forme cette espeee de colonne torse
dont nous avons constate I'exislence; elle se termine par
le canal en lire-bouchon, dont les dimensions, plus elroites
que la balle elle-meme, indiquent que les terres, par suite
de leur elasticile, sont revenues sur elles-memes.
Quand la balle est deformable, sa deformation se pro-
duisant presque inslantanement au contact des terres, les
composantes laterales grandissent Ires rapidement, a
mesure que les elements situes en arriere du petit cone
de metal, dont nous avons constate la formation, ;iffiuanl
vers la tete, augmentent le diametre de celle-ci et la
resistance a la penetration. Ces elements eux-memes, glis-
sant sur le cone avec une grande vitesse, doivent commu-
niquer celte vitesse aux molecules d'argile avec lesquelles
ils sont en contact et les repousser laleralement.
Les deux effets en se combinant doivent produire
I'excavalion considerable qui nous a si fortement etonne.
L'inclinaison de la balle, lors du ralentissemenl du mou-
ement de rotation, se produit bien encore, mais beaucoup
moins, son axe etant devenu Ires court, et elle est sans
influence sur les composantes laterales, k cause de la
forme sensiblemenl spherique qu'a prise la base defor-
ce : de la la figure symetrique de Texcavation.
Remarquons que, ni dans un cas, ni dans Tautre, les
deformations du corps choque ne permettent de faire
intervenir le projectile-air, hypothese qu'il faut bien se
^signer ^abandonner.
v
( 558 )
Nous voulons Lien admettre que de fair accompagne
le projectile dans son mouvement, et il se peut qu'une
partie penetre dans Fargile avec la balle; mais sa pre-
sence n'est nullement necessaire pour expliquer les dila-
cerations constatees, et Pon peut affirraer qu'il est etranger
aux causes de rexcavation.
VI.
Cette discussion nous conduil-elle k quelque conclusion
pratique?
Examinons quel esl I'effet que Ton se propose en pre-
nant pour but : 1° le corps humain, 2° les escarpes en
maconnerie, 3° les navires cuirasses.
Les experiences failes en 1867 par le docleur Sarazin,
au moyen du fusil etde la balle Chassepot sur un cadavre,
a petite distance, nous donnent une idee des ravages pro-
duits dans le corps humain par une balle deformable. « A
» courte distance, les projectiles ne devient pas dans leur
course; le diametre de l'orifice d'entree esl sensiblement
le meme que celui du projectile; mais le diametre de
sortie est enorme, 7 a 13 fois plus grand que celui de la
balle. Les a r teres et les veines sont coupees transversa-
lement, relractees, beanies; les muscles sont dechires
et reduils en bouillie ; les os fracasses dans une etendue
considerable et hors de loule proportion avec les dimen-
sions du projectile (1). *
La consistance du corps humain a assez d'analogie avec
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(1) Revue militaire Suisse du 20 novembre 1867.
( 559 )
1'argile; la peau, Irouee a I'oriGce d'entree par la balle, a
joue le meme role que notre plaque de fer-blanc el a
oppose la meme resistance a la projection des lissus vers
Texlerieur. [/orifice dc sortie, au contraire, correspond k
une section plus ou moins eloignee de Tenlree de Fexca-
vation que nous avons examinee; la disorganisation des
muscles et des organes interieurs indique que 1'effet s'est
produit d'une maniere identique et d'autant plus violem-
menlque le milieu avail moins de consistance.
L'effet stir les os peut etre assimile a celui sur le verre
& vitre, dont la transparence facilite nos observations
(voir page 339). A u tour de 1'ouverture produite par la balle,
une zone reguliere d'environ 10 millimetres d'etendue
nous montre la maliere broyee, se detacbant en petits
6clats Ires minces, en esqnilles; au dela, des felures iriegu-
lieres Ires tenues se ramiflent, se recroisent en irradiant
jusqu'aux bords du verre. La vitre semble decoupee comme
pour un jeti de patience.
Cet effet est I'image de celui qui se produit dans les os,
broves aulour de Touverture produite par la balle el feles,
brises sur une large etendue. LVffet est bien plus grave
encore lorsque, avant de les atleindre, la balle deformable
s'esl largement epanouie, comme nous l'avons vu, parson
passage au travers des lissus fibreux, meme peu cpais.
On concjoit des lors comment, a courte distance, une arme
a feu foudroieen quelque sorle ceux qui en son t frappcs.
Quand la vilesse diminue, ou quand la distance aug-
mente, nous avons constate des differences considerables
dans le volume de Texcavation, et ce volume esl moindre
encore quand le projectile est indeformable, bien que la
penetration en profondeur soit plus grande. Les blessures
( 360 )
seront done raoins etendues, moins graves avec des balles
durciesqu'aveccelles en plomb pur; en revanche, plus d'un
horame pourra etre frappe par le meme projectile. II y a
done avantage, au double point de vue de I'humanite et de
la tactique, k employer des balles dures et a peu pres inde-
formables, et celles en plomb et elain ou plomb et anti-
moine devront etre preferees, lors meme qu'on n'aurait
pas reconnu leur superiority dans le tir.
Dans le tir en breche direct, on desorganisera d'aulanl
plus rapidement les ma^onneries que les forces vives des
projectiles seront plus grandes, par consequent leurs
charges el leurs calibres plus considerables; dans le tir en
breche indirect, ou la charge est necessairement faible
ainsi que la vitesse, on ne pourra esperer de resultats serieux
qu'avec les projectiles des plus forts calibres et les plus
lourds, c'est-&-dire en les tirant pleins, et peut-etre aura-
t-on plus d'avantages h remplir les obus de plomb qu'a
compter sur reflet de leur charge explosive.
■
Dans le tir contre les cuirasses des navires, la superio-
rity pouvant dans certains cas appartenir am projectiles
qui non seulement penetrant, mais encore desorganisent
en agissant lateralement, il sera avantageux d'employer
ceux a pointe durcie, et dont le corps, susceptible de se
deformer, augmente de diametre en penetrant (fig. 22).
Pour forer un trou bien net et le plus profondement
possible, il conviendra d'employer les projectiles tout a la
fois les plus durs et les plus tenaces, et com me leur mou-
vement de rotation ne se termine qu'au moment ou ils
s'arretent, il sera utile de donner & leur tete une forme qui
facilite leur pen&ration.
Bulletins, S e S< : ne, Tonw VIII, Pant S6o.
PI 1.
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( 301
Observations faites a Bruxelles de I 9 eclipse tolale de Lune
du 4-5 octobre 1884; par L. Niesten, chef du service
aslronoraique a PObservatoire royal.
Bien qu'au point de vue de la solution de nombreuses
questions d'astronomie physique les eclipses de lune soient
d'une importance beaucoup rnoindre que celles de soleil,
elles ne manquent cependant pas d'inleret, elles presentent
meme certaines parlicularites qui demandent encore a elre
elucidees.
Aussi nous permettons-nous de presenter & la Classe
des sciences de PAcademie les resultats des observations
de I'eclipse totale du 4-5 octobre, qui, malgre des condi-
tions atmospheriques peu favorables, a pu etre suivieavec
assez de succes dans ses difterenles phases, par les astro-
nomes de l'Observatoire.
La totalite de I'eclipse du 4-5 octobre devaitdurer l b 53 m ;
elle elait une des plus longues que Ton puisse obser-
ver (la plus longue totalite est de l h 50 m ). L'occasion etait
done des plus favorables pour observer avec des inslru-
ments puissants a la fois les immersions et les emersions
des 6toiles de faible grandeur , observations qni ne devien-
nenl possibles que lorsque la lune se trouve eclipsee. Aussi
M. 0. Struve, directeur de PObservatoire de Pulkowa, pro-
fita-t-il de l'occasion offerle par I'eclipse du 4-5 octobre
pour engager les differents observatoires a consacrer une
partie de leur temps a l'observation de ces phenomenes.
« Permettez-moi, ecrivait-il, d'exprimer I'espoir que l'Ob-
servatoire de Bruxelles voudra bien prendre part dans les
( 562 )
observations proposees, par lesquelles dans la seule nuit du
4 octobre, nous parviendrons probablement k une connais-
sance beaucoup plus exacte du veritable diametre de la
lune que ne pourraient la fournir pendant plusieurs
dizaines d'annees les observations ordinaires des occulta-
tions ou chaque (bis on ne peut observer qu'un seul des phe-
nomenes en question (entree ou sortie) sur le limbe ob-
scur de notre satellite. *
L'Observatoire de Bruxelles a pu realiser, malgre les
conditions desavantageuses de Petat atmospherique, une
partie du programme des observations indiqueespar M. 0.
Struve.
Un ciel fortement nuageux et parfois completemenl cou-
vert n'a pas permis de noler les instants precis des contacts
de la lune avec le cone d* ombre de la terre. A 8 h 33 m 36%9,
r
on put cependanl s'assurer que le premier contact venait
d'avoir lieu. (Observation a travers les nuages; 8 h 34 m etait
Theure indiquee par le calcul.)
Auparavant on avait constate la presence de la penom-
bre sur le disque lunaire; elle s'accusait par une teinte
roussatre qui recouvrait les parties sombres de la lune et
qui se fon^ait a mesure que la lune penetrait dans la
penombre. Ajoutons encore que celle-ci se voyait mieux
a Toeil nu que dans les lunettes. De belles eclaircies per-
mirent ensuite de suivre la marche deTombre sur le disque
lunaire et de noter les instants ou les principaux crateres
immergeaient dans Tombre.
La bordure de I'ombre etait bleuatre et presentait
diverses ondulations. La couleur de Fombre etait grise
ocreuse; elle n'etait pas assez intense, quand la lune fut
completemenl engagee dans le cone d'ombre, pour effacer
363
tous les details lunaires. Les bords de la lune se trou-
vaient alors les plus eclaires, landis que pendant Timmer-
sion le bord oriental etail resle complelement cache par
Fombre.
A plusieurs reprises, on remarqua que le contour de
Fombre n'avait pas une courbure uniforme. Ainsi, a 9 h 35 m ,
on pouvait apercevoir un renflement bien marque dans le
sens N.-E. — S.-W. de l'ombre, correspondant ainsi aux
regions equatoriales de la lerre. Ces renfleraents de Pom-
bre n'6laient pas reels, ils etaient causes par la chute de
Fombre sur des plaines lunaires dont la leinte grisatre et
encore assombrie par ia penombre venait s'ajouter h Fom-
bre porlee par la lerre sur le disque lunaire.
Un fait qui a frappe egalement les observateurs, c'est
que les comes lumineuses s'enfon<jaient assez loin dans
l'ombre et se prolongeaient par un mince filet de lumiere,
jusqu'a une certaine distance, sur le pourtour de la partie
cachee de la lune.
Pendant la duree du phenornene, differentes photogra-
phies furenl prises a requatorialTronghton,ouvertureO m ,10,
par H. Prins de I'Ohservaloire, et a Tequalorial de m ,58
par M Favocal Damanet, qui en cette occasion avait bien
voulu mettre a la disposition de Pastronomie son talent de
photographe.
Dans les photographies que nous avons Fhonneur de
presenter a FAcademie, Fexplication que nous avons
donneedes renflements du contour de Fombre se trouve
v6rifiee;Fempietement des cornes lumineuses dans Fombre
y est egalement apparent.
( 364 )
Obserfaleor.
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faifes a I'Observatoire royal de Bruxelles, du 9 au
11 aoiit 1884; par L. Niesten, chef du service astrono-
mtque.
Comme les annees precedentes, le personnel aslro-
nomique de I'Observatoire a observe pendant les soirees
des 9, 10 el 11 aoul les eloiles filantes dont I'afflux, a
cette epoque de rannee,s'est plusicurs fois manifesle avec
une grande intensile.
Cetle annee, la moyenne horaire des eloiles filantes
d'aoul qu'on a pu relever n'a pas depasse le nombre de
meteores que Ton comple habilueilemenl dans les autres
soirees. II est vrai que les conditions dans lesquelles se
sont faites les observations — le ciel eclaire par la Lime,
qui commengait sa periode decroissanie, ne montrait que
difficilement les Eloiles de 4 mo grandeur — n'ont pas
permis d'ohscrver les meteores de faible eclat.
Malgre leur petit nombre, on peut cependant deduire
des observations des eloiles filantes d'aoAl 1884 certaines
particularity qui meritent d'etre signalees.
Si Ton considere d'abord le nombre des eloiles filantes
qui ont pu etre relevees, on trouve que :
Le 9 aoitt, de 9 h a 12 h , deux observateurs, decouvrant
lout le ciel, comptent 24 eloiles filantes, soil une moyenne
horaire de 8;
Le 10 aout, la moyenne horaire est plus forte, elle s'eleve
& 14 meteores, deux observateurs en ayant compt6 19,
de9 h 10 m & 10 h 30 ra ;
Le 40 aout, enlre 10 h 50 m el H h 40 m , un seul observa-
teur, observant du cdt6 du Sud-Ouesl, en compte 6, ce
qui donnerait egalement une moyenne boraire de 14 m6-
leores pour le ciel en tier;
>
371
Le ii aoui,h moyenne horaire redescend a 10 meteores,
15 etoiles filantes ayant 6teobservees de 10 b 30 m a 12\
Ainsi, bien que le nombre horaire des etoiles Qlantes
n'ait pas depasse la moyenne horaire des soirees ordi-
naires — ce qui peut etre dti au clair de Lune, — on en
a pu cependant constater un nombre plus considerable
dans la soiree du 10 aotit. Ce fait a deja ete remarque
les annees anlerieures et surtout dans les soirees de 1883,
ou le nombre horaire des etoiles filantes etait de 70 le
10 aoiit, alors qu'il n'etait que de 54 et de 45 les 9
et 11 aout.
De meme que dans les apparitions precedentes, le plus
grand nombre des meteores d'aoiit paraissait ^merger
des environs de Cassiop6e, pour traverser, du zenith a
I'horizon, les constellations du Cygne, de la Lyre el d'Her-
cule, longeant ainsi la Voie lactee. La remarque que
faisait A.-S. Herschel,cl propos des Etoiles filantes d'aout
1864 (1): « La tendance k se rapprocher de la Voie lact£e,
que j'ai toujours remarquee comme un caractere de ces
meteores, est tres fortemenl exprimee d, peut egalement
s'appliqner aux meteores observes cetle annee.
Si Ton recherche les points radiants des etoiles lilantes
observees, on trouve :
Dans la soiree du 9 aout, deux points radiants dont
le premier surtout est bien defini. Celui-ci a pour coor-
donnees :
(«) M — 2 h 50 m : 3 — h- 70
et est determine par 17 meteores (2, 4, 5, 6, 7, 9, 10,
H, 12, 13, 15, 16, 17, 18, 19, 20 et 23) ;
(1) Annuain de I'Observatoire royal de Bruxelles, 1864, Notices,
p. 45.
( 372 )
Le second :
(6) /R = h 50 m ; 5= + 48°
n'a ete donne que par 3 etoiles fllantes (1, 3 et 24).
Le 40 aout, 13 etoiles filantes (26, 31, 33, 35, 36, 37,
39, 40, 42, 44, 45, 49) ont donn6 comme point d'emana-
tion :
(c) /ft = l h 0— , <? = -+- 60*.
et 5 Etoiles filantes (25, 29, 32, 34, 47) en ont donne un
second :
(d) flt = 7 h 30 m ; <f=H-75°
Le ii aout, 7 <§toiles filantes (50, 51, 52, 54, 55, 57,
58) semblaient eraaner du point :
(c) ift=0 b 40' n ; 6== -*-60°
et 5 autres (56, 59, 60, 61, 62) du point :
{[) At = 22 h 30 m ; <? = -*- 25°.
Ainsi, sur 63 etoiles fllantes observees, 50 se rattachent
a des centres d'6manation suffisamment caracterises.
Les points radiants (6) (c) et(c), dont la position moyenne
est
jft = h 50 m ; <?=-4-55°,
font partie da groupe des radiants determines le 10 aout
1883
/R=O h 41 m ; ^=h-S4°5'.
Le point radiant
At = 2 h 50 m ; ,?=-*- 70
determine le 9 aout appartient aux radiants des Perseides,
qui s'etendent, comme on sail, sur une assez grande
region au nord de y de Pers6e.
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( 377
La structure de I'intestin anterieur des Arachnides; par le
D r J. Mac Leod, agr£ge special a FUniversiie de Gand,
professeur a Fecole normale de Bruges.
COMMUNICATION PB&LIMINAIRE
(Figures 1 a 15).
En etudiant Fanatomie des Acariens, nous avons ete
amene a nons occuper de divers points de Fanatomie des
autres Arachnides. Nous publions aujourd'hui le resultat
d'une elude comparee de Finteslin anterieur des Scorpio-
nides, Phalangides, Araneides, Acariens et Pseudo-Scor-
pionides. Nous avons egalement examine sous ce rapport
un Pycnogonide (Pycnogonum littorale), sans avoir rien a
ajouter aux descriptions exislanles (entre autres celles de
Dohrn et de Hoeck). Nous publierons sous peu la descrip-
tion de I'intestin anterieur des Solpuges.
Nous coraprenons sous le nom tfintestin anterieur la
partie du tube digestif qui commence k Forifice buccal et
traverse Fanueau cesophagien, jusqu'au point ou cesse le
revetement chitineux interne. Ce point correspond gene-
ralement k Fendroit ou Foesophage debouche dans le ren-
flement stomachal.
Nous nous sommes surtout occupe de la musculature
de cette partie du traclus intestinal, ainsi que des glandes
qui y sont annexees. Nous avons laiss6 de cote un grand
nombre de details, qui trouveront place dans un travail
ulterieur. Les figures qui accompagnent le present travail
sont destinees k faciliter Finlelligence du texte; nous les
avons considerablement simplifies.
378 )
I. — Scorpions-
Nous avons 6tudie plusieurs exemplaires (Pune espece
de Scorpion provenant de Pile de Capri ; probablement le
Buthus europaeus. Les organes buccaux ont la consiitu-
tion suivante :
En regardant le cephalothorax (Pun Scorpion par la face
ventrale, on observe : 1° les hanches des paltes-machoires,
qui sont fori volumineuses et se louchenl presque sur la
ligne mediane; 2° en ecartanl legerement ces organes,
on decouvre la levre superieure ou labrum, qui est com-
primec lateralemenl et placee a peu pres verlicalemenl;
3° au-dessus de la levre t du cole dorsal, se trouvent les
cheliceres; 4° en arriere, ou plutol du cole ventral, on
aper^oit deux paires de pieces horizontals : ce sont les
lobes maxillaires des hanches des pattes ambulatoires de
la premiere et de la seconde paire. Les hanches de la paire
II sont triangulaires, a sommet dirige en avant. Elles se
touchent presque sur la ligne mediane, et couvrenl parliel-
Jement la surface ventrale des hanches de la paire I, qui
sont plus lateralemenl placees (1). La figure t represente
une coupe longiludinale presque sagitlale d'un cepha-
lothorax de Scorpion, passant a une pelite distance de la
ligne mediane. La bouche B est situee a la base da labre,
et conduit, par un inleslin buccal fort court, sur lequel se
trouvent inseres quelques muscles dilalaleurs mdd, dans
une portion rcnflee, le sac phmryngien [pharyngeal sac) de
(1) Voir pour plus de details : Simo?i, Aracfui. de France, U VII.
( 379
Huxley (1). Au sac pharyngien fail suite un cesophage assez
large, qui traverse le sysleme nerveux (N) et se dilate
considerablement plus loin.
Le bord superieur du sac pharyngien presente un sillon,
auquel correspond une saillie en forme de cote vers Fin-
terieur de l'organe. Son bord inferieur est simple.
Le sac pharyngien est pourvu d'unc musculature assez
corapliquee : on observe d'abord les muscles dilatateurs
lateralis d, inseres sur les faces laterales de l'organe (voir
aussi la coupe horizonlale, figure 2, et la coupe transver-
sale, figure 3). Les dilatateurs anterieurs m d sont inseres
a la base du labre, vers sa portion superieure.
D'apres Huxley, il n'y aurait que des muscles dilata-
teurs : la fermeture de l'organe se ferait par I'elasticitede
ses parois, qui sont en effet renforcees par une cuticule
cbitineuse assez epaissc. II existe cependant un systeme
de muscles conslricteurs. Des faisceaux musculaires verti-
caux on obliques (fig. 1, 2, 5, c.) entourent l'organe. lis
s'inserent par leurs extremites a son bord inferieur.
Au niveau du bord superieur, ils(C./i.)s'inserenl auxdeux
levies du sillon qui se trouve & ce niveau, et se rejoignent
au-dessus de celui-ci, qu'ils recouvrentcomme un pont.
En com pa rant enlre elles nos figures 1, 2 et 3, on voit
qu'on peut considerer une coupe perpendiculaire au grand
axe de l'organe comme une etoile a trois branches. Entre
les extremites de ces branches se trouvent inseres les
dilatateurs, qui sont places d'une fa^on rayonnanteautour
de Porgane. Les conslricteurs sont inserts aux extr£mit£s
des branches de I'etoile, et sont tendus entre celles-ci
(1) On the mouth of the Scorpion. (Quart. Journ. f. microsc. BC, 1860).
Voir aussi du nieme auleur : Anal, of invert anim., 1877, page 375.
580 )
cocaine des cordes. Les dilataleurs occupenl les espaces
compris entre les faisceaux constricteurs, el reciproque-
ment. (La iigure 2 est surtoul propre a donner one bonne
idee de celte disposition.) L'oesophage est muni d'une
tiinique musculaire formee de quelques faisceaux transver-
saux, slries, qui sont assez lachement unis entre eux. Au
dela de I'anneau oesophagien, il n'existe pas d'appareil de
succion.
Gland es. — Les portions maxillaires des hanches des
pattes ambulatoires I et II contiennent de nombreuses
glandes acineuses, debouchant isolement k la surface de
ces organes : leurs points d'excretion occupenl surtoutles
surfaces de ces organes qui se regardent Tune I'autre (par
consequent la face dorsale des hanches de la seconde
poire, el la face venlrale des hanches de la premiere). Les
landes peuvent etre comparees k la glande maxillaire des
Araneides (voir plus loin).
Pxeudo-trachees. — Les hanches maxillaires de la
seconde paire portent, a leur surface, chacune un sillon
tubulaire, semblable a ceux qu'on rencontre chez beau-
coup d'insectes, et qu on a no mm 6s pseudo-trachees (voir
plus loin Phalangides).
Muscles du Labhum, voir plus loin Araneides.
II. — Phalangidfs (Opiliones).
Les formes que nous avons 6tudi6es sonl : le Phalan-
ghim opilioj L., el le Phalanghtm parietinum, de Geer.
Chez les Phalangides, les pieces buccales ont la consti-
tution suivante :
( 381
1° Le rostre, situe a peu pres verticalement, de telle
sorte qu'il faut faire des coupes horizontales pour etudier
la structure de I'intestin buccal qui y est contenu; 2° Fex-
tremite inferieure (distale) du roslre se divise en deux
parties : une portion anterieure, Yepistome, et une partie
posterieure, la piece labiate; 3° entre Tepistome et la
piece labiale se lrouve,de chaquecote de la ligne mediane,
le lobe raaxillaire de la patle-machoire ; 4° en arriere de
la piece labiale se trouvent les lobes maxillaires des pattes
ambulatoires de la premiere paire; o° en arriere deceux-
ci, les lobes maxillaires des pattes ambulatoires de la
deuxieme paire, qui ne font pas, a proprement parler,
partie des pieces buccales.
Le tube digestif des Phalangites a ete decrit par
Plateau (\). Nous avons constate Inexactitude des particu-
larises signalees par cet auteur.
L'oriflce buccal se trouve situe k Textremite du rostre,
au point ou celui-ci se divise en epistomc et en piece
labiale. L'intestin buccal est dirige d'abord verticalement ;
il se recourbe ensuite rdgulierement en arriere pour tra-
verser le systeme nerveux et d<5boucher dans 1'estomac.
Son epaisseur va en diminuant d'une maniere a peu pres
reguliere depuis la boucbe jusqu'au cardia.
Toule la partie du tube digestif qui est situee en avant
de Panneau oesophagien a sensiblement une structure
uniformesur toute sa longueur. Sur une coupe transver-
sale (par exemple une coupe horizontale du rostre faite k
une petite distance au-dessus de la bouche, voir fig. 4),
(1) Note sur les phenomdnes de la digestion et sar la structure de
Cappareil digestif chezles Phalangides, avec uue planche. (Bulletins de
FAcademie royalede Belgique, 1876.)
382 )
sa lumi&re, limitee par une cuticule chitineuse assez
epaisse, presente 1'aspect d'une etoile h six branches. Les
extremites de eelles-ci sont reliees entre elles par des
cylindres musculaires constricteurs (c, c) qui constituent
par leur ensemble un hexagone circonscrit& 1'etoile.
Les muscles dilatateurs (d, d) sont beaucoup plus deve-
veloppes et inseres, d'une part au sommet des branches
de Tetoile, d'autre part a la paroi chitineuse externe (p)
du rostre.
Le fonctionnement de ces muscles est facile k com-
prendre : la contraction des dilatateurs ecarte les uns des
autres les sommeis de l'etoile. La distance comprise entre
deux sommets adjacents quelconques se trouvant aug-
mentee, Tare chitineux (portion de la paroi interne du
tube digestif) qui les joint doit forcement prendre une
forme plus plane, ce qui a pour resultat une augmentation
de volume, une dilatation de Fintestin. Les constricteurs
ont pour effet de rapprocher les sommets de Fetoile,
et retablissenl l'etat de choses primitif (I).
Pseudo-trachees. — (Voir Scorpions.) Les lobes maxillaires
des paltes-mkhoires portent, le long de lenr bord interne
5)
rapprochees et se
recouvrent meme un peu Tune l'autre (en coupe transver-
sale, tig. 5, p. t; fig. 6. p. t, plus fortemenl grossi), de
sorte que le sillon devient un veritable tube, a parcours
(1) Chez quelques Pycnogonides (Pycnogonum liltorale, entre autres),
le sugoir a la forme d'un triangle, mais les portions chiiineuses situees
enlre deux angles adjacents sont convexes en dehors. II resulie de la que
les muscles inseres aux angles produisent, par leur contraction, un effet
oppose a celui des muscles angulaires des Phalangides. Chez Pycnogo-
num, les muscles inseres aux angles sont done des constricteurs.
383
un peu sinueux, ouvert a ses deux extremites. Int^rieure-
ment ce tube est revetu d'une cuticule chitineuse (1),
brune, tres epaisse, presentant un fin strie transversal qui
rappelle le f i 1 spiral des trachees.
Nous avons tronve un organe semblable dans les lobes
maxillaires des hanches de la deuxieme paire de pattes
ambulatoires chez le Scorpion.
Ces tubes ressemblenl d'une maniere frappante aux
organes decrits dans les pieces buccales de certains
insectes (2), et nommes pseudo-trachees. Celles-ci sont
consid6rees, entre aulres par Dimmogk (3), comme des
appareils de raclage.
Les pieces buccales des Phalangites presentent en outre
des sculptures de loute nature : sillons, depressions, poils,
etc., ce qui leur donne, sous le microscope, un aspect des
plus compliques.
Gland es. — Nous avons trouve, chez les deux Phalan-
ides examines, une petite glande acineuse dans les lobes
maxillaires des patles-m&choires. Nous n 'avons pu deter-
miner avec exactitude le point de la surface de l'organe
auquel cette glande dehouche. II nous parait cependant
hors de doute quelle diverse son produit a Tenlree du
tube digestif (fig. 5, g).
Cette glande occupe exactement la meme position que
la glande maxillaire des Araneides, trouvee par Campbell,
et la glande maxillaire (venimeuse) trouvee par Cronen-
berg chez les Solpuges. Ces trois organes doivent done
6tre consideres comme homologues.
(1) En continuity directe avec la cuticule externe (voir fig. 6).
(2) Fr. Mei.\ert, Fleurnes Munddele.
(3) Geo. Dimmock, Mouth-parts of Diptera.
584 )
III. — Aran£ides (Aranece).
Le lube digestif des Araneides a ete d£crit dans ces
derniers temps par F. Plateau et Wladimir Schimke-
witsch (1). Nous avons fort peu de chose a ajouteraux
descriptions de ces auleurs.
La description generate suivanle s'applique a lous les
genres (Lycosa, Epeira, Tegenaria, Argyroneta, Clu-
biona, etc.) examines.
La bouche se trouve situee a Textremite du rostre.
L'intestin buccal se dirige d'abord en ligoe droite \ers la
face dorsale : sur une coupe transversale il presente ras-
ped d'une feme courbe a parois chitineuses (fig. 7) dont
les bords sont replies en avant. Les parois anterieure
et posterieure sonl striees transversalement et assez
epaisses, tandis que les parois lalerales sont minces. A la
surface interne de la paroi anterieure, on aper^oit une
goultiere longitudinale, dont les levres sont Ires rappro-
chees, quelquefois memeen contact Tune avec Paulre.
A son extremite superieure, Pin lest in se recourbe a peu
prte a angle droit pour former Tcesopliage. L'origine de ce
dernier est fortement elargie dans le sens de la hauteur.
Sur une coupe transversale (lig. 8) , on remarque que cette
portion elargie est comprimee transversalement; que la
cuticule chitineuse est relativement epaisse dans la partie
(i) F. Plateau, Becherches sur la structure de I'appareil digestif
chez les Arandides. <Bull. Acad. Belg., u 2* setie, t. XLIV.)
Schimkkwiisch, Etude sur t'anat. de VEpiire. (Ann. Sc. nat., t. XVI I,
1884.)
385
dorsale (tig. 8, e, c), mince et flexible dans la partie ven~
trale (fig. 8, c. m.\ Du c6te dorsal, il existe deux prolon-
gements aliformes (fig. 8, al.) formes partiellement par de
la chitine. Sur la coupe suivante (Gg. 9) la culicule a sen-
siblement la raerae epaisseur partout, et les deux prolon-
gements aliformes de la paroi cessent d'exister.
Au dela, Toesophage se presente sous forme d'un tube
qui traverse I'anneau nerveux et debouche, apres un cer-
tain trajet, dans Testomac suceur (voir plus loin).
Les muscles inseres sur Finteslin buccal et l'oesophage
sont nombreux et compliques. lis ont et6 decrits pour ia
premiere fois d'une fagofl complete par Schimkewitsch.
Les resullats de nos recherches confirrnent d'une maniere
generate la description de Schimkewitsch; nous revien-
drons nlterieuremenl sur les points de detail ou nous ne
sommes pas d'accord avec cet auteur.
Quant a Interpretation du rdle de ces muscles, nous
croyons que Schimkewitsch s'exprime d'une maniere trop
absolue en disant que tons les muscles du pharynx sont
ditatateurs. Les muscles (fig. 7, 8,9, m 4 ) qui s'inserent
aux prolongemenls aliformes du pharynx d'une part, a
I'extremite du labium de 1'autre, nous paraissent devoir
etre interprets comme abaisseurs du pharynx; et leurs
antagonistes (fig. 8, m 5 ), dont I'extremite fixe s'attache a
la paroi dorsale du cephalothorax, nous semblent etre des
6I6valeurs.
Quant aux muscles contenus dans le rostre, nous
croyons que les muscles lateraux qui s'inserent aux angles
anterieurs du pharynx (fig. 7, nt s ) sont des constricteurs.
Muscles impairs horizontaux du rostrum. — On trouve
dans le rostre (labrum) des Araneides, deux muscles hori-
3 m * SEME, TOME VIII. 26
zontaux : Tun (fig. 7, Kir 1 ) est anterieur el grele, I'autre
(fig. 7, m%) est poslerieur et plus epais. Ces deux muscles,
decrits par Schhnkewilsch, correspondent exactement a
deux muscles semblables du labre du Scorpion (fig. 1 et
2, w 1 et m 2 ). Schimkewitsch considere ces muscles comme
des ejaculateurs du contenu de la glande rostrale (voir
plus bas). II nous semble difficile d'admettre que des mus-
cles relativemenl aussi volumineux servent uniquement h
expulser le produil d'une glande aussi peu importanle que
la glande rostrale, Nous croyons pouvoir les considerer,
chez les Araneides, comme des conslricteurs de Tintestin
buccal.
La musculature du pharynx des Araigndes, que nous
decrirons dans un travail ulterieur avec de nombreuses
figures, est, en apparenee, d'une complication extreme.
De plus, on observe des differences individuelles assez
considerables quant aux dimensions des divers muscles.
Le nombre des muscles est fort considerable, mais beau-
coup d'en tie eux sont tresgreles. Le pharynx des Ara-
neides esl, presque sans ie moindre doute, J'homologue
du sac pharyngien des Scorpions. Cest un appareil eu
voie de regression : il ne preside, en eflet, pas seul b la
succion ; il s'est form6 sur le traiet de l'oesophage, en
# •
arriere de Tanneau cesophagien, un nouveau sugoir, qui
n'existe pas chez les Scorpions, et qu'on ne retrouve pas
chez Jes autres Arachnides (1), Ce dernier appareil, Ye* m
tomac suceur, a supplante partiellement I'appareil de
succion du pharynx, et a fait perdre h ce dernier une
grande partie de son importance.
(1) II en existe cepeadant une trace chez les Chelifer.
387
Estomac suceur. — Nous n'avons rien & ajouter aux
descriptions de Plateau et de Schimkewitsch.
Glandes pharyngiennes. — Les parois de l'intestin
buccal sont tapissees, anterieurement et posterieurement,
par un epithelium pigmenlaire glandulaire (Schimke-
witsch). II existe, k la partie superieure du pharynx et
lateralement, des glandes unicellulaires allongees, assez
developpees, qui sont des cellules de F6pith6lium diff£-
renciees. Ces glandes, surtout developpees chez FArgy-
ronele, occupent exactement la position des glandes
decrites par Plateau chez Ffipeire, et dont Fexistence est
niee k tort par Schimkewitsch.
Glande rostrale. — Nous Favons trouvee conforme & la
description de Schimkewitsch. Elle est tres grande chez
FArgyronete*
Glandes maxillaires. — Nous avons trouve ces glandes
conformes aux descriptions de Campbell et de Schimke-
witsch.
IV. — Chernetes (Pseudo-scorpionides).
Nous avons eludi£ le Chelifer cimicoides. L'intestin
anterieiir de cet animal se rapproche de celui des Scor-
pionides et des Araneides par ce fait qu'il exisle un angle
prononc6 entre ia portion verlicale contenue dans le rostre
et la portion sensiblement horizonlale, qui traverse le sys-
teme nerveux. La portion ascendante de l'intestin ante-
rieiir, qui correspond a I'inleslin buccal des Araneides,
\ % _ _ _ * m ■ *
d£cri
Araneides
388 )
Scorpionides, c'est i'origine de I'oesophage qui possede
surtoul des muscles.
Une coupe iransversale de cette portion du tube digestif
(fig. 10), correspondant done par sa position a la coupe
iransversale du sac pharyngien des Scorpions (fig. 5), se
pr£sente sous la forme d'une etoile a quatre branches ou
mieux d'une croix de Saint-Andre (i); les extremites des
branches de l'6ioile servent d'inserlion a des faisceaux
constricteurs (c) qui forment, par leur reunion, un quadri-
lalere circonscrit a Tetoile. Les dilatateurs (d) sont au
nombre de deux, assez volumineux, lateralement iuseres
entre les branches de l'6toile et situeshorizontalement.
En arriere de 1'anneau cesophagien, quelques muscles
peu importants sont insures sur I'oesophage et forment
comme un rudiment d'estomac suceur.
V. — Acarieks.
Tandis que, dans les limites des divers groupes que
nous avons Studies jusqu'ici, la structure est assez um-
forme pour permettre de donner une description g6n&-
rale applicable au groupe tout entier, chez les Acariens il
existe des differences profondes entre les divers genres.
Cette remarque n'est pas seulement applicable £ la struc-
ture du lube digestif, mais aussi a tout le reste de l'orga-
nisation.
Nous avons eludm jusqu'ici en detail la structure de
Tinteslin anterieur chez cinq genres : Argas, Pteroptus,
Hydrachna, Trombidium et Eryphtraeus.
Chez tous, Tintestin buccal proprement dit, silue dans
la levre, est muni de muscles constricteurs et dilatateurs,
tandis que le reste de rintesliu anterieur en est depourvu.
( 389
Trombidium. — Nous avons deja donne* la description
du sucoir du Trombidium, qui eHait d'ailleurs parfaitement
connu par la description de Henking. Notre figure 11
montre que sa paroi dorsale est £paisse, tandis que sa
paroi ventrale est, au contraire, mince et flexible, et soud£e,
sur la ligne mediane, & la paroi ventrale de la lfr're (s).
La structure de ce sucoir est uniforme sur toute la Ion-
gueur de la I6vre dans laquelle il est contenu.
Hydrachna. — Le su<joir de cet animal (fig, 12) occupe,
corame chez la forme precedente, toute la longueur de la
levre, et sa structure est uniforme sur toute son etendue.
Sur une coupe transversale , il presente un aspect assez
analogue a celui du Trombidium. II en differe par les
particularity suivanles: 1° les parois dorsale et ventrale
sont a peu pres egalementepaisses;2° le point d'insertion
des muscles dilatateurs est situe au-dessusdela droite ideale
qui joint les exlremites laterales de la face ventrale (1) et
non au-dessous de celte ligne* C'est \k un fait tres impor-
tant au point de vue du fonctionnement de I'organe; 3° le
muscle constricteur est plus grele et a la forme d'un V k
ouverture dirigee vers le bas, ce qui resulte du deplaccment
du point d'inserlion des dilatateurs; 4° la face ventrale
n'est pas reliee a la paroi infeYieure de la levre (tl) par
un seul point, mais par un grand nombre de fibres nu-
cleees (/c), probablement de meme nature que celles qu'on
trouve sous le tegument externe, au niveau des organes
respiraloires des Arachnides.
Eryphtraeus phalangoides. — Le sucoir de cet animal
( I ) C'est-a-dire la corde de Tare forme par cetle parol
( 390 )
rappelle, sur une coupe (fig. 13), celui d'Hydrachna. II en
diflere par les particularity suivanles : 1° la paroi dorsale
est mince (exactement le contraire de ce qui existe chez
Trombidium) ; 2° la paroi ventrale est rSunie au tegument
exterieur de la levre par un seul point ($), com me chez
Trombidium, mais d'une maniere diff^rente. La paroi du
sii$oir presente une saillie qui est engrenee dans une
depression de la face interne de la paroi de la levre; 3° les
observations faites chez Hydrachna , relativement k la
position du point d'insertion du dilatateur et la forme du
constricteur, sont en tous points applicables k Eryphtraeus.
Pteroplus. — Le su^oir de cet animal presente, sur une
(fi
w
les espaces lateraux situes entredeux branches adjacentes
(
)
sommets des branches de I'etoile et constituent par leur
ensemble un triangle circonscril a celle-ci.
Argas. — Nous avons deja decrit, dans une communi-
cation precedente, le suQoir d'Argas reflexus.
Notre iig. 15 represenle une coupe transversale de la
levre de cet animal : Pintestin buccal (t) se presente en
coupe comme une 6toile a trois branches; chacune de
celles-ci est bifurquee k son extremite. Les dilatateurs (d)
sont an nombre de six. Les constricteurs (c) forment par
leur reunion un hexagone sym^trique circonscril h Peloile.
(II existe en outre, dans la levre, deux puissants muscles
r^tracleurs longitudinaux, r.)
( 391
Observations g£n6rales-
II resulte de nos recherches que :
i. L'appareil de succion est localise dans la partie du
tube digestif situee au devanl de l'anneau oesophagien,
chez tous les Arachnides examines, k Pexceplion :
a) Des Araneides, chez lesquelles il exisle un estomac
suceur en arriere de l'anneau oesophagien. Chez ces ani-
maux, le sac pharyngien semble en etat de regression;
I>) Des Chernetes, chez lesquels il exisle un estomac
suceur tres rudimentaire.
2. Chez les Scorpions, les Araneides et les Chernetes, ]
Fappareil de succion est surlout developpe en un point
determine du trajet de Pinteslin anlerieur.
3. Chez les Acarienset les Phalangides, toute ou presque
toule la portion du lube digestif, situee entre la bouche
et Panneau nerveux, joue le role de sugoir, et possede un
systeme de muscles dilatateurs et constricteurs qui com-
mence & une tres petite distance de la bouche.
4. Le mecanisme de Tappareil de succion est tres
variable dans le groupe des Acariens. II est, au contraire,
assez uniforme dans les limites des autres groupes Stu-
dies, mais differe beaucoup de Tun groupe a I'autre.
5. La glande rnaxillaire des Araneides (Campbell) et
des Solpuges (Cronenberg) se trouve egalement chez les
Phalangides.
6 II existedes organes analogues aux psendo-trachees
chez les Phalangides et les Scorpions.
( 592 )
Sur {'existence d'une glande coxale chez les Phalangides ,
par J. Mac Leod.
(Figure 16.)
Ray Lankester a d^crit r^cemment (1) les glandes
coxales des Limules, des Scorpionides et des Araneides
tetrapneumones. Ces organes sont situes dans le pro-
soma (cephalolhorax), au voisinage de sa limite poste-
rieure.
lis se composent de tubes glandulaires, r^unis de
diverses manieres, et constituant un systeme ferme. Les
cellules qui lapissent les tubes soul caract£risees par ce
fait que leur zone externe est forlement stride et nette-
ment diilerenciee, tandis que leur portion interne semble
formeede protoplasme granuleux et renferme un noyau.
Nous avons trouv6, chez les Phalangides, des organes de
mfone nature, situes k la base des pattes ambulaloires
posterieures, dans le voisinage des troncs d'origine du
systeme tracheen (voir fig. 16). Nous en donnerons ulte-
rieurement une description complete.
L'exislence d'une glande coxale chez les Phalangides
nous semble avoir une importance assez considerable. En
effet, divers points de Tanatomie de ces animaux ont
inspire des doutes au sujet de la place qu'ils doivent
occuper dans Ja classification, et ont fait naitre J'id£e que
ces animaux ne sont peut-etre pas des Arachnides.
(1) The Quart. Journ. of Micr. Science, January 1884.— Voir aussi
Packard, The anatomy of Li mulls Polyphemus.
( 393 )
L'existence de la glande coxale nous semble un argu-
ment important en faveur de la maniere de voir la plus
gen£ralement adoptee, qui place ces animaux parmi les
Arachnides.
Simon et d'autres auteurs ont appel6 J'attention sur la
similitude qui exisle, h certains egards (notamment en ce
qui concerne la structure des pieces buccales), entre les
Phalangides et les Scorpions. L'existence de pseudo-lra-
ch6es et d'une glande coxale nous semble plaider en
faveur de cette id£e.
De V hermaphrodisme de Trombidium male;
par J. Mac Leod.
(Figure 17.)
Les culs-de-sac de la glande male deTiombidium holose-
riceum renferment chez lous les exemplaires examines des
ovules, situ£s entre les cellules-meres des spermalozoides
(Gg* 17). Nous ne croyons pas qu'il s'agisse ici d'un herma-
phrodisme fonctionnel, car ces ovules n'atteignent ni le
developpement, ni les dimensions des ovules murs des
femelles examinees k la meme epoque de Tannic
( 394 )
EXPLICATION DE LA PLANCHE.
N. B, Toutes les figures sont dessin^es k la chambre claire, k des grossisse-
ments diflferents. De nombreux details ont 6t6 supprimGs.
Fig. 1. Partic antericure du cephalotorax d'un Scorpion. Coupe
longitudinale, trds rapprochee dc la ligne mediaoe.
D. Tegument dorsal.
V. — ventral.
chl. Base d'unc cheliccre.
Ibr. Labre.
h. II. Portion maxillaire dc la hanchc de la seconde paire.
N. Centres nerveux.
m x . Muscle transversal grele du Labre (faisceaux coupes
transvcrsaleraent).
*n*. Muscle transversal epais du Labre (faisceaux coupe*
transvcrsalement).
B. Entree de la bouchc.
PS. Sac pharyngicn.
as. OEsophage (avec quelques fibres musculaires).
d. Muscles dilatatcurs lateraux du pharynx.
w d . — antero-superieurs du pharynx.
mdd. — inferieurs
C. h. Muscles constricteurs du pharynx.
Fig. 2. Partic antericure du ccphalothorax d'un Scorpion. Coupe
horizontale, an niveau de la partic superieure du sys-
teme nerveux.
T. Teguments lateraux.
PM. Pattes-machoires.
cht. Replichitineux, servant d'inscrtion aux muscles dila-
tatcurs lateraux (d) du sac pharyngicn.
PS, d, c, md, C. ft* 9 m l , mP, Ibr. Voir fig. 1-
Fig. 3. Coupe transversale du sac pharyngicn de Scorpion. PS,c,d,
voir fig. I.
• ( 395 )
Fig. 4. Coupe transversalede la levre (rostre)de Phalangium opttio .
p. Paroi externe de la levre.
i. Intestin buccal, limite par une cuticule chitineusc.
c. Muscles constricteurs.
d. — dilatateurs.
-
Fig. 5. Coupe horizontalc de la hanche maxillairc du meme.
c. Cuticule externe.
g. Glande maxillaire.
p, t. Pseudo-trachec (en coupe transversale).
Fig. 6. Portion de la coupe precedente, fortement grossie.
c. et p. L Voir fig. precedente.
Fig. 7. Coupe horizontale des pieces buccales d'une fipeire.
r. Rostre.
mx. Hanches maxillaires.
gm. Glande maxillaire.
i. Intestin buccal.
w*, m*. Voir fig. 1.
m 8 . Muscles lateraux obliques de l'intestin buccal (coupes
transversalement).
m 4 . Muscles abaisseurs (?) du pharynx. Voir fig. 8.
Fig. 8. Coupe transversale du sac pharyngien d'une Epeire.
c. c. Portion cuticulairc epaisse du sac pharyngien.
cm. — mince
al. Prolongements aliformes
tn\ Voir fig. 7.
m 5 . Muscles elevateurs du sac pharyngien.
d. Portion du muscle dilatateur transversal du sac pha-
ryngien.
Fig. 9. Coupe suivant immediatement la precedente.
PS Sac pharyngien, muni d'une cuticule epaisse partout.
d, wi 4 . Voir fig. 8.
Fig. 10. Coupe transversale de la portion correspondant au sao
pharyngien, chez Chelifer.
i. Sac pharyngien.
c. Muscles constricteurs.
d. Muscles dilatateurs (lateraux).
396
Fig. 11. Coupe transversale de la levrc de Trombidium.
Fig. 12.
Fig. 13.
Hydrachna.
Eryphtracus
tl. Tegument de la levre.
p. v. Paroi chitineusc ventrale de I'intestin buccal.
p. d. — dorsale
$. Point d'union de lintcstin buccal au tegument de la
levrc.
fc. Fibres servant a constituer cctte union (fig. 12).
c. Muscles constricteurs de l'intcstin buccal.
rf. — dilatateurs — *
ch. Chcliceres (fig. 13).
Mx. Maxillcs soudees a la levre (fig. 13).
Fig. 14. Coupe transversale de Tintestin buccal (contenu dans la
levre) de Pteroptus vespertilionis.
c. Muscles constricteurs.
d. — dilatateurs.
i. Paroi chitineuse de I'intestin buccal.
Fig. 18. Coupe transversale dc la levre A'Argas reflexus.
9. Coupe des canaux salivaircs (chitincux).
tl. Tegument de la levrc.
r. Muscles rctracteurs de la levrc (coupes en travers).
d. — dilatateurs de Tintcstin buccal.
c. — constricteurs
•'. Intestin buccal (a parois chitineuses'
Fig. 16. Portion dc la glandecoxale de Phalangium opilio.
Fig. 17. Coupe tangentielle d'un cul-de-sac seminal de Trom-
bidium.
o. Ovule.
m. Cellules miles, vues en coupe.
n. — vues a plat.
Bull.de I'Aaui. Rouau
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597 )
GLASSE DGS LETTRES
Seance du \Z octobre 4884.
M. Wagener, directeur.
M. Lucre, secretaire perpetuel.
Sont presents : MM. Ch. Piot, vice-directeur ; Gachard,
P. I)e Decker, Ch. Faider, Thonissen, Th. Juste, Felix
N6ve, Alph. Wauters, Alph. Le Roy, fim. de Borchgrave,
P. Willems, G. Rolin-Jaequemyns, S. Bormans, Ch. Pot-
vin, T.-J.Lamy,Aug.Scheler,P.Henrard,naem6r^; J.Nolet
de Brauwere van Steeland et A. Rivier, associes.
CORRESPONDANCE.
La Classe prend notification officielle de la mort :
1° De M. figide Arntz, associ6, professeur a ('University
de Bruxelles, ne a Cloves le l cr septerabre 1812, d6ced6 k
Ixelles le 23 aout dernier;
2° De M. Alphonse Vandenpeereboom, ancien Ministre
de l'lnterieur et Ministre d'Etal, raembre titulaire, d6ced£
a Bruxelles le 10 dece raois.
Selon les demises volontfe de MM. Arntz et Vanden-
peereboom, aucun discours n'a ele prononce lors de leurs
fun6railles.
( 398 )
M. Rivier fera, pour VAnnuaire, la notice biographique
de M. Arntz.
M. Alph. Wauters r£digera celle de M. Vandenpeere-
boom.
Une lettre de condoleance sera ecrite k M mo V e Arntz.
M. le Minislre de ('Agriculture, de l'lndustrie et des
Travaux publics envoie, pour la Bibliotheque de I'Aca-
demie, un exemplaire des ouvrages suivants :
4° Exposes de la situation des provinces pour Van-
nee 4883;
2° Rapport de la commission permanente des Societes de
secours mutuels, sur la situation de ces associations, pen*
dant les annees 4880, 4881 et 4882;
3° Bulletin de la Societe liegeoise de litterature wallonne,
2 C serie, tomes IV et VI;
4° Monographies... de diverses localizes du Hainaut,
tome V, par Th. Lejeune;
5° Theatre, par Guill. Stanislaus;
6° Bibliotheca Belgica, livr. 41 & 48, par F. Vander
Haeghen. — Remerciments.
M. le Ministre de Tlnterieur et de 1'Instruction publi-
que envoie, pour la Bibliotheque de l'Academie, un exem-
plaire de la Slatistique du mouvement de Vetat civil et de la
population du royaume pendant Vannee 4883 , ainsi que
du 43 e rapport lriennal{4879-4884) sur Vetat de Instruc-
tion primaire en Belgique. — Remerciments.
MM. Michel Br6al, Rodolphe Dareste et Waitz accu-
sent reception de leur dipldme'd'associe".
La Classe
de M. Ch. de Harlez relalif
chinoise.
( 399 )
— La Classe reqoil, k litre d'hommage, les ouvrages
suivants, au sujel desquels elle vote des remercimenls aux
auteurs:
Les Pays-Bas sous Philippe II (1555-1 565), par Theo-
dore Juste. Nouvelle edition. Bruxelles, vol. in-8°;
Correspondence du cardinal de Granvelle (1565-1583),
publiee par M. Ch. Piot. Tome IV. Collection in-4° des
publications de la Commission royale d'histoire. Bruxelles,
1884, vol. in-4°;
Commentarium in librum Geneseos, scripsit Th.-J.-
Lamy.Tom. MI. Malines, 1883-1884; 2 vol. in-8°;
Bruxelles a tr avers les ages, par Louis Hymans, 21 e et
22° livr. Bruxelles, in-4°;
Dante Alighieri, La divina comedia recata in terze rime
neerlandesi, con spiegazioni e cenni storici intorno al
poeta, dal D r Gio. BohL — Cantica Terza. : II paradisio.
Amsterdam, vol. in-8°, presente par M. Nolet de Brau-
were;
De la respomabilite et de la garantie (accidents de
transport et de travail), par Ch. Sainclelette. Bruxelles,
1884; vol. in-8° presente par M. Thonissen;
Congres international des americanistes, comple rendu
de la V e session. Copenhague, 1883; vol. in-8°;
Histoire de Henri IV, roi de France et de Navarre, par
Ed. de la Barre-Duparcq. Paris, 1884; vol. in-8°;
Sul porlo antico e su le Mura y le Piazze et i Bagni di
Palermo dal sec. X al sec. AT, di Vincenzo di Giovanni.
Palerme, 1884; broch. in-8°, presentee par M. Le Roy;
Les etrusques iiont jamais existe a Eygenbilsen, par
H. Schuermans. Bruxelles, 1884; exlr. in-8°;
La philosophie reliqieuse du mazdeisme sous les Sassa-
( 400 )
ntcfe*,par L.-C.Casartelli. Paris, 1884; vol. in-8% presente
par M. Lamy;
Le salaire au point de vue statistique, economique et
social, par M. E. Cheysson. Paris, 1884; extr. in-8°;
De la condition civile des etrangers. Essai historique et
juridiquc par le D r Vladimir Pappafava, traduit de Fitalien
par Camille Wiliquet. Mons, 1884, in-8°, presente par
M. Le Roy;
Histoire de saint Gerard, fondateur de Vabbaye de
Brogne, par le ehanoine Toussaint. Namur, 1884; in-8° ;
S.-V. Bozzo. — Note storiche siciliane del secolo XIV.
Avvenimenti e guerre che seguirano il Vespro della pace
di Caltabellolta alle morte di Federico II VAragonese
(1302-4337). Palerme, 1882; vol. in-8;
II Vespro considerato nelle sue cause e nelle sue con-
seguenze. Palerme, 1884; extr. in-8°. Ouvrages presents
par M. Le Roy;
Etude litteraire sur le philosophe Alexis Prasinowski,
ecrivain et orateur, par Clement Kantecki. Posen, 1884;
in-8° (en langue polonaise; present^ par M. Nolet de
Brauwere).
Des notices bibliographiques, lues par MM. Piot, Lamy,
Nolet de Brauwere, Thonissen et Le Roy, figurent ci-apres.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
1° Par M. Thonissen.
M. Sainctelette, membre de la Chambre des repre-
sentants et ancien ministre desTravaux publics, m'a charge
d'offrir k la Classe des lettres un exemplaire du livre qu'il
( 401
vient de publier sous ce tilre : De la responsabilite et de la
garantie {Accidents de transport el de travail) (1).
^importance des matieres traitees par I'eminent juris-
consulte n'a pas besoin d'etre signalee. An milieu de Tacti-
vite fievreuse et de I'immense production de I* Industrie
moderne, les transports ont acquis un developpement dout
les junsconsultes et les legislateurs du commencement de
ce siecle n'ont pas meme entrevu les vastes proportions.
D'aulre part, les lultes ardentes de la concurrence, Tern-
ploi de machines puissantes, ('agglomeration sans cesse
croissante des ouvriers, le nomhre et la hardiesse des
enlreprises, exposent nos travailleurs h de frequents perils
auxquels echappaient leurs devanciers. La determination
exacle et raisonnee des consequences qu'enlrainent le con-
trat de transport et le contrat de louage de services est
inconlestablement devenue Tune des parties essentielles
du droit conlemporain.
M. Sainclelelte pretend que, dans les spheres de la theo-
rie et de la pratique, la solution juridique des questions
qui se raltachent an transport des choses, au transport
des personnes el aux accidents de travail, laisse beaucoup a
desirer. II soutient que, dans la confection des lois, dans le
jugement des proems, dans I'cnseignement, dans la littera-
lure du droit, il a ete commis de nombreuses el tres fachen-
ses erreurs, provenant de ce qu'on a, presque loujours,
con fond u la garantie avec la responmbilite. <t Aujourd'hui,
d 'it-il, h»s livres, les arrets, les lois nouvelles emploient
» indifleremmenl et comme d'ahsolus equivalents le terme
x> responsabilite et le terme garantie. Comme il arrive
(J) Bruxelles, nruyhmt-Christophe; in-8° tie HS8 pp.
5 me S&RIE, TOME ¥111. 27
( 402
» lonjours, la confusion <iu langagc a conduit a la cuulu-
t> sion des idees. Employant incorrectement le ferine de
» a responsabilite » pour qualifier des eas de garanlie, on
d a applique inexaclement les regies de la responsabilite a
* des e^peces de garanlie. Designant par le mot « res-
» ponsabilite !>, pris sensu lato, h la Ibis la responsabilite
d propremcnl dile el la garanlie, on a confondn ce qu'i
* fallail dislinguer et formule les propositions generates
» qui, vraies pour Tune, sont completement fausses pour
d l'autre. d
L'auteur s'est impose la lourde lache de redresser les
nombreuses erreurs de droit el de fait qui sont resultees
de eelte confusion. Passant en revue la legislation, la juris-
prudence et la doctrine, debnissant lous les principes,
discutant tous les faits, dissipanl toutes les confusions de
Jangage, il s'occupe successivement des differences essen-
lielles de la responsabilite et de la garanlie, du transport
des choses, du transport des personnes, du louage de
services, de plusieurs autres controls et de I'assurance du
risque d'ouvrage.
Nous regreltons que les lermes du reglement de la
Classe nous imposenl I'obligalion de ne pas depasser les
limites d'un compte rendu sommaire. Nous voudrions
entrer dans les details el appeler Pattention de nos savants
confreres sur toules les especes que M. Sainctelette dis-
cule avec une competence, une erudition, un tacl pratique
et une connaissance approfomlie des faits, qu'on rencontre
raroment dans les livres de cette nature. Celle enumera-
tion nous etanl interdite, nous nous bornerons a citer un
senl exemple, en faisanl remarquer que M. Sainctelette,
abordant a son tour le probleme si vivement discute de la
responsabilite derivant d'evenements inexpliques, pro-
( 403 )
bleme qui interesse au plus haul degre le sort de la classe
ouvriere, prouve clairement que la charge des accidents de
travail sans cause connue in com be au patron et non a
Pouvrier.
Pour caracteriser nettemenl le but et la tendance gene-
rale de ce livre rernarquable, il suffit de dire que Pauteur,
sorlanl des senliers baltus et appliquant judicieusement
ses propres idees, critique vivement, presque toujours avec
succes, plusieurs decisions imporlantes, defendues par les
auleurs les plus celebres et acceptees par les cours de
Belgique et de France. Nous ajouterons que le style
lucide, correct, sans secheresse et sans ornements super-
flus, rehausse la valeur de Poeuvre et contribuera a lui
assigner une place elevee dans la litterature juridique.
2° Par M. Alph. Le Roy.
M. Camille Wiliquel, avocat k Mons, me charge de faire
hommage a la Classe de sa traduction d'une interessante
dissertation de M. le docteur Wladimir Pappafava Stir la
condition civile des etrangers. C'est a la fois uu essai his-
torique et une etude juridique; a ce double litre nous lui
ferons bon accueiL L'auteur reinonte a Pantiquite pour
mieux faire apprecier, par un violent contraste, la dou-
ceur et Pequite de nos legislations modernes. L'etranger,
en Grece, est parmi les citoyens comme la paille au milieu
du grain, dit Arisiophane; il peul elre protege par un
hole, mais sa condition n'est guere meilleure que celle
il'un prisonnier. A Rome, on est imbu de Pidee que le
droit if a pas (Tempi re en dehors de la societe qui 1'elablit;
les peoples elrangrrs sonl done consideres comme hors la
loi; e'est assez lard seulemenl que la notion du droit des
( 404 )
gens se fait jour el combat I'etroitesse du droit civil. Les
lois barbares maintiennent les inegaliles, mais Thospitalite
privee en adoucit les effets. Neanmoins fetranger demeure
expose a toulessorles de vexations : il suffit de rappeler
le droit d'aubaine, le droit de naufrage el I'adage feodal :
« I'air rend serf !>. Cependanl l'influence du chrislianisme
d'uiie part et de I'autre le developpement de I'esprit com-
munal preparerenl une ere nouvelle : quiconque chercha
un refuge dans les bourgs francs conquit par la meme la
liberte; h Padage feodal en fut oppose un autre : « Pair fait
libre d. II est tres inleressant de suivrea travers les temps
le progres des garanlies accordees successivement aux
etrangers, surtouten Italie; loutefoisce n'estqu'a Pepoque
de la revolution franchise que nous voyons disparaitre
tour a tour les lois exceptionnelles; le systeme de la reci-
procity, encore en vigueur dans plusieurs Etats, en est
meme encore un dernier reste. L'essai de M. Pappafava,
releve par une saine erudition, meritait d'elre signale a
k le faire connailre en lielgique.
Wil
M. Vinzenzo di Giovanni nous presente une troisierne
etude sur le vieux Palenne. II s'agit ici de Fetal de l'ancien
double port, avant et apres I'occupation nonnande, puis
des murs d'enceinte, des places et des bains de la capitale
sicilienne. Peu de villes sont aussi riches en documents
sur leur topographie historique; tres peu aussi ont subi
des vicissitudes plus di verses. La plupart des races de
I'Europe et du nord de I'Afrique ont passe par la el laisse
leur empreinte sur des monumeuls de loute espece. Le
nouveau fascicule de M. di Giovanni est exlremement
inslruclif sous ce rapport; il est complete par une magui-
( 405
fique carte archeologique dressee d'apres les dipldmes,
ou Ton peut suivre les transformations de la ville el de ses
ports depuis le X e siecle jusqu'& nos jours.
C'est encore sur Palerme que je viens appeler ('atten-
tion de la Classe, en lui offrant de la part de 1'aiUeur,
M. le chevalier Slefano Vitterio Bozzo, deux publications
historiques, dont elle appreeiera I'interet. L'une est un
sample discours, mais un discours qui resume de longues
etudes, sur les causes et les consequences des Vepres sici-
liennes; Paulre, sous un litre modeste, un travail consi-
derable et approfondi sur les evenemenls et les guerres qui
remplirent en Sicile le premier tiers du XIV C siecle, depuis
la paix de Caltabellotla jusqu'a la mort de Frederic II
TAragonais en 1537. Ce dernier ouvrage, redige en tres
grande partie d'apres des documents inedits, peut elre
considere corame faisanl suite & la grande publication de
M. Amari sur le soulevement de la Sicile contre la maison
d'Anjou.
M. Bozzo ne peut se resoudre a ne voir dans les scenes
sanglantes du 31 mars 1282 qu'une simple protestation
contre un mauvais gouvernement; a ses yeux, cet evene-
ment, qui fit oublier les croisades, a une portee plus
generate : la politique de tous les £tats mediterraneens y
est interessee. Les Fran^ais arriverent en Sicile avec des
idees de conquele, moins soucieux de se rallier leurs nou-
veaux sujets que de lutter contre I'empire de Constanti-
nople, dou Michel Paleologue se preparait a chasser les
Latins. lis s'appuyerent sur la papaute, tele du parti gueife,
hostile avant tout k 1'influenee de I'empire d'Allemagne;
mais le parti gueife tel que Tentendait Charles d'Anjou se
406 )
posa en parli frangais plutol qu'ilalien, ce qui finit par
deplaire aux pontifes. Cesl au moment meme ou le frere
de Louis IX allait tenter la fortune en Orient qu'eclata le
soulevement de Palerme, dissipant en un moment les reves
des plus habiles politiques.
Pierre d'Aragon profita des circonstanees en revendi-
quant, du chef de sa femme, des droits a la couronne de
Sicile. De Ik des guerres qui se prolongerent pendant unf
grande partie du XlV e siecle et qui eurent pour effct
de relever momentanernent le parti gibelin dans File.
3
M. Bozzo expose clairement to u les les vicissitudes; mais
son but est moins de les raconter que de montrer comment
les Vepres siciliennes furent en realite ('expression d'une
ardente aspiration vers Tindependance nationale. De cetle
independance, le peuple ne jouit que pen de raois; a une
domination etrangere vint s'en substitute une autre : c'esl
un peu Tliistoire de tous les petits pays, jusqu'& nos temps
modernes. Mais lant que la foi nationale n'est pas eteinte,
il est permis d'atlendre I'hcure du triomphe : I'auleur con-
clut en appliquant ces idees a sa propre palrie.
Les Notes hi&toriques sont, comine je I'ai dil, un travail
de longue haleine. Je ne puis songer a vous en donner un
resume; je compte cependant y revenir lorsque nous au-
rons re?u Tedition princeps d'une chronique ires impor-
tante du XIV e siecle, dont M. Bozzo nous promet renvoi,
aussitot que les mesures sanilaires prises par FItalie seronl
devenues moins severes. Qu'il mesuflise dVjouter que nous
avons affaire a tin historien a vues larges, aussi haulement
impartial que patriote ardent, et d'une conscience scrupu-
leuse, ne travaillanl el ne jugeant que sur des documents
passes au crible de la critique.
( 407
3° Par M. Plot.
Le volume dont j'ai Phonneur de faire hommage k la
Classe est le tome IV de la Correspond ance de Granvelle,
si importante an point de vue de I'histoire de noire pays
au XVI e siecle. II est la continuation de I'oeuvre bien
recommandable de feu notre regrette collegue M. Poullet,
enleve trop tot a la science et a sa famille.
Apres le deces de M. Poullet, la Commission royale
d'histoire a bien voulu me charger de la publication de
cette collection. II m'a fallu y consacrer une annee enliere
en raison des difficultes que presentait le travail. Je devais
classer de nombreux documents, en traduire plusieurs, les
commenler et les expliquer. La Classe comprendra f'acile-
menl qu'une oeuvre de ce genre ne m'a guere permis de
m'occuper beaucoup de travaux academiques. Elle voudra
bien nVexcuser si je n'y ai pas pris une part plus active.
Le tome IV est en to us points digne des volumes prece-
dents; peut-etre esl-il plus inleressant encore en ce qu'il
fait connaitre le caraclere et les tendances des trois per-
sonnages principaux qui y figurent.
Philippe II s'y montre lent de conception, lent d'execu-
lion, incapable dese faire une idee exacte des evenements.
Ballolte par les divers partis formes a la Cour, mal
conseille, se defiant de lout le monde, il ne sait souvent
prendre de decision et moins encore la mettre a execulion
d'une maniere convenable. Tan 16 1 il veut la guerre, lantdt
la paix ; jamais il ne sait se decider en temps opportun.
Souvent, irop souvent, il a recours a la duplicite, dont il
linil par etre la victime.
Le due d'Albe est avant tout un soldat^pret a decider
toutcs les questions par la force, la violence et la terreur.
408 )
II voue nos cites a la destruction, les fail saccager sans
pitie ni merci, il encourage 1'indiscipline et les exces
d'une soldatesque effrenee. Celle-ci ruine complement
le pays.
Quant a Granvelle,il nous apparait dans ce volume sous
un jour nouveau. Patriole avanl lout, il deteste cordiale-
ment les Espagnols, fletrit le despotisme, demande parfois
le refablissement des droits et privileges du pays moyen-
nant certaines modifications, repousse la force et la violence,
se declare Tennemi implacable du due d'Albe et de son
gouvernement. En maliere de religion, il va jusqu'a vouloir
faire quelque chose, expression dont le haut clerge beige se
sert dans le but de ramener la paix dans un pays si rude-
ment eprouve.
Je ne parlerai pas des exces commis par les insurges,
par les gueux de mer el de terre ou les Bosquillons. lis
assassinaient et volaient bien souvent au nom de la liberie
ceux qui ne pensaient pas comme eux, Ces exces sont
longuement relates dans mon volume.
4° Par M. Lamy.
« J'ai I'honneur doffrir a I'Academie le Commentaire
assez elendu que je viens d'editer sur Panlique livre de la
Genese. Ce commentaire est le fruit 6\m long travail.
Ceux qui ne partagenl pas mes convictions y trouveront
du moins une science sincere qui rechercbe la verite et
discute sans amertume.Le sens <lu recil est mis en lumiere
d'apr^sle texte hebreudes Massorethes et des Samarilains.
Les anciennes versions, les commentaires des peres de
bt
decouverles recentes, particulierement de Passyriologie et
de Tegyptologie, onl ete mis k contribution. J'ai fait mes
405 )
lique carte archeologiquc dressee d'apres les dipldmes,
ou Ton pecM suivre les transformations lie la viile el de ses
ports depuis le X e siecle jusqu'a nos jours.
Cost encore sur Palerme que je viens appeler Inatten-
tion de la Classe, en lui oflrani de la part de I'auleur,
M. le chevalier Slefano Vitterio Bozzo, deux publications
historiques, dont elle appreciera Pinteret. L'une est un
simple discours, mais un discours qui resume de longues
eludes, sur les causes et les consequences des Vepres sici-
liennes; I'aulre, sous un litre modestc, un travail consi-
derable et approfondi sur les evenements el les guerres qui
remplirent en Sicile le premier tiers du XIV - siecle, depuis
la paix de Callabellolta jusqu'a la mort de Frederic II
1'Aragonais en 1537. Ce dernier ouvrage, redige en Ires
grande partie d'apres des documenls inedits, peut etre
considere com me faisanl suite a la grande publication de
M. Amari sur le souievemenl de la Sicile contre la maison
d'Anjou.
M. Bozzo ne peut se resoudre a ne voir dans les scenes
sanglantes du 31 mars 1282 qtfune simple protestation
contre un mauvais gouvernement; a ses yeux, eel evene-
ment, qui fit oublier les croisades, a one porlee plus
generate ; la politique de tons les Etats mediterraneens y
est inleressee. Les Fran^ais arriverent en Sicile avec des
idees de conquele, moins soucieux de se rallier leurs nou-
veaux sujets que de lutter contre I'empire de Constanti-
nople, d ou Michel Paleologue se preparait h chasser les
Latins. lis s'appuyerent sur la pa pa lit 6, tete du parti guelfe,
hostile avant tout & l'influence de I'empire d'Allemagne;
mais le parti guelfe tel que fenlendail Charles d'Anjou se
posa en parti franca is plutdl qu'ilalien, ce qui finit par
deplaire aux pontifes. C'est au moment meme oil le frere
( 406
de Louis IX allait tenter la fortune en Orient qu'eclata le
soulevement de Palerme, dissipant en un moment les reves
des plus habiles politiques.
Pierre d'Aragon profita des circonstances en revendi-
quant, du chef de sa femme, des droits a la couronne de
Sicile. De la des guerres qui se prolongerent pendant une
grande partie du XI V c siecle et qui eurerit pour effet
de relevcr momentanement le parti gibelin dans Tile.
M. Bozzo expose clairemenl loutes les vicissitudes; mais
son but est moins de les raconter que de rnontrer comment
les Vepres siciliennes furent en realite Texpression d'une
ardente aspiration vers Tindependance nationale. De cetle
independance, le peuple ne jonit que peu de mois; a une
domination etrangere vinl sen sulstiluer une autre : c'est
un peu rhisloire de tous les petits pays, jusqu'a nos temps
modernes. Mais lant que la Ibi nationale n'est pas eleinte,
il est permis d'atlcmlre l'heure du triomphe : I'aoteur con-
clut en appliquant ces idees a sa propre palrie.
Les Notes his tori que* sont, com me je I'ai dil, un travail
de longue haleine. Je ne puis songer a vous en donner un
resume; je compte cependant y revenir lorsque nous an-
*
rons re?u I'edition princeps d'une chronique Ires impor-
tante du XIV 6 siecle, dont ML Bozzo nous promet f envoi,
m
aussitot que les mesures sanitaires prises par I'ltalie seront
devenues moins severes. Qu'il mesuffise d'ajouter que nous
avons affaire a un historien a vues larges, aussi ha u lenient
impartial que palriote ardent, et d'une conscience scrupu-
leuse, ne travnillanl et ne jugeant que sur des documents
passes au crible de la critique.
Quant a GranvelleJI nous apparait dans ce volume sous
un jour nouveau. Patriole avant lout, ildeteste cordiale-
ment les Espagnols, fletrit le despotisme, demande parfois
( 407
le relablissemetit d«»s droits et privileges du pays moyen-
nant ccrlaincs modifications, repousse la force et In violence,
se declare IVnnemi implacable du due d'Albe et de son
gouvernemenl. En maticre de religion, il va jusqu'a vouloir
faire quelque cfwse, expression dont le haut clerge beige se
sert dans le but de ramener la paix dans tin pays si rude-
ment eprouve.
Je ne parlerai pas des exces commis par les insurges,
par les gueux de mer et de terre on les Bosquillons. lis
assassinaient et volaient bien souvent an nom de la liberie
ceux qui ne pensaient pas comme eux. Ces exces sont
longuemcnt relates dans mon volume.
5° Par M. Piot.
Le volume dont j ? ai I'honneur de faire hommage a la
Classe est le tome IV de la Correspondance de Granvelle,
si importante au point de vue de I'histoire de noire pays
■
au XV1 C siecle. II est la continuation de t'oeuvre bien
recommandable de feu notre regrelte collegue M. Poullet,
enleve trop l6t a la science et a sa famille.
Apres le deces de M. Poullet, la Commission royale
d'histoire a bien voulu me charger de la publication de
cette collection. II m'a fallu y consacrer une aunee enliere
en raison des difticultes que presenlait le travail. Je devais
classer de nombreux documents, en traduire plusieurs, les
commenler et les expliquer. La Classe comprendra facile-
ment qu'une oeuvre de ce genre ne m'a guere permis de
m'occuper bean coup de travaux academiques. Elle voudra
bien m'excuser si je n'y ai pas pris une part plus active.
Le tome IV est en tous points digne des volumes prece-
dents; peut-etre est-il plus interessant encore en ce qu'il
( 408
fail connaitre le caractere et les tendances des irois per-
sonnages principaux qui y figurent.
Philippe II s'y montre lent de conception, lent d'execu-
lion, incapable dese faire une idee exacte des evenements.
Ballotte par les divers partis formes a la Cour, mal
conseille, se defiant de tout le monde, il ne sait sou vent
prendre de decision et moins encore la metlre a execution
d'une maniere eonvenable. Tanlot il veut la guerre, tantdl
la paix; jamais il ne sait se decider en temps opportun.
Souvenl, trop sou vent, il a recours a la duplicite, donl il
iinil par etre la victime.
Le due d'Albe est avant tout u\\ soldat, pret a decider
toutes les questions par la force, la violence et la terreur.
II voue nos cites a la destruction , les fait saccager sans
pitie ni merci, il encourage Tindiscipline et les exces
d'une soldatesque effrenee. Celle-ci ruine complement
le pays.
4° Par M. Lamy.
« J'ai Thonneur (Toffrir a PAeademie le Commentaire
assez etendu que je viens d'editer sur l'anlique livre de la
Genese. Ce commentaire est le fruit (Pun long travail.
Ceux qui ne parlagent pas mes convictions y trouveront
du moins une science sincere qui recherche la verite et
discute sans amertume.Le sens du recil est mis en lumiere
d'apres le texte hebreu des Massorethes et des Samari-
tains.
Les anciennes versions, les commentaires des peres de
J'figlise, des rabbins et des exegeles modernes ainsi que les
decouverles recentes, particulierement de Passyriologie et
de Pegyptologie, ont ete mis k contribution. J'ai fait mes
( 409 )
efforts pour qu'il soit un livre de science digne d'etre
offert a I'Academie qui a bien voulu m'admeltre parmi ses
membres.
J'ai I'honneur d'offrir a I'Academie, de la part de
M. I'abbe Casartelli, prefel des etudes a S. Bede's College
a Manchester, la dissertation qu'il a publiee sous ce litre :
La philosophic du mazdeisme sous les Sassanides. Dans ce
livre I'auleur expose quelles furent, sous les rois perses de
la dynaslie de Sassan (226-631 apres J.-C), les doctrines
philosophiques et religieuses enseignees par le mazdeisme.
Pour eviter la confusion et les repetitions, I'auteur
divise son expose en plusieurs chapitres : doctrines sur
Dieu, — le mal, — les esprits, — I'univers, — I'homme,
— la morale, I'eschalologie. II tire ses preuves moins de
r A vesta que des livres pehlevis publies sous les Sassanides.
L'auleur n'a mis a contribution que les livres imprimes.
Nos voeux sont qu'il acheve son oeuvre en lisanl les nom-
breux Irailes pehlevis encore inedits qui se trouvent a
Londres dans les riches collections de V India office et du
British Museum.
5° Par M. Nolet de Branwere van Steeland.
Dans la seance du mois de Janvier 1881, j'eus I'hon-
neur de presenter & I'Academie les deux premiers
volumes de la Divine Comedie, traduite en tercets femi-
nins neerlandais par notre savant associe M. Joan Bold. Je
rn'empresse aujourd'hui d'offrir, au nom du meme auteur,
le Paradis, forma nt le couronnement de cette magnilique
trilogie.
Agissant comme precedemment en pareille circon-
410 )
»
stance, je me bornerai k citer quelques voix plus aulorisees
que la mienne, afin de mieux faire ressortir le merite cle la
traduction et surloul celui des commentaires de ce der-
nier volume; merite d'autanl plus grand que le Dante lui-
meme en reconnut la difficulte, detournant sensement le
lecteur a le suivre plus loin (Par. II, 1-6.) :
voi che siete in picciolella barca,
Desiderosi d'ascoltar, seguiti
Dietro al mio legno, che cantando varca,
Tornate a riveder li vostri liti
Non vi mettele in pelago che forse
Perdendo me, rimarresle smarriti.
La publication, par livraisons, du Pafadis, donna aux
juges eompetents le loisir de former el de donner leur
appreciation sur les merites de l'ceuvre de noire savant
confrere. Cest ainsi que le celebre poete Longfellow, lui-
meme traducleur eminent de la Trilogie dantesque, tit
connallre l'ceuvre de M. Bohl en Amerique. il disait :
« I value Dante's Paradise, translated by D r Joan Bohl,
very highly, and shall often read il and consult its nume-
rous notes. I am glad to see, that the Dutsch poet has
preserved the terza rima of the original, and also the
double or feminine rhymes. This cannot bedone in English ;
and it would be a lhantbess and hopeless task to attempt
it *, etc., etc.
Un critique autrichien, habitant en dernier lieu la Ville
eternelle, M. le chevalier von Hellwald,8'exprime comme
des Auslandes, S. 186 :
/i
ill
« Ausgeriislel mit einem ebenso umfassenden, fiir das
richtige Verstandnis Dante's unenlhehrlichen, philoso-
phischen und theologischen Wissen, wirmileinergenauen
Kenntnis des Charakters, der Lebensumstande und der
ganze Zeitepoche des grossen Florentines, endlieb
last not least — mit einer iiberaus grundlichen Kenntnis
der ilalieniscben Sprache, hat D r Bohl es sich angelegen
sein lassen, den Grundgedanken der « Cottlichen Ko-
modie » sich vollig anzueignen, gleichsam die Dichtung
Dante's auf Niederlandisch zu denken. Insofern mochten
wir Bohl's Uebersetzung geradezu eine Umdichlung, oder
richtiger eine Nachdichtung der grossen Trilogie nennen.
Man glaube indess ja nicht, dass blossder Gedanke, nieht
auch das Wort, bloss der Inhalt, nicht anch die Form, an
Joan Bohl einen verslandnisvollen und gewissenhaften
Dolnietsch gefundcn habe; die pietatvolle Achtung des
Uebersetzers vor dem Buchstaben wie vor deni Geist der
unsterblichen Dichtung, bildet vielmehr einen der Haupt-
vorziige der vorliegenden niederlandischen Bearbeilung.
d Zumal in der Form steht Bohl geradezu unerreicht da,
und hat er in dieser Hinsicht alle seine Vorganger weit
iiberlroffen. »
Inutile d'ajouter que la plupart des grandes revues
neerlandaises firent Feloge de cette traduction du Paradis.
Quant a la Belgique, M. A. Dupont, professeura TUniver-
sile de Louvain, ecrivit ce qui suit, dans son article :
t Dante in de Nederlauden, 5 e gedeelte, Het Paradijs » ;
De Goddelijke Komedie *>, vertaald en gecommen-
tarieerd door M r Joan Bohl, blijkteen werk van algemeen
erkende verdiensten te zijn. Gij dispenseert mij dus van
elke loftuiting, welke geheel overbodigis. Liever maak ik
( 412
de vvoorden tot de mijne van den italiaanschen letter-
kundige Gio Boglietti, die in 1883 Amsterdam bezoch 1
(Revista di Scienze, Lettere ed Arti; Milano, 1883,
p. 890) :
« Posso giudicare I'opera dell' awocato Bohl colla
scorta di altri valorosi scriltori. Polrei citarne molli di
questi. Mi basted pero cilare I'aulorita del maggior dan-
tofdo d'Europa, delT illustre fondatore del Dante-Verein
tedesco. Carlo Wilte, il quale loda la traduzione del Bohl
mettendola al disopra di qualunque allro. »
En presence d'eloges aussi unanimes, prodigues par des
sommites litleraires, je m'abstiendrai volonliers de toule
appreciation personnelle qui, certes, n'aurait point la
meme valeur. Une autre consideration, accessoire, si Ton
veut, mais a mesyeux d'une importance extreme et dun
interel presque vital, m'impose un silence prudent. Le
proverbe « qui mange du Pape en meurt * m'inquiete,
etje me demande&i, les extremes se touchant, louange et
denigrement n'aboutissent point a un resultat identique?
Or, le poele Longfellow et le critique von Hellwald etant
recemment passes de vie a trepas,je me dispense volonliers,
au moins pour le moment, de parodier en leur honneur
les touchantes paroles que le lyran Denys adressa a
Damon et Pitthyas : « Permettez-moi d'etre le troisieme
en votre savante societe ».
415 )
RAPPORTS.
Les peintres Jean et Jacques Van Bat tele el Roland Maillc,
decorateurs des pompes funebres de la cour des Pays-
Bas an XV P siecle; par Auguste Castan, associe de
PAcademie royale de Belgique.
Happoi't *fe MB, tVawters.
t M. Castan, de Besan^on, qui, a plusieurs reprises, nous
a favorises de ses communications, a envoye a la Classe,
en dernier lieu, un travail intitule : Les peintres Jean el
Jacques Van Batlele et Roland Maille, decorateurs des
pompes funebres de la cour des Pays-Bas an XVP siecle.
La Classe a dej& pu juger de I'interet que preseutent les
recherches de M. Castan; en remerciant de nouveau cet
associe de son zele et de rempressement avec lequel il
se consacre a nos travaux, elle se fera un devoir d'ouvrir
son Bulletin k ce travail.
Les Van Battele et Roland Maille sont des artistes peu
connus. Le chroniqueur malinois Azevedo, M. Alexandre
Henne dans son Histoire de Charles-Quint en Belgique,
(L V, p. 87), et M. Adolphe Siret dans la Belgique natio-
nal (t. VII, p. 76) donnent sur les Van Battele quelques
details. La notice ecrite par M. Castan ajoutera d'amples
renseignements a ceux que Ton possede. lis concernent
la part que les artistes precites prirent a diflerenles cer6-
monies 3 et,en particulier,auxobsequesde Philippe le Beau,
( 414 )
celebrees dans la collegiale de Malines le 19 juillet 1507,
aux obseques du roi Francois l er de France et de
Henri VIII d'Angleterre, celebrees en 1547, et aux obse-
ques de Timperalrice Elisabeth, fern me de Charles-Quint,
qui eurent lieu a Sainte-Gudule, en 1539. On lira surtout
avec interet le debat provoque par Tenquete qui s'ouvrit
lorsqu on eut h honorer la memoire de deux souverains
egalement puissants et redoules, Francois I er et Henri VIII,
et ou Ton donne la preference au premier, comme a) ant
ete le beau-frere de Tempereur.
Jean Van Baltele etait, en 1547, age de 60 ans environ;
il etait done ne en 1487; de son vrai nom il s'appe-
lait Jean Van der Wynckt dit Van Battele, comme le
prouve le fac-simile de sa signature, joint au travail de
M. Castan. Battel, on le sait, est un hameau dependant
de Malines et d'ou la famille de nos peintres etait sans
doute originaire. Tons ces renseignements sont precieux
pour 1'histoire de Tart dans noire pays, pendant le rogue
de Charles-Quint.
Sur tine communication manuscrite sur la seigneurie
de Pollaer; par Auguste Sassen, de Helmont.
Rapport tie .ff. Ilatifet**.
La Classe a renvoye a mon examen une letlre datee de
Helmont, le 9 juillet 1884, et dans laquelle M. Auguste
Sassen, membre correspondant de plusieurs societes
savanles, enlretient le president de PAcademie d'un
manuscrit qu'il a en sa possession. Ce manuscrit est
intitule: Dit navolghende zyn de cueren, revhten, vry-
heden, mannen, erven, busschen, renlen, visscherien eude
( 415
heerscepe van Pollare. (« Ce qui suit constilue les ordon-
» nances, droits, franchises, hommages, heritages, bois,
rentes, pecheries et juridictions de Pollaer j>) et con-
tient quelques pieces concernant le village de Pollaer pres
de Ninove, notamment les keures ou ordonnances locales;
par malheur le texte de ces dernieres est incomplel et ne
comprend que les articles l er a 59. Les articles 60 a 99
manquenl.
Si I'impression de ce manuscrit, ecril M. Sassen a noire
president, vous paraissait desirable, je me chargerais de la
preparer. Puis il demande si un recueil beige consentirait
a le publier, et reclame des informations sur la revue ou
le recueil qui conviendrait le mieux pour cette publi-
cation.
i
La Classe ne peut, ce me semble, donner les renseigne-
ments que Ton reclame a son president. II faudrait, au
prealable, examiner le manuscrit qui lui est signale et en
etudier la valeur reelle, A en juger par les indications
conlenues dans la letlre de M. Sassen, c'est un simple
registre seigneurial de pen d'importance, oft la piece
capitale, le texte des keures du village, n'esl pas complete.
Le surplus : acte de vente de la seigneurie le 10 mai 1393,
par Jean de Masmines, seigneur d'Axel, et sa femme,
Marie -de Wedergraet, au chevalier Jean De Vos, et denom-
brement des biens et des droits attaches a la seigneurie, ne
nous parait pas assez interessant pour que Ton en reclame
Fimpression. On irait loin si Ton s'habituait a reproduire
dans leur integrite de pareils documents.
Enfin il ne peut elre question pour nous de faire un
choix enlre les recueils historiques existant dans le pays.
II ne nous appartient pas, je crois, de revendiquer ou
d'accepler une mission aussi delicate. * — Adople.
c
—
( m )
COMMUNICATIONS ET LECTURES
Uempereur Etienne Douchan de Serbie et la Peninsnle
balkanique an XIV e siecle , seconrie partie, par Emile
de Rorchgrave, membre de FAcademie.
VI.
La conquete de la Macedoine et le relentissement pro-
duil en Orient par la proclamation de Fempire serbe
placerent Donchan devant la necessite de se rendre maitre
de la capitale de Fempire de Constantinople aOn de con-
stituer delinitivement le grand Etat greeo-serbe, objet
unique de ses preoccupations. Mais les remparls de la
« seconde Rome » exigeaient d'autres moyens d'allaque
que ceux dont il disposait. Investir la ville par terre etait
un labeur inutile s'il n'etait possible de lui faire desbreches
du cote de la mer. Une tlotte seule pouvait atteindre ce
but. Douchan n'en avait pas. II se resolut a en demander
une aux Venitiens lesquels, toujours courtois, dissimulant
sous le voile de la polilesse des intentions peu favorables,
repondirent evasivement. La flolte deSt-Marc elait formi-
dable ; mais la serenissime republique avait a cette epoque,
on ne saurait le meconnaitre, a lutter contre des embarras
multiples. Aussi bien, circonstance que Douchan ignoriat,
Venise, qui avait eu une si grande part a la conquete
(1) Florinsky, t. II, passim.
(417 )
latine de 1204, revait de deloger de Galata ses ennemis
avoues, les Genois, et d'acquerir pour elle-meme la cite
de Constantin dont la situation unique eut ete pour son
commerce un emporium incomparable. Les doges, depuis
Pepoque de la conquete, avaient droit au titre de : a do-
minus quartae partis et dimidiae Imperii Romanorum.
Avec de telles visees, ils ne pouvaient etre disposes a
seconder un rival. L'auraient-ils meme voulu, ils n'au-
raient pu,a ce moment, le tenter. Ce qui, d'aulre part,
incitait Douchan k ne pas rompre le concert avec Venise,
cetait rimportance politique el commerciale que la repu-
blique avait acquise au sud-ouest des pays serbes. Par un
travail perseverant, elle s'etait rendue maitresse d'une
grande parlie du littoral slave et, des le X e siecle, les
doges, comme plus tard les rois de Serbie et de Hongrie,
poitaient le titre de « due de Dalmatie » auquel ils ajou-
lerent celui de « due de Croalie ». La republique de Ra-
guse, la fidele alliee de Douchan, etait leur tributaire.
Ainsi la domination de Venise sur la region slave maritime
s'etendail jusqu'au royaume de Serbie; mais c'elait une
raison majeure pour les Venitiens de ne pas s'associer
elroitement avec Douchan. Les communaules dalmates
supportaient avec impatience le joug etranger et Raguse
n'aurait que hop beneiicie de Finaction qu'une alliance
entre Douchan et Venise aurait imposee a cette derniere;
le roi de Hongrie, toujours en eveil, se serail empresse de
saisir le moment propice aiin de faire \aloir les preten-
lions seculaires de ses predecesseurs sur la Dalmatie. En-
core un coup, le Doge consentait a etre 1'inlime ami de
Douchan k condition qu'il ne dut pas devenir son alli£ ou
que Talliance ne dAt profiter qu*& Venise.
3 m€ SfeRIE, TOME VIII. 28
( 418 )
Une nouvelle ambassade serbe s'etant annoncee, le
Sen at accepta la mediation de Douchan relativement a
1'affaire de Zara et envoya peu apres une mission en Serbie
*
a reflet d'ecarter une guerre enlre le nouvel empereur et
le ban de Bosnie, dont Venise recherchait le concours.
Mais Douchan avail regagne le sud de la Peninsule, ou
Pappelaient des evenements graves.
A peine Cantacuzene eut-il appris que le roi de Serbie
s'etail fait proclamer empereur que, tirant habilement
parti des dissentimenls survenus entre l'imperatrice de
Constantinople et ses principalis conseillers, il fomenta
une conspiration deslinee a le porter lui-meme au trone.
Ses aflides reussirent. lis rintroduisirent & Constantinople,
le 8 fevrier 134-7. Proelame coempereur et couronne
comme tel quelques jours apres (1), il forma aussilot le
projet de faire rentrer dans Pobeissance de Pempire les
territoires qui en avaienl ete distraits. II envoya une am-
bassade a Douchan et, feignant d'ignorerla nouvelle dignite
de son ancien frero d'armes, il Pinvila & lui restituer les
villes clont il s'etait empare. Douchan ayanl refuse d'enlrer
en pourparlers a cet egard, il chargea une autre mission
de declarer la guerre au roi de Serbie dans le cas ou la
seconde sommation n'aurail pas plus de succes que la
premiere. Douchan, pour loute reponse, se remit a assieger
des places appartenant a Pempire. Mors Cantacuzene, se
jugeant trop faible pour vaincre son puissant ennemi,
accorda sa fille Theodora a Pemir turc Ourkhan, qui lui
envoya, en retour, un renfort de dix mille hommes. Cetle
troupe causa de grands ravages sur la frontiere serbe;
(1) CANTACUZfeNE, Hist. } l C.
( 419 )
mais son intervention d&ionca que les Grecs ne pouvaient
par eux-memes tenir t&e aux Serbes, et Canlacuzene
s'occupa des moyens d'organiser des forces indigenes dans
ft
le but d'arreter Douchan; mais il n'y reussit qu'imparfai-
tement.
Se detournant de la route de Constantinople, Douchan
se dirigea vers des pays relevant encore de l'empire grec
ou gouvernes par ses allies. C'etaient I'fipire meridionale
avec Yanina, TAcarnanie, la Valachie hellenique et la Thes-
salie soumises k un parent de Cantacuzene, Jean TAnge.
Dans le cours de Tannee suivante, les regions a rest
Elat
Epire, I'Acarnanie et l*j£tol
niers pays a son frere Simeon ou Sinicha, avec le litre de
despole. Celui-ci epousa Thomaide, fille de Fancienne sou-
veraine, qui s'allia elle-meme a Oliver, le beau-frere
de Douchan, lequel, revelu egalement du titre de despote,
prit le nom de Commene. Par le mariage de ses dignitaires
avec des membres de la nouvelle maison imperiale de
Byzance, Douchan croyait, d'une part, se rapprocher du
but supreme qu'il poursuivait et en meme temps donner
aux populations annexees une sorte de reparation pour
les dommages subis lors de la conquele.
Mais ces nouveaux succes ne purent laisser indifferents
les Venitiens qui concurent des craintes pour le reste des
possessions des d'Anjou sur le continent, et dans les iles
sur lesquelles eux-memes avaient des projels annexion-
nistes (i) Toulefois, ils n'oserent se refuser a envoyer &
(1) Hopf, Griechenland im Mittelalter, 1. c. t p. 445
( 420
Douchan de nouveaux convois d'arraes; mais I'empereur
dul payer ce service assez cher; dans une leltre qu'il adressa,
le l er avril 1348, au doge Andre Dandolo « amico nostro
predilecto * et ou il s'intilule « Stephanas, Dei gratia, Gre-
corum imperalor d, il adhera au renouvellement du traite
de Cattaro (1). II offrit sa mediation dans les negoeiations
enlre la republique et le roi de Hongrie et demanda pour
les necessites de ses operations militaires trois galores
armees (2). Le Senat accueillit cette fois, et non sans sa-
tisfaction, les offres de Douchan; Zara avait ete oblige de
se rendre a la republique, mais les dangers d'une invasion
en Dalmatie n'etaient pas ecartes; Pintervenlion de Dou-
chan pouvait amener le roi Louis a transiger. L'empereur
obtint, en consequence, les vaisseaux demandes, mais il ne
fut pas autorise a les armer 4 Venise. On Ini fit observer
en meme temps que c'etait une faveur que la republique
n'avait encore accordee a personne, mais loujours refusee.
Douchan soumit rapidement les territoires qu'il con-
voitait. Son capitaine favori Priloupe regut avec le titre
grec de kessar, le gouvernement des provinces conquises.
Le 3 Janvier 1349, Venise felicita l'empereur de ses bril-
lants succes et lui recommanda ses propres possessions*
Cantacuzene ne put s'opposer a ces victoires. Douchan
elait devenu maitre de la majeure partie du territoire qui,
partant de la Dalmatie, s'etendaitde PAdriatique a la mer
Egee, Salonique toujours excepte. Iletait & Tapogeedesa
puissance (3).
(i) Ljubic, Mon. y III, 72.
(2) Ljlbic, Ibid., p. 75.
(3) Florinsky, /. c.
'
421
VII.
Aux qualites du guerrier et de Phomme d'fitat il
ajouta celles du legislaleur. Ses « lois et ordonnances *
{Zakon i Usiav) sont un monument curieux de Pepoque;
elles repandent une lumiere precieuse sur Porganisation
sociale de la Serbie au XIV C siecle; elles ne sont pas loutes
n£cessairement Poeuvre individuelle et spontanee de Dou-
chan; mais Pempereur a eu le merite de eodifier les eou-
lumes Ieguees par ses predecesseurs et de les completer k
Paide de ses propres vues. Elles sont d'ailleurs remarqua-
bles en ce sens qu'elles s'accommodaient parfaitement au
caractere de la nation. Celle-ci se composail du clerge, des
nobles, de bourgeois et de paysans serfs, sans proprie-
taires libres.
Le code de Douchan assure une large part d'influence
k Pfiglise et au clerge orlhodoxes, exempts de toule juri-
diclion seculiere, II est d^fendu de contracler mariage
sans la benediction sacerdotale. La conversion au « lati-
nisme * est punie de mort, la propagande laline des tra-
vail x forces.
La noblesse jouissait des droits feodaux dans les memes
conditions que les seigneurs de PEurope occidenlale; les
enfants males elaient favorises au detriment des fllles; les
fiefs passaient aux collaleraux jusqu'aux fils du troisieme
frere; its etaient libres de toute charge, sauf la dime et le
service militaire.
La situation de la bourgeoisie 6tait mal definie, incer-
taine ; la commune, telle que nous Penlendons, etait
inconnue. Les paysans appartenaient en toute propri<H6
422
aux seigneurs; ils devaienl a leurs maitres 106 jours de
travail par an; toute violence a leur egard etait legalement
interdile ; il etait permis de les emanciper.
Le Serbe n'avait pas le droit de se faire justice a Itfi-
meme ; les magistrats qui connaissaient des infractions
£taient tenusde rend re leurs jugements avec promptitude
et impartiality. L'EUat assurait I'immunite des monasteres.
Les esclaves et les prisonniers devenaient libres lorsqu'ils
parvenaient a se refugier dans une eglise, ou a la cour du
roi ou meme a celle chin simple gentilhomme. Ce privilege
pent etre considere comme une extension de 1'hospitalite,
vertu caracteristique des Slaves et des Orientaux. Les
metirlres, les violences contre les personnes et les atteintes
k la possession d'autrui etaient I'objel de repressions se-
veres. La liberte individuelle et la propriety privee etaient
inviolables meme pour Ferapereur. Mais la reparation pour
les meurtres et les injures est mesuree h la qualite de
1'oflense.
Ainsi Tinjure faite par un noble a un autre ou h un
paysan entraine une composition de 100 perpers; le
paysan qui injurie un noble est marque et condamne a
Tamende. Le coupable de viol aura les mains el le nez
coupes; les adulteres le nez et les oreilles; celui qui a
commerce honteux avec le betail sera emascule; riiomme
et la bete seront brules; celui qui vend un Chretien a un
infidele perdra la main et la langue. Le noble qui tientdes
discours deshonnetes payera 100 perpers; le vilain 12
outre une peine afflictive. Le noble qui tue un vilain est
passible de 1,000 perpers; de 500 le vilain qui tue un
noble, outre les mains coupees. Celui qui tue un pretre
est condamne k mort; au feu le parricide, le fratricide et
Tinfanticide. Celui aui arrache la barbe a un noble doit
( 423 )
per'dre la main; celui qui I'arrache k un paysan encourt
*
une amende de 12 perpers, elc. (I).
Le code flit arrete le jour de I'Ascension 1349, dans
une assemblee ou etaient reunis ie patriarehe de Serbie,
tous les dignitaires superieurs el inlerieurs de TEglise,
les metropolitans el les eveques, I'empereur, les princes,
les grands et les pelits gouverneurs de 1'empire. Cette
assemblee exer^ait le pouvoir legislatif sous la presidence
du souverain et du patriarehe. Faule d'elemenlssuffisants,
on ne saurait dire si elle se reunissait periodiquement et
quelle futsa part d'initialive dans la confection et la pro-
mulgation du code de Douchan (2)- Ce qui parait probable,
e'est que les lois et ordonnances n'ont ele applicables
qu'aux pays serbes et a ceux qui y avaient ete annexes et
non aux provinces grecques; an moins la « Romanie d
n'esl-elle pas comprise dans Fenumeration des Etats dont
Douchan se proclamaitle souverain dansl intitule du code.
Le soin de donner & ses peuples une legislation uni-
forme et de les metlre a Tabri de Tarbitraire ne delourna
point Douchan de ses vues conquerantes.
Venise Tavait observe d'un oeil jaloux se rapprochant de
plus en plus de ses possessions slaves et elle chercha a lui
creer une diversion sur un autre terrain, en trouvant
pour elle-meme des compensations ailleurs. Les Genois
inquietant son commerce dans le Levant, ellese proposa
(1) Vers la fin du regne de Douchan, le perper pesait environ 18 gram-
mes d'argenl. Deux perpers valaienl un ducat venitien. Kallay, /. c,
p. 143.
(2) Le D r Nicolas Krstich a publie dans le Glasnik de Belgrade une
&ude sur le code de Douchan et Jes institutions juridiques de Tancienne
Serbie. M. Chodzko a traite, dans son cours au College de France, le meme
sujet. Cf Kallay, /. c.
JLU )
de conclure contre eux une alliance avec Canlacuzene, et
elle essaya d'y faire entrer I'empereur serbe. Le 6 avril
1349, le Senat chargea ses arabassadeurs d'obtenir des
satisfactions pour les domraages subis par les negotiants
venitiens et ragusains pendant la derniere campagne et
d'amener Douchan a conclure la paix avec Byzance (1).
Douchan refusa lout arrangement en ce sens et il con-
tinua ses armements. Venise negocia en novembre sui-
vant un traite avec Tempire de Constantinople (2) et
insista avec plus de force a reflet de faire accorder a ses
ressortissantset clients les indemnites demandees (3). Le
monarque serbe repondit a ces revendicalions par un pro-
jet d'alliance tres precis donl les articles furent developpes
devanl le Senat par le principal plenipotentiaire serbe,
Michel Boutchitch. Venise ne put acceder aux plus impor-
tants. Ainsi Pentrevue a Baguse entre I'empereur et le
doge, proposee par Douchan, fut declinee sous le pretexte
que le chef de la republique ne pouvait, aux termes des
lois, quitter le territoire de 1'Elat. Quant a une action
commune et decisive contre Constantinople, le S6nat
allegua que les Venitiens entretenaient de bons rapports
avec l'empire grec et que ces rapports etaient scelles par
des serments solennels. Des compensations tres all^chantes,
telles que Foffre de la cession de Pera, aussit6t que
Douchan en serait maitre et le despotat d'fipire, une de
ses glorieuses conqu£tes, ne purent vaincre les repu-
gnances des Venitiens (4). Les raisons de cetle attitude se
(1) Ljubic, III, 119.
(2) Zkcnkiu^Jus Graeco-Romanorum, III, 705.
(3) Ljlbic, III, 169.
(4) Ibid., 174-176.
( 425 )
dcduisent logiquement de la situation. Venise esperait,
avec I'aide de Cantacuzene, parvenir a prendre Galata aux
Genois, et ce succes, problematique d'ailleurs, les tentait
d'autant plus qu'ils auraient moins & redouter pour Tave-
nir Cantacuzene que Douehan.
Une derniere tentative du souverain serbe demeura
vaine. Le Senat, dans le but d'attenuer reflet facheux que
sa reponse ne pouvait manquer de produire sur Pesprit
hautain de Fempereur, renouvela, dans les termes les plus
amicaux, pour lui, pour Fimperatrice et pour leur fils le
droit de cite qu'ils avaient confere, dix annees auparavanl,
au roi de Serbie, el Pappelerent a cette occasion : Greco-
mm imperator semper augustus et Raxiae rex illustris{\)
(25juilletl350,v. s.).
Douchan ne dissimula pas ramertume que lui causait le
refus d'alliance de Venise. Tout en evitant une rupture,
il mit fin aux relations oflicielles avec la republique et
expulsa de ses fitats un certain nombre de sujets v6nitiens.-
II lui temoigna en meme temps son ressentiment d'une
la$on indirecte, mais qui ne dut pas moins lui elre sen-
sible en declarant la guerre au ban de Bosnie. La cam-
pagne qui en fut la suite est un des episodes les plus
marquants de son regne.
VIII.
La Bosnie, cette terre serbe par excellence, avait
echappe k toules les tentativesdes rois de Serbie en vue
de la rattacher a leur couronne- Regie par des princes
independants, elle oscillait, pour conserve!- son autonomic,
(1) Ljubic,I1I,18I.
( 426
tour a tour entre Veniseet la Hongrie. Les doges, comme
les rois masvares, recherchaient son ami lie. Le ban
fitienne Kolromanitch avaitsuivi avec inquietude les con-
quetes de Douchan et a mesure que rayonnait plus loin le
prestige du souverain serbe, il se rapprochait davantage
de ses voisins du Nord. Ne dans la confession grecque
orthodoxe, imbu plus tard des doctrines des patarins, il
finit par adopter la foi catholique (1340) lorsqifil jugea
Iheure venue de poser une barriere infranchissable entre
Douchan et lui. C'etait surtout 1'alliance du puissant sou-
verain hongrois qui lui tenail a coeur. Ce prince, que ses
compatriotes ont snrnomme Tlllustre, qui, pendant un
regne de quarante ans, etendit son pouvoir de la Ballique
a TAdriatique et fit faire a son pays de serieux progres
dans la voie de la civilisation, pouvait mieux encore que
Veniseservir de contre-poids aux pretentions de Douchan.
En effet, au jugemenl du ban de Bosnie, des inlerets mul-
tiples commandaient & la r^publique de ne point rompre
avec Pempereur serbe; car si ce dernier avait besoin, pour
l'execution de ses projets, d'une force maritime comme
Venise, celle-ei, de son cote, ne devait point s'aliener
Tappui que la Serbie pouvait lui donner dans la Peninsule.
Le ban trouvait la preuve la plus evidente de la justesse
de ses appreciations dans les efforts constants que de-
ployait Venise a reffet de prevenir toutes complications
entre la Bosnie et la Serbie, tandis que le roi de Hongrie
se recueillait. Venise n'ayant voulu conclure d'alliance avec
le ban qu'a la condition formelle que Douchan y entrerait
en tiers, et ce dernier s'y etanl refuse, la lutle devint
inevitable.
Lorsque I'empereur serbe comment son expedition en
Macedoine, le ban, sur Tinsligalion du roi de Hongrie,
( m )
dit-on, lit irruption dans la Zaghoumie, une province serbe
situee au sud de la Bosnie, et la livra au pillage. Douchan
a qui le refus de Venise de marcher avec Nil sur Constan-
tinople n'imposait plus les memes managements, fit sans
tarderses preparatifs pour occuper la Bosnie (1). A la pen-
see de reunir les pays serbes el de restiiuer a son empire
ce qui lui revenait de droit devait se joindre chez Douchan
Fenergique volonte de venger les affronts subis et de
deployer aux regards de Venise et de la Hongrie Fappareil
de sa puissance. Le Senat envoya encore en loute hate des
ambassadeurs aux cours de Serbie et de Bosnie dans
Fespoir de les reconcilier (2). II etait trop tard.
Douchan, accompagne de Fimperatrice Helene, venait
de passer la Drina et d'entrer sur le territoire du ban.
Son armee ne comptait pas moins de 80,000 hommes (3).
La saison etait favorable et les circonslances propices.
Venise n'avait garde de bouger et Louis de Hongrie guer-
royait en Italic. Le ban comprit que, livre a ses seules
forces, il ne pouvait affronter Fennemi en rase campagne.
Logeant de solides delachements dans les contre-forts
des Alpes dinariques qui dorainent ce beau pays, il donna
Fordre de harceler Fennemi dans les defiles par ou il
devait s'aventurer. Ce plan, bien con^u, ne put s'executer.
Plusieurs des principaux seigneurs bosniaques, seduils
par le nom de Fempereur, firent defection et le ban, de
. (!) D r Franjo Racki, Pokret na Slavenskom jugu Koncem XIV i po-
celkom XV stoljeca (mouvemenl dans le Sud slave a la fin du XIV e et au
commencement du XV* siecle) dans : Rad jugoslavenske Akadeutie
znanosti ; umjelnosti Knjiga //, u Zagrebu, 1868 (travaux de 1'Academi
des Slaves meridionaux, t. II, Agram, 1808).
(*2) Ljubic, /. c. Ill, pp. 119, 177, 189, 199.
(3) Resti, Chroniche di Ragus't.
( 428 )
peur d'etre livre, se retira avec quelques troupes a l'inte-
rieur du pays. Des lors, le sort de la carapagne ne pouvait
etre douleux. Douchan se promena en vainqueur par
loute la Bonnie et, on regrelte de le dire, il ne se montra
point genereux en vers les vaincus, ses cong£neres; la
magnifique residence du ban fat livree aux flammes et la
province devastee. Des chroniqueurs assurent que Pimpe-
ratrice poussait son mari aux violences. Quoi qu'il en
soil, le ban fut cruellement puni el Venise intimidee (i).
La serenissime republique prescrivit des le 6 octobre
(1350) a ses envoyes en Serbie de pourvoir a la secunte
de Raguse et d'autres places tributaires pour le cas pro-
bable ou Douchan les attaquerait. Mais ces apprehensions
n'etaient pas fondees. Raguse n'avail rien a craindre de
Douchan. Cetle Venise en miniature, cetle vice-reine de
l'Adriatique, au temperament slave, a Tinslinct italien,
qui alliait a un haut degre le genie de la devotion a
l'esprit commercial et connaissait, a Pegal de sa suzeraine
au moins, Tart des compromis, Raguse avail accueilli
Douchan avec un respect et une pompe auxquels lempe-
reur s'etait montre fort sensible (2). Sur les instances de
Venise, les Ragusins s'entremirent pour essayer de rame-
ner la paix entre les belligeranls. L'empereur posa comrae
conditions : le mariage d'Elisabeth, fille du ban, avec son
fils le roi serbe Ourosch el la cession de la province de
Zaghoumie comme dot de la future; conditions mod^rees,
il faul le reconnaitre, et conformes & l'esprit du temps.
Mais le ban ne put y souscrire, la jeune princesse, qui etait
(I) Raic, Hist, variorum Slavorum, imprimis vero Bulgarorum
Chrobatorum et Serborum, Budae, 18-23, II, 764-769.
$) Miklosic, Monum. serb., pp. 1 17, 146, 149.
( 429
fort belle, etant d£j& promise au roi de Hongrie, lequel,
veuf d'une princesse allemande, en etait tres epris. La
guerre continua encore quelque temps el se termina par
Kannexion de la Zaghoumie & la Serbie (1).
Ce fut le resultat le plus appreciable de cette campagne,
laquelle eut son contre-coup ailleurs et entraina des conse-
quences qui forcerent Douchan a consacrer pour un temps
a rOccident ('attention qu'il avait exclusivement vouee
j usque-la aux contrees orienlales de la Peninsule.
II dut tout d'abord reprendre la lutte avec Constanti-
nople. La Macedoine et TEpire ayant ete degarnies, Pin-
fatigable Canlacuzene avait cherche a les regagner pour
I'empire grec et, aide de son beau-frere, Suleiman-Bey, fils
d'Ourkhan, et de son fils Mathieu, il ravagea les frontieres
serbes et repril plusieurs places grecques importantes. Mais
ce ne fut que pour un instant. Douchan, averti, apparut
brusquement en Macedoine et, en mows d'un an, non sett-
lement il avait definitivemenl rattache kses fitats les pro-
vinces reconquises, mais inspire assez de terreur pour
n 'avoir plus a craindre une nouvelle invasion.
II songea alors un moment a tourner contre Cantacu-
z6ne la force redoulable que son antagoniste avait deja si
souvent dirigee contre lui, a savoir les Turcs d'Osman
(Ottomans). L'empereur byzantin avait montre, par son
propre exemple, en sacrifiant sa fille, comment s'oblenait
une telle alliance. Dans I'aprete de la lutte, Douchan per-
dit de vue sa conduite anterieure el il resolut d'imiter Can-
tacuzene. En 1351, les envoyes serbes parurent devant
Ourkhan lui proposant un traile d'assistance reciproque
dont la fille de l'empereur, qui serait donnee en mariage
(!) Rackc, I.e. p. 82.
( 430 )
k un des fils da souverain musulman, serait le prix. Ces
offres furent agreees et P£mir depula des ambassadeurs
en Serbie afin de regler les questions de detail. Cantacu-
zene resolu a tout, pourvu qu'il empechat 1'alliance, fit
assaillir la mission ottomane apres son debarquement k
Rodosto. Quelques membres de la mission furent tues,
d'autres captures avec les riches cadeaux dont ils etaient
porteurs.Ce proced6 violent indigna vivemenlOurkhan qui
mil la Thrace a feu et k sang, menacjant meme Constan-
tinople. Cantacuzene laissa passer Porage et Telasticite
toute byzantine de son esprit lui permit de se raccommoder
avec les Turcs, aux depens de son adversaire (1).
Mais en meme temps qu'il cherchait a conclure une
alliance avec Ourkhan, Fempereur serbe caressait Tespoir,
en intervenant dans les dissensions de la cour de Constan-
tinople, de detacher de Cantacuzene le jeune empereur
Jean Paleologue. Le parti du prince etail prel a s'insurger.
En se rangeant de son cdle, Douchan se flailail de pou-
voir plus aisement penetrer en Thrace et, comme conse-
quence, etre mieux en mesure d'arriver jusqu'& Constan-
tinople. Au commencement de 1351, Cantacuzene quitta
la Mac£doine apres avoir eu avec Douchan des conferences
infructueuses pour le retablissement de la paix et laissa
Paleologue k Salonique. Aussitot les partisans de ce der-
nier ouvrent des negotiations avec Douchan qui arrive
dans celle ville avec rimperalrice. Les pourparlers conti-
nuent et bientdt Ton lombe d'accord. Cantacuzene, dans
le recit de ces evenements, ne s'explique pas clairement a
cet egard; il se borne k dire que I'empereur serbe pro-
mettait k son allie des troupes et Targent necessaires et
(i) Florinsky, pp. 190-208.
431
stipulail pour lui-meme des conditions avanlageuses.
Quelles etaient ces conditions? il ne le dit pas. C'etaient
vraisemblablement la confirmation des conquetes que
Douchan avait faites sur l'erapire grec et la reconnais-
sance de ce titre d'empereur des Serbes et des Romains
qu'il avait pris en 1346 (1). II est encore une autre condi-
tion sur laquelle Cantacuzene garde le silence el qui, deux
fois relatee dans Gregoras, ne peul laisser prise k aucun
doute, c'esl que Paleologue s'engageait a epouser une
belle-soeur de Douchan et a repudier sa ferarae, fille de
Cantacuzene; il devait, en outre, des qu'il le pourrait,
remettre celle-ci en otage au roi serbe. Douchan devenait
ainsi beau-frere en meme temps que collegue de 1'empe-
reur et se subslituait de toute facon a Cantacuzene. L'in-
lervention de rimperatrice-mere brisa eel accord. Elle
demon tra a Paleologue la faule qu'il commettait en intro-
duisant Tennemi au sein de Pempire; Cantacuzene jura
de lui remettre le trdne s'il renoncail k son alliance avec
Pempereur serbe et k son projet de mariage, de se con-
tenter, lui, coempereur, du gouvernement sans souve-
rainete, d'une des provinces et meme, si on Pexigeait, de
se confiner dans nw cloitre (2).
Jean se detache un moment de Douchan; mais son
beau-pere n'ayant point tenu ses promesses, nous le
voyons, Pannee suivanle (automne de 1552), donner a
Pempereur serbe son beau-pere en otage el tous les deux
se coaliser avec les Bulgares et les Venitiens conlre Can-
tacuzene, qui oppose k celte quadruple alliance les Turcs
(1) V. Parisot, Cantacuzene, homme d'ttal et historien, etc. Paris,
1845, p. 266.
(2) Parisot, /. <\, p. 268.
( 432 )
d'Ourkhan. L'emir lui envoie 10,000 soldats. Douchan
avail expedie 7,000 hommes de cavalerie, commandes par
un dc ses plus nobles vassaux, Borilovitch. La bataille eut
lieu pres de Demotika. Les Bulgares se retirerent au
moment ou Faction allait commencer ; les Venitiens n'agi-
rent point; les historiens gardent le silence sur le con-
cours des Grecs. Seuls, les Serbes soutinrent le choc avec
un heroisme sans egal etfurent presque tous pris ou lues.
Ce fut la fin de la coalilion. Une seule rencontre avait
suffi pour la defaire (1). Douchan dut alors reporter son
aclivite au Nord.
IX.
Le roi de Hongrie, occupe en Ilalie lorsque Douchan
envahit la Bosnie, resolut, aussitot qu'il eut les mains
libres, de venger l'echec de son fidele allie le ban Kotro-
manitch et de meltre du meme coup un lerme aux perse-
cutions dont les calholiques elaient Tobjet dans les Etats
de Pempereur de Serbie. Douchan, a peine couronne, avail
pris le tilre de Tsar orthodoxe et consacrail tous ses
efforts & le meriter. Protecteur et defenseur des principes
politiques et religieux qui formaient les traits distinctifs
du monde greco-slave, il revendiquait une aulorile abso-
lue en matiere spirituelle, acceptant de TOccident ce qui
lui pouvait servir, rejetant ce qui ne lui £tait point utile.
II ne se contentait pas de favoriser les interets orthodoxes,
il s'elait pose en ennemi actif de la propagande et des
interets calholiques. Son code, on Ta vu, revelait k cet
6gard une intolerance reflechie.
(I) Parisot, /. c. t pp. 273, 274.
( 453 )
Aussi, lorsque Louis de Hongrie organisa ses forces
pour marcher contre la Serbie, il n'agissait pas uniquement
en souverain decide a reparer les affronts que lui avait
intliges un voisin altier, il etait le mandataire du monde
occidental qui demandait compte a un souverain schisma-
tique des pillages auxquels il avait soumis les eglises et
les monasteres latins, des pretres el missionnaires qu'il
avait condamnes anx mines, du sang catholique qu'il avait
\erse.
Les papes s'elaient emus depuis longtemps de cet elat
de choses et avaient fait de nombreuses et inu tiles de-
marches aupres de Douchan afin de Tamener a trailer les
catholiques avec plus de douceur. Au inois de mai 1350,
au moment oil Douchan se preparait a envahir la Bosnie,
le pape envoya un nonce au roi de Hongrie, au doge de
Venise el au grand-maitre de TOrdre de S l -Jean, les
exhorlant a prendre des mesures qui pourraienl forcer
Pempereur k renoncer a la persecution des Chretiens de
Tfiglise romaine et aux conversions forcees (1). Ces nou-
velles demarches n'eurent pas de resultat immediat :
Louis de Honsrie etait au moment de conduire son armee
en Italie; les chevaliers hospitaliers avaient des embarras
ailleurs; Venise allait faire la guerre aux Genois.
Mais lorsque la campagne d'ltalie fut terminee, le roi
de Hongrie entra seul en lice pour venger a la fois les
inlerels latins, la cause de son futur beau-pere a la fille
duquel il venait de se fiancer solennellement (20 juin
1353) (2) et le prestige de la nation magyare. A la tete
d'une redoutable armee, il passa la Save et p^netra en
(I)Lj
, /. c, III, p. 186.
(2) Rami, /. c. t p. 82.
5 me SfiRIE, TOME VIII
29
( AM )
Serine. Douchan se rcplia peu k peu devant les forces
superieures de 1'ennemi qu'il attira dans les vallees du
Roudnik, ou les troupes serbes etaient abritees par des
forets aujourd'hui encore presque impenetrates. Jugeant
les Slaves disposes a une energique resistance, Louis, avant
de livrer bataille, essaya d'arriver k ses fins par les voies
pacifiques, Une entrevue eut lieu entre les deux souve-
rains, mais, si Ton en peut croire l'histoire, dans des cir-
constances assez etranges. lis se seraient rencontres et
entretenus, Pempereur a cheval sur le bord du fleuve, le
roi restant dans la barque qui Tavait amene. Louis aurait
pose, comme conditions de paix, les quatre clauses sui-
vantes : 1° Douchan se convertirait a la religion calholique
et accepterait la suprematie de l'Eglise romaine; 2° il
renoncerait aux pays consideres comme appartenant a la
couronne de Hongrie; 3° il reconnaitrait la suzerainete du
roi de Hongrie et lui promeltrait foi et hommage; 4° il
lui donnerait en otage son fils Ourosch (1). Ces conditions,
si elles ont 6te poshes telles que les rapporle Orbini,
etaient evidemment inacceplables. Douchan ne les discuta
pas et les hostility commencerent. Les Hongrois devas-
terent horriblemenl la contree jusqu'a Lomnitza et Rou-
dnik; mais ils ne purent s'emparer des fortifications que
les Serbes y avaient elevees. Douchan, prenant a son tour
Foffensive, les poursuivit avec vigueur, leur fit subir des
(1) Orbini, II regno de gli Slavi, Pesaro, 1601, p. 263 : « II re Lodo-
vico domandava dalP Imperatore quatlro cose : uoa, che abbracciasse la
fede catholica, et fosse obediente alia chiese romana; Taltra, che gli
lasciasse le terre che furoDO del re StefaDO, le quali pi etendeva che fos-
sero della corona d'Ungariaj terza, che Jo riconoscesse per suo superiore
e li Fosse obedieute etfedele; quarta, che li desse per ostaggio Urosc suo
figliuolo ».
( 435 )
perles considerables (1) et repril la Match va el Belgrade (2).
Louis ne se borna pas a cetle campagne sterile au point
de vue des idees qui I'avaient fait entreprendre. II fit des
preparatifs formidables pour une nouvelle guerre. Dou-
chan, qui semble avoir eu, a ce moment, des doutes stir
Tissue d'une lutte dans laquelle il serait abandonne a ses
propres ressources, usa brusquement d'une strategic
toute en disaccord avec son role d'empereur orthodoxe :
il recourut au pape pour se mettre a l'abri d'une nouvelle
agression hongroise.
Pour s'expliquer un reviremenl aussi inattendu, de la
part (fun prince donl les conceptions inflexible^ etaient
connues, il faut d'autres raisons que celle que Ton deduit de
Petat d'epuisement ou auraient ete son pays et son armee
par suite de la derniere guerre. Si incompletes que soient
les donnees historiques qui permettent de scruler les
mobiles de Douchan en cette circonstance, il en est qui
suffisent & donner a certaines conjectures le earaetere
d'une haute probability. Nous pensons qu'il n'abandonna
pas Tidee de conquerir Constantinople et que s'il parut un
moment y renoncer, ce ne fwt qu'une feinte deslinee a
mieux donner le change a ses adversaires. Si nous discer-
nons exactement ce qui se serait passe dans son esprit a
cetle heure des resolutions supremes, il aurait compris
qu'il fallait etre maitre des Byzantins avant de songer a
prendre Byzance et que la diplomatic devait frayer les
voies aux armees. Les rares documents qui nous restent
de cette 6poque fournissenl quelques reperes precieux.
En se mouvant dans l'ordre d'idees que nous venons
(1) Orbim, /. c. — Luccari, Copioso ristretto degli Annali di Rausa
(2) DANiTCHiTCH,VYe des rois etarchevdques, pp. 227-230. Agram, 1866,
436 )
(Tindiquer, ii lui importaif, avant lout, d'eviler une guerre
avec le Nord el -de reserver toutes ses forces pour une
campagne con ire Pempire grec au premier moment favo-
rable- Ses previsions ne le tromperent point. Debarrasses
dii redoutable Doucban, Paleologue et Canlacuzene en
etaient venus a ia lutie ouverte el les Tnrcs, apres s'etre
fortifies a Gallipoli, mena$aient le reste de la Thrace.
Dans ces conjonclures graves, il se forma parmi les Grecs
divers partis qui tous avaient pour objeclif, comme
remede unique, la deposition de Cantacuzene et de Paleo-
logue et la soumission de Pempire a un souverain elranger
quelconque. Un de ces partis proposait la reunion a Pem-
pire serbe (1). L'ambassadeur de Venise a Constantinople,
le celebre Marino Faliero, 6crivit, le 6 aout 1354, au doge
Andre Dandolo que les Byzantins, desesperes, etaient
prets a reconnaitre la suzerainete de la republique de
Venise et, dans le cas ou celle-ci n'agreerait point la com-
binaison, h faire appe! soil au roi de Hongrie, soit a Pem-
pereur de Serbie (2)
C'esl en vue de tirer parti de cette situation que Dou-
chan menageait ses forces et entamait des negociations
dans le but de prevenir une collision sanglante avec les
Hongrois.
Apres quatre annees de froideur, il renoua de bons rap-
porlsavec Venise etmeditade s'assurer Pappui du souve-
rain spirituel du monde catholique afin de parvenir plus
surement a raccomplissement de ses projels.
Des le mois de juin 1354, ses envoyes Bojidar, juge
supreme de Serbie, Nestiag, gouverneur de Serez, et
(1) Florinsky, pp. 190-208.
2) Ljub] C ,I1I,266.
•
( 457 )
Damien de Cattaro partirent pour Avignon, munis des
leltres et des pouvoirs necessaires. Venise les recommanda
au pape eta plusieurs cardinaux. Le 29 aout, Innocent VI
informa Douchnn que I'accord s'etail elabli enlre le Sainl-
Siege et les representants serbes. Au nom de l'empereur,
les envoyes avaient jure sur PEvangile qu'ils reconnais-
saient Tfiglise romaine a in matron, magistram et domi-
nam christianorum omnium » et le pontife romain « in
universalem christianorum ipsorum patrem et dominum,
ac verum Chris li vicarium et beati Petri apostolorum
principis successorem d; ils avaient promis la soumission
*
perpetuelle de leur souverain au pape et a ses succes-
seurs; ils s'etaient engages a rendre aux Latins l'enliere
liberie religieuse dans les pays de la couronne serbe; la
conversion des Latins a I'orthodoxie grecque futdefendue;
les eglises enlevees anx Latins durent leur etre restituees;
toute pression & l'egard des catholiques fut interdile et
I'exercice public de leur culte autorise. En communiquant
a Douchan cette issue des negociations, Innocent VI louait
la purete de sa foi (puritatem fidei) et lui promeltait, con-
formermnt a sa demande, de lui envoyer des hommes
« rerrjplis de la crainte de Dieu et du zele envers sa loi d
qu'il chargeait du reglement detinitif des affaires eccle-
siastiques dans son empire (1).
Quelques mois apres, Douchan repondit au Souverain-
Pontife, par Pintermediaire des memes ambassadeurs, qu'il
avail accept^ toules les clauses de Parrangemcnt et donne
les ordres necessaires pour les executer. II alia plus loin.
II fit prier le pape, par Peveque dalmate, Barlhelemy de
(1) Thejner, Vetera monumenta historic Ungarice sacrcp, ex archivis
Vaticanis. Romae, 1859, II.
( 438 )
Trau, cle le nommer, au nom de I'Eglise, capilaine contre
les Turcs (ab eadern ecclesia matre tua contra Turchos
ipsos capitaneus ordinari), en d'autres termes, de lui don-
ner la benediction pour une croisade contre les infideles
ei pour proteger les Chretiens. Cette demande, envisagee
telle quVlle doit I'etre, decelait une grande habilele de la
part de Douchan. II eearlait le danger d'une guerre avec
la Hongrie, il humiliail son puissant voisin, le roi Louis;
il beneficiait, d'une maniere generate, de loules les tempo-
risations de ses adversaires et si la croisade avail lieu,
elle ponvait le conduire, par les efforts combines du monde
latin, a la conquete de Constantinople meme.
Innocent fut ravi de loutes ces marques de deference et
de soumission de la part d'un souverain si obsline jus-
qu'alors dans le schisme. Dans une leltre assez longue
qn'il lui adressa, le 24decembre 1354, il preseniaa Dou-
chan, sous une forme eloquenle, sa reconnaissance pour
ce qu'il avail voulu faire en faveur de Tlilglise, lui souhaita
un regne long el prospere, le succes dans la guerre et le
bonheur dans la paix el benit le litre qu'il avail pris de
« due on capilaine pour la lutte conlre les Turcs p. Enfin,
il pria Tempereur d'accueillir favorablement les deux
legats qu'il envoyait en Serbie, Barthelemy, eveque de
Trau, et Pierre Thomas, eveque de Patti et Lipari, afin de
regler les questions ecclesiastiques pendantes (1). Dans le
but d'assurer le succes de la mission, le pape avail adresse
des lettres de recommandalion a Fimperatrice Helene, au
patriarche, a tous les grands dignitaires ecclesiastiques et
(!) Thej.ner, /. c. f II, 13-16.—- Cf. Raywald, Annates eccles., t. XVI,
ad 1354, n" 26-29.
( 439
civils de 1'empire, et a Palman, le chef de la garde alle-
mande (1).
II ressort de ces preliminaires que le pape nourrissait
de brillantes esperances quant au resultat de sa mission
en Serbie. 11 ne tarda pas a etre cruellement detrompe.
X.
Un evenement d'une haute importance venait de s'ac-
complir dans la Peninsule. Le redoutable antagonisle de
Douchan, Cantacuzene, avait ete force d'abdiquer (decem-
bre 1554) et de se retirer dans un cloitre, laissant le trone
a Jean Paleologue. II paraissait facile a Douchan de renouer
d'amicales relations avec le jeune empereur, lequel, d'ail-
leurs, pouvait avoir besoin de son conconrs pour meltre a
la raison le factieux Malhieu Cantacuzene qui temoignait
vouloir conlinuer Tusurpation de son pere. En outre, Louis
de Hongrie, detourne par le pape de faire la guerre aux
Serbes, dirigeail une expedition contre les Lithuaniens et
les Tarlares, apres avoir retabli ses rapports avec Dou-
chan (*J). Enfin, le jeune roi Ouroscli, ills de Douchan,
epousait la fille du prince de Valachie, ennemi declare des
Hongrois.
Douchan estimait done pouvoir se passer de ('Occident
pour arriver k ses tins. Aussi ses dispositions changent-
elles subitement et reserve-l-il Faccueil le plus discourtois
aux representantsdu Saint-Pere. Un ecrivain,qui fut pro-
bablement un temoin oculaire — Philippe de Maizieres,
(1) Thef^er, I. c. et pages suiv.
(2) Ljubic, 111, 270, Le comte de Raguse au Senat de Venise. Lettre du
24mail355.
C 440)
i)6 en Picardie, chancelier cle Chypre et plus lard conseiller
du roi de France, Charles V, — a laisse une relation cu-
rieuse de la rupture de Douchan avec le pape (1). Elle est
trop longue pour etre reproduite ici. Quelques traits suffi-
sent. Lorsqu'un des Legals, Pierre Thomas — Maizieres
ne parle pas de I'autre, — se presenta devant l'empereur,
ce dernier exigea que Teveque lui baisat le pied dans une
altitude humiliante, ce que le legat refusa. Dans une
autre entrevue, IVmpereur retira toutes les concessions
qu'il avail faiteset publia un oukase defendant aux fideles
de TEglise romaine, sous peine de la perle de la vue, d'as-
sister aux ceremonies religieuses celebrees par le legal.
Tous les soldats de la garde allemande et leur chef ayant
enfreinl cet ordre, Douchan annonga qu'il allait leur faire
arracher les yeux. La noble reponse que lui donna le
capitaine de la garde le desarma. Peu de temps apres, le
legal quitta la Serbie.
II esl difficile, a quelque point de vue qu'on se place, de
justifier la violation de la foi juree. Un savant ecrivain
russe (2), tout en condamnant « I'expedient diplomatique »
auquel Douchan eut recours, pretend qu'un empereur
orthodoxe ne pouvait etre sincere en negociant avec le
pape, et que plusieurs autres souverains slaves et grecs
lui avaient donne lexemple de manoeuvres aussi peu mo-
rales. C'est admeltre la premeditation. II nous parait plus
conforme k la realile des choses de penser que Douchan,
opportuniste a sa fa^on, se liberait volontiers d obligations
(1) Vita S. Petri Thomasit, etc., scripta et oculata teste Philippo
Mazzerio, cancellerario Cypri et a Godefndo Henschenio, S. /., illus-
trata. Antverpiae, 1659.
(2) Florinsey, /. c , pp. 254-256.
hi
de Pexecution desquelles ii ne pouvait plus relirer de profit.
Quoi qull en soiJ, Jes affaires prirent la tournure qu'il
desirail. Direclement menacee par le roi de Hongrie, qui
se disposait a lui enlever la Dalmatie, Veniseoffril enfin a
Douchan cette alliance (ligam et confoederationem) (1) qu'il
recherchait depuis le commencement de son regne.Comme
gagedu rapprochement, il ceda a la serenissime republique
les places de Skradine et de Kliss que lui avail abandon-
nees sa soeur, veuve d'un prince croate.
En Fabsence de documents, on ne sail quelles compen-
sations il avait stipulees en retour ; on peut admettre que
ce fut un concours eflectif contre Constantinople; mais ce
coneours, tardif a tons egards, lui fut inutile; car, tandis
que rassure du cote du Nord il voulait frapper un coup
decisif et conduisait une puissante expedition contre Vem-
pire grec (2) pour aboutir a la capitale, il fut surpris par
une fievre pernicieuse et expira, le 20 decembre 1355, a
I'age de quarante-sept ans.
Les historiens ne s'accordent point sur Tendroit de sa
mort. Suivant les tins, il aurait succombe a Yamboli (3),
en Thrace,sur la route de Constantinople ; suivantd'autres,
a Devoli, en Albanie (4). Ce qui n'est pas douteux, c'est
qu'il mourut hors de Serbie et que son corps fut inhume
dans Feglise de Saint-Michel, pres de Prizrend, batie
par lui.
La mort prematuree de Douchan fut pour la Serbie et
(1) Schafarik, Monum. Serb, archivi Veneti (Glasnik, t. XI), p. 14.
(2) Orbisi, p. 268. — Luccari, 60, 61. — Florinsky conteste cette ex-
pedition finale de Douchan.
(3) Le professeur Sretchkovitch, de Belgrade, d'apres Orbini et les
SpomenitsiSrpski, II, 23, ducomte Medo Poutsitch,
(4) Le professeur Kovatcbevitch,de Belgrade.
( Wl
pour les Slaves du Sad tine perte irreparable. Quelques
fautes qu'il ait pu corametlre, il ne fnt pas un homme
ordinaire. Son code, ses lettres, ses diplomes, ses nom-
breuses institutions revelenl combien il avait le sentiment
de son origine, de sa nationality des deslinees de sa race.
Etat ereco-serbe temoigne
d'une vue profonde et d'un instinct politique remarquable;
rnais on peut discuter les moyens qu'il mil en oeuvre pour
reussir. Toutefois, il in en a pendant vingl ans la lulte
contre Byzance avec une vigueur et un esprit de suite
inebranlables, et avec un lei succes qu'il reduisit le fier
empire de Conslantin a un lerriloire de plus en plus exigu.
Si Douchan avait vecu, nul ne saurait dire jusqu'ou sa
puissance aurait porte et si,devenu maitre de l'Elat affaibli
el disloque des Cantacuzene et des Paleologue, il n'au-
rait viclorieusement resisle a la force envahissanle des
Turcs.
Politique avise, habile guerrier, legislateur sagace, on
ne peut nierqu'a I'exemple de ses adversaires il employait
pour reussir tons les moyens : la force, rargenl, la ruse,
les seductions de tout genre. Tandis qu'il pers^cutait les
calholiquesen Serbie, il flaltait le pape, donnait des terres
aux catboliques de Cattaro et leur concedait la frappe de
la monnaie. Pendant qu'il chassait les Grecs de l'Epire,
il les comblait de dignites el de faveurs a Serez el ailleurs,
par la raison qu'ils etaient plus rapproches de Salonique
ou de Constantinople. Afin de leurcomplaire plus efficace-
ment, avant de les conquerir, il adopla le ceremonial el
les litres en honneur a la cour byzanline et institua, en
souvenir de son couronnement, un ordre destine a recom-
( 445 )
penser les hommes de merite indigenes et etrangers (1), II
leur aurait emprunle aussi, comrae arraes du nouvel em-
pire, I'aigle blanc a deux tetes (2).
Dans ses fitats hereditaires, il semble avoir favorise
cerlaines coutumes et moeurs en usage a la meme epoque
dans rOecident. Les chants nationanx serbes, si riches en
souvenirs et en traditions de tout genre qu'ils constituent
en quelque sorte une histoire chantee , racontent des
scenes de la vie et des exploits des chevaliers avec un
enthousiasme enflamme. Querelles et combats sin
tournois el joules, nobles feslins, defense du faible, aven-
tures et faits heroiques de toule sorte, destriers et pale-
frois, bourgs, chateaux, armes, tout est passe en revue
dans ces poemes qui remontent k plusieurs siecles et
sonl le miroir de cette periode glorieuse dont Douchan
etail I'ame (3).
(/empire serbe ne survecul guere a son fondateur. Le
temps avail manque a Douchan pour cimenter tant d'in-
terels divers momentanement reunis. Rompant avec les
traditions leodales de ses ancelres, il avait deposs6de la
vieille noblesse de ses apanages et divise ses Etats en pro-
vinces qu'il donnait a adminislrer a des hommes nouveaux,
avec le litre de despoles ou vice-rois. C'elait une mesure
de centralisation; mais elle lui alienait les anciens feuda-
taires et eveillait chez les nouveaux titulaires des ambi-
lions et des rivalites que Taulorite d'un homme de genie
(1) M. Kovatchevilch.
(2) V. discussion a ce sujet dans S. Novakovitch, Mceurs hdraldiques
chez les Serbes dans I' usage et dans la literature , Belgrade, 1884,
pp. 44-47, 71, 127, 1-28.
(3) S. Novakovitch, /. c, p. 26.
( AU )
pouvait seule contenir. Joint h cela le temperament tie la
nation, chez qui les tendances h Pindividualisme, au
fractionnemenl ont toujours domine Tidee d'une large
solidarile politique. D'autres causes encore d'affaiblisse-
ment enlrainaient Tempire vers sa chute. Au pouvoir
central s'attachaient, comme un lest pesant, des provinces
nouvelles avec des populations en parlie refraclaires a
Pelement serbe et que le temps seul aurait pu peut-etre lui
assimiler.. Les tribus catholiques de F Albanie et de la Bosnie
repugnaient aux dominateurs orthodoxes qui n'usaienl pas
a leur egard des managements necessaires. D'autre part,
Pfiglise serbe etait en lutte avec le patriarcat de Constan-
tinople; I'empire bvzantin, tout d6sagrege qu'il fut, brulait
de venger les coups que la Serbie lui avail portes, et deja
les detachements avarices des Turcs, pousses par les
decs, n'etaient pas loin des frontieres serbes (i).
Toutes ces causes de dissolution n'ont pu echapper aux
regards clairvoyants de Douchan, a I'heure surlout ou il
senlit la mort I'envahir. II avait pour heritier son ills, le
roi Ourosch, jeune homme de dix-neuf ans, sans expe-
rience et de facultes mediocres. Au milieu des angoisses
supremes, il associa a ce prince, pour sept ans, un de ses
plus grands dignitaires, Vonkachine (2), lequel,par I'assem-
*
blage des qualites les plus disparates, par une rare energie
dans Taction et par une souplesse feline dans les conseils,
avait depuis longtemps gagne la conliance de Tempereur.
(1) Teh. Mijatovitch, Sur Tempereur Otirosch el le roi Vonkachine,
dans le Glasnik Srpskog outcenog dructva, t. XXXV. — Cf. Martinov,
.4nnus ecclesiasticus graeco-slavicus, pp. -295, 296 (dans Acta sancto-
rum, Bruxellis, 1864).
(2) Le (BoVyvon; Korfaap) de Cautacazene. Cf. Parisgt, /. c* } p. 305,
note.
( 445 )
Cet homme, astucieux el cruel, cxer^a un empire absolu
sur I'esprit du fils de Douchan, et lorsque Ourosch fit mine
■
de vouloir s'emanciper d'une tutelle odieuse, Voukachine
le fit assassiner (1367). Mais deja Pempire serbe n'existail
plus que de nom. La guerre civile I'avait demembre, les
Turcs I'acheverent. La sanglante bataille de Kossovo fut
le tombeau de la liberie et de la grandeur de la Serbie
( 1 389) .
Les peintres Jean el Jacques Van Balfele et Roland Maille,
decorateurs des pompes funebres de la cour des Pays-
Has au XVI* siecle ; par M. Aug. Castan, associe de
I'Academie royale de Belgique.
On sail combien etait bumble la situation des artistes
aux XV e et XVI C siecles. Les plus favorises d'entre eux
porlaient la'livree des princes et etaient employes comme
decorateurs dans les ceremonies joyeuses ou funebres qui
s'organisaient sous les auspices de leurs mailres. Ces
solennites, qui etaient pour eux des aubaines, ont donne
naissance ^ des pieces complables, devenues aujourd'hui
la meilleure sauvegarde de leur histoire. Dans ces pieces,
en effet, on rencontre, a propos de sommes payees, les
dates precises de quelques-unes de leurs oeuvres et la
forme exacte des noms que leurs trop rares signatures
laissaient incertaine. (Test a des documents de cette nature
que sont empruntees, en grande partie, les quelques
donn£es nouvelles qui vont suivre sur trois peintres qui
eurent de la notoriete dans les Pays-Bas au temps de
Charles-Quint: Jean et Jacques Van Baltele et Roland
Maille.
446 ,
Jean Van Batiele, peinlre d'histoire, de miniatures et
de portraits, appartenait a une famille du nom de Vander
Wyckt. II habitait la ville de Malines, qui le chargea d'exe-
cuter, en collaboration avec Jacques Van Battele, un por-
trait de l'empereur Charles-Quint. En 1504,1509,1516(1),
1520 et 1527, on le voit employe, tant a Bruxelles qu'a
Malines, comme decorateur des ceremonies funebres que
commandait le gouvernement des Pays-Bas. « Parmi Jes
ouvrages qui lui firent le plus d'honneur, dit M. Adolphe
Siret, on cite les illustrations de deux manuscrits de la
Toison d'or, le premier execute en 1535, le second en
1549. Ce dernier, dont la description a ete relrouvee, ne
fut livre qu'en 1 552 et lui fut paye plus de mille livres (2). d
En 1549 ou 1550, il aurait regu le litre de peintre de
Charles-Quint.
Quant a Jacques Van Battele, on ne connait de lui que
le fait de sa collaboration au portrait de Charles-Quint,
commande par la ville de Malines. <r On ne sait rien,
ajoute M. Adolphe Siret, sur les liens de parentedes deux
Van Battele, mais il est permis de supposer qulls elaient
allies d'assez pres et qu'ils travaillaient dans la meme
ville (3). p
Une ceremonie, que ne mentionne pas M. Adolphe Siret,
donna cependant belle carriere au talent tout special
qu'avait Jean Van Battele pour la peinture des ecussons
(!) [/intervention de Jean Van Baltele a celte date, comme decorateur
des obseques de Ferdinand d'Aragon, est indiquee par M. Adolphe Siret
(Dictionnaire des peintres, 2 C Edition, p. 945), dans un article consacr6 &
un Jean Van Vassele, qui est assur^ment, & une variante d'orlbograpbe
pres, le meme personnage que celui dont nous nous occupons.
(i) Biographie nationale de Belgique, 1. 1, col. 776-777.
(3) /tod.,.t.I,col.777.
( 447 )
et des bannieres: ce fut la pompe funebre de Philippe le
Beau, roi de Castille, eelebree sous les auspices de Parchi-
duchesse Marguerite d'Autriche, soeur du monarque
defunt, ceremonie dans laquelle fut inaugure le regne du
jeune Charles d'Autriche, devenu bientot apres I'empereur
Charles-Quint. Cette pompe, d'une tres grande magni-
ficence, eut lieu dans Teglise de Saint-Rombaud a Malines,
les 18 et 19 juillel 1507. Dans le compte des depenses
qu'elle occasionna, un long article concerne les bannidres
de divers genres, les coltes d'armes, les housses de chevaux,
les heaumes, les blasons, couronnes, etc., que Jean Van
Battele fut charge de fournir, de peindre et de mettre en
place dans Feglise: 1'artiste ny employa pas moins de cinq
milliers d'epingles. Nous donnons ci-apres letat de cette
fourniture (1), qui s'ajoutera, comme un interessant com-
mentaire, a la description qu'a faite Jean Le Maire de ces
t exeques ou obseques.... lesquelles, dit-il, peuvent bien
estre comparees en excellence, puissance et grandeur a
celles des anciens (2) ».
La biographic de Tartiste bSnefieiera plus encore du
texte d'une deposition par lui faite k Bruxelles, le 20
fevrier 1548, dans une enquete concernant la querelle d'in-
teret nee & cette epoque entre le roi d'armes du titre de
Toison d'or et le heraut d'armes du litre de Franche-
(1 ) Piece justificative n° I,
(2) La pompe funtralle des obseques du feu roy dom Phelippes, filz
unicque de I'empereur Maximilian Ctsarauguste, par Jehan Lemaire,
Belgyen. En Anvers, ce xv de febvrier m. v. c. vii. — Je connais cet
interessant opuscule par la reproduction en caracleres gothiques, tiree h
vingt exemplaires sur velin, qu'en a fait faire a Harlem, en 1868, M. Rug-
gieri, et dont cet amateur a bien voulu offrir un exemplaire & la Biblio-
th^que de la ville de Besangon,
I
( 448 )
Comte. Celui-ci etait originaire du bourg franc -com tois
d'Arlay : il se nommait Mathieu Vaulchier; on le lenait
pour tin « homme de bon entendemenl et de service, bien
couchant par escript en tous langaiges et fort dili-
gent (1) i>. A la suite du chapilrede la Toison d'or lenu a
Utrecht au mois de Janvier 1546, douze colliers avaient
dfl partir pour des regions fort eloignees les unes des
■
(1) Ce temoignage lui avail ele rendu, le 18 Janvier 1546 (N.-S.), alors
qu'il n'elait encore que poursuivant d'armes, par son superieur hierar-
chique, Francois de Falais, premier roi d'armes. A quoi Philippe Nigri,
chanceiier de la Toison d'or, croyait pouvoir ajouter : « Veu ses bonnes
qualitez, semble qu'on le pourra convenablement advancher a 1'estat
de roy d'armes, s'il plaict a Sa Majeste ». Malhieu Vaulchier ne tarda
pas a bien meriter de son souverain par sa vaillante conduile dans la
guerre faite a la ligue protestante de PAIlemagne; on lui doit une
traduction fran$aise des commentaires ecrits sur celte campagne par
le general espaguol D. Luiz d'Avila. Voici la notice bibliographique de
cette traduction : « Commentaire de I'illuslre seigneur don Loys d'A-
vila et Cilmga, grand commandeur d'Alcantara, de la guerre d'Al-
lemaigne, faicte par Charles cincquiesme, tres grand empereur des
Romains, roy d'Espaigne, etc., en Ian m. d xlvi et m. d. xlvii. Nouvel-
lement Iraduict d'Espaignol en Frangois, par Matthieu Vaulchier diet
Francheeonte, herault d'armes de Sa Majeste Imperiale. Imprime en
Anvers, pour Nicolas Torcy, libraire jure de la court de Sadicte
Majeste. 1550. » ln-8°. Le dernier feuillet porte le chiffre 258; niais le
chiffre 5 elant celui du feuillet qui ?ient immediatement apres le titre, il
y aurait lieu de reduire a 254 le nombre des feuillets imprimes de ce
volume. Les planches gravees sur bois y sont au nombre de qua ire :
1° une carle d'Allemagne (intercalee); 2° Taspect des positions de l'armee
imperiale et de celle de la ligue devant Ingolstadt (intercalee); 3° le pas-
sage de I'Elbe, a Miihlberg, par l'armee imperiale (intercalee); 4° aspect
de la ville de Wittenberg (celte derniere formant le feuillet 119 du
volume). — La bravoure militaire et le gout des lettres sont encore en
honneur dans la famille de Vaulchier, qui possede a Besangon un be! hotel
et a son principal domaine au Deschaux(Jura).
449
antres (1). Le roi d'armes Toison d'or ne pouvant faire
lui-raeme tous ces voyages, qui rcntraient dans les allri-
butions de son office, on les avait repartis enlre les
h^rauls donl i! ctait le superieur (2), el ceux-ci avaienl
touche les gratifications qui etaient le loyer de ce genre
de messages. L'office de Toison d'or avait alors pour tilu-
laire Francois de Falais(3), fils naturel de Tun des balards
(1) J. de Vandenesse, Journal des voyages de Charles-Quint , edit£
par M. Gachard dans le tome J I des Voyages des souverains des Pays-
Bas, p. 329.
(2) Le 18 Janvier 1546, date des notes donnees par Toison d'or,concurrem-
ment avec le chancelier de l'ordre,sur le personnel du service heraldique de
la cour des Pays-Bas, ce personnel comptaii trois classes de fonctionnaires :
les rois d'armes, les herauts et les poursuivanls. Chacun de ces fonclion-
naires recevait un surnom, generalement emprunlea Tune des provinces
■
qui composaient le domaine du souverain. En 1546, le nombreel les sur-
noms de ces fonclionnaires donnaient lieu a la nomenclature qui va suivre.
Hois d'armes : Toison d'or, premier roi d'armes; Grenade (on le teuatt
pour mort). — Herauts : Germania , Salins, Flandres, Autriche, Arschot.
Poursuivanls : Louvain, Oranges, Franqueville, Buren, Franche-Coml6,
Uainaul, Espinette. — Parmi ceux qui solliciiaient alors !eur entree dans le
service heraldique, il y avait « Philippe le Cocq, natif de Bruxelles «, au
sujel duquelle chancelier ecrivait : «* llest genlil esperit,docte,bien parlant
el escripvant, el, avec ce,poinctre : par quoy (s'il plaisl a Sadicte Majeste)
pourroit eslre advanchie a Testat de poursuyvant, sous le tilt re de Ptus
Oultre, qui est vacant par la promotion de maistre Christofle Pyrame,
presentement secretaire dTcelle Sa Majeste ». (Pieces concernant Pordr*
de la Toison d'or : manuscrits dela Bibliotheque de Besangon, collection
GhiQet, n° 108). — Seul parmi lesofficiers heraldiques, Toison d'or avait
un lieutenant surnomme Fuzil, par allusion aux fusils ou briquets dont
se composait le collier de I'ordre institue par Philippe le Bon.
(3) Fils naturel de Baudoin de Bourgogne, seigneur de Falais, qui etait
Tun des balards du due de Bourgogne Philippe le Bon, Francois de Falais
avail ete elu, cree et couronne roi d'armes de la Toison d'or, a Bruxelles,
le 27 octobre 1540. 11 s'elail marie avec la fille naturelle de Philibert de
Ghalon, vice -roi de Naples, et avait compose sur les vertus mililaires
5 me s£rie, tome viii. 30
( 430 )
du due de Bourgogne Philippe le Bon : cet officier pre-
termit avoir droit a la moitie des gratifications obtenues
des nouveaux chevaliers par les herauts, ses subalternes;
sa pretention fut contestee par Franche-Comte, e'est-a-
dire par Mathieu Vaulchier, qui soulint qu'ayant regu
directement sa delegation, il n'avail a en partager avec
personne les fructueuses consequences. Cette question fut
soumise h Tarbitrage du docte Philippe Nigri, cbancelier
de Tordre de la Toison d'or (1), qui voulul s'enquerir de ce
qui s'etait pass6 jadis en semblables occurrences. Parmi
ceux qui deposerent dans Tenquete, le peintre Jean Van
Battele se montra favorable aux pretentions de Toison
d'or. Nous publions sa deposition (2) : elle se termine par
la signature « Jan vandeuWyckt heetende van battele >,
de son beau-pere uq poeme latin que Jules Chiflet cite comme existant
parmi les manuscrils de I'Escurial. Son election fut motivee sur la con-
naissance qu'il avait des langues latine, espagnole, italienne, frangaise et
flamande. Son caract^re n'elait pas des plus traitables: au chapilre
d'Utrecht, il fut reprimands pour 1'habitude qu'il avait prise de porter eu
sautoir, a la fa?on d'un collier de Pordre, I'email qui devait etre fix6 au
cSte droit de sa poitrine. Dans un conseil de fordre tenu a Bruxelles, sous
la p residence de Pempereur, a la Saint- Andre de Tan 1549, il se demit
brusquement de son office. (Jules Chiflet, Histoire de Vordre de la Toison
dor, t. II, fol. 447; manuscrit de la Bibliotheque de Besan$on.)
(1) Philippe Nigri, ne a BouIogne-sur-Mer, etait docteur es droits,
maitre des requetes au conseil prive des Pays-Bas et doyen de Sainte-
Gudule de Bruxelles, quand il fut elu cbancelier de Pordre de la Toison
d'or, le 17 Janvier 1532. C'etait un savant jurisconsulte et un canoniste
profond; sa ponctualite lui merila Pestime de Philippe II, qui, lors de la
creation des nouveaux eveches dans les Pays-Bas, l'avait designe comme
premier eveque d'Anvers. 11 mourut le 4 Janvier 1561, avant d'avoir regu
ses bulles de la cour de Rome, et fut inhume a Sainte-Gudule de Bruxelles.
Jules Chiflet, Histoire de Vordre de la Toison d'or. t. II, fol. 432, v° ;
manuscrit de la Bibliotheque de Besan^on.)
(2) Piece justificative n° II.
( 451
c'est-i-dire « Jean Vander Wyckt, surnomme Van Bat-
tele »; signature precieuse en ce que l'artiste y a intro-
duit le monogramme dont il se servait a Toccasion pour
marquer ses oeuvres. Dans le texle de celte deposition,
Jean Van Battele se dit age d'environ soixante ans, ce qui
indiquerait qu'il £tait n6 vers 1488 : il aurait done eu de
seize a dix-sept ans en 1504, epoque& laquelle M. Adolphe
Siret indique ses debuts comme decorateur dans les cere-
monies de la cour des Pavs-Bas. Lui-meme d'ailleurs
declare que « dois sa jeunesse, par I'espace de trente-six
ans, il a hante la court v. Y obtint-il la qualite de peintre
de Tempereur, comme le dit M. Adolphe Siret? Nous le
pensons d'autant moins que ce titre etait porte en 1547
par Jacques Van Battele, et qu'il y a lieu ainsi de supposer
qu'une confusion se sera produite a cet egard enlre deux
personnages du meme nom de famille et portant deux
prenoms ires analogues.
Jacques Van Battele, qui devint peintre de Pempereur,
comptait des 1520 parmi les fourriers de la maison de
Charles-Quint; nous I'y voyons encore avec celte qualite
en 1532(1). Lorsque la soeur de ce monarque, Marie d'Au-
triche, gouvernante des Pays-Bas, dul faire celebrer a
Gand, dans Teglise des Carmes, les obseques solennelles
des rois d'Angleterre et de France, decedes a deux mois
d'intervalle, le roi d'armes Toison dor ecrivit qu'il fallait
mander Tun des deux Van Battele, soil maitre Jacques,
soit maitre Jean, « pour faire les armes et touttes aultres
poinctures necessaires *. A quoi le chancelier Philippe
Nigri repondit: « Maistre Jacques est mancle, lequel doibt
(1) Gachard el Piot, Collection des voyages des souverains des Pays-
0<u,UIl,pp.312et3M.
avoir cesie cherge, pour estre serviteur de rempereur(l) ».
Mais avan t que Jacques Van Batteleput scmetlreft I'oeuvre,
quelques questions d'etiquelle ilurent etre resolues.
Chacun des deux souverains defunts devant avoir sa
ceremonie funebre, commencerait-on par les obseques de
Henri VIII, le plus ancrennement decede? Le chaneelier
Philippe Nigri n'hcsila pas a dire que le premier tour
appartiendrait a Francois I cr , en raison de sa qualile de
beati-frere de Fempereur (2). Le plus galanl des monarques
laissait, en eflet, com me veuve Eieonore d'Autriche, de
qui son frere Charles-Quint disail: <t Elle n'a grande occa-
sion de si fort sentir le trespas dudit feu roy, selon le
peu qu'il luy porioit et le mauvais traictement qu'elle en
recevoil (5) d.
Quant aux insigncs a faire pa rait re clans 1'une el dans
Fa litre des ceremonies, il y eut a cet egard line decision
prise en conseil par la reine-gouvernanle. Francois I er
arborait un blason ecartele de Fiance et de Milan, pour
affirmer les droits qu'il pretendait avoir sur le Milanais,
comme heritier de Valentine Visconti, son arrierc-grand'-
mere; mais ce domaine, qui elait un fief imperial, avail
ete adjuge par Charles-Quint a son (ils, le prince Philippe :
il y eut done un motif absolu de faire abstraction de la
guivre de Milan, et de ne re presenter les armoiries du roi
de France defunt que par le simple ecu d'yzur aux trois
(1) Piece justificative n° III.
(2) Ibid.
(3) Papicrs d'fiiat du cardinal de Granvelle, edit. Ch. Weiss, I. HI,
p. 261 . — Voir en outre, dans les Memoires de la Socittti d* Emulation du
Doubs (5* s£rie,t. Ill, 1879, p. 438), mon travail intitule : La mort de
Francois I er et Favinement de Henri II, (fapris les dt'pdches de Jean de
Saiiit-Mauris.
/
453 )
fleurs de lis (Tor. Les monarques delunts comptaient
parmi les chevaliers de la Toison d'or ; raais sur leurs
blasons le collier de cet ordre anrait ete prime par celui
de la chevalerie dont its etaient respeclivement souverain.
On tourna celte difficulte en deeidant que I'ecu de Fran-
cois I er n'aurait pour appoint que le collier de lordre de
Saint-Michel, et que la Jarretiere seule entourerait le
blason de Henri VIII (1).
Ces diverses questions tranchees, Jacques Van Batlele
put demander, en connaissance de cause, a Antoine de
Zelande, le riche marchand de drap de soie de Bruxelles,
les etoffes necessaires pour lailler les bannieres et coltes
d'armes qu'il avait a historier. L etat de celte fourniture
futcertifie par Tarlistele 5 mai 1547, c'est-a-dire le lende-
main du jour ou avail eu lieu en Peglise des Cannes de
Gand le service de Henri Vllf (2). Dans ce certificat,
Jacques Van Batlele s'inlitule <i poinctre a I'empereur ».
Sa signature ne consisle qu'en un monogramme compose
■
des deux letlres I et V\\ qui sont les initiates du pr£nor»
Jacques etdu nom de famille Wyckt, nom que nous avons
vu 6cril en loutes letlres dans une signature de Jean Van
Battele. Jl y a d'ailleurs une analogie frappante entre les
paraphes qui relient les letlres dans Tun et Tautre des
deux monogrammes, et celte ressemblance est un indice
de la parente tr6s prochaine des deux peintres homonymes
qui abregeaient ainsi leurs signatures. Je croirais volontiers
que ces artistes etaient freres.
Pour la decoration des pompesfunebres,Jean et Jacques
Van Batlele avaient & Bruxelles un rival qui leur fut au
(1) Piece justificative n° IV.
(2) Ibid., a* V.
( 454 )
moins une fois pr^fere* : c'elait Roland Maille, connu seule-
ment jusqu'ici comme auteur de deux tableaux d'autel
destines a la confrerie de Saint-Eloi de Bruxelles et paye"s
cent dix florins. « Nous notons ceci, dit M. Siret (i),
i
comme une p reave de son talent ». Le gouvernemenl
des Pays-Bas lui confia, en 1539, la mission de decorer
la grande eglise de Sainle-Gudule, pour la ceremonie
d'une pompe funebre en l'honneur et k la memoire de
Fimperatrice Elisabeth, ftmme de Charles-Quint. Roland
Maille donna le motif de la chapelle imperiale, ou
catafalque, qui figura dans cetle ceremonie, et le patron,
c'esl-a-dire le plan, lui en ful pay£ vingt-cinq sous. Mais
comme il n'etait pas sculpteur, Pinlervention d'un tailleur
d'images fut necessaire pour Texecution en bois de quatre
evangelistes que Roland Maille dora ensuite de fin or (2).
En dehors du payement de ses fournitures, qui depassa
275 livres, Roland Maille fut mis en deuil aux frais de la
ceremonie, et obtint de ce chef, concurremment avec le
prevdt de Fhdtel et les six herauLs d'armes, une livr£e
de huit aunes de drap.
(1) Dictionnaire historique des peintres, 2 e edit. (1874), p. 557.
(2) Piece justificative n° VI.
( 455 )
PIECES JUSTIFICATIVES.
I
Compte des fournilures faites par le peintre Jean Van Battele,
pour la pompe fanebre de Philippe le Beau, roi de Caslille,
celebree a Malines, au mois de juillet 1507 (Bibliotheque
de la ville de Besancon : collection Chiflet, n° 75).
A la suite dune copie de V a Ordre observe aux obseques
de Philippe, arehiduc d'Austriche, roy d'Espaignc, premier du
nom, faictcs a Malines, lesdix-huiclieme et dix-neufieme jours
de juillet Fan millc cinq ccns sept, par maistre Remy du
Puys », Jules Chiflet a place un fragment important du compte
relatif nuxdites obseques. Ce fragment faisait partie d'une ex-
pedition contemporainc de la ccremonie^'est-a-dirc remontant
a Pannec 1507. Nous en extrayons le chapitre suivant :
t Parlies faictes et delivrees par le painctre Jehan van
Bathele, scrvans pour lesdictes obseques.
» Preincrement , pour la fachon d'une corncltc faicte sur
drap damas, et pour le guidon, richement painctes et dorees,
a la devise du Roy deffunct, par marche a luy fait : assavoir
ladite cornette pour la somme de vi livres, et ledit guidon
x livres.
» Item, pour le penon aussi richement painct, aux plaines
armes a deux costez dudit feu Roy, par marche fait ♦ xx I.
» Item, pour le grant cstandart painct a tout sainct Philippe
et sainct Andrieu, et un griffon aussi, a la devise du Roy
deffunct, richement dore et plain descriplure (1), par marche
fait
xxiiii 1.
(1) A eel article correspond le passage suivant de ia description de Jean
Lemaire : h L'estendarl des couleurs et devise du defunct prince, assavoir
de taftas rouge, blanc et jaune, avecq un lyon et un griffon tenans deulx
( 456
» Item, pour la grandc bannyere richementouvree ct doree,
aux plaincs armes du feu Roy ....*... xmi I.
i Item, pour Ja fachon de douze grandes bannieres painctes :
assavoir aux armes de 1'Empercur, de Portingal, du grant due
Charles, de Bourbon, de Castille, de Leon, de Grenade, d'Aus-
trice, de Brabant, de Flandres, d'Artoys et de Haynnau,au pris
de xii 1. la piece, Tun portant l'aultre, par marche fait avec
luy ; monte a la somme de ....... vn xx mi I.
» Item, pour la fachon de xx autres moyennes bannieres,
painctes et dorees aux armes des pays appcrtenans dudit Roy
deffunct, au prix de ix 1. la piece.
» Item, pour la fachon et dorure de la cotte d'armes du corps
du Roy deffunct, paincte et armoyee aux plaines armes. xmi 1.
» Item, pour la fachon et dorure de xm colles d'armes
painctes et armoyecs aux armes des grandes bannieres cy-
dessus speciffiees,au pris de ix 1. la piece; monte a ix xxx 1. (I).
» Item, pour la paincture, fachon et dorure d'une houssure
de cheval, faicte et paincte a tout la devise du feu Roy, trai-
gnant a tcrre . . xx 1.
» Item, pour une aultrc houssure de cheval, faicte aux
plaines armes du Roy deffunct, aussi traignant a tcrre, riche-
ment doree et ouvree ... xxvm I.
» Item, pour 1'estoffe et fachon dung heaulme de joustes, i
tout ung escu de bois painct et dore aux armes du feu Roy. lx s.
» Item, pour Testoffe et fachon de deux heaulmes, Tung de
Castille et l'autrc d'Auslrice, la piece pour vi I.
» Item, pour quatre autres heaulmes de cuyr boully,
chascun a lout un escu des quatre quartiers, richement ouvre,
dore et argente, la ptece pour vi I.
i
baslons croisez en croix Sainct-Andrieu, parmy ties flammes saillans k
quatre coings; et par dessus esloit escripte sa devise, en leltres d'or, qvi
vovldra; et sur le dessusdict estandart estoit une ymage ou pourlraiet de
sainct Philippe ».
(t) II y a ici erreur, soit dans l'enonce du prix de ebaque objet, soit
dans la transcription du chiffre total.
( 457 )
» Item, pour la fachon* et cstoffe de quatre angcs, lesquelz
tenoient chascunj ungl heaulme, a lout ung cscu painct aux
arraesdesquatrc quartiers, et qui servirent aux quatre quarres
de la chappelle realle, au pris de lx sous piece. . . . xu 1.
» Item, pour la fachon d'ung grant escu cntrctaille de bois,
ausditcs plaines armes, richement paincl, ouvre et dore, a tout
la couronnef et le collier de l'ordre a 1'entour . . . vm I.
* Item, pour la dorure des bors des deux selles des deux
chanffrains et de deux paires d'estriers, par marche fait, vi 1
• Item, pour 1'estoffe et fachon de seize couronnes d'estain
dorees,f lesquelz ont servy sur douze bannieres et a quatre
heraulx, lesquelz les portoientsur leur teste, axs. piece, vm I.
» Item, pour la fachon du fourreau de la grande espee cou-
verte de velours noir, et pour les boucles servans a icelle
espee . .
» Item, pour cxvi grans hlasons de quatre fueilles de
papier la piece, lesquelz ont este mis tant sur la representation
du corps comme aultre part ou il estoit besoing : la piece
pour. ;
» Item, pour vi c l autres hlasons de deux fueilles de papier
la piece, servans pour les dites obseques, la piece pour mi s.
» Hem, pour ill - lx moindrcs hlasons d'une fueille, la piece
pour ...
XX s
VI s
III s.
• Item, pour vi c xxxv autres blasons de demye fueille,
lesquelz ont servy pour les dites obseques, la piece pour
. . . . . ii s. vi d.
» Hem, audit painctre, pour sa paine et taincturc noir
d'avoir noircy les lambourdes, platteletz et chappelle royalle,
les lanches des estandars et bannieres, les bastons des torches
et plusieurs aultres choses nccessaircs et servans pour les dites
obseques, pour tout, par appoinctement fait avec Iny . x 1.
» Item, pour fil d'arcal qui a este employe ausdites ban-
nieres
vim s.
Et pour cinq milliers d'espingles pourattacher les bla-
sons ns. »
( 458 )
II.
Temoignage du peintre Jean Van Battele dans I'enquete con-
cernant tin debat entre le rot d'armes Toison d'or et le
heraut Franche-Comte.
(Bibliolheque de la ville de Besan?on : collection Chiflet, n° 108,)
« Information prinse sur le debast d'entre Faillaix, premier
roy d'armes diet Thoison d'or et Therault France-Conte, ete., le
xx e de febvrier 1547. — Tesmoins oyz a Bruxelles le xx e jour
dudict moys de febvrier Tan XV* XLVII (i). »
« Jehan van Battele, poinctre, eaige d'environ lx ans, oy et
interroge par son scrment sur ce qu'il peult scavoir touchant
le droit que au Thoison d'or doibt competer es dons et pro-
pines que les heraulx etofficiers d'armes proffitent a cause du
port dcs colliers de FOrdre, et ce qu'il en a leut on veu user:
diet que dois sa jcunesse, par I'cspace de xxxvi ans, il a hante
la court et veu plusieurs fesles dudict Ordre, et a bien cogneu
feu Thomas Isacq, en son vivant Thoison d'or (2), predecesseur
de cestuy a present; lequel esloit accoustume de porter luy-
mesmes les eollicrs dudict Ordre aux chevaliers eslcuz, tant et
si ionguement que sa sante le permectoit, el ne scet qu'il ail
oncqucs eommis aultre en son lieu, que une fois son beau-filz
(1) C'est-a-dire 1548, suivant le comput actuel.
(2) Thomas Isaac, seigneur de Soullenberch, ne aux environs de la ville
d'Ath, en Hainaul, fut d'abord heraut du litre de Francbe-Comle, puis du
tilre de Hainaut. L'empereur Maximilien et Tarchiduc Philippe, son fils,
I'eleverent au grade de roi d'armes du litre de Toison d'or; il ful installe
et couronne en ceile qualile par Tarchiduc Philippe, le 22 juillet 1492.
II mourut a Rruxelles, le l er novembre 1539, el y fut inhume en Teglise du
Sablon. (Jules Chiflet, Histoire de Vordre de la Toison dor: manuscrit
de la Bibliolheque de ttesanfon, I. II, fol 446 v° et 447 r°.)
I
459 )
Salines(l) pour porter le collier en Polonne; par quay ne scet
proprement Iedict droit du Thoison d'or, sinon qu'il a toujours
oy dire vulgairement que Iedict Thoison , substituant quelcun
aultre pour le port desdicts colliers, debvoit avoir la moytie
des dons que & cause de ce se faisoyent a cculx que pour ce il
avoit substituez, sans en scavoir declarer aultre pariicularite.
»(Signe) Jan vander VVyckt,
HEETENDE VAN BATTELS. »
Vinv OknfcvU*
in.
Questions posees et resolues stir les preparatift
cerimonie funebre a celebrer, aux Carmes de Gand, pour
les rois Francois I tT de France et Henri VIII d'Angleterre.
(Bihliotheque de la ville de Besancon : collection Chiflet, n" 75.)
« Memoirre pour les obseques de feuz de tres noble
memoirre les Roys de France et d'Engleterre, que Ton
entendt selebrer en la ville de Gandt, les jours de
XV XLVII (2). •
(1) Thomas Isaac avail pour gendre Jean des Preys, heraut d'armes du
Utre de Salins, dont la deposition ful egalement requise par Philippe
Nigri.
(2) Les demandes sont de la main de Francois de Falais, premier roi
d'armes, et les reponses de celle du chancelier de l'ordre de la To.sou d'or'
Philippe Nigri.
( 460
a
cSavoirl'egliseou Ton veult
faire lesdites obseques ?
• Lequel on fera le premier?
» Si Ton fera faire les corones
touttesdeux closes?
• Savoir le jour des vigilles
et service?
tAssavoir si Ton tendra le
cueur, comme fast faict celluy
de Vallenchiennes pour le ser-
vice de la feue Royne des Ro-
mains?
» Aussi la rief?
Aux Cannes, a Gand
» Cestui du Roy de France,
pour estre beau-frere, ayant
eu espouse la soeur de l'Eni-
pereur.
» Ouy.
> Le dimenehc premier jour
de may, a l'apresdincr, se chan-
teront les vigilles pour le Roy
de France, et le lundy le ser-
vice. Le mardy ensuyvant,
apresdiner, se chanteront les
vigilles pour le Roy d'Angle-
terre, et le niercredi le ser-
vice
Ouy.
Id.
*
»S'il souffira du paslc que » Lon usera du pal de Val-
fust audict Vallenchiennes, ou lenchiennes, sans faire nou-
si Ton en fera ung neuf : cc
velle despense.
que coustroit beaucop, car
pour le moins il fauldroit plus
de lxx ou Lxxn aulnes de drap
d'or et x ou xii aulnes de satin
cramoisy?
( 461
» Si 1'on baillera aucunes
» Le roy d'armesTboison en
colic d'armes dcs armes des- a la charge, et aussi advisera
diets feuz Roys?
» Quels beraulx Ton man-
dera pour servir esdicles ob-
seques?
mettre telz quartiers ez armoi-
nes.
- -
Fault mandcr M es Jacques
M e Jacques est mande, le-
ou Jehan van Baltcle, painclre, que l doibt avoir ceste cherge,
pour faire les armes et touttes pour estre serviteur de PEm-
autrcspoincturcsncccessaires. pereur, coraple par les es-
croz(l).
IV.
Leltre du chancelier de la Toison d'or concernant le ceremo-
nial heraldique des deux services funebres a celebrer pour
les rois Francois I er de France el Henri VIII d'Angleterre.
(Bibliothequc de la ville de Besangon : collection Chiflet, n° 75.)
« Monsieur le commis, mon bon seigneur, ami et confrere,
fay rcchut voz letti <»s escriptes le jour d'hie^suivaiUlesquellcs
ay communicquie les difficultez y contcnues a la Royne, pre-
sents messieurs le due d'Arschot, Bcvres et Praet, rcsolues
selon qu'il sVnsuil :
» Que aux quartiers du Roy de France, ne fault mettre
cestui de Millan, pour les raisons que povez bicn penser :
joinct que au service du due d'Orleans, TErapcreur, estant
pardecha, exprcssement les deffendit; et suffira mettre les
armes de son grand perc sans les escartelcr de la grande mere
dudict Millan.
• Les blasons qui se mettront au coeur et nef de Teglise,
(I) C'esl-i-dire par Iesr6les.
( 462
pour ledict Roy de France, auront le collier de l'ordre Sainct-
Michicl tant seullement, et ceulx du Roy d'Angleterre, de la
Ghartierre : pour estre souverains de leur ordre, sans les
alterer de l'ordre de Sa Majeste Iroperialle.
» Sur le tombeau se raettera lcscusson pendant et collier
de leur ordre, que deux angcs tiendront, la coronne close par
dessus, le sceptre, cotte d'armes, sans espee.
• Les qualtre quartiers se metteront par banieres tenues par
quatre anges, qui serviront aux deux obseques desdicts Roys.
D'aultres banieres, penon, espees et aultres sollempnitez
qui se portent pargentilz homraes, riens ne se fera, pour non
estre princes de ces pays, ny avoir aucune auctorite, et aussi
parce que l'assamblee se faict a Teglise sans y riens porter.
» Que sera la fin, apres m'avi
grace.
» De Bruges, ce xx e d'apvril 4 547, apres Pasques,
» Vostre serviteur, ami et confrere,
» Philippe Nigri
reeommande en vostre
« A mon bon seigneur, ami et
confrere monsieur Boisot, con-
seiller de rEmpcreur ct commis
de ses finances. »
V.
f<
ffes, ft
/<
er
et du rot d'Anglelerre Henri VIII.
(Bibliotheque de Besan?on: collection Chiflet, n° 75.)
tS'enssuivent les parties que Antoine de Zeelandre a dclivre
es mains de maistre Jacques, poinctre a TEmpereur, pour les
obseques des deux Roys, a scavoir de France et d'Engleterre ;
ct premicrement celles du Roy de France.
( 463 )
• Item pour une baniere quarree avecques les armes de
France, mi aulnes de damas turcquin. -
1
» Je maistre Jacques Van Battele, poinctre a l'Empereur,
certiflie avoir rechupt de Antoine de Zeelandre les devant
dictes parties pour les raisons y contenuz. Faict en Gandt, le
v* de may XV C quarante sept. *
VI.
funebre de Vimperc
Bruxelles, en 1539.
fournitures ft
(Bibliotheque de la ville de Besangon : collection Chiflet, n° 75.)
« Despens faitz Tan XXXIX, pour les obseqnes de Tlrapdra-
trice a Saincte Goedele, a Bruxelles.
» A Anthoine de Zeelande, marchandt de drap de soye
demourant a Bruxelles :
» Pour cent douze aulnes d'autre drap delivrez : assavoir
au prevost de Thostel, k six heraulx d'armes, a maistre Rol-
land Maille, painctre; h chascun d'eulx huyt aulnes.
A maistre Rollandt Maille, paincterc demourant a
( 464 )
Bruxellcs, pour sept cens quatre vingtz deux petitz blasons,
a trois solz piece : vz cxvn 1. vi s.
» Pour trois cens grans blasons de double feulle, a cinq
solz piece : vz lxxv 1.
* Pour douze autres grans blasons aussy de double feulle,
au pris de huit solz piece, yz ...... m mi 1. xvi s.
» Pour avoir painct la chappelle imperialle de noir et dore
les trois rons et la couronne imperiale, neuf cens cincquante
platteaux painct aussy de noir et quatre grandes chierges
blancq pour ladicte chapelle, vz xn I.
> Pour avoir painct de noir les lambours et treilles, vz c s.
» Pour avoir dore de fin or les quatre evangelistes et les
estoffez, vz . . ♦ . x L
» Pour avoir dore de fin or les quatre couronnes des quatre
quartiers . ♦ . .
» Pour avoir fait ung patron de ladicte chappelle impe-
rialle
3 Pour quatre cottcs d'armes des quatre quartiers, pour or
et faction, a huyt livres pieche, font xxxn 1.
• A luy, pour ce qu'il avoit deboursse a ung tailleur
d'ymaigc audict Bruxclles, pour avoir taille de bois les quatre
evangelistes, double escu, et quatre aultres des quatre quar-
tiers, et la fachon de quatre couronnes de Jetton servans
ausdicts quartiers xvi 1.
» Somme desdictcs parties delivrees par ledict Rollandt
Maille, nionte cclxxv 1. xvn s. »
c s.
XXV s.
( 465 )
CLASSE DES BEAUX-ARTS
Seance du 2 octobre 1884
M. Slingeneyer, directeur.
M. Liagre, secretaire perpetuel.
Sont presents : MM. Pauli, vice-directeur ; L. Alvin, Jos.
Geefs, C.-A. Fraikin, Ed Fetis, le chevalier L. de Burbure,
Ad. Siret, Robert, F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, G. Guflens,
Jos. Schadde, Jos. Jaquet, J. Demannez, G. De Groot, Gus-
lave Biot, membres ; le chevalier X. van Elewyck, le che-
valier Edm. Marchal et H. Hymans, correspond ants.
M. Chalon, raembre de la Classe des lettres, assiste & la
stance.
M. Benoit ecrit pour s'excuser de ne pas pouvoir assister
i la seance.
CORRESPONDANCE.
*
La Classe prend notification de la raort de Tun des asso-
ci& de sa section des sciences et des lettres dans leurs
rapports avec les beaux-arts. M. Mauritz Tbausing, con-
servatcur de l'Albertine, a Vienne, d^cede a Leilmeritz,
ea Boheme, au mois d'aoiH dernier.
3°" SERIE, TOME VIII. 31
( 466 )
M me Pinchart remercie la Classe pour les sentiments
de condoleance qui lui ont et6 exprimes a la mort de son
man.
M. le Minislre de FAgriculture, de PIndustrie et des
Travaux publics fait savoir que les dispositions sont prises
par son Departement pour que Paudition de la cantate de
M. Soubre (second prix en partage du concours de com-
position musicale de 1883) puisse avoir lieu en seance
publique de la Classe.
Le meme Minislre communique le rapport que
M. £d. Vanderstraeten lui a adresse en qualite de colla-
borateur de la Commission pour la publication des oeuvres
des anciens musiciens beiges sur les resultats de la mis-
sion qu'il a remplie a Leyde. — Renvoi b la section de
musique de la Classe.
M. Henri Hymans remet la notice qu'il a ecrite pour
le prochain Annuaire, sur le peintre Ferdinand De Brae-
keleer, ancien membre de la Classe. — Remerciments.
M. le commissaire general du Gouvernement pres de
rExposilion universelle d'Anvers adresse un exemplaire
de tous les documents relalifs a cette exposition. — Re-
merciments.
L'Academie d'archeologie de Belgique, k Anvers, fait
savoir qu'elle se propose de creer, a ['occasion de ladite
exposition, une federation des sociel£s d'archeologie; elle
demande, a ce sujel, la cooperation del'Academie. — Pris
pour notification.
La Classe accepte le d£pdt dans les archives de
TAcad^mie d'un billet cachete, en date de ce jour, pr6sent6
par M. Adolphe Siret.
• ( 467 )
La Soci£t£ artistique operative cTassistance mutuelle,
sous le vocable de Saint-Michel, a Rome,remercie la Classe
pour la lettre.qu'elle lui a ecrite au sujet de la mort du
graveur Paolo Mercuri. Elle adresse, en meme temps, un
exemplaire du discours prononce sur la tombe par le
graveur de camees Filippo Spatafora. — Remerciments.
■
La Classe regoit encore, & titre d'hommages, les
ouvrages suivanls, an sujet desquels elle vote des remer-
ciments aux auleurs :
1° Un bal suivi d'un drame, ou trait de rnceurs du
XVI I e siede; archives d'anciens monuments namurois;
Note artistique sur des peintres namurois, etc., par
D. Vande Casteele, archiviste de I'fitat, a Namur, broch.
in-8°;
2° Percival, opera dialogue en qualre actes et en vers,
de L. Bailly, musique d'Adolphe de Doss, ancien laureat
de la Classe. Partition reduite : piano, chant et libretto.
Liege, gr. in-8°.
M. le secretaire perpeluel appelle l'attention de ses
confreres sur un trait6 inedit de Simon Stevin, qui fait
partie d'un envoi d'oiivrages adresse, a titre d'hommage,
& I'Academie par M. le professeur Bierens de Haan , de
Leyde.
Ce traite, retrouve parmi des papiers manuscrits de
Constantin Huyghens, faisait partie de la collection des
manuscrits que possede I'Academie des sciences d'Am-
sterdam. II porte pour titre : Van de Spiegeling der Sing-
konst, ou Miroir de I'art du chant.
Les remerciments de la Classe seront exprim£s k M. Bie-
rens de Haan pour cet interessant envoi.
468 )
JUGEMENT DU COlNCOURS ANNUEL.
IMRTIK llTlinilRF,
La Classe cnteud la lecture des rapports de MM. Pauli,
Balat et Sehadde sur le memoire de concours portant la
devise : a Faire connaitre aux eleves les chefs-d'oeuvre de
rarchitecture flamande de notre belle patrie,c'est concourir
pour leur instruction »,adresse en reponse k la quatrieme
question :
Determiner les caracteres de t architecture flamande du
XVI* et du XVII* siecle. Indiquer les edifices des Pays-
Bas dans tesqtiels ces caracteres se renconlrent. Dormer
V analyse de ces edifices.
Conformementau reglement,ce travail, avec les rapports,
restera a la disposition des membres jusqu'& la prochaine
seance, dans laquelle la Classe se prononcera sur les con-
I
elusions de MM. les rapporteurs^
ART IPPIJQIG
m
D'apres le programme du concours, un prix de 600 fir.
devait etre accorde h la meilleure gravure execulee par un
artiste beige depuis le i eT Janvier 4881, el un prix de la
meme valeur a la meilleure medaille execute par un
artisle beige depuis le i" Janvier 1880.
Lesgravures et la m&Jaille, recucs avant le 1" octobre,
dtlai fixe pour leur remise, ont ete renvoytfes a la section
de gravure de la Classe, qui a exprime de la maniere sui-
vanle son opinion sur ces deux concours :
Le jury a constate dabord avec regret le peu d'em-
ressement mis par les artistes a soumetlre leurs travaux
( 469 )
aux concours d'arl applique de la Classe. Malgre la noto-
riety de ces concours, deux concurrents settlement se sont
presentes.
Deux gravures an burin ont ele presentees. La pre-
miere a pour sujet Antigone et GEdipe du peinlre J, Slal-
laert; son billet cachete porle pour devise : € Meier l'ulile
& Tagreable x>. La seconde a pour sujet Un triste retour,
d'apres Bource; le billet cachete porte pour devise : « Le
soleil luil pour tons j>.
Le jury, apres un examen approfontli de ces deux
planches, propose a la Classe de decerner la medaille a
celle portant pour devise: « Meier Futile a Tagreable *.
La Classe adopie celle proposition. L'ouverture du billet
cachete faitconnaitre comme etant Tauteur decelteoeuvre:
M. De Meersman, a Ixelles.
_
Pourle concours de gravure en medailles, un seul con-
■
current s'est presente. Son envoi se compose d'une piece
de grand module commemorative de rinauguration de la
foret d'Epping, par la reine Victoria, et executeeen 1882
pour la corporation de la ville de Londres.
*
Le jury eslime que I'auleur merite le prix propose; le
proul seul de la medaille lui vaut cette recompense et
forme un type tres satislaisanl. Quant au revers, le jury
ne peut le considerer comme repiesentant, pour un Ira-
vail plastique, un ensemble concu avec la grandeur exigee.
La Classe adopie ces conclusions et I'ouverture du billet
cachete fait connailre comme £lant I'auleur de celle me-
daille M. Charles Wiener, pour la troisieme fois laureat
des concours d'art applique.
( 470 )
RAPPORTS.
MM. Fraikin, Jaquet et De Groot donnent connaissance
de 1'examen qu'ils ont fait des modeles des bustes de
Ch.-L. Hanssens et de Schmerling, commandes par le
Gouvernemenl a MM.Vandenkerckhove-Saibas et Mignon,
pour le Palais des Academies.
Ces appreciations seronl communiquees h M. le Ministre,
COMMUNICATIOlNS ET LECTURES.
Sur le portrait de Bernard van Orley, peint par Albert
Diirer en 1521 ; par Henri Hymans, correspondant de
I'Academie.
Parti de Nuremberg le 12 juillet 1520, Albert Diirer
gagnait Anvers le 3 aout.
Le voyage du c6lebre peintre n'etait pas entrepris dans
un hut exclusivement ariistique. Par la force des choses,
pourtant, il allait donner naissance & un ensemble de tra-
vaux qui occupent dans Thistoire des beaux-arts une place
considerable.
Au cours de ses visites k presque toutes nos grandes
villes, Diirer notait les incidents du voyage, ses impres-
sions sur les choses qu'il voyait, lesindividusavec lesquels
il s'etait rencontr^, les travaux qu'il executait, enfin ses
recettes et ses depenses.
( 474
Malheureusement, ce journal, d' un interet si puissant,
ne nous a pas ete conserve en original. On ne le con-
nait que par une copie, posterieure (Tun siecle k la date
meme du voyage, et qui a servi de point de depart k
plusieurs publications dont noire pays a eu I'houneur de
fournir celles de Verachter et de Pinchart, les meilleures
-
de toutes.
On ne saurait atlacher trop d'importance aux notes
d'Albert Diirer, qu'on les envisage au point de vue de
rhistoire de Tart ou k celui de la connaissance de la vie
socialeau debut du XVI C siecle, Elles offrent pour Tartiste
et pour le curieux un egal int6ret et, sans doute, je n'ai pas
k rappeler les pr£cieux tableaux dont Leys ful k meme
d'y puiser le motif.
Malgr6 le laconisme regrettable de ces annotations, la
personnalite de Tauteur s'y r6vele d'une maniere frap-
pante; on peut les comparer k des croquis rapides mais
dont chaque trait a sa valeur expressive,
Diirer n'avait assurement pas song6 que ses observa-
tions et ses pensees in times seraient un jour semees aux
qualre vents de la publicite, que les plus puissants collec-
tionneurs de l'Europe se disputeraient a prijt d'or les
feuillets 6pars de son carnet de voyage.
Mais quel interet aussi acquierent a nos yeux, grace
pr£cisement aux indications du journal, tous ces souvenirs
de notre pays, recueillis par un tel maitre !
On se plait a le suivre en imagination a travers les fetes
auxquellcs il assiste et dont il est souvent le heros, comme
dans les reunions intimes avec les hommes marquants qui
se trouvaient alors sur notre sol.
A Anvers, sa premiere visile est pour Quenlin Metsys ;
il est present aux noces de Joachim Palenier, dine avec
( «* )
Erasine dont il fait le portrait, se rencontre avec Lucas
de Leyde et se divertit avec lui, se procure par Thomas
Vincidor, eleve de Raphael, des details sur I'atelier du
grand maitre et des eslampes italiennes. A Bruges, a
Gand, a Bruxelles, il visite les artistes et s'absorbe dans la
contemplation des oeuvres celebres de ses devanciers.
Je ne rappelle ces circonslances que pour faire mieux
ressortir combien le recit de Diirer vient en aide a la
determination de celles de ses oeuvres datant de 1520 et
de 1521 , un point qu'il importe de ne pas perdre de vue
pour la clart£ du sujet que je veux aborder dans ces pages.
Entre les nombreux artistes avec lesquels nous voyons
Albert Diirer entrer en relations, pendant son sejour aux
Pays-Bas, il en est trois qu'il mentionne & plus d'une
reprise et qui nous inleressent particulierement : Joachim
De Patenier, le Patinier, si Ton prefere, puisqu'il elait
Wallon, Lucas de Leyde et Bernard van Orley. II n'esl pas
necessaire de rappeler les details de ces rencontres.
Diirer faisait grand cas de Patenier, dont il nous a laiss£
d
Saxe-Weimar. Le monogramme du maitre fig
sur un portrait grave du personnage, planche extreme-
raent rare, mais qu'on a cesse, a juste litre, d'attribuer
au burin de Diirer.
La rencontre si interessante avec Lucas de Leyde donna
naissance, egalement, h un portrait dessin6, longtemps
perdu, et dont j'ai pu signaler I'existence au Mus£e de
Lille (1).
(1) Albert Diirer et Lucas de Leyde : leur rencontre d Anvers, par
Henri Hymans (Bulletin des commissions royales d'art et d'archeologie,
tome XVI, page 172)
( 475 )
Les relations avec Bernard van Orley futenl parliculiere-
ment cordiales. Sansaller jusqu'a dire avec M. Charles Nar-
rey, dans son edition frangaise du Journal de voyage (1),
que <t van Orley eut la gloire d'etre tin des rares peintres
flamands qui aecueillirent Albert Diirer sans jalousie
car vraiment le recit du maitre ne confient aucune
accusation a Tadresse de ses confreres flamands, — il est
certain que I'illustre visileur regut chez Bernard van Orley
des marques d'estime fort grandes, et que Diirer menlionne
comme exceptionnellement somptueux le banquet que
lui offril son confrere bruxellois.
Cette annotation est suivie, a quelques lignes d'in-
tervalle, de cette autre : « J'ai fait au fusain le portrait de
mailre Bernard, le peintre de Madame Marguerite j>.
On ne possede plus ce dessin; s'il se rencontre quelque
jour, ou pourra I'identiiier sans trop de peine, en recourant
b la nienie source qui permit jadis a Bartsch, et plus
recemment a moi-meme, de determiner les images de
Joachim Patenier et de Lucas de Leyde, c'est-a-dire le
recueil de portraits edile a An vers en 1572 par la veuve
de Jerome Cock (2), sous le tilre : Pictorum aliquot
Germaniw inferior is effigies.
Une des premieres places appartenait a Bernard van
Orley dans ce pantheon des gloires artistiques de la
Neerlande, dont chaque planche est accompagnee d'un
eloge en vers latins, du h la plume de Dominique Lampso-
nius, k la fois artiste el Iettr6, le correspondant de
Vasari.
(1) Albert DUrerd Ventse et dans les Pays-Bas, par Ch. Narrey, Paris,
1866, page C.
(2) Jerdme Cock £tait morl & Anvers le 3 octobre 1 570.
474 )
Bien qifon ne sache pgs a quelle source ont el6 puis6s
les dessins originaux que Jerome Cock, probablement k
la demande de Lampsonius, avait confies aux meilleurs
graveurs, il est certain que ces images m6ritent d'etre
acceptees comme fideles, surtout pour les artistes du
XVI e siecle, el le fait meme d'avoir employe les portraits
de Patenier et de Lucas de Leyde, dont les originaux de
Diirer nous sont maintenant rendus, vienl etablir que,
d'une fagon quelconque, Tediteur avail k sa disposition les
meilleurs elements.
Le portrait de Bernard van Orley est-il, lui aussi, la
reproduction d'un dessin d'Albert Diirer? C'est possible,
mais comme nous ne possedons pas ce dessin, le plus sage
ici est de ne rien aflirmer.
II n'y a pas lieu, je crois, d'user d'autant de reserve, en
ce qui concerne un autre portrait, non plus dessine, celte
Ibis, mais peint par Albert Diirer, ceuvre d'une originality
indiscutable el indisculee, d'ailleurs, que possede la galerie
royale cleDresde, sous le n° 1859.
Comme lous les portraits du grand peintre de Nurem-
berg, celui-ci a quelque chose de parliculierement indivi-
duel. Waa
des portraits les plus vivants de Diirer ».
Le personnage imberbe, coiffe d'un immense chapeau
noir d'une forme essenliellemenl flamande, porte un vete-
ment noir aussi, decoupe carrement sur la poitrine, lais-
sanl voir une fine chemisette. II tient une lettre.
Ignorant d'une maniere complete que le personnage frtt
de ceux que Ton pouvail parvenir k determiner, je fus
tres frappe a la vue de cettc peinture dans laquelle je
reconnus, des l'abord, un des artistes flamands graves en
1572. Hesiler entre Patenier et Bernard van Orley, dont
( 478 )
les grandes coiffures sont si caracteristiques, dont les
visages osseux el imberbes se confondent dans la memoire,
etait chose permise; mais Fembarras ne pouvail etre de
longue dur£e, attendu que la lettre que tienl le personnage
porte une suscription et qu'elle est adressee d Bernard d...
(Dern Pernh... zu) 9 le reste malheureusement cache par
la main.
A ce premier element de preuve vint alors s'ajouter
une demonstration finale. La peinture, signee du mono-
gramme bien connu de son auteur, portait la dale de 1521,
done 1'annee de la presence d'Albert Diirer dans les Pays-
Bas et de sa rencontre avec Bernard van Orley.
En fallait-il davantage pour etablir res deux points :
Albert Diirer a peint le portrait de Bernard van Orley
et ce portrait figure dans la galerie de Dresde? fividem-
ment non, el lorsque, plus tard, je fus a meme de rappro-
cher le croquis rapidement trace — car il me ful impos-
sible de trouver k Dresde une photographie — (1) de la
gravure du recueil de Lampsonius, ma conviction pouvail
<Hre complete.
Peu de mois apres, M. Maurice Thausing faisail paraitre
& Vienne sa remarquable edition annol^e desceuvres lilte-
raires d'Albert Diirer, preludant ainsi au travail grandiose
que notre eminent et regretle confrere devait consacrer a
fil lustre mailre de Nuremberg.
Bien que Thausing se soil occup6 avec un veritable
amour et avec une sagacity rare de tout ce qui concerne
Albert Diirer, le portrait de Dresde ne parail I'avoir inte-
ress6 que comme oeuvre d'art. Malgre la. date de 1521, le
0) M. Braun de Dornach vieut de reproduire superieureinent Toeuvre
de Diirer, de la grandeur de I'original.
( 476 )
prenom de Bernard et les relations si eonnues des deux
artistes, il ne semble pas meme avoir songe a celte vrai-
*
semblance, tout au moins a cette possibility que I'homme
qui! avait devant lui etait le peintre bruxellois dont le
voyageur aimait a se rappeler Taccueil cordial. J'incline &
supposer, conformement k I'opinion de M. Ephrussi, que
*
le portrait grave n'avait pas passe sous ses yeux.
Dans le beau livre qu'il a consacreaux dessins d'Albert
Diirer (Paris 1882), M. fiphrussi n'hesite pas, pour sa
part, h signaler la peinlure de Dresde comme devant rap-
peler le souvenir du portrait dessine et perdu de Bernard
van Orley :
* Le modele de ce tres beau portrait, etonnant par la
vigueur et la puissance du dessin, dit M. Ephrussi, parait
&g6 d'environ vingt-cinq ans. Et c'est la, en effet, I'age
que devait avoir alors Bernard van Orley dont il faul
placer la date de naissance, d'apres les recentes recber-
ches de M. Wauters, enlre les annees 1490 et 1501.
L'analogie frappante enlre ce portrait et la gravure de
Wiericx, d'une part, et Tinscripliori : Dem Pemh «*..„
d'autre part, ne laissent aucun doute sur Tidentile du
personnage. *
Cette affirmation se produisant pour la premiere fois,
et sous la plume d'un £erivain doue de beaucoup de
penetration et de savoir, ne fut cependant pas accueillie
comme une solution.
La seconde edition du livre de M. Thausing n'en tient
nul compte et, plus recemment encore, M. Woermann,
le directeur meme de la galerie de Dresde, un des icono-
graphes les plus justement eslimes de noire temps, a
cru devoir consacrer un article special au portrait d'Albert
477
Durer et dans le but exclusif d'etablir qu'il ne peut repr6-
senter Bernard van Orley (i).
Non seulement il n'est pas dans toute la demonstra-
tion de M. Woermann le plus simple element de preuve,
mais, de plus, allant au fond des choses, je constate que
lous les fails lui donnenl tort. (Test h quoi aboutissent mes
recherches.
Les relations d'AIhert Diirer avec Bernard van Orley
sont absolument elablies. Toulefois, il y a, en dehors du
peintre, trois personnages ayant pour nom Bernard dont
la mention apparait dans le Journal de voyage.
D'abord Bernard Stecher. Celui-ci etait facteur de la
■
puissante maison des Fugger d'Augsbourg, les Rothschild
du XVI C siecle. Puis Bernard de Castell,enfin un troisidme
personnagedonl le nom a ete lu de diverses manieres. Les
uns en ont fail Bernard de Breslau, les aulres Bernard de
Resten, de Ressen, de Bresslen et do Bressen. *
Thausing ne doutait pas que le portrait de Dresde ne
repr6senl&t ce Bernard de Ressen, tout en declarant qu'il
fallait laisser indt'eis le point de savoir si ce nom de Ressen
■avait ete bien lu et s'il n'y avail pas identic de personne
entre Bernard de Ressen et Bernard de Breslau deja men-
tionn6 par Diirer (2),
II peut etre utile de faire observer que Thausing n'etait
pas a meme de conlrdler ce point, par la raison qu'il ne
(i) Diirer' s mannliches Dildniss von 1521 in der Dresdner Galerie,
dans le Repertorium far Kunstwissenschaft, Berlin el Stuttgart, tome
v ll, page 446.
(2) Durer % s Briefe, TagebUcher unci Reime, Vienne, 1872, pages 229-
J30.
( 478 )
poss6dait, pour se guider, que les livres de ses devan-
ciers el non pas la transcription manuscrite du journal de
»
Diirer qui leur servit de point de depart et qui n'a £t6
retrouvee qu'en 1879 & la Bibliotheque de Bamberg, parmi
les papierS delaiss^s par Joseph Heller. Cette transcription,
oeuvre d'un peintre du nom de Hauer, lequel vivait en
1620, a ete recemment edilee par M. le D r Fred. Leit-
schuh, bibliothecaire de Bamberg (1), et constitue, par
consequent, la source la plus recommandable que nous
ayons jusqu'a present pour nous guider.
Or, dans ce nouveau texte, les Bernard de Ressen,
de Resten et de Bressen ont tous disparu. II ne subsisle
que Bernard de Castell et Bernard de Breslen (ou Bress~
len), dont M. Leitschuh fait une meme personne sous le
nom de Bernard de « Breslau *,bien qu'il lise et irnprime
Bresslen, el cela, parce que dans la Silesie il a rencontr£
la mention d'une ancienne famille du nom de Castell (2)«
Je reviendrai sur cette conclusion qu'il est bien permis
de qualifier d'irraisonnable. Du reste, elle ne va nulle-
ment a Tencontre de ma these, puisque M. Leitschuh lui-
meme affirme (3) que * la comparaison du tableau de
Dresde avec la gravure du recueil de Jer6me Cock ne
permet en aucune fa^on de douter que Tune et Fautre
oeuvre ne representent une seule et meme personne *,...
savoir Bernard van Orley! ;
Voil& done une nouvelle aulorite, quant a la ressem-
blance. Et pourtant, I'aiiteur, lorsqu'il voit Albert Diirer
(1) Albrecht Duress Tagebuch der Beise in die Niederlande. Leipzig,
1884.
(2) Ibidem, page 137.
(3) Page 123, note 59.
479
noter dans son journal qu'il a peint, A I'huile, cette fois
car la est toute la question, — le portrait de Bernard
« de Bresslen *, n'en fait pas Bernard de Rrihslen, le
seul nom sous lequel etait pourtant connu, meme de
Lampsonius, meme de van Mander, Bernard van Orley,
mais i! en fait Timaginaire Bernard de Breslau. L'6di-
teur n'a done pas line confiance certaine dans la transcrip-
tion de Hauer. Mais s'il doute de Bresslen on peut se
demander pourquoi il n'accepte pas plutdt Brusslen que
Breslau, alors qu'il n'y a pas meme un jambage a ajouter
& 1'ecriture du XVII* siecle pour arriver a ce resultat.
M. Woermann reconnait la ressemblance generate de
physionomie du portrait de Dresde avec Bernard van
Orley, tel que nous le trouvons dans le recueil de Jerome
Cock. Toutefois, ajoute-t-il, ce n'est \k qu'une apparence
vaine; un examen plus proche ne confirme pas i'analogie.
Question d'appreciation. Mais une erreur de fait qu'il
importe de dissiper est commise par le savant critique
lorsqu'il avance que le portrait grave, qui passe pour elre
celui de van Orley, ne represente pas du tout ce maitre.
Voici, a cet egard, la \6v\le.
Dans son Catalogue ratsonne de Vceuvre des trots freres
Wiericx (i), M. Louis Alvin est amene k s'occuper de la
collection des portraits d'artistes, publiee par Jerdme Cock,
et dans laquelle figurent plusieurs planches sign^es du
monogramme de Tun des membres de cetle laborieuse
famille artistique. [I cite les editions successives du recueil.
> Dans la demise — la cinquieme, — dit-il, Pordre des
numeros a ete interverti. Le nom de Bernard de Bruxelles
(i) Bruxelles, 1866, page 368.
480 )
esl sous le portrait de Bouts et vice versa. x> Ce!a est
vrai; seulement cette transposition n'a pas eu lieu k la
cinquieme edition, mais a la premiere. II faut, pour le
constater, avoir sous les yeux tout le recueil.
Dans le lirage primilif, k Fexception des num^ros
d'ordre graves dans les fonds des portraits, les planches
sont vierges de toute inscription gravee. Les noms des per-
sonnages et les vers de Lampsonius sont appliques au bas
de chaque image par la presse typographique, ce qui laisse
les planches de cuivre parfailement intactes. [/impression
s'est done faite en deux fois, une fois pour la planche et
une fois pour le texte. Dans le portrait de Thierry Bouts,
qui a regu le titre et les vers latins destines au portrait de
van Orley, la planche s'est trouvee etre trop petite pour
recevoir tout le poeme, et les trois derniers vers envahis-
sent, d'au moins deux centimetres, la marge du papier, en
dehors, par consequent, de la planche gravee.
Mais, au tirage suivant, lorsqu'on eut k graver stir les
planches elles-memes, on s'apercjut de I'erreur commise,et
les noms de Thierry Bouts et de Bernard van Orley furent
alors inscrils a I'endroil voulu. Comme, par ordre chro-
nologique, Thierry Bouts devait preceder Bernard van
Orley, il fallut corriger Jes planches pour y changer les
oumeros d'ordre. Du 5 de Bernard van Orley on fit done
un 6, et du 6 de T- Bouts un 5, changements visibles k
tous les tirages, depuis le deuxieme jusqu'au cinquieme.
Admellre un seul instant que le portrait de Thierry
Bouts representee it van Orley, et Fin verse, serait tomber
dans une erreur, grosse de consequences. M. Alvin ne Ta
pas commise. Je n'insisle pas la-dessus. D'ailleurs, le cos-
tume seul des personnages suflit k ^carter la supposition,
puisque van Orley est venu au monde one vingiaine d'an-
( 481
n6es apres la mort de son confrere cle Harlem, que leur
costume est done tr&s different.
Quand Hondius, en 1618, publia,sous le litre Theatrum
honoris, une nouvelle galerie de portraits d'artistes, dans
laquelle il insera les copies des planches de Jerdme Cock,
il est Evident que si Ton avail adople, pour la derniere
Edition, le portrait de Bouts pour representer van Orley,
|
Pediteurde la nouvelle collection eul suivi ce changemenl.
Or, pour lui, comme pour son devancier, Bernard de
Bruxelles est reste Bernard de Bruxelles.
Et ceci n'est pas une hypothese, car nous avons preci-
s6menl de 1521 , Fannee meme du portrait de Diirer,
Timage de van Orley, peinte par lui-meme, sur le volet du
triptyque de Bruxelles : les fHpreuves de Job. Devienl-il
possible encore de contester, cette fois, Fidenlite avec le
portrait grave? Je ne le crois pas.
Certes, lorsqull se peint lui-meme, van Orley se voit
avec d'autres yeux que Diirer. II donne, comme le fait
aussi le graveur, plus de regularise a ses traits. II etait, par
contre, dans la nature du talent germanique d'Albert
Diirer d f accentuer quelque peu les caracteres saillanls de la *
tigure des personnages qu'il choisissait pour modeles.
A son insu il donne plus de saillie aux pommetles, plus *
d'ampleur k la m&choire, prononce da vantage le men ton.
Cest le type franconien, en un mot. Mais la construction du
masque rren resle pas moins !a meme pour ce qui concerne
van Orley. Le nez est court el legerement trapu, la face
large, les sourcils ecartes; de plus, les cheveux sont cha-
tains, les yeux gris, exactement comme dans le portrait
de Dresde.
Le fait de tenir une lettre, dil M. Woermann, fait son-
ger non pas a un peinlre, mais a un negotiant. Pourquoi
5"** SERIE, TOME VIII. 52
( 482 )
■
Bernard van Orley liendrail-il une lettre? Est-ce que nous
ne voyons pas, au contraire, chez Holbein, une tendance
k fa i re de ce detail de la lettre la caracteristique du neeo-
ciant? Et nous devons bien admetlre que, dans un centre
commercial tel que retail An vers, M. de <r Resten p etait
negociant, alors meme qu'il cut porte le tilre de seigneur
de Castell et possede des terres aux environs de Breslau. >
D'abord, il n'est pas du tout exact qu'une lettre soit
necessairement indicative, en peiuture, d'une profession
queleonque. Quentin Metsys, par exemple, a mis entre
les mains de Pierre Egidius, Tami d'Erasme, une lettre
dont Padresse frappa si prodigieusement Thomas Morus
par la perfection avec laquelle le peintre I'avait tracee.
Et Egidius etait un savant.
Mais ce « M. de Resten *, negociant, j'ai pris, sur la
place d'Anvers, des renseignements a son sujet. Les plus
anciens registres des paroisses, c*est-o-dire de Sainte-
Walburge a daier de 1529, de Saint-Jacques a daler de
i
1558, de Nolre-Dame a dater de 1542, pendant plus d'un
siecle, ne sulfisenl pas a nous eclairer. Tieleman Bressel
s'est marie en 1553 el Paul van Bredsem en 1559. II y a
aussi une Clara Rasson, citee en 1577,et une Jeanne Res-
son en 1596, mais pas un van Bressen, pas un van
Resten.
Absence plus complete encore dans les inscriptions
i
funeraires et dans les lisles, de plusieurs milliersde noms,
de la gilde de Saint- Luc, a laquelle etaient affilies des
gens de professions fort diverses. II faudrait done admel-
tre que les amis d'Albert Diirer n'etaient guere apparent^
b An vers.
Aux seigneurs de Castell maintenanL
Je me suis donn6 la peine de parcourir leurs genealogies.
( 483 )
II y a les Schenck von Castell, qui sont de la Franconie et
de la.Souabe; je n'ai eu la chance de rencontrer le prenom
de Bernard accole au nom d'aucun d'eux ni avant, ni
pendant, ni depuis le XVI* siecle. Pour ce qui concerne
les Caste), qui etaient, je crois, barons, rien non plus
pendant plusieurs siecles.
A Anvers, il y a eu naturellement des Casleel, Casteels,
van Casleel, etc. Pourquoi done Diirer n'aurait-il pas fait le
portrait de Tun d'eux ? Toutesmes recherchespour trouver
un Bernard Castell sont resides infructueuses. II faut croire '
que Verachter serait parvenu k identifier ce personnage si
cela avail ete possible, lui qui etail archiviste d'Anvers,
et avail bien determine les autres personnages mentionnes
dans le journal.
Je dois faire observer, en terminant, que si la leltre du
portrait de Dresde etait adressee k une individuality d'ori-
gine patricienne, et surtoul a un Allemand, nous y trou-
verions des titres elendus. C'est le vrai moment de faire
connaitre ses quality quand on se fait pourtraire une
lettre b la main, de meme qu'on profile si souvent de la
circonstance pour exhiber des armoiries reelles ou pre- .
tendues. Sur le portrait de Dresde, rien de lout cela.
En somme, la lettre que nous tend van Orley merile
d'etre prise en serieuse consideration. Je serais heureux
d'avoir pa contribuer & faire obtenir au grand peintre la
place qu'il sollicite dans le catalogue de la galerie de Dresde
et qui lui a ete, jusqu'a ce jour, refusee d'une manure si
impitoyable.
i
( 481 )
CLASSE DES BEAUX-ARTS.
Seance du 23 octobre 4884.
w M. Slingeneyer , directeur.
M. Liagre, secretaire perpetuel.
Sont presents : MM. Ad. Pauli, vice directeur; L. Alvin,
Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, fid. F6lis, le chevalier L. de
Burbure, Ad. Siret, A. Robert, F.-A. Gevaert, Ad. Samuel,
Godfr. Guffens, J. Schadde, Jos. Jaquet, J. Demannez,
P.-J. Clays, Ch. Verlat, G. De Groot, G. Biot, membres;
Al. Markelbach, J. Stallaert, le chevalier Edra. Marchal,
H. Hymans et J,-B. Meunier, correspondants.
CORRESPONDANCE.
M. le comte de Borchgrave d'Allena, secretaire du Roi,
£crit que LL. MM. le Roi et la Reine regrettenl de ne pou-
voir assister a la seance publique de la Classe.
Des regrets semblables sont exprimes par M. le general
Burnel au nom de LL. AA. RR. le Comte et la Comtesse
de Flandre.
La Classe prend notification de la mort de Tun des
( 485 )
associes de sa section de peinture, M. Hans Makart, de
Vienne, ne a Salzbourg en 1840, d£cede le 2 de ce mois.
M. le Ministre de PAgriculture, de PIndusl-rie et des
Travaux publics transmet en copie :
1° Le 7 C rapport semestriel de M. Remi Cogghe, laur&tt
du grand concours de peinture de 1880, et le l er rapport
semestriel de M. fimile Verbrugge, laureat du grand con-
cours de 1883. — Renvoi a MM, Slingeneyer, Robert,
Guffens et Siret, rapporteur ;
2° Le 3 C rapport semestriel de M. G. Charlier, laureat
du grand concours de sculpture de 1882. — Renvoi a
MM. J. Geefs, Fraikin, Jaquet, De Groot et Marchal, rap-
porteur;
3° Le 5 C rapport semestriel de M. Louis Lenain, laureat
du grand concours de gravure de 1881. — Renvoi &
MM. Demannez, Biot et H. Hymans, rapporteur.
Le meme haul fonclionnaire demande Pa vis de la
Classe sur le buste en marbre de feu Prudens Van Duyse f
ancien correspondant de la Classe des lettres, qui a ete
commande & M. Joris d'Anvers. — La Classe adopte Pavis
favorable emis stance tenanle par sa section de sculp-
ture et qui sera communique a ce haul fonclionnaire.
M. le Ministre de PAgriculture, de l'lnduslrie et des
Travaux publics envoie un exemplaire des premiere et
deuxieme livraisons de la collection complete des GEuvres
tf<?Grefn/,publieepar la Commission pour la publication des
ceuvres des anciens musiciens du pays. La \ ie livraison est
eonsacree a Richard Coeurde Lion, opera-comique en trois
actes; la seconde a Lucile, comeVlie en un acte melee
d'arietles. — Remerciments.
486 )
M. le Ministre ecrit que les sculpteurs, k qui le Gou-
vemement confiera Fexecution cl'un buste pour le Palais
des Academies, seront pri6s de soumettre dorenavant leurs
modeless Fapprecialion de tous les membres dans le local
meme des seances de FAcademie.
MM. F. De Meersman et Charles Wiener remercient
pour les prix decernes a leurs oeuvres de concours d'art
applique. >
M. Clement Lyon adresse, k litre d'hommage, un
exemplaire de la l re partie de son livre intitule: Jean Guyot
9
de Chdtelel (i5i%-i§88), illustre musicien wallon du
XVI* siecle, premier maitre de chapelle de S. M. Vempe-
reur d'Allemagne Ferdinand l er ; sa vie et ses oeuvres.
Charleroi, 1881, vol. in-8°. — Remerciments.
M. Siret, qui a present^ cet ouvrage, redigera une note
bibliographique pour le Bulletin.
BIBLIOGRAPHiE.
M. Siret, en offrant a FAcademie royale de Belgique, de
laparldeFauteur M.Clement Lyon, le premier volume pre-
cis de son livre sur le musicien Jean Guyot, de Ch&telet,
ajoute que M. Clement Lyon s'est livre pendant plusieurs
ann£es aux recherches les plus assidues pour determiner
d'une fa?on exacte tout ce qui a rapport k la famille, k la
naissance, aux travaux el k la vie du celebre musicien hen-
nuyer, sur lequel on n'avait jusqif& present que des indi-
cations erron£es. Gritee a M. Clement Lyon, Jean Guyot
se trouve aujourd'hui rendu k sa patrie el k la gloire.
487 )
JUGEMENT DU CONCOURS.
lMRTIK IJTTtttAHtK
* *
Un memoire portant pour devise : « Faire connaitre aux
eleves les chefs-d'oeuvre de Farchiteclure flamande de
notre belle patrie, c'est concourir a leur instruction i>, a
ete re?u en reponse a la question :
Determiner les caracteres de I 'architecture flamande du
■
XVI* el du XVII e siecle. Indiquer les edifices des Pays-
Bas dans lesquels ces caracteres se rencontrent. Donner
C analyse de ces edifices.
Ittippoi't de 9*. Ad. M*auti.
* Le memoire qui a ete sou mis a notre appreciation ne
me parait pas repondre au but que la Classe s'etait pro-
pose en meltant la question au concours.
Les termes memes de la question : Determiner les carac-
teres de r architecture flamande... prouvent quel'Academie
demandail qu'on fit ressortir les nuances que les moeurs,
le gout, les materiaux, le climat avaient amenees dans Far-
chilecture aux Pays-Bas au XVI C et au XVII* siecle.
Tel est done le point de vue auquel on devait se placer
pour trailer la question.
l/auteur du memoire, au contraire, se borne a decrire
#
soramairemenl, en suivant I'ordre chronologique, un grand
nombre d'ediiices eleves dans notre pays, mais il ne s'at-
tache pas assez a faire comprendre au lecleur en quoi ces
edifices different de ceux qui ont ete construits vers la '
meme epoque dans d'autres pays. Cetle meme remarque
peul s'appliquer a la partie du memoire qui traite du mobi-
lier et de la decoration interieure.
( 488 )
Nous croyons superflu de faire une analyse du travail
qui nous est soumis, elle se reduirait k citer environ qua-
rante edifices que I'auteur presenle comnae des exeraples
de Tarchitecture flamande, mais dont la description est
si incomplete et si confuse qu'il est fort difficile de s'en
faire une idee bien nette. Aussi I'auteur a era devoir
t
ajouter au lexte un certain nombre de dessins de facades.
Sauf quelques exemples empruntes aux constructions qui
ornent la place de THotel de Ville de Bruxelles, le choix
des dessins ne nous parait pas tres heureux et les speci-
mens presents par I'auteur ne peuvenl contribuer ui «fc
% •
instruireni a interesser.
A mon avis, le memoire n'a qu'une faible valeur au point
de vue de Parchitecture de notre pays et ne reunit pas les
qualites qui pourraient engager la Classe & lui decerner un
prix. &
M. Balat s'est rallie aux conclusions du rapport qui
precede.
flftgipoft tie M. J, Schatldr.
€ Je me rallie complement aux conclusions du rapport
de mon honorable collegue M. Pauli; j'ajoute que le
memoire qui nous est sou mis contient de nombreuses
inexactitudes.
La Classe a adopts les conclusions des rapports de ses
commissaires.
PRfcPARATIFS DE LA STANCE PUBLIQUE ANNUELLE.
M. Slingeneyer donne lecture du discours qu'il se pro-
pose de prononcer dans cette solennite en qualite de
directeur de la Classe.
489 )
CLASSE DES BEACX-ARTS
Seance publique dn 26 octobre 4884
M. Slingeneyer, directeur.
M. Liagre, secretaire perpeluel.
M. Ad. Pauu, vice-directeur de la Classe, prend egale-
ment place au bureau.
-
Sont presents : MM. L. Alvin, Jos. Geefs, C.-A. Fraikin,
£d. Fetisje chevalier L. de Burbure, Ad. Siret, A. Robert,
F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, Godf. Guffens, Joseph Jaquet,
J. Demannez, P.-J. Clays, G. De Groot, Gustave Biot, mem-
bres; AI. Markelbach, le chevalier Edra. Marchal et H. Hy-
mans, correspondants.
Classe des sciences : MM. P.-J. Van Beneden.Gluge,
G. Dewalque, Ch. Montigny, C. Malaise, F. Folie, Fr. Cre-
P>n, Ed. Mailly, J. De Tilly, G. Van der Mensbrugghe,
membres.
Classe des lettres : MM. Th. Juste, Alph. Wauters,
P. Willems, Ch. Potvin, Aug. Scheler, P. Henrard, mem-
bres , et Alph. Rivier, associe.
( 490 )
A I heure et demie, M. Slingeneyer declare la seance
ouverte et prononce le diseours snivant :
« Mesdames, Messieurs,
Si vous esperiez entendre ici quelque nouvel apenju
relatif aux theories raffinees de noire temps sur les beaux-
arts, oil quelque dissertation speculative ayant trail aux
divisions nombreuses que Ton s'ingenie a tracer dans leur
domaine, voire altenle risquerait d'etre singulierement
degue.
Je me bornerai a examiner, devant vous, la raison d'etre
et 1'indispensable necessile de la peinture d'histoire et de
ia statuaire monumentale.
L'art pictural est essentiellement intuitif vis-i-vis du
spectateur. — Un tableau n'a point de preface : « Les
corps ont une langue direcle, immediate, et les couleurs
sont les mots de cetle langue, a dil Lamennais ; elle ex-
prime ia forme exterieure, comme la langue des sons
exprime la forme interne j>. La peinture fait partie de
riiistoire de l'humanit£, elle avait atteint son apogee bien
avant les savants commentaires et les ingenieuses observa-
tions des critiques anciens et modernes.
La peinture historique s'inspire dans le livre aux in6-
puisables feuillets de la vie humaine, traduite non dans
ses Elements ephemeres et limites, mais prise dans son
essence moralisatrice et divine.
Quoi qu'on puisse avancer, elle demeure el restera la
plus haute expression de Tart.
En effet, comme la science et la philosophic morale, le
grand art n'a qu'un but : epurer, relever, idealiser I'esprit
( 491 )
des masses, tout en imprimant un caractere special aux
6poques marquantes de I'histoire des civilisations ; de plus,
son influence est preponderate, — loules les autres mani-
festations artistiques lui sont soumises.
Quand, il y a quinze ans, la grande peinture s'esl vue
f rappee par une cognee imprudente, d'abord on ne s'aper-
quI pas de la portee de I'atleinte; mais bienldt, privee de
la seve fecondante de la grande inspiratrice, la peinture de
chevalet et les genres accessoires eprouverent comme un
alanguissement morbide, precurseur d'une paralysie in-
tense.
Leur vegetation apparente, purement factice, epuisera
fatalement, dans un temps limite, les derniers vaisseaux
nourriciers ; ceux-ci, egaleinent, se dessecheronl a leur
heure; alors viendront le decouragement, Toubli ei le de-
classement final de Tecole cntiere.
On s'accorde k faire remonter la decadence de la grande
peinture historique, juste orgueil de notre vieilie ecole fla-
mande, au desaslreux traite de Monster, qui ferma I'Es-
caut, tarissant, pendant pres de deux siecles, les ressources
de ('enviable prosperite des Pays-Bas.
Les efforts de David Teniers, qui obtint du roi d'Es-
p'agne Philippe IV le decret direction, a Anvers, d'une
academie formee sur le modele des academies italiennes,
reussirent seulemenl a galvaniser le cadavre et a en re-
tarder la chute. Malgr6 l'acad&nie, Panlique Gilde de
Saint-Luc — autrefois la gloire de notre metropole du
commerce et des beaux-arts — vegeta jiisqif* ce qu'un
decret deMarie-Therese terminal brusquemenl sonagonie.
Ce ne fut que plus tard, en J815, lors de Tunion des
anciennes dix-sept provinces sous le sceptre de Guil-
V
492
laume I cr , qu'eut lieu la resurrection de la peinture histo-
rique, se raltachant aux traditions de Rubens, de Jor-
daens, de Van Dyck, de leurs emules et de leurs el6ves.
L'ecole neo-rubenienne dut a la methode pratique de
Mathieu Van Bree la science approfondie du dessin ; son
initiation au coloris resta I'apanage du vieil Herreyns, ce
gardien predestine du feu sacre aux plus mauvais jours
de Fhistoire de la peinture flamande.
Quand survinrcnt les evenemenls de 1830, I'AcadG-
mie des beaux-arts d'Anvers marchait resolument vers le
progres. Wappers, chef inconteste de la brillante phalange
qui repandil en Europe la renommee de I'ecole anver-
soise, datait son premier chef-d'oeuvre du lendemain pres-
que de I'autonomiede la Belgique.
Rendons-lui justice: cette ecole, qui, de bonne foi, par
un travail quotidien et une volonte indecourageable,
chercha I'originalile plastique du rendu, tout en s'atla-
chant aux traditions du terroir, finil par trouver une
incarnation picturale d'une inconlestable originalite.
La periode de quinze ans qui suivil 1830 olTre un fidele
reflet des tendances artistiques des Pays-Bas a Paurore de
la Renaissance. Au XVI* siecle, le Liegeois Lambert Lom-
bart vena it a Anvers demander I'initialion artistique; en
1832, Wiertz et fant d'autres accouraient, sous I'empire
d'un juvenile cnlhousiasme, vers le phare de la peinture
rubenienne, rallume aux rives de TKscaut.
On voulait devenir peinlre d'histoire, etre repute lei par
ses emules en ces temps ou la jeune ecole flamande, debor-
danl de facultes creatricos, cherchait fievreusement son
cbemin de Damas. On parlait de Bruxelles, de Gand, de
Bruges, de tons les coins de la Belgique pour aller grossir
493 )
a Anvers la phalange d'elite dontWappers etait le glorieux
chef.
Dix annees plus tard, la renommee de la nouvelle £cole
surpassait de beaucoup {'importance geographique et poli-
tique du pays, a peine ne sur la carte des Etats euro-
peens.
On ne saurait trop admirer ces artistes, qui lutterent
avec un entetement heroique et combattirent & coups de
pinceau contre les prejuges contemporains qui s'oppo-
saient a I'eclosion de leur genie.
Et pourtant, quand le milieu est defavorable, exclusif, la
vocation des grands peintres risque d'etre atrophia , car
rien n'est plus funeste aux artistes que le travail isol6.
Moins que le resle de Phumanite, ils sont capables de se
soustraire aux consequences des lois generates qu'entrai-
nent les fluctuations de f opinion des masses inconscientes.
On setonne a bon droit que, sous l'empire de condi-
tions aussi draconiennes que celles qui les oppriment
aujourd'hui, il se produise encore des oeuvres d'un merite
superieur se rattachant a Texpression la plus relevee de
Tart : la peinture historique et raonumentale.
En effet, si la pensee traverse, sans craindre d'enlraves,
le temps et Tespace, le sentiment de Farliste ne peut se
detacher du milieu generateur.
Les temps font les hommes,a dit Tauteur de I'esquisse
» d'une philosophic, et les liommes ensuite reagissent sur
leur temps, j> (Lamennais.)
Ce qui fait Tartiste superieur, c'est la haute culture de
Tetre moral. Former le coeur, c'est avoir du gout.
« Peut-on avoir le gout pur quand on a le coeur d£prav6?
question qui n'est pas aussi ridicule qu'elle en a Tair »,
disail Diderol, qui se la posait.
C 494 )
La reunion de certains milieux favorables qui se ren-
conlrent a des periodes determinees peut seule provoquer
les manifestations de la. pen see artistique collective. Tels
furent les siecles de Pericles, de Leon X, des Media's et de
Louis XIV; tel fut, pour nos provinces, ce brillant dix-
seplierae siecle, domine par le souffle titanesque de Rubens,
raais qui ne dut incontestablement son nom de siecle d 1 or
de Tart flamand qu'a la phalange compacte de maitres glo-
rieux qui fait encore aujourd'hui Tadmiration du monde.
Durant ce siecle d'or, I'artiste se forma constamment
aux ateliers des maitres, objel de sa predilection person-
nel^.
Institution logique,car sur Therilage de ce qui est acquis
par chaque generation repose le progres de I'humanite.
Mais ces peintres, bien que subjuguant parfois leur senti-
ment individuel aux traditions d'atelier,donnerent toujours
libre essor a leurs temperaments colorisles. L'immuable
maitre de ces grands Flamands, que nous mon Irons en
exemple, resla invariablement la nature, « cette maitresse
des intelligences superieures *, selon Pexpression de Leo-
nard de Vinci,
Ce n'est pas que Ton ne puisse constater pour chaque
■
etape de Thisloire de Fart a travers les civilisations une
maniere speciale de voir et de senlir, mais il appartient k
I'artiste d'en trouver l'expression exacte et d'en formuler
distinctement la traduction plastique. De \k decoule I'ori-
ginalite constante de noire ecole flamande, en d£pit de
I'influence italienne, sans cesse aviv£e encore par les pele-
rinages des « Romanistes *. — t II y avait en elle, dit
> Lamennais, quelque chose de trop spontanc, un genie
t trop original pour qu'elle ptkt cesser d'etre elle-meme. *
( 495
L'art decoratif est la vraie raison d'etre de la grande
peinture. Au siecle de Rubens, la peinture historique,
celte expression la plus relevee de Tart, etait au fond, par
excellence, Tart monumental populaire. Que Ton veuille
bien ne pas perdre de vue que les immortels chefs-d'oeuvre
de Rubens, de Jordaens, de Van Dyck, de Crayer et autres
avaientele commandes a la fois par les pouvoirs religieux
et civils pour des edifices publics.
Le clerge decorait de tableaux hisloriques de grande
dimension les calhedrales, les chapelles, les hopitaux. Les
religieux les suspendaient aux murailles des refectoires et
des cloitres conventuels ou bien les encadraient aux boi-
-
series des salles abbatiales capitulaires. Les magistrats
communaux, les gildes bourgeoises, les serments et les
corporations en ornaient les parois des hotels de ville et
des chambres d'assemblee des metiers.
Nos souverains et la noblesse enfin commandaient les
galeries pour leur palais, et suspendaient de vasles scenes
picturales sous les colonnades de leurs antiques demeures.
Partout ces oeuvres servaient de decoration monumenlale,
de livre ouvert a toutes les classes de la societe, d'images
pour le peuple, veritable cours d'histoire intuitive inter-
prel^e par tous et comprise de chacun.
II ne suffisait pas que ces toiles innombrables repandis-
sent, dans les masses populaires, le gout el le respect de
scenes dans lesquellesde mysterieuses abstractions: Dieu,
religion, humanile, palrie,.famille, s'aiTirmaient vivantes,
palpables, incarn^es dans des types sans cesse coudoyes.
Elles elaient, encore, conslaniment multipliees et vulga-
risees par les arts decoratifs en pleine floraison.
De somptueuses tapisseries , surtout, reproduisaient,
( 496 )
sans d£semparer et corame a l'envi, les compositions les
plus reputees des maitres flaraands; leurs suites reli-
gieuses, mylhologiques ou historiques, peupl^es de dieux
ou de heros, etaient, chaque ann6e, & certaines epoques,
exposes dans de spacieuses galeries improvisees lors de
nos foires urbaines. Elles s'elalaient encore, periodique-
ment, aux regards du peuple, qui savait les lire sans
legende, accrochees aux etages des monuments publics,
lors des solennites du culte catholique, ou des joyeuses
entrees de nos souverains. Si de nos jours la peinture d'his-
toire est tombee en discredit, c'est que le peuple a perdu
Phabitude de la voir a sa porlee, presque sous ses yeux,
dans chacun des edifices ou se derouleut les evenements
quotidiens de la vie civile.
Nul ne peut pretendre compter dans la phalange des
peinlres d'histoire, par la seule raison qu'il s'adonne & la
reproduction exclusive des sujets que le genre comporte.
Pour meriter d'y voir inscrire son nom, il faut avoir fait
de Thomme en tier, de Petre collectif, le but supreme de
ses observations et de ses veilles. Livre& des eludes mul-
tiples depuis celles des sciences positives et necessaires,
de Fosteologie et de la myologie, jusqu'i celles des abimes
insondables de Tame, comment Partiste peindrait-il Piodi-
vidu humain, s'il s'ignore lui-meme?
Une epoque qui ne cree pour la plus haute expression de
Part que des musees et des galeries depositions perio-
diques est une epoque essentiellement anti-artistique.
L'alliance inlime et serieuse de Parch i lecture, de la
sculpture et de la peinture est indispensable a la perfec-
tion et au maintien de Part monumental.
La grande peinture, pour vivre desa vilalite prepond£-
rante et attirer les regards de la foule, reclame avanl
( m )
tout l'edifice public. Sans Ja protection de Part Archonte
par excellence, le peintre et le sculpleur seront reduits h
une vie arlificielle essentiellement nomade.
Ajoutons qu'elle sera encore precaire au plus haul
degre, a cause du peu de chance de rencontrer le milieu
ambiant pour lequel une oeuvre aura ete primitivement
con^ue.
Quand le createur d'un monument public dedaigne ou
supprime ces espaces oil s'abriteront les oeuvres des
peintres ou des statuaires, le grand art d£eoratif, chasse de
son asile naturel, ne tarde pas a dechoir et se voit r£duit
a la triste condition d'exile dans sa propre patrie.
Une oeuvre d'arl de notable envergure reclame le cadre
de l'edifice public. Tous, a peu pres, conviennent a cette
destination des l'instanl que la foule des citoyens s'y ras-
semble.
Ainsi, une eglise, un palais des beaux-arts, un hotel de
ville, une Bourse de commerce, un palais de justice, un
pantheon national, aussi bien qu'une halle, une biblio-
theque, un conservatoire, une academic, une ecole, un
hospice, un hopital, une caserne, en un mot, un foyer
d'attraction sociale ou de vitalite collective quelconque,
permettronl au peintre et au sculpleur de retracer une
scene, ou de modeler un groupe pour un centre deter-
mine d'idees et sur des donnees precises.
Maitres des conditions malerielles, des milieux d'eclai-
rage et des accidents favorablesou lacheux d'un emplace-
ment connu, les artistes n'auront a redouter aucun
mecompte futnr. lis pourront, en consequence, donner
libre essor a leur puissance de concept et a leurs facultes
personnelles.
En dehors de ces conditions, que devient la raison
5 mc S1HIE, tome vm. 53
( 498 )
d'etre d'nne statue heroique, ou d'une page d'histoire,
fievreusemenl elaboree et que le Gouvernement ne saura
oil placer, merae s'il se decide a en faire Facquisition?
« La sculpture d, ecrivait d&\h en 1862 le comte de Las-
teyrie, membre de I'lnstitut de France, ne peut exister de
nos jours qu'a l'elat d'art monumental. II ne faut pas Fen
plaindre, c'est sa plus belle mission; mais seulement i) en
resulte qu'a part de bien rares exceptions, elle n'a plus
d'eneouragements a attendre que du Gouvernement, ou
des grandes administrations publiques. »
Telle est, resolument cherchee et strictement deduite
des fails eux-memes, la raison pour laquelle disparait de
plus en plus de nos salons triennaux d'Anvers, Bruxelles
et Gand, la grande peinture historique et le groupe monu-
mental sculpte. La peinture d'histoire et Tart statuaire
heroique ont toujours servi d'etalon de la valeur esthe-
tique d'une ecole.
Ce qui manque actuellement a la Belgique, c'est le
grand art monumental, encourage, protege directement
par I'Etat, enseigne serieusement par des maitres dans
des ateliers libres, tels qu'ils florissaient aux beaux temps
de Tantique Gilde de Saint-Luc, tels qu'ils s'ouvriront
bientot a l'Universite artistique d'Anvers. Ainsi pourrons-
nous esperer voir renaitce Tancien art flaraand, si popu-
laire, de la peinture historique, base et boussole a la fois des
periodes de prosperity et de progres artistiques de 1'ecole,
Nous avons indique tout a l'heure Tappoinl considerable
fourni au developpement de la grande peinture et a la
multiplication des chefs-d'oeuvre de l'ecole flamande par
le plus noble de nos arts appliques, par la tapisserie de
haute lice.
A peine sail-on dans noire pays que les fameux ateliers
( 499 )
des Medici's a Florence, au XVI e siecle, de meme que la
celebre institution des Gobelins a Paris au siecle suivant,
nesont, en realite, que des colonies de la Gilde-mere des
tapissiers de Bruxelles et d'Audenarde.
Quelle gloire pour le Gouvernement qui, par ses intel-
ligent sacrifices et ses encouragements efficaces, provo-
querait les efforts individuels — deja affirmes k Malines
— et reussirait a galvaniser I'illustre defunte, a retablir
dans les centres d'aclivite, si renommes autrefois, nos
manufactures nationales de haute lice !
Le relevement de la grande peinture provoquera, de la
part des artistes, des compositions historiques nombreuses
qui s'indiqueront d'elles-memes comme cartons de tapis-
series. Ces reproductions se verrontde nouveau recherchees
S I'elranger et, de meme qu'aux siecles passes, pref6r6es
entre toutes, pour cette verve indeniable de mise en scene
et ce charme souverain du coloris, indestructible apanage
de Pecole flamande.
Qu'on s'en souvienne, si nous comptons encore dans
Tart en tant quecole, c'esl grace a ce vieux nom de
Flamand — mais 1'esprit de nos anciens malt res semble,
de moins en moins, animer Tart beige moderne, — le
nom, seul, semble avoir survecu a la realite glorieuse.
La mission patriotique d'amener sa resurrection nous
parait devolue a la future Universite artistique d'Anvers,
mission qui lui est d'autant plus imposee qu'elle r^sulte de
I'implacable logique des fails aecomplis.
Mais il foul que le pays fasse, de son cole, des sacrifices
pour Part. « Celui qui a besom d'une lampe a besoin d'y
> verserde l'huile », disait Anaxagorasa Pericles.
D'ailleurs, l'Elat n'est-il pas I'herilier des biens de ces
fabriques d'eglise, abbayes, communaul6s, institutions
500 )
charilables, gildes, confreries el institutions qui comman-
daient aux maitres d'aulrefois ces sublimes pages de pein-
tures flamande, depouilles opimes de nos desaslres, et qui
font aujourd'hui l'orgueil des musees d'Europe?
Avecl'organisalion actuelie de nos expositions triennales
et I'insuffisance lamentable du budget des beaux-arts, la
grande peinture ne sauraitnisesoutenir ni se developperen
Belgique, et il ya necessite urgenle de prodiguer, par lous
les moyens possibles, les encouragements aux fer vents et
aux convaincus qui osent encore s'adonner au grand art,
jaloux de reconquerir k la Belgique la position eminenle
qu'elle occupait.
Abandonnes a leurs seules ressources, comment nos
jeunes peinlres pourraienl-ils ambitionner d'ajouter de
nouveaux lauriers aux palmes glorieuses conquises par
une enthousiasle generation arlistique lors des evene-
ments de 1830?
Certes, les tableaux de chevalet, qui sont de nos jours
acclames, rendenl inconteslablemcnl de grands services a
la propagation et a la conservation des principes du dessin
et des traditions de I'ecole.
Mais un art national ne sera jamais viable s'il a ete
constitu6 en dehors du grand art, qui exprime librement
les hautes conceptions de la pensee sur les parois des
monuments eleves par Tart primordial, I'archileclure. Le
grand art indique a la foule la notion de Fideal, s'empare
d'elle par de nobles sujels et l'enlrafne dans les regions
superieures ou planent les grands esprils.
Je termine, Messieurs, convaincu que le jour est proche
ou la mission de la grande peinture et de la sculpture
monumentale sera comprise et appreciee par tous. Quant
a nous, puissions-nous voir encore une nombreuse pleiade
( 501
de jeunes arlisles pleins de conviction, d'encrgie et de
volonte, bnilant de Tenthousiasme qui enflammait nos
mailres, se jeter dans la melee des arts en deployant
courageusement le drapeau de la grande peinture et en
defendant fierement les traditions de Tart flamand ! Que ni
les attaques, ni les sarcasmes ne les rebulenl, qu'ils luttent
vaillamment comrae ont lulte nos anciens et Theure du
triomphe sonnera inevitablement pour eux. Car un prin-
cipe grand et vrai ne petit jamais perir. » (Applaudis-
sements.)
M. le secretaire perpetuel proclame, en ces termes,
le resultat du concours anuuel de la Classe et du concours
du Gouvernement :
CONCOURS ANNUEL DE LA CLASSE.
ivuini mt 1 1 it inn:
Un memoire portant pour devise : « Faire connaitre
auxeleves les chefs-d'oeuvre de I'architecture flamande de
notre belle patrie, c'est eoncourir pour leur instruction, »
a ete regu en reponse a la quatrieme question:
a
klifi
Bas dans lesquels ces carac feres se rencontrent. Donner
V analyse de ces edifices.
La Classe, adoptant les conclusions du rapport de ses
pnmmicpai'nAfl * \..~£ MM *;i ■»*«• n«oit noc lion At* rlppprnpr imp
m&Ia
g6
( 502 )
0I1JGTS DART APPLIQUE,
D'apres Ie programme du concours, un prix de six cents
francs devaitetre accorde a la meilleure gravure executee
par un artiste beige depuis le l er Janvier 1881, et un prix
de la meme valeur a la meilleure medaille executee par un
artiste beige depuis Ie l er Janvier 1880.
Deux gravures an burin ont ete presentees.
La premiere a pour sujet Antigone etOEdipe du peintre
J. Stallaert; Ie billet cachete porte pour devise : « Meier
Futile a Fagreable ».
La seconde a pour sujet Triste Retour, d'apres Bource;
Je billet cachete porte pour devise : <r Le soleil Juit pour
tous D.
Le jury a propose k la Classe de decerner la medaille a
la gravure portant pour devise : <i Meier Futile a Fagreable i>.
La Classe ayant adople cetle proposition, Fouverture du
billet cachete a fait connailre comme elant Fauteur de cette
planche M. Francois De Meersman,a Ixelles.
Pour leconcours de gravure en medailles, un seul con-
current s'est presente. Son envoi se compose d'une piece
de grand module commemorative de Inauguration de la
foret dEpping par la reine Victoria, et executee, en 1882,
par la corporation de la ville de Londres.
Le jury ayant estime que Fauteur merile le prix propose,
la Classe a proc£de a Fouverture du billet cachete qui fait
connaitre comme elant Fauteur de celte medaille M. Charles
Wiener, pour la troisteme fois laureat des concours d'art
appliqu^
( 505 )
Prix du Gouvernement.
Grand concours d' architecture.
Conformement aux conclusions du proces- verbal des
operations du jury charge de juger le Grand concours d'ar-
chilecture, dil Prix de Rome, adecerner en 1884, 'e pre-
mier prix a ete remporte par M. Eugene Dieltiens, de Grob-
bendonck.
Un second prix a ete decerne a M. Ferdinand Truymans,
d'Anvers.
MM, De Meersman, Dieltiens et Truymans sont venus
recevoir leur recompense aux applaudissements de l'as-
semblee.
La seance a ete terminee par la partie musicale
suivante :
1° Trio pour piano, violon et violoncelle, par M. J. Cal-
laerts, couronne en 1882 au concours d'art appliqu^ de la
Classe; execute par MM.Th. Herrmann, J. Jacob et J. Cal-
laerts.
A. Allegro moderato; — B. Andante cantabile;
C. Scherzo ; — D. Fantasia et Finale ;
2° Execution de la cantate Daphne, musique de M. Leon
Soubre, second prix (en partage) du grand concours de
composition musicale de 1883 (Poeme de M. le docteur
Van Oye, laureat du concours des cantates flamandes,
traduction fran^aise de M. Antheunis) ;
_
DaphmS (M lle Anna Soubre);
5(M )
Apollon (M. J. Huet, professeur au Conservatoire de
Mons).
Les choeurs ont ete chantes par les demoiselles de
la classe d ensemble du Conservatoire royal de Bruxelles
et par la section chorale de la Reunion lyrique de Saint-
Gilles, direcleur M. Minten.
Les aulenrs des oeuvres couronnees, MM. Callaerts et
Soubre, ont ete vivemenl acclames.
OUVRAGES PRESENTED
Catalan (E.). — Memoire sur quelques decompositions en
carres Rome, 1884; extr. in-4° (66 pages).
Gluge. — La panique du cholera. Bruxelles, 1884; ext. in-8°
(4 pages).
Juste (Th.). — Les Pays-Bas sous Philippe II (1858-1368),
nouvelle edition. Bruxelles; in-8°.
Lam\j (7V/.). — Commentariura in librum geneseos, torn. I
et II. Malines, 1883-84; 2 vol. in-8°.
Liagre («/.). — Les Marees. Etude de cosmographie terrestre.
Bruxelles, 1884; extr. in-8" (28 p., fig.).
Aforren (Ed.). — Correspondance botanique, 10 c edition.
Liege, 1884; in-8*.
Plot (Ch.). — Correspondance du cardinal de Granvelle
(1565-1583), t. IV. Bruxelles, 1884; vol. in-4°.
Itenard (A.-F.). — Notice sur la composition mineralogique
de l'Arkose de Haybes. Bruxelles, 1884; ext. in-8° (12 pages).
( 505 )
X*** {le docL). — Notice sur Teau minerale de Spa, Pouhon
du prince de Conde. Paris, 1882; in-8° (6 pages).
Vander Haeghen (Ferd.). — Bibliotheca Belgica, livraisons
41-48. Gand; in-12,
Stanislaus (GuilL). — Theatre. Liege, 1884; vol. in-18
(300 pages).
Dubois (Alph). — Les Lcpidopteres de l'Europe, leurs che-
nilles et leurs chrysalides decrits et figures d'apres nature,
livr. 132-145. Bruxclles, 4882-84; in-8°.
Lejeune (Theopk.). — Monograph ies historiques et archeo-
logiques de diverses localites du Hainaut, tome V, 4 re et 2 de p.
Mons, 4885-84; in-8°.
Terby (F.). — Phenomenes des satellites de Jupiter pendant
la nuit du 14 octobre, et passage du satellite III pendant celle
du 19 novembre 1883. Bruxelles, 1883 ; extr.in-8°(8 p. 1 pi.).
Sur de fausses apparences d'aurore boreale, observees
en novembre 1883. Bruxelles, 1883; extr. in-8° (3 pages).
Note sur la comete de 1812 (Pons-Brooks), observee a
Louvain en 1883-1884. Bruxelles, 1884; extr. in-8° (8 p., 4 pi.).
Sur les phenomenes crepusculaires des moisde novembre
et dedecembre 4883. Bruxelles, 4884; ext.in-8° (40 pages).
Observations des etoiles filantes periodiques faites a Lou-
vain (4882-84). Bruxelles, 1883; extr. in -8° (46 pages).
Toussaint (le chan). — Ilistoire de saint Gerard, fondateur
de l'abbayc de Brogne. Namur, 4884;in-8° (63 pages).
Sainctelette (Ch.). — De la responsabilite et de la garantie
(accidents de transport et de travail). Bruxelles, 4 884; vol.
in-8" (249 pages).
Leboncq (H.). — Le musce anatomique de l'Universite de
Gand. Gand, 4884; extr. in-8° (24 pages).
Lyon (Clement). — Aux eaux. Ostende, Blankenberghe,
Hcyst. Charleroi, 1884; extr. in-8° (28 pages).
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XVP siecle, premier maitre de cbapelle de S. M. Tempcreur
( 506
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1881; in-8°(257 pages).
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Composition chimique de calcaires et de dolomies des
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Pirard (Jules). — Quelques notes historiques sur l'ancienne
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Preudhomme de Borre (A). — Note sur les Julides de la
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de moeurs du XVII e siecle. Extr. in-8° (6 pages).
Archives d'anciens monuments namurois. Extr. in-8°
(20 pages).
507
Van de Casteele (D.). — Le lit de camp d'un due de Bar
(XVP siecle). [Namur, 1884]; extr. in-8° (2 pages).
Doss (Ad. de). — Percival, opera dialogue de L. Bailly [mis
en nuisiq ue]. Liege; vol. in- 8°.
Schuermans (//.). — Les Etrusques n'ont jamais habite
Eygenbilsen. Bruxelles, 1884; extr. in-8° (25 pages).
1 Delvaux (E.). — Sur quelques nouveaux fragments de blocs
erratiques recueillis dans la Flandre et sur les collines fran-
chises. Liege, 1884; in-8° (8 pages).
Deeouvcrte de gisements de phosphate de chaux appar-
tenant a Tetage ypresien, etc. Liege, 1884; extr. in-8° (20 p.).
Gendebien (Albert). — Les theories des venlilateurs des
mines. Namur, 1884; in-8° (51 pages).
Gretry. — OEuvres : l rc livraison, Richard Coeur-de-Lion,
opera comiquc en 5 actes. 2 e livraison, Lucile, comedieen un
acte melee d'ariettcs, Leipzig ct Bruxelles; 2 vol. in-4°.
Observaloire royal de Bruxelles. — Passage de Venus du
6 decembre 1882, seconde partie. Bruxelles, 1884 ; extr in-4°
des Annates de PObservatoire (129 p., pi.).
Minislere de Vlnterieur et de I' Instruction publique.
Statistique du mouvement <le 1'etat civil et de la population
du royaume pendant Tannee 1883. Bruxelles, 1884; in-4°.
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Bruxelles, 1884; in -8°.
Rapport triennal sur la situation de Instruction pri-
maire en Belgique, 13 e periode triennale 1879-81. Bruxelles,
1884; vol. in-4°.
Ministere de V Agriculture, de VIndustrie et des Travaux
publics. ~ Rapport sur la situation des societes de secours
mutuels pendant les annees 1880-82. Bruxelles, 1884; in-8°.
Exposes de la situation administrative des provinces
pour 1883 et 1884. Bruxelles, Anvers, etc.; 12 br. in-8°.
Exposition international d'electricite de Paris en 4881.
Rapports des membres du jury et des delegues beiges et
508 )
documents relatifs a la participation de la Belgique. Bruxelles,
i 883; vol. in-8°.
Societe liegeoise de litterature wallonne. — Bulletin ,
2 mc serie, tomes IV et VI. In-8°.
Willems-FondSy Gent. — Jaarboek voor 4885. Uitgave
n° 107 : Leiddraad... der dierkunde, door Mac Leod. In-18
Societe d' emulation, Bruges. — Les cartulaires de la pre-
vote de Saint-Martin a Ypres, precedes d'une esquisse histo-
rique sur la prevote, par E. Feys et A. Nelis, t. I et II. In-4°.
Allemagne et Autiuche-IIongrie.
Albrechl(Paul). — Ueber die Zahl der Zahne bei den Hasen-
schartenkieferspalten. 1884; extr. in-8° (7 pag., fig.).
Erwiderung auf Herrn Professor Dr. Hermann V. Meyer's
Aufsatz: «Der Zvvischenkicferknochen und seine Beziehungen
zur Hasenscharte und zur schragen Gesichtsspalte ». 1884;
ext.in-8°(12p.,fig.).
Kanlecki [Clem.). — Etude litteraire sur Je philosophe
Alexis Prusinowski, ecrivain et orateur. Posen, 1884; in-8°
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Dworzak (Victor). — Zur bevorstehenden Mondesfinster-
niss (4 October 1884). Vienne; 1 p. in-folio avec fig.
Eddmann (Th.). — Illustrirter Catalog n° X der erdmagne-
tischen... Instrumente. Munich, 1884;in-8°.
Bdckh (Richard) — Statistisches Jahrbuch der Stadt Berlin,
1882. Berlin, 1884; vol. in-8° (320 pages).
Nell. — Geodatische Bcstimmung der geographischen
Breite und Lange aus Linear-Coordinaten. Vienne, 1884;
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Statistisches Bureau, Budapest. — Publicationen n° XVI
und XVII. In-8*.
Geodiit. Institute Berlin. — Die gegenseitige Lage der
509 )
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neue Folge, Band VI, f. In-8°,
Gesellschaft fur Natur- und Heilkunde. — Jahresberieht,
1885-84. Dresde; in-8°.
Naturforschende Gesellschaft des Osterlandes
Catalog der Bibliolhek. — Mittheilungen, Bd. II. In-8°.
' University, Kiel.— Schriften, 1 883-84; 45 br. in-8° et in-4°.
Handelstatiss. Bureau. — TabcIIarische Uebersicbten im
Jahre 1883. Hambourg, 1884; in-4°.
Militar-geogr. Institut, Wien. — Mittheilungen, Band IV.
In-8°.
Academie de Metz — Memoircs, 1 880-81 . Metz, 1 884; in-8°.
Senckenbergische naturf. Gesellschaft, Francfort S/M,
Abhandlungen, XIII. Band, 4. In-4°.
. Oberhess. Gesell. fur Natur.- und Heilkunde
23.Bericht.
Giessen,1884; in-8°.
Naturwissenschaftlicher Verein. — Correspondenz-Blatt,
37. Jahrgang. Ratisbonne, 1883; in-18
Oberlausitzische Gesellschaft der Wissenschaften, Gorlilz.
Neues lausitzicbes Magazin, 60. Bd. 1. II. In-8°.
Hislorischer Verein fur Steiermark. — Mittheilungen,
XXXII, Heft. — Bcitiage, 20. Jahrgang. Gratz, 1884; in-8°.
Gesellschaft fur Nature und Heilkunde, Dresden. - Jahres-
berieht, 1883-84. In-8°.
Statist. Bureau, Budapest. — Publicationen XVI und XVII.
In-8\
Verein fur Erdkundc, Halle.— Mittheilungen, 1884. In-8°.
Institut geologique de Hongrie. — Carte geologique de la
Hongrie, livr. 14 avec tcxte explicatif. Budapest, 1884; br.
in-8° et fcuille in-plano.
510 )
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Penaafiel
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in -8° (208 pag., cartes), 2 ex.
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vol. XIV, part I. Cambridge, 1884; in-4°.
U. S. Coast and geodesic Survey. — Report, 1882, parts I
and II. Washington, 1883; 2 vol. in-4°.
Academy of'St-Louis. — Transactions, vol. IV, n° 3. In-8°.
American Academy of arts and sciences, Boston.
ceedings, new ser., vol. XI, 1 and 2.
New-York Academy of sciences. - — Transactions, vol. Ill,
1 and 2. New-York; in-8°.
Washburn Observatory. — Publications, II, 1883. Madison;
in-8°.
Smithsonian Institution. — Report for 1882. Washington.
Pro-
FfUNCE.
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Certes (A.). — De Taction des hautes pressions sur les phe-
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De Smyttere (le docteur P.J.-E.). — La bataille du Val de
Cassel de 1328. Lille, 1883; in-8° (155 pages).
Les dues de Bar ou seigneurs et dames de Cassel de la
maison ducale de Bar* Bar-le-Duc, 1884; vol. in-8°(337 p.).
Raulin (V.). — Observations pluviometriques faites en
France (Alsace-Lorraine) de 1871 a 1880. Bordeaux, 1881;
extr. in-8° (56 pages).
Observations pluviometriques faites dans la France sep-
tentrionale de 1688 a 1870- Bordeaux, 1881 ; in-8° (120 pages,
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Ferrand [EL). — Des disinfectants et aseptiques au point
de vue du cholera. Lyon, 1884; in-8° (18 pages).
De la Barre Daparcq (Ed.). — Histoire de Henri IV, roi de
France et de Navarre. Paris, 1884; vol. in-8°.
Cheysson [E.). — ■ Le salaire au point de vue slatistique,
eeonomique et social. Paris, 1884; extr. in-8° (28 pages).
Schoebel (C). — L'ame humaine au point de vue de la
science ethnographique, suivi dune note sur Claude Bernard
etson principe du criterium experimental, 2 e ed. Paris, 1879;
in-8° (24 pages).
Sociele d agriculture de France. — Enquete sur le credit
agricole, tome P r (Barral). Paris, 1884; vol. in-8°.
Museum d'histoire naturelle. — Nouvelles archives, 2 C ser.,
t. VI, 2 e fasc. Paris, 1884; vol in-4°.
Societe de V Histoire de France, Paris. — Chanson de la
Croisade contre les Albigeois, t. II. — Chronique de Le Fevre
de Saint-Remy, t. II. — Memoires de La Huguerye, t. HI.
Extraits des auteurs grees concernant la geographie et This-
toire des Gaules, t. II-1V. — Memoires de N. Goulas, t. I-III.
Gestes des eveques de Cambrai. — Les Etablissements de
saint Louis, t. I-III. — Chronique normande du XIV* siecle.
Relation de Spanheim sur la cour de France en 1690.
512
1
OEuvres de Brantome, t. X et XL — Chronique de Rigord,
t. I cr . — Leltres de Louis XI, t. I ep . — Memoires dOlivier de
la Marche, t. I er . — Annuaire-Bulletin, \ 879-85. Paris, 1879-
1885; 25 vol. in-8°.
Grande-Bretagne et Colonies Britain niques.
Swynnerton [Charles). — The adventures of ihe Panjab
Hero Raja Rasalu and other folk-tales. Calcutta, 1884; in-18
(250 pages).
Hodgson (B. -//.). — Notes of the services of B.-II. Hodgson,
1883; in-8° (104 pages).
Report on the scientific results of the voyage of H. ML S,
Challenger, during the years 1873-76, under the command of
captain G. Nares and captain F. Tourle Thomson : Zoology,
vol. IX, text and plates. Londrcs, Edimbourg, etc., 1884:, vol.
in-4°.
Philosophical Society of Glasgow. — Proceedings, 1883-84,
vol. XV, 1884;in-8°.
lioyal Society. — Proceedings, n 0$ 227-231. — Transac-
tions, vol. CLXXIV, parts 2 and 5. Londres.
Society for psychical research. — Proceedings, vol. I,
parts 1, 4-6. Londres, 1882-84; in-8°.
Meteorological service. — Report, 1882. Ottawa, 1884; in-8°.
lioyal Society of Ca?iada. — Proceedings and Transactions
for 1882 and 1883, vol, L Montreal, 1883; vol. in-4°.
Canadian Institute, Toronto. — Proceedings, vol.11, fasc. 2.
Toronto, 1884; in-8°.
Italie.
Giovanni {V. di). — Sul porto antico c su le mura,le piazze
c i bagni di Palermo dal sccolo X al secolo XV. Palerme, 1884 ;
in-8° (106 pag., carte).
513 )
Boncompagni (/?.). — Intorno ad une lettcra di Carlo
F. Gauss al Dr. E. G. Mattia Olbers. Rome, 1884; extr. in-4°
(95 page*).
Leonardelli (Gius.). — II saldame, il rego e la terra di
punta Merlera in Istria come formazione tcrmica. Rome, 1884;
in -8° (19 pages).
Sputa for a (FiL). — Paolo Mercuri, discorso. Rome, 1884;
in-18 (50 pag., porlr.).
Wytsman (P.). — Catalogue sysfematique des Passalides.
Genes; 1884(27 pages).
Bozzo (S.-V.). — II Vespro considerato nelle sue cause e
nelle sue conseguenze. Palerme, 1884; in-8°(35 pages).
Nole storiehe Sieiliaoe del seeolo XIV : avvenimenti e
guerre cl»e seguirono il Vespro. Palerme, 1882; vol. in-8°.
Societd italiana di scienze naturuli. — Atti, vol. XXV,
fasc. 5, 4; XXVI, 1-4. Milan; in- 8*.
Societd crittogumologica italiana. — Atti, anno XXVII,
vol. Ill, 3. Varese, 1884; in-8°.
Accademia di scienze, fatten, etc, Palermo. — Bullettino,
1884, 1-3. In -4*.
Pays-Bas et Indes N^erlandaises.
Sievin (Simon). — * Van de Spiegeling der Singkonst » et
« Van de Molens », deux traites inedits. Amsterdam, 1884;
vol. pet. in-4° (130 pages). [Reimpression par le D' Biercns
de Haan.]
Girard (Albert). — Invention nouvelle en I'nlgebrc. Leyde,
1884; pet. in-4". [Reimpression par le D' Bierens de Haan.]
Spinoza (Benedictus de). — « Stelkonstige reeckening va n
den regenboog » and « Reeekening van kanssen », two nearly-
unknown treatises. Leyde, 1884; pet. in-4° (20 -t-8 pages).
[Reimpression par le D' Bierens de Haan.]
5 m « SERIE, TOME VIII. 34
314 )
Dante, Alighieri. — De goddelijke komedie in nederlandscfre
terzincn vertaald, met verklaringen en geschiedkundige aan-
—
teekeningen nopens den dichter, door M r Joan Bohl, derde
lied : Het Paradijs. Amsterdam; vol.in-8° (568 pages).
Jardin botanique de Buitenzorg. — Annates, vol. IV
l r€ partie. Leyde, 1884; in-8°.
Provinciaal gcnootschap van kunsten en wetenschappen in
Noord-BrabanL — Handelingcn, 4883-1884. Bois-ie-Due;
in-8°.
Bataviaasch genootschap ran kunsten en wetenschappen.
Verhandclingen, deel XLIV. La Hayc, 1884; vol. gr.
in-8°.
Portugal et Espakne.
s
Ateneo cienti/ico y literario de Madrid. — Calalogo de la*
obras existentes en la bihliotcca del Ateneo. Madrid, 1873;
vol. in-8°.
El ateneo de Madrid en el centcnario de Caldcron.
Madrid, 1881; vol. in-8°.
Jose Moreno Nieto : Discursos academicos. Madrid, 1882;
vol. in-8°.
Velada en honor del scnor Jose Moreno Nieto. Madrid,
1882; vol. in-8°.
Curso de ciencias nam rales, eonferencias. Madrid, 1883;
in -8°.
Curso de historia universal, eonferencias. Madrid, 1883;
in-8°.
Obras de Manuel de la Revilla. Madrid, 1883; vol. in-8°.
Discursos... con motivo de la aperlura del curso del 884.
Madrid, 1884; in-8°.
Academia de ciencias morales y politicas. — Memorial,
1. 1, parte 2 a ; III, V.— Discursos, t. III. Madrid, 1864-84; in-8°.
( 515 )
Ofmrvatorio do Infante D. Luiz. — Annacs, 1880,1881.
Postos nicteorologicos, 1878. Lisbonne; in-4°.
It. Accidentia de la historia, Madrid. — Corles de los anti-
guos reinos de Leon y de Castilla, parte 2 a . Madrid, 1884; vol.
gr in-8°.
Cahis y Balmunya. — Concepto eientifico de la homeopatia
Barcelona 1883 ; in-8° (79 pages).
Suisse.
Commission geodesiqm Suisse. — Proces- verbal de la
27 c seance, icnuc a Neuehatel, en 1884. In-8°.
Nalurf. Gesellschufl, Bern. — MiUheiIungen,1883,2.Heft;
1884, i.In-8".
Schiveizeriscke Geseltschaft fur die gesammten Naturwis-
senschaften. — Verhandlungen der 66. Jahresvcrsamrolung.
Zurich, 1883; 2 vol. in-8° (allemand et francais).
Commission geologique federate. — Materiaux pour la carte
de la Suisse, livr. XXVIII : carte des anciens glaciers de la
Suisse. 4 feuilles in-plano.
Pays divers.
Comite geologique , Saint- Peter sbourg. — Memoires, vol. I,
n°2.— Bulletin, 1883, n<" 7-9; 188i, u 0- 1-5.
Vitterhels Historie och antiquitets Akademien, Stockholm.
Handlingar, Delen 29. ln-8°.
Danielssen og Koren (Johan). — Den norske Nordhavs-
cxpedition, 1876-1878. XI : Zoologi. Cbristiania, 1884; vol.
in-4°.
Society des sciences, UpsaL — Nova acta, vol. XII, fasc. 1,
1884;in-4°.
( 516
}f Japan
I*
Tokyo, 1883-84; in-8°.
Eykman (J.-F.). — Phytoehemische Notizen ueber einige
japanische Pflanzen. Tokio, 1883; \o\. in-8° (46 pag., pi.).
Congres international des Americanistes. — Compte rendu
de la cinquieme session, Copenhague, 1 883. Copenhague, 1 884 ;
vol. in-8° (456 pag., cartes).
Association Internationale du Congo. — Memoire sur Ics
observations rneteorologiques faites a Vivi (Congo inferieur),
et sur la cliraatologie de la cote sud-ouest d'Afrique en general'
par A. von Danckelraan. Berlin, 1884; vol. in-4°.
Bureau international des poids et mesures. — Travaux et
Memoires, tome III. Paris, 1884; vol. in-4°.
^m
TABLE DES MATiERES.
•
c las.se des sciences. — Stance du 11 octobre 1884.
Comesmmmkce. — Demaude faite par M. Carnoy a I'effet d'etre envoye au
laboratoire de Naples. — XL C anniversaire de I'election de H. le professeur
Calori de Bologne. — Programme de concours de r Inst? tut des sciences de
Venise. — Billet cachete depose par M. Lagrange. — Demandes d'eehanges.
Hommage d'ouvrages. — Travaux manuscrits soumis & I'examen . . 306
Bibliographic. — Intorno ad una leltera di Carlo Federico Gauss (B. Bon-
compagni); note par M. Catalan ■ . . 309
De faction des hautes pressions sur la vitality des micro-organismes
(Certes): note par M. P.-J. Van Beneden. ... 311
Concoiks kxtuaokimnaire. (Question du repeupttment des rivieres de la
Belgiqve). — Sans resultat en 1884 31-2
Rapports — Avis de M. Liagre sur deux notes de M. Niesten concernant
les etoiles Mantes du 9au 1 laoul et I'eciipse de lune du 4-5 octobre 1884. 16.
Rapports de MM Dp Tilly, Hrialmontet Liagre sur un travail d- H, Henrard
concernant la penetration des projectiles dans les milieux resis-
tanls 312, 316 317
Rapports de MM. Mansion et De Tilly sur un memoire de M. Lagrange con-
cernant !e developpemenl des fonciions d'un nombre cjuelconque de
variables indepeudantes . . 317,322
Rapports de MM. Van Bambeke et Ed. Van Beneden sur un travail de
M. J. Mac Leod concernant la structure de Pintestin anterieur des
Aracbnides 522, 323
Commi mi.atio:ss et LECTURES. — Note sur des pseudo-cristaux de quartz,
affectanl la forme de la pijrite arsenicale, par A. Renard 324
Sur Irs actions rerticales exercSes par les mdnisques capillaires des li-
quides; par 0, Van iter Mensbrugghe 326
Etude suv la ptn&tration des projectiles dans les milieux r&sistants ; par
P. II. nrard . 337
Observation* faitcs d Bruxcltes de /'eclipse totale de lune du 4-5 oc-
tobre 1 HHi ; par L Niesten 361
Note sur les observations des Etoiles filantes periodiques faites a I'Obser-
vatoirc royal de I'ruxelles, du 9 au II aotit 188 i ; par L. Niesten. . . 370
La structure de Pintestin anUricur des Arachnidcs (fig.); par J. Mac Leod. 377
Sur rexistenc** dune glande coxale chez les Plialangides (fig.) ; par
J. Mac Leod 392
De Chermaphro'tisme de Trombidium mdle (fig.); par J- Mac Leod ... 393
iijssi; iifc.s LKiTitfis. — Stance du 13 octobre 1884.
Cor R£Spow dance. Annonce de la mort de MM. Arntz et Vandenpee-
reboom. — M Rivier fera la notice de M. Arntz et M. Wauters celle de
M. VandenpeerebDom. — Hommage d'ouvrages. — Travail manuscrit
soumis a IVxamen W
Bibl/ocraphie. — De la responsabilite et de la garanlie {accidents de
transports et de travail), par Ch. Sainctelette ; n-.ie par M. Tbonissen 399
De (a condition civile des etrangers, par V. Pappafava (traduit de tita-
lun par C Wt liquet); note par M. Le Roy 4 °3
Sul porto antico .. di Palermo dal sec. X al sec. XV (V. di Giovanni);
note par M. Le Roy * * • * *
Note storiche siciliane del secolo XIV. - II Vespro. (S. V. Bozzo) ; note par
M. Le Roy 40a
Correspo -dance du Cardinal de Granvelle , I. IV, (M. Plot); note par
I'auteur . . . . , . . , 407
Commentarium in tibrum Geneseos (Th.-J. Lamy); note par Pauteur . . *408
La philosophic rdigieuse du Mazdeisme sous les Sassanides (L.-C. Ca-
$ur/r///j ; note par M. Lamy 409
Dante Alighieri. (G. Bohl); note par M. Nolet de Brauwere van Steeland. . 409
Rapports. — Rapport de M. Waulers sur un travail de M. Gastan con-
eeruant les peinires Jean et Jacques Van Baltele et Roland Maille . . . 415
Commumcatjoiss et lectures. — L"empereur Etienne Douchan de Serine
et la Peamsule baikanique an XIV 9 siecle ; seconde partie, par M. de
Borchgrave 416
Les peintres Jean et Jacques Van Bntele et Roland Maille, d&corateurs
des powpps funebrrs de la Coar des Pays-Bas au XVI e siecle; par
M. Au-. Cast an 445
oeasse des beaux- arts. — Seance du 2 octobre 1X84.
Corrfspom>am:e. — Annouce de la mort de M. Mauri tz Thau. sing. — Re-
merciments de Madame veuve Pin chart pour condolences.— Rapport de
M. Vander Slraeten sur les resuttatsde sa mission a Levde. — M. H. Hv-
mans mnet sa notice sur (1 De Braekeleer. — Envoi de documents rela-
tifs a ['Exposition d'Anvers. — Demande de PAcademie d'archeologie de
Relgique relative a la creation d'une Federation des societes d'arcbeologie.
— Billet cachete depose par M. SireL. — Remereiments pour letlre de
condoleances au so jet de la mort de Paolo Mercuri. — Hommage d'ou-
vrages 465
Concours aisntei. — Partie litt&raire . — Lecture des rapports de
MM Pauli, Balat et Sehadde mv le memoire concernant les caracteres
de Parch lecture flainande des XVI p et XVII* siecles 468
Ibid. — Art applique {yravure), — Rapport du jury (MM. De Meersman et
C. Wiener, laureats.) 469
Rapports. — Appreciations des [noddies des busies C.-L. Hanssens et
Schmei-ling; par MM. Fraikin, Jaquel et Re Groot . . 470
Communications et LECTURES. — Sur le portrait de Bernard van Or ley,
peint par Albert Durer, en 152 '* ; par M It. Ih maris 470
class* des ke%u\-ibts. — Seance du 23 octobre 1884
♦
Correspom>\nci; — Remerci ments pottr les invitations a !a seance publique.
— Annoncede la norl de M. Hans Makarl. — Communications des rap-
ports de MM. Cogghe, Verbrugghe , Charlier et Lenain, laureats des
grands concours de Rome. — Avis sur le baste en marbre de feu P. Van
Duyse. — Condition a remplir par les auteurs des busies des Academi-
cians — Remerciments des laureats du concours d'arl applique. — Hom-
mage dOuvrage 484
Bibliograpiue. — Jean Gut/of, de Chalelet, il lustre musicien tvallon du
X Vi* siecle {Cm Lwn) ; note par M Sirei 486
Concours annuel. Partie lilferairc. — Rapports de MM. Pauli, Balat el
Sehadde sur le memoire concernant les caracteres de Farchiteclure
flam:u:dedesXVI«elXVIKsiecles 487,488
<;eassr i/es beai x-aris. — Stance publique du 26 octobre 1884.
La peinture dViistoire et la statuaire monumenlale , discours par M. Slin-
geneyer 490
Proclamation des resultats des concours et des elections ...... 501
Execution du trio couronne de M. J. Callaerts, et de la can late Daphnt
(musique de M. Leon Soubre , second prix de Rome 503
OlVRAGES PIU>F.NTES
504
# ACADEMIE ROYALE DE BELGIQUE.
BULLETIN
DE
L'ACADEMIE KOYALE DES SCIENCES
DES
LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
5o* auuee, 8* Aette, toiue 8
/
11.
BKUXELLKS,
P. BAYEZ, IMPRIMECTR DE LACAD^MIV. ROYALE
Rue de Louvain, 108.
4884
9
BULLETIN
DE
L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LKTTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BEL6IQUE.
1884. — N°il.
CEASSE DES SCIENCES.
Seance du 8 novembre 4884.
M. Dupont, directeur, president de FAcad6mie.
M. Liagre, secretaire perpeHuel.
Sont presents : MM. fid. Morren, vice-directeur ; L.-G.
deKoninck, P.-J. Van Beneden, le baron Edm. de Selys
Longchamps, Melsens, G. Dewalque, H. Maus, E. Candeze,
F. Donny, Ch. Montigny, fid. Van Beneden, C. Malaise,
F. Folie, Fr. Crepin, fid. Mailly, J. De Tilly, F.-L. Cor-
net, Ch. Van Bambeke, Alf. Gilkinet, G. Van der Mens-
brugghe, membres; E. Catalan, associe; M. Mourlon et
A. Renard, correspondants.
3°" SERIE , TOME VIII. 35
(518)
CORRESPONDENCE.
La Sociele des Naluralistes de Bamberg fait sa voir qu'elle
cel£brera le samedi 8 novembre son cinquantieme anni-
versaire de fondation. — Les felicitations de PAcademie
seront adressees a ce corps savant.
Le comile superieur de redaction de la revue le
Genie civil, k Paris, envoie la circulaire de souscriplion
au busle de J.-B. Dumas, — Depot sur le bureau.
MM. R. Blasius, president, et Gustave de Hayek,
secretaire du comile internalional permanent ornitholo-
gique, inslilu£ a Vienne, a la suite du premier congres
international ornithologique, tenu recemment dans cetle
ville, font appel a TAcademie pour Petablissement d'un
reseau de stations d'observation.
La Classe decide la prise en consideration de cette
demande. Elle fait, en consequence, appel aux personnes
qui s'occupent d'ornithologie en les priant de se charger
de la tache interessante d'observer regulierement ious les
oiseaux des environs de leur domicile, par rapport a la
presence, au passage, a la couvee, au genre de vie, etc., et
de transmettre annuellemenl leurs observations au seere-
taire du comit£, h Vienne, dans le premier trimestre.
Le comile desire que les observations soient r6dig£es
scientifiquement par des hommes experts, en menlionnant
les noms des observateurs. De cetle maniere, dit la circu-
laire, les points rest£s encore obscurs de I'habitat et des
f
( 519 )
passages annuels des oiseaux pourront etre elucides en vue
d 9 enrichir la science ornithologiqtie.
Sur sa demande, M, F. Daury, cure de Meux, sera
remis en possession de sa notice manuscrite sur rhomme
tertiaire, la Classe ne s'etant pas encore prononcee sur ce
travail.
La Classe accepte le depot dans les archives de
r Academic de quatre billets cachet&s deposes :
1° Par M. Leopold Henrion, de Milan, ayant pour objet
de lui conserver la priorite d'un brevet d'invention ;
2° Par M. E. Catalan, associe de la Classe, Sur les theo-
remes de Goldbach et de Bertrand;
3° Par M. Ch, Lagrange, aslronome a PObservatoire
royal, et porlant pour suscription : Perturbations plane-
taires pour des excentricites et des inclinaisons quel-
conques ;
4° Par M. Edmond Van Aubel, de Li6ge, porlant pour
suscription : Recherches sur la rotation electro magnetique
du plan de polarisation de la lumiere.
La Classe decide egalement le depot, dans les
archives, des communications manuscriles suivantes de
M. C.-H. Delaey, marechal des logis enretraite, a Roulers.
i° Notice sur les conduits de gaz et de liquides;
2° Notes supplementaires au pro jet de nouvelles distri-
butions de la vapeur dans les machines ;
3° Transmission de forces vives, chap. /, Moulins a
vent, et chap. //, Vehicules.
La Classe recoil, h litre d'hommage, les ouvrages
( 520 )
suivants, au sujet desquels elle votedes remerciments aux
auteurs:
1° Soci&e" geologique de Belgique. Catalogue des
ouvrages de geologie,... qui se trouvent dans les princi-
pales bibliotheques de Belgique , par G. Dewalque, secre-
taire general. Liege, 1884, vol. in-8°;
2° Sur I'origine du monde. Theories cosmogoniques des
anciens el des modernes, par H. Faye, associe*. Paris, 1884;
vol. in-8°;
3° Resume des conferences donnees a la Societe beige
d'electriciens sur les unites electriques, par E. Rousseau.
Bruxelles, 1884; extr. in-8;
4° Die grosse Wachslhumsperiode bet den Fruchttra-
gern von Phycornyces, par Leo Errera. Leipzig, 1884; extr.
p. in-4° ;
5° Darstellende und projective Geometrie, par le D r
Gustav Ad. von Peschka, UI ter Band. Vienne, 1884; vol.
et atlas in-8°, oblong ;
6° Un mot sur la technique des coupes en series, par
H. Leboucq. Gand, 1884; extr. in-8°;
7° a) Note sur quelques caracteres permettant de distin-
guer facilement Bufo viridis de Bufo calamita; b) Cas
teratologiques observes chez quelques tetards de batraciens
anoures, etc., par H6ron»Royer. Meulan, 1884; 2 extr.
in-8° ;
8° a) Recherches experimental sur I 9 influence du trai-
ement pneumalique sur la fermentation des jus sucres ;
Description d\m nouveau systeme d'appareils
d y evaporation et de distillation; par le D r P. CalliburcSs.
Paris, 1884; 2 broch. in-8°.
( 521
RAPPORTS.
Les proprietes reductrices des graines et la formation
de la Diastase; par M. A. Jorissen.
Rapport de Jf . Jf ot* reii.
t M. Armand Jorissen, poursuivant ses experiences sur
les ph6nom£nes chimiques qui se produisent pendant la
germination des graines, a constat^ que la presence d'un
antiseptique, specialement de Pacide cyanhydrique, sans
tuer ni meme alterer Pembryon, arrete cependant la ger-
mination et empeche la formation de la diastase.
II rappelle une ancienne observation de Schoenbein,
d'apres laquelle, dans les conditions normales, les graines
en germination provoquent des phenomenes de reduction.
Le nitrate de polasse, par exemple, passe h Petal de
nitrite. II en est encore ainsi alors meme qu'on r^duit en
poudre la substance des graines, mais la reaction cesse
toujours quand intervient Pacide cyanhydrique ou quel-
que autre antiseptique, meme en proportion tres faible.
On sail, d'autre part, que le developpement de certaines
bacteries determine dans le milieu ambiant des pheno-
menes de reduction.
S'appuyant sur une observation de M. Marcano qui a
constate la presence de bacteries (Pauleur dit un vibrion)
sur les teguments des semences de mais, sur les condi-
tions putrides dans lesquelles on voit se former la diastase,
tandis qu'en presence de Pacide cyanhydrique les graines
d'orge et de froment, ne forment apres plusieurs jours, que
peu ou point de diastase (ce sont les expressions de Pau-
$n )
teur), M. Jorissen conclnt que la formation de la diastase,
pendant la germination naturelle des graines, serait due a
Tintervention de Bacteries.
Tous ceux qui s'occupenl de physiologie ou de chimie
biologiqueapprecierontPimmense porteede cette assertion.
A notre avis, elle est encore & I elat d'hypothese et
manque de base experimentale.
M. A, Jorissen ne nous dit pas qu'il a constate la pre-
sence d'une baclerie delerminee sur les graines qu'il a
mises en experience, ni meme celle des bacteries qui
semblent ubiquistes ; il n'affirme pas avoir observe leur
destruction quand il a fait intervenir l'acide cyanhydrique,
■
moins encore les a-t-il cultivees dans le milieu favorable a
Pexperimentalion.
Et d'ailleurs, si d'apr^s Pobservation relatee de Schoen-
bein, les bacteries determinent, dans le milieu ambiant,
des phenomenes de reduction, il est mieux demontre par
nombreuses observations et experiences de Muntz et Deh£-
rain sur la nitrification que ce sont aussi les bacteries qui
delerminent Poxydation des matiercs azotees et la pro-
duction des nitrates dans le sol.
M. Jorissen se montre d'ailleurs circonspect. II a et£
excite k nous communiquer sa note a la suite d'une publi-
cation recente de M. Wigand, de Marbourg, sur le meme
sujet. et dans Popinion de ce savant, les bacteries pren-
draient naissance par generation spontanee.
Cette assertion nous parait plus hasardeuse encore que
la premiere : elle nous confirme dans notre attitude expec-
tance.
de
Joi
tion de sa communication dans les Bulletins de PAca-
demie.
525 )
Jl0f»j»ot'f de ff . fmilkinet
« Je considere la note de M. Jorissen coin me ires inte-
ressante el comme digne en tous points de figurer au Bul-
letin de I'Academie. J'ajoute que j'ai pu me rendre comple
de visn des experiences de Pauleur. Je me rallie done aux
conclusions du rapport de I'honorable premier com mi s-
saire et je propose comme lui I'impression au Bulletin de
la seance, s>
ttappofi «/e jr. St as.
« Les fails consigns par M. Jorissen dans sa note et
confirmes par noire savant confrere et ami M. Gilkinet,
que la presence de I'acide cyanhydrique dans ('atmosphere,
sans tuer ni alterer I'embryon, arrele la germination et
empeche la production de la diastase, est du plus haul
interet pour la chimie biologique.
En me joignant a mon savant confrere M. Morren pour
fa ire toutes mes reserves sur la cause de ces fails, je suis
i
d'avis que le Iravail de M. Jorissen merite d'etre publie.
J'ai, en consequence, l'honneur de me rallier aux conclu-
sions de mes savanls confreres MM. Morren et Gilkinet
qui proposent d'ordonner I'impression de la note dans le
Bulletin de la seance.
Je prierais, en outre, la Classe de voter des remerci-
ments k I'auteur pour sa communication et de I'engager a
inslituer des recherches nouvelles pour elablir avec cerli-
tilude la cause des fails qu'il a constates. Je n'ignore pas
les difficulles qu'entourent des travaux de cetle nature;
( 524 )
mais 1'importance du sujet est telle que I'auteur ne peut
pas reculer devant ces difficult^. »
La Classe adopte les conclusions des rapports
comraissaires.
de ses
Sur la forme quadrilineaire et les surfc
Liege.
professeur a l'Universite
appoft He ,lf. JFolie,
€ M. Le Paige a 6nonce dernierement dans le Bulletin le
theorfrnesnivant :
Une surface du troisieme ordre peut toujours etre
engendr£e par les intersections des plans correspondants
de quatre faisceaux quadrilineaires, dont les axes sont
situes dans un plan; ces faisceaux s'obtiennent par les
jonctions des quatre axes aux groupes de quatre points
marques par tous les plans de 1'espace sur quatre droites.
Dans le travail actuel, I'auteur fail voir que Pequation
du troisieme degr6, 3 laquelle il avail ete conduit par la
demonstration de son lh6oreme, renferme un facteur
etranger, en sorte que cette equation se r£duit au second
degre, et qu'elle est meme decomposable en deux facleurs
du premier; dans le cas ou ces deux facteurs sont identi-
ques, la surface possede quatre points doubles.
L'auteur prouve enfin qu'on peut faire passer cette der-
;iere surface par des groupes particuliers de 21 points.
Ce nouveau travail forme un complement fort heureux
au precedent; et nous en proposons bien volon tiers Tinser-
lion au Bulletin. » — Adopts.
828 )
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Communication faite verbalement sur la scintillation ;
par Ch. Montigny, membre de PAcadSmie.
Dans uq travail concernant les variations d'intensite
de la scintillation des Voiles selon l'6tat de ('atmosphere,
j'ai 6mis cette conclusion : c C'est la presence de Peau en
* quantite plus ou moins grande dans Tatmosphere, qui
exerce 1'influence la plus marquee sur la scintillation et
» qui en modifie le plus les caracteres selon cette quan-
i> titd, soit quand Peau se trouve dissoute en vapeur dans
> Fair, soit quand elle tombe ati niveau du sol a I'&at
* liquide, ou k I'etat solide sous forme de neige (1) ».
L'influence de l'eau de Tatmosphere sur la scintillation
vient de se reveler encore sous un nouveau mode, en nous
monlrant que Tapparition et la frequence de certaines cou-
leurs qui caracl&risent ce ph6nom6ne, changent avec la
quantite d'eau que Fair contient.
Ainsi la predominance de la teinte bleue relativement
aux autres couleurs annonce Tapproche de la pluie, si elle
n'est dej& survenue. L'eau en masse etant bleue cfapres
MM. Bunsen et W. Spring, on s'explique aisement par ce
fait pourquoi la predominance du bleu parmi les couleurs
dela scintillation pronostique la pluie.
(1) Becherches sur les variations d'intensitt de la scintillation des
iloiles selon Fetat de V atmosphere, particulierement aux approches et
sous Vinfluence de la pluie (Bulletiu de TAcademie royale de Belgique,
2 m « s^rie, i. XXXVIII, Novembre 1878.)
( 526
D'un autre cote, la frequence de la couleur verle dans
le meme phenomene a toujours caracterise le beau temps,
pendant les belles annees anterieures a 1876, et cela depuis
I'origine de mes observations en 1870.
Des le commencement de I'annee derniere, ayant remar-
qu6 que la predominance du bleu dans la scintillation
4
etait moins frequente et moins marquee, etque, par conlre,
la couleur verte apparaissait plus frequemment, j'emis, en
Juin 1883, la conjecture que les pluies seraient moins
abondantes en 1883 que pendant les annees precedentes.
Les faits ont pleinement juslifie cette prevision.
Le retour des memes indices au commencement de
Fannee acluelle m'aulorisa a renouveler, des le commen-
cement d'Avril, la meme conjecture en annongant que dans
n os regions les pluies seront moins frequentes el moins
abondantes que pendant les six annees anterieures h 1885.
J'ajoutai que nous pouvions esperer que nous sommes
heureusemcnt sortis de la pgriodc des annees pluvieuses
qui commen^a en 1876, et que nous sommes revenus dans
une serie de belles annees.
On sait jusqu'a quel point s'esl realisee, dans le cours
de Pannee actuelle, cette provision, que j'ai emise en
m'appuyant sur des donnees scientifiques tout a fait nou-
velles.
Tr£s procliainement, je presenterai a TAcademie un
travail ou seront exposes les resultats numeriques indi-
quant la diminution de predominance du bleu, puis
I'accroissement de frequence du vert el meme du violet
dans la scintillation des etoiles, pendant les annees 1883
et 1884, qui sont, la derntere surlout, des annees seches.
Ces donnees seront comparees aux resultats de meme
espece appartenant aux annees 1881 et 1882, qui soni des
( 527 )
anneeshumides. Eiles monlreront combien sont marquees
les differences enlre les resullats relalifs aux deux series,
puis les consequences importanles qui resultent de ces
recherehes. On verra en eflet, d'apres ma decouverte, que
les caracleres d'intensite de la couletir bleue dans la scin-
tillation indiquent, en quelque sorte, la mesure de la
quantite d'eau contenue dans les regions sup£rieures de
Patmosphere.
Je terminerai la communication actuelle par une remar-
queconcernanl des effels de coloration que Peau almosphe-
riqueproduitpeut-etre, dans un autre genre de phenom^ne.
Onsait que, lors de Peel ipse de Lune qui survint le 4 Oclobre
dernier, au milieu d'une periode de jours de pluie dans nos
regions, plusieurs observateurs ont signale des apparences
de couleur bleue qu'ils avaient vues a la surface de notre
satellite. Ainsi, a PObservatoire de Bruxelles, M. Niesten
obsena que le bord de {'ombre de la Terre sur la Lune avail
une teinte bleue. Co bord n'etait pas net el presentait difle-
renles ondulations (del el Terre, n° du 15 Octohre). Des
apparences egalement de couleur bleue ont 6te remar-
quees sur le disque lunaire eclipse, a Paris, particuliere-
ment par M. Trepied k TObservatoire, puis k Ogeres, par
M. Lescaubault, et enfin dans d'autres localiles, & Telran-
ger. II est permis, jusqu'& preuve du contraire, d'attribuer
de semblables apparences, de couleur bleue, qu'ont pre-
sentees quelquefois auparavant les parties de la Lune
situ6es sur les bonis de Pombre, comme Pavaient deja
remarque Beer et Maedler dans I'lclipse de Lune du
27 D6cembre 1833 (1), a Paction coloranle de Peau que
noire atmosphere contiendrait en grande abondance au
(1) Astronomic populaire, par Arago, tome III, p. 372.
( 528 )
moment de certaines eclipses, Ainsi, lors de Teclipse du
4 Oclobre dernier, ces effets de coloration en bleu se
seraient produits & regard des faibles rayons que la Lune,
presque entierement eclips£e, reflechissait vers la Terre;
ces rayons se seraient teints en bleu plusou moins vif selon
le degre d'humidiie et Tepaisseur des couches d'air qui
s'etendaient au-dessus de nos regions, et que ces rayons
reflechis traversaient. On doit se rappeler, en effet le bulle-
tin meteorologique de TObservatoire de Bruxelles el celui
de Paris en font foi, que du 2 au 5 Octobre dernier, il
tomba beaucoup d'eau en Belgique et en Hollande, et qu'k
cette epoque il regna constamment an vent du Nord qui
dut transporter beaucoup d'air humide vers la France et
d'aulres regions voisines.
No Ions aussi que, lors de Tobservation de Beer et
Maedeler, il etait lomb6 beaucoup d eau dans les regions
occidental TEurope,& la fin de Decembre 1833.
On voit qu'il y a la une question nouvelle & examiner.
Sur VeffeuUlaison a Longchamps-sur-Geer en 1884; par
le baron de Selys Longchamps, membre de I'Aca-
dernie.
Notre honorable confrere M. Dewalque a publie dans
nos Bulletins une note sur P£tat de la vegetation a Liege,
le 21 mars dernier, apres Phiver si doux et presque sans
gelees de 1883-1884. A sa demande, je lui fournis alors
quelques renseignements sur Telat de la vegetation &
Longchamps-sur-Geer (Waremme) & la raeme date.
L*£t£ qui a suivi a 6l6 fort remarquable £galement par
sa secheresse et par une s£rie de jours chauds, comme on
n'en constate que rarement dans notre pays.
( 529 )
Cela m'a engage a verifier ou en e*tait I'effeuillaison au
21 octobre dernier, afin de pouvoir 6tablir une comparai-
son avec les observations que j'ai faites pendant nombre
d'ann£es a la meme date, a la demande de feu M. Ad. Que-
telet.
J'ai £te* frappe* de voir combien cette effeuillaison 6tait
tardive. Je ne me souviens pas d'une ann6e aussi retarded,
sous ce rapport, parmi les observations que je viens de
rappeler. C'estau point que, parmi les arbres quejenotais
alors, je n'en ai retrouve* aucun, cette ann^e, dont les
feuilles fussent tomb^es ; a peine si quelques-uns, comme
le tulipier (lyriodendron), avaient le feuillage decoJore. Le
fevier (gledilschia) lui-meme n'avait perdu qu'une faible
partie de ses feuilles.
A Liege, depuis nombre d*ann6es, je vois sous mes
fen&res les ormes (ulmns) du boulevard de la Sauveniere
jaunir et perdre quantite" de feuilles des la fin de Pete, ou
meme en aout. Cette fois il n'en a rien ete, et Ton etait
surpris de voir ces arbres parfailemenl verts et inlacts en
septembre.
M. le professeur Dewalque, auquel je viens de commu-
niquer ma remarque sur Peffeuillaison au 21 octobre, me
dit qu'il a ete egalement frappe du retard signals.
II semblerait resulter de ce qui s'est passe" en 1884 que
ce n'est pas a la s6cheresse ni a la chaleur de Pete qu'il
faut attribuer, en general, chez nous, une decoloration et
une chute tardives du feuillage, mais bien plutota la fre-
quence habituelle des pluies en £te, avec des intermit-
tences de jours froids et de soleil.
Les premieres petites gelees, qui contribuent a la chute
des feuilles, et qui d'ailleurs n'ont pas dure\ n'onl, il est
vrai, commence a Waremme que le 23 octobre, ce qui est
530 )
aussi un retard exceptionnel; mais cela n'explique pas la
conservation complete du feuiliage et de la coloration pen-
dant tout ie mois de septembre.
Grace a ce retard dans la premiere petite gelee, les
vegetaux tendres qui en sont les victimes immediates :
capucines (tropceolum) , heliotropes, dahlias, etc., sont
restes en pleine v£g£tation]jusqu'au 22Joclobre, ce qui ne
se voit que bien rarement.
La chute generale des feuilles pour les tilleuls (tilia),
platanes, chataigniers (castanea), hetres (fagus), etc., n'a
guere commence qu'au l er novembre.
Sur la composition chimique de la Krokydolite et sur le
Quartz fibreux du Cap, par A. Renard, correspondant
de FAcademie, etC. Element*
Depuis quelques ann£es on importe de I'Afrique du Sud
de nombreux eehantillons d'un mineral fibreux h reflels
chatoyants bruns-dores ou verdatres, qu'on designe com-
munement en joaillerie sous le nom de krokydolite. La
mode s'est emparee de cette belle pierre, qui, apres avoir
atteint au debut des prix assez eleves, est devenue Ires
commune; nous dirions meme qu'il n'est guere en ce mo-
ment de mineral dont on fasse plus grand usage dans la
bijouterie ordinaire. Les cabochons de celte soi-disant kro-
kydolite presentent des phenomenes de reflet analogues k
ceux des quartz avec (ilaments d'asbeste dont on laille les
ceils-de-chat; ils en different seulement par la couleur
brune ou verte. Pour les distinguer des premiers, on a
d£sign£ les cabochons du mineral africain sous le nom
d'ceil-de-tigre.
531
La composition chimique et le mode de formation de
cette substance fibreuse avaient attire Inattention des min£-
ralogistes bien avant que I'industrie s'emparat de ce mine-
ral. Mais landisqu'autrefois il etait consider^ comme rela-
tivement rare, on peutFetudieraujourd'hui surd'excellents
echantillons qu'il est tres-facile d'obtenir des lapidaires.
L'inleret qui s'atlache a cette pierre nous porte a en
reprendre 1'examen; nous y elions pousses d'ailleurs par le
desir de quelques mineralogistes de nos amis, de posseder
des donnees plus certaines sur la composition des mine-
raux designes sous le nom de krokydolite; car, ainsi que
nous le montrerons, les savants qui s'etaient occupes de
cette question paraissaient I'avoir laissee ind£cise sur
plusieurs points. M. A. Hahn eut l'obligeance de mettrea
notre disposition une partie des maleriaux qui servirent a
nosrecherches; nous tenons k lui exprimer ici nos remer-
ciments. L'echantillon de krokydolite dont nous donnons
ranalyse fut obtenu par Pintermediaire de M. Pisani.
Indiquons d'abord les details qu'on possede sur le gise-
ment des mineraux en question. Les premiers echantillons,
qui en furent examines par Klaproth, avaient ete rapportes
d'Afrique par le voyageur Lichtenstein, qui les avait
recueillis au Cap, a Test de Groolrivierspoort (1). Nous
trouvons des renseignements plus explicites sur la prove-
nance deces pierres dans une communication publiee lors
de son voyage dans l'Afrique du Sud, par M. Cohen,
i'eminent lithologiste de TUniversile de Strasbourg (2).
(1) Klaproth, Chemische Abhandlungen gemischten Inhalls, 1815,
i>p. 233-242.
(2) Cohen, Neues Jahrbuch fur Miner alogie, etc., 1873.— Geologische
Mittheilungen aus Griqualand- West, p. 52.
532 )
Ce
quartz iibreux et de la krokydolite quelques renseigne-
ments complementaires a la notice qui vient d'etre men-
tionnee. On peut resumer comme suit les indications de
M. Cohen.
Les montagnes ou I'on trouve ces mindraux sont
situees entre le 23° et le 24° long. Est de Greenwich, et
splendent vers le N.-N.-E. sur environ 210 kilometres a
1'Est du fleuve Orange, pour y former les Monts Doom. An
Nord d'Orange, la masse principale de cetle chaine porte
le nom (V Asbestos Mountains. Le prolongement situe plus
au Nord pourrait etre design^ sous le nom de Monts de
Griquastad; car ces eminences prennent naissance au voi-
sinage immediat de Griquastad. C'est d'ailleurs le nom sous
lequel on designe, dans 1'Afrique du Sud, cette partie de la
chaine (Griquas tad-Range). Les Monts Doom, Asbestos et
Griquastad sont essentiellement constitues par des schistes
jaspoides; ces roches sont surmontees par de puissantes
couches de calcaire et de dolomie, caracterisees par des
intercalations quartzeuseset calcedonieuses.On peut suivre
vers TEst cette formation calcaire jusqu'ao fleuve Vaal,
c'est-a-dire sur une distance de 44 kilometres; elle
s'etend tres loin dans une direction N. et N.-E. D'apres
M. Cohen, on devrait rattacher a cette formation calcaire et
dolomitique, les roches d'aspect analogue qui affleurent a
TEstdu Transvaal, dans la region de Lydenburg,et au Nord
du Transvaal, aux environs de Marabastad. Ces schistes
jaspoides sont nettement stratifies et quelquefois feuille-
tes; les feuillets brun-jaunatre ou brun-rougeatre de la
roche quarlzeuse chargee de fer altement avec des filon-
alteindre
Les
( 533 )
horizon tales, tant6t tres ondulees et ployees. Cest dans ces
schistes que sont intercalates les zones composees de
quartz Gbreux dont il sera question dans cette notice ; elles
sont paralleles aux strates. Rarement la couleur du quartz
est blanche; celle qu'affecte ce mineral est le jaune ou le
hrun jaunatre plus ou moins fonc6. L'epaisseur de ces
bandes varie ordinairement entre 1 millimetre el 4 centi-
metres; les fibres quartzeuses sont toujours perpendicu-
laires & la schistosit£. Souvent ces bandes sont legerement
courbees; quelquefois elles sont ployees dans tous les sens.
M. Cohen, qui a examine ces schistes jaspo'ides au micro-
scope, a trouve qu'ils sont composes essentiellement de
grains de quartz
Quelquefo
roche est plus ou moins massive, mais ces plages a grains
plus ou moins grossiers ne sont pas alignees suivant la
stratification; elles se presentent plutdt sous la forme de
nids.
La structure bandee des schistes jaspo'ides est deter-
minee par la disposition qu'y affectent les minerals de fer.
On observe avec la magnetite des hydroxydes jaune ou
rouge brun&tre; ils y sont meme souvent en plus grande
quantity que le fer magn^tique. Ce fer hydrate se presente
dissemine dans la roche, tantot sous la forme floconneuse,
tantdt sous la forme fibreuse. On le voit parfois en
plages iso!6es, quelquefois en particules aligners, souvent
aussi en bandes compactes. Les contours qu'il affecte, spe-
cialement dans les couches moins foncees, sont de telle
nature qu'on pourrait penser a des pseudopmorphoses sur
pyrite.
M. Cohen n'a pas visits les points ou Ton exlrait la kro-
kyrfolite; mais il exprime Pid6e que ce mineral est pseudo-
5 me serie, tome viii. 36
534 )
mophise par le quartz dans les schistes jaspotdes (1 ). Si Ton
tient comple de ces formes imitalives de quartz sur kro-
kydolite, de Failure tourmenlee des couches, on doit
admettre que ces schistes sonl des sediments modifies,
impregnes par rapport de mature siliceuse. Ces roches
seraienl £ placer avec les schistes metamorphiques, el h
mettre en rapport avec les granites, si r^pandus dans le
Transvaal et dans les regions au Nord de Karuman.
Signalons encore, au sujet du gisement des min£-
raux clont nous allons faire connaitre la composition, un
memoire de M. G. Stow sur la geologie de TOuesl de Gri-
qualand. L'auteur y montre, enlre autres choses, le remar-
quable d^veloppement que prennent dans cette region les
roches et les intercalations siliceuses de diverse nature (2).
Afin de mieux preciser la relation des echantillons de
quartz fibreux avec la krokydolite, rappelons en quelques
lignes les caracleres principaux de ce mineral el inontrons
quelle est sa composition chimique. Klaproth a fail con-
naitre le premier, sous le nom de Blan-Eisenstein du Cap
de Bonne-Esperance, le mineral designe" depuis sous le
nom de krokydolite (3). L'echantillon qiTil analysa avail
ele recueilli par le voyageur africain Lichlenstein pres du
Active Orange, au dela de Priskap-Drift, au point nomml
fioode gebroken klip. On peul voir, par la description de
Klaproth, que la krokydolite dontil fit Tanalyseappartenait
a la variete massive de cette cspece. La presence d'une
grande quantity de fer el ia couleur bleue caracteristique
(1) Cohen, Neues Jahrbuch fur Min ., etc., loc. cit.
(2) George W. Stow, Geological notes upon Griqualand We$t % with
description of the specimens by J. Rupert Jones. (Quarterly journal of
the Geological Society vol. XXX.) Voir surtout les pages 622 et suivantes.
(3) Klaproth, loc* cit.,p. 237.
53o )
du mineral determin^rent ce savant & lui donner le nom
de Blau-Eisenstein , pour le distinguer de la vivianite.
Hausmann el Stromeyer reprirent en 1831 I'ltude de cetle
- espece (1), dont ils firent connaitre en detail la vari£t6
asbesliforme, A la denomination de Klaprolh ils substi-
tuerent celle de krokydolite, indiquant ainsi un des traits
les plus saillanls du mineral : celui de se presenter en fila-
ments delies, souples el brillants comme de la soie. Leurs
analyses, consignees plus loin, mirent hors de doute que
la varied massive decrite par Klaprolh ne different pas, au
point de vue de la composition, des echantillons a fibres
deliees. II est inutile d'insisler davanlage sur les caracteres
physiques; ils ont e*te exposes avec le plus grand detail
dans le memoire de Hausmann el Stromeyer et reproduits
dans tous les bons trailes de mineralogie; bornons-nous
a grouper ici les resullals des analyses publiees sur la
Krokydolite.
si o, .
Fe .
Mo, 0, .
MnO .
MgO .
Ca .
H t
Ph,0
CI.
I.
50,00
40.50
1,50
Na, . 5,00
K,0 .
3,00
2.
. 50,81 .
. 33,88 ,
. 0,17 .
2,32 .
0,02 .
7,03 .
, ' 5,58 .
3.
, 51,64 .
. 34,38 .
0,02 .
, 2,64 .
0,05 .
7,11 .
4,01
100,00
98,81
99,85
4.
53,02
25,62
0,50
10,14
1,10
5,69
0,39
2,52
0,17
0,51
99,66
(1) Hausmans el Stromeyer, Gtittingsche gelehrte Anzeige, II vol
1831, pp. 1585 et suivantes.
( 536
1. Analyse du Blau-Eisenstein du fleuve Orange par Klaproth (Beitr. VI, 240,
4815).
2. Analyse de la krokydolite fibreuse du fleuve Orange par Stromeyer (Gott. gel.
Am. 1585, 1831, et Pogg. Ann., XXIII, 153.)
3. Analyse de la krokydolite massive du fleuve Orange (analogue k celle ana-
lyst par Klaproth) par Stromeyer {Gott. gel. Am. 1585, 1831, etPogg.Ann.,
XXIII, 153).
4. Analyse de la krokydolite de Wakembach (Vosges) par Delesse. (Ann. dea
mines, III, X, 317.)
On voit par les analyses 1 et 2 que le mineral etudi6
d'abord par Klaproth possede de grandes analogies avec
la krokydolite de Hausmann; ce rapprochement est con-
6rm£ en outre par Fanalyse 3, qui fut faile par Stromeyer
sur des echantillons ayant servi autrefois aux recherehes
de Klaproth. Des divergences plus saillantes se montrent
dans Tanalyse de la krokydolite de Wakenbach par Delesse.
Malgre ces recherehes d'habiles chimistes, il n'6tait pas
possible d'etablir exactement la formule du mineral, a
cause de Fincertitude ou Ton se trouvail, relativement £
Fetal d'oxydation du fer. C'est M. Doelter (i) qui, le pre-
mier, a cherche a 61ucider ce probleme. Par une analyse,
malheureusement reside incomplete, il monlra que la
krokydolite renferme 52,11 de silice, 20,62 d'oxyde fer-
rique, 16,75 d'oxyde ferreux, 1,77 de magnesie et 1,58
d'eau. L'analyse qui suit, faile sur un echantillon de la
riviere Orange, servira a combler les lacunes de la deter-
mination qu'on doit a ce savant :
I. 1,0597 gramme de substance s£ch£e k 110° C, fusionn^e par les carbonates
de soude et de potasse, donna 0,0250 gramme d'eau, 0,5499 gramme de
silice, 0,4101 gramme de peroxyde de fer, 0,0043 gramme de chaux et
0,0722 gramme de pyrophosphate de magndsie.
(1) Doelteb, Min. Mitth. de Tschermak. 1878.
537 )
II. -1,1082 gramme de substance sechee a -110° C, traitee en tube scelle par l'acide
fluorhydrique et sulfurique, fut titre par Ie permanganate de potasse
(1 c. c. = 0,00363 gramme Fe 0) ; on employa pour l'oxydation 34,5 c. c.
III. <,0970 gramme de substance sechee a H0» C, attaquee par l'acide fluorhy-
drique, donna 0,1620 gramme de chlorures de sodium et de potassium et
0,0085 gramme de chloroplatinate de potassium.
SiO,
FeA
FeO
CaO
MgO
Na s O
H,
51,89
19,22
17,53
0,40
2,43
7,71
0,15
2,36
Relations atomiques
. . 865
. . 120
. . 244
. . 7
. . 61
. . 124
. . 2
. . 131
101,71
Les rapports qui existent entre la composition et Passo-
ciation de la krokydolile et I'arfvedsonite ont fait consi-
derer la premiere comme une varied fibreuse ou asbesti-
forme de celle-ci; ce serait un cas analogue a ce que nous
montrent la plupart des especes du groupe amphibolique.
En partant de cette maniere de voir, on a applique au mi-
neral que nous etudions la formule de I'arfvedsonite.
M. Rammelsberg avait donne pour cette espece I'expres-
sion Na,SiO
3
RSiO
3
(F
montre que les valeurs admises par Rammelsberg pour
Ie protoxyde de fer devaient 6tre r&luiles au quart,
M.Tschermak proposa d'altribuer a I'arfvedsonite la meme
formule que celle de TaBgirine et de I'akmite : Na 2 (Fe 2 )
Si 4 12 . Les recherches de M. Doelter sur Ie mineral en
question confirmerent cette interpretation; se fondant sur
•'analyse de la krokydolile que nous avons citee plus haut,
538 )
il fut porte k envisager celte espece comme 6tant essen-
tiellement formee du meme silicate que l'arfvedsonite ,
auquel viendrait s'ajouter le groupe FeSi0 3 .
Des valeurs fournies par notre analyse il-r£sulte que les
rapports Si0 2 : Fe 2 3 : FeO : MgO : Na 9 : U ± sont enlre
eux comme 14:2:4:1 : 2 : 2; en d'autres termes , que
la silice est aux bases comme 14 : 15. Pour expliquer celte
relation anormale, le plus simple est d'admettre qu'une
partie de Teau n'est pas chimiquemenl combinee. C'esl ce
que montrent d'ailleurs les essais suivants : en portant
a 380° C. la krokydolite sechee k 110° C, elle perd
jusqu'& 0,9 % de son poids; a la flamme directe, sans aller
cependant jusqu'au rouge, le protoxyde de fer commence
k se peroxyder; la substance trait^e de cette maniere,
pendant a peu pres une heure, donne encore Peau dans le
tube. II semble resulter de ces fails qu'une partie de Feau
seulement doit etre consider^ comme Peau basique. On
peut done, sans entrer dans des considerations th£oriques
sur la constitution du mineral, lui donner comme for-
mule Si 14 Fe 2 Fe 4 (MgCa) (NaK) 4 H 2 42 -hH 2 0.
Les chiffres qui suivent montrent la concordance entre
les valeurs obtenues par Panalyse et rlduites k 100, et
celles calculees d'apres cette formule :
TROUVE. CALCULE.
SiO, 51,10 50,97
Fe,0, 18,93 49,42
FeO 17,26 17,48
Mg 2,69 2.42
JNa, 7,69 7,52
H, 2,55 2,19
i 00,00 1 00,00
539 )
Apres avoir expose ces notions sur la composition chi-
mique de Ja krokydolite, examinons les relations qui
unissent ce mineral au quartz fibreux brun ou vert a reflets
chatoyants, et dont nous avons indiquedeja les conditions
du gisemenl et l'usage aclutlen bijouterie.
Klaproth, auquel on doit les premieres recherches sur la
composition de la krokydolite, a fait connaltre aussi la
nalure de ce mineral fibreux; il le designe sous le nom de
Faserquartz du Cap de Bonne-Esperance (1). Les echan-
tillons etudies par ce savant furent recueillis par Lichten-
stem, dans la region d'ou ce voyageur avait rapporte la
krokydolite. Les fragments analyses provenaient d'une
couche fibreuse de Pepaisseur d'un pouce, avec salbandes
ferrugineuses de couleur brunatre peu foncee. lis posse-
daient le chatoyement, Fecial soyeux, la cassure caracle-
ristique de celle substance. Leur poids specilique fut trouve
2.65. Klaproth a obtenu, a Panalyse :
Si O s 98,50
Fe,0 5 1,50
100,00
II rapporte ce mineral au quartz fibreux conjoint
d'Haiiy et le groupe avec le quartz oeil-de-chat.
Quoiquela substance analysee presenle,au point de vue
descaract6res physiques, beaucoup d'analogie avec la kro-
kydolite, Klaproth n'a pas fait de rapprochement entre ces
deux min£raux; il nous semble que la raison s'en trouve
dans le fait que ce c6l6bre chimiste n'a peut-etre connu
(1) Klaproth, /. c, Chemische Untersuchung des Faserquarzes vom
Cap der guten Hoffnung, pp. 232-237.
( S40 )
que la krokydolite massive, substance sur laquelle les
caracteres qui 1'unissent au quarlz fibreux sont beaucoup
moins marques.
Toulefois, ropinion queces bandes quarlzeuses a reflets
chatoyants pourraient bien n'etre qu'une pseudomorphose
de silice sur krokydolite, ne tarda pas k avoir cours
C'est M. Wibel
da
\
essaya le premier d'etablir cette interpretation (]). Nous
aurons bienldt Poceasion de revenir sur ce m6moire, apres
avoir indique en quelques mots les caracteres de ces
raatieres quartzeuses, dont on taille les cabochons oeil-de-
tigre.
Ainsi que nous I'avons deft dil, il en existe deux
arietes qui se distinguent surtout par la couleur; Tune est
brune ou jaune dor6, 1'autre, de teinte plus fonc6e, est
d'une couleur verdatre. Tous les £chantillons, a quelque
vartete qu'ils appartiennent, presentent, comme la kroky-
dolite, deux salbandes formees par des couches paralleles
de jaspe fortement impregne de fer. L'^paisseur de la
matiere fibreuse est de i h 4 centimetres. Perpendiculaire-
ment aux fibres, on distingue des zones chatoyantes sans
irisation; leur epaisseur est variable; elles sont nettement
s6parees les unes des autres par des teintes brun dore
jusqu'A brun fonce tirant sur le noir. Quelquefois, des
filonnetsdefermagnetique siilonnent irregulierement cette
matiere fibreuse. La texture est toujours fibro-compacte;
il est tres rare de constater, pour cette vari&e, une texture
(1) Wibel, Mineratogische Uittheilungen : Der Faserquartz vom Cap f
eine Pseudomorphose nach Krokydolitb (Neues Jahrbuch f. Min. 1873,
367 etsuiv.).
U\ )
asbestiforme ; c'est Ii une difference essentielle avec la
krokydolite-lype, donl tous les filaments peuvent s'isoler
et se detacher sans effort. Com me pour ce dernier mine-
ral , les fibres des masses quartzeuses en question conser-
ved toujours leur parallelisme, alors meme qu'elles subis-
sent des inflexions ondul^es ou aigues. Klaproth et Wibel
apres lui semblent avoir attache une certaine importance
aux angles que ces fibres font avec les salbandes; mais
nous avons trouv<5 que ces valeurs angulaires sont trop
variables pour servir de caracteristique k celte espece.
Suivant la direction des fibres, le mineral peut etre divise
en esquilles allong^es; la cassure dans une direction per-
pendiculaire est plus difficile ; la durete est k peu pres
celle du quartz; il est infusible au chalumeau, donne un
peu d'eau dans le tube et devienl rouge brun par oxyda-
tion. Wibel donne comme resultat d'une analyse de quartz
fibreux brun du Cap :
SiO, . . 57,46
Fe, O s . . 37,56
H s O. . . 5,15
100,17
A faitdecoulerde ces valeurs la composition mineralo-
gique suivante :
SiO, . . . . 57,46
Fe,O s ,H,0. . 41,79
H,0 0,92
100,17
En outre, s'appnyanl sur le poids specifique moyen du
quartz et de la goethile, il conclut que la pierre est un
melange de ces deux mineranx. II ne doute aucunement
de I'identite de la substance qu'il a analyse* avec celle
( Ul
designee par Klaproth sous le nom de Faserquartz. La
nature physiographique des deux corps est parfaitement
analogue; mais il fait remarquer que le poids specifique
et les chiffres, exprimant la composition quantitative do
mineral analyse par Klaproth, presenlent des differences
tres saillantes avec ceux qu'il a obtenus lui-meme, Klaproth
indique, ainsi que nous Tavons dit, comme poids specifi-
que 2,65; comme composition 98,50 */ Si0 2 et iJSO °U
Fe 2 3 . Le poids specifique donne par Wibel est 3,05.
« Si Ton lient compte, dit-il, que Klaproth a analyse un
mineral de couleur brunatre, on ne comprend pas comment
une aussi faible teneur en fer pourrait determiner cette
coloration, el comment ce fer ne se trouverait pas k Tetat
d'hydroxyde. Pour des raisons qui seront developpees
plus loin, je crois qu'on se trouve en presence d'une erreur
de la part de Klaprolh : que les valeurs indiquees doivent
se rapporter k une analyse de Blau-Eisenstein du Cap, dont
la description, dans le memoire de Klaproth, suit immedia-
d
notice en ques-
tion, le poids specifique indique est de 3,2 et Tanalyse a
donne les chiffres Si 2 — 50, FeO = 40,5, CaO = 5,05
Na 2 = 5, H 2 = 4. Si Ton fait abstraction de la chaux et
de la soude, on voil que ces valeurs se rapprochenl beau-
coup plus de celles que j'ai obtenues (\). * Nous ne
nous arreterons pas& apprecier les raisons apporlees par
Wibel pour rendre compte de la divergence des resultats
que nous venons deconslater; elles sont pour le moins
tr&> hasard6es. II nous a paru que le moyen le plus sim-
ple de trancher la question, 6lait de refaire Tanalyse d'un
echantillon de quartz fibreux brunatre, monlrant lous les
(1) Wibel, loc. ciL, pp. 370, 371.
( 543
caracteres de ceux etudies par Klaprolh et parWibel lui
meme; voici nos resultats :
1,0060 gramme de substance s<5ch6e a 410° C, fusionnde par les carbonates de
soude et de potasse, donna 0,9364 gramme de silice, 0,0496 gramme de pero-
xyde de fer, 0,0067 gramme d'alumine, 0,0045 gramme de chaux, 0,0077 gram-
me de pyrophosphate de magn^sie, et 0,0764 d'eau et perte au feu.
Un essai pour la determination du protoxyde de fer a montr£ qu'il n'en existe que
des traces dans la substance analyst.
*
SiO, 93,05
Fe s 8 4,94
Al.O, 0,66
CaO 0,44
MgO 0,26
H t O 0,76
100,11
II est incontestable que les chiffres qui viennent d'etre
cites se rapprochent de ceux obtenus par Klaprolh pluldl
que dcs valeurs fournies parWibel. lis indiquent, comme
dans le cas de Panalyse de Klaprolh, une substance com-
posed essenliellement de matiere siliceuse. Quant au
mineral analyst par Wibel, nous serions portes au contraire
a I'envisager comme etant une krokydolile Ires alleree dont
le fer est passe a Petal d'hydrate avec apporl, relativement
pen considerable, de silice.
Apres ces details concernant les Schanlillons libreux a
reflels jaunatres, donnons la description sommaire de
ceux de teinle plus foncee, bleualre ou verdatre. Sauf la
difference de la couleur, les caracteres mine>alogiques
sont les memes pour les deux varieles : meme texture
fibreuse, memes salbandes, meme epaisseur. II est cepen-
dant un caractere plus prouonce" dans les echantillons
verdatres : c'est que les fibres s'en d^lachent plus facile-
544
ment que dans Ie cas du mineral brun ;les fragments verts
se rapprochent beaucoup de )a nature soyeuse de la kro-
kydolite. Ajoutons encore que la couleur bleue n'est pas
franche : elle vire au vert, et il n'est pas rare de voir, dans
le meme echantillon , des faisceaux de filaments colores
en brun jaunalre.
Wibel a analyst cetle variete ; il a trouve comme poids
specifique 2,69, et comme durete 7-8. II conclut que
tout le fer est a I'etat de protoxyde, parce qu'aucune trace
de ce corps n'est extraite par les acides. Voici les resul-
tats de son analyse :
SiO, 97,27
FeO. . . . . . 1,67
CaO 0,15
Na f O traces
H f 0,57
La composition min^ralogique, calculi d'apres ces
valeurs, serait un melange de quartz fibreux et de kro-
kydolite avec de Thydrate de fer et un silicate de chaux
subordonne\ II exprime approximativement, de la maniere
suivanle, la composition mineralogique en cenliemes :
Quartz 96,5
Krokydolite 2,5
Hydrate de fer, etc. . . 1 ,0
100,0
11 est tres possible que cetle interpretation reponde
bien a la r6alite\ comme le montreront d'ailleurs les
resultats de l'examen microscopique de cetle substance.
Un echantillon, dont les caracteres sont les m6mes que
( 545 )
ceux indiques par Wibel pour d^crire la substance dont
on vient de lire 1'analyse, nous a donn6 :
1,020 gramme dc substance s£ch6e k 110° C, fusionnte par les carbonates de
soude etde potasse, donna 0,9529 de silice, 0,0408 gramme de peroxyde de fer,
0,0023 gramme d'alumine, 0,0043 gramme de chaux, 0,0022 gramme de ma-
gn^sie, 0,0083 gramme d'eau et perte au feu.
1,262 gramme de substance s6ch6e k 110° C, traitee en tube scellS par l'acide
fluorhydrique et sulfurique, fut titr6 par permanganate de potasse (1 c. c.
0,00563 gramme Fe 0) ; on employa pour Foxydation 3,2 c. c.
SiO, 93,43
Fe.O, 2,41
FeO 1,43
Al s 5 0,23
CaO 0,13
MgO 0,22
H f O 0,82
98,67
On voit que ces valeurs se rapprochent de celles obte-
nues par Wibel; mais en admettant les conclusions de ce
savant, relativement k la composition mineralogique qui
ressort de cette analyse, nous faisons des restrictions
quant a Fopinion qu'il emet, en affirmant que le mineral
fibreux bleuatre en question repond au Blau-Eisenstein de
Klaproth.
Nous avons vu plus haut que le mineral ainsi designe
par ce chimiste est de la krokydolite, comme il ressort de
la comparaison des analyses \ et 2. D'un autre cdt6, nous
avons fait remarquer, en traitant de 1'analyse du quartz
fibreux brunalre, qu'il n'existait aucune raison pour
soup^onner de la part de Klaproth la singuliere permu-
tation de chiffres supposSe gratuitement par fll. Wibel.
Connaissant la composition chimique des diverses sub-
' 540
stances, i) resle k examiner les relations qui unissent,au
point de vue gen^tique, la krokydolite aux deux variety
du quartz flbreux.
Quand on tient compte des analogies d'aspect que pr£-
sentenl ces echantillons, on coraprend que Fidee d'une
pseudomorphose de silice sur krokydolite se soil pre-
sentee a tous ceux qui se sont occupy de Petude de
ces mineraux. La presence de salbandes jaspo'ides, la tex-
ture h fibres ployees, Fepaisseur des bandes identiques
dans les deux cas, le meme lieu d'origine, ('existence,
dans legisement, d'infillrationssiliceuses sur une grande
echelle, tout, en un mot, devait conduire& Interpretation
d'une pseudomorphose plus ou moins complete du quartz
sur krokydolite. On fut done nalurellement amen6 k voir
dans le quartz fibreux du Cap une pseudomorphose par
substitution, une elimination graduelle de la matidre qui
constituait k Forigine la krokydolite fibreuse, et le rempla-
cement simultane de cette substance par la silice. Wibel
a Iraduit cette interpretation danssa notice, souvent cilee,
sur le quartz fibreux et la krokydolite dn Cap. S'appuyant
sur des recherches personnelles, il a le premier nettemenl
exprime cette idee. On peut resumer comme suit ses con-
clusions :
i° Le quartz fibreux brun&tre, decrit autrefois par Klap-
roth, est un melange de quartz fibreux incolore et de
goethite; le quartz fibreux verdatre est form6 de quartz
incolore et de krokydolite;
2° Ces deux varieles de quartz Fibreux sont des pseu-
domorphosessur krokydolite; la variete bruneest le resulta
d'une alteration complete et lente de ce mineral; la bleue,
( 547 )
aucontraire, n'est autre chose qiTune modification incom-
plete el rapide de la meme esp&ce (1).
L/examen microscopique de lames minces de ces sub-
stances fibreuses va nous montrer qu'il n'esl pas possible
de se rallier a Pidee d'une pseudomorphose dans le sens
que Pon vienl d f ex poser. En d'aulres termes, il ne s'agit
pas, dans ce cas, d'une substitution du quartz a un mineral
pr^existant, mais bien d'une infiltration de silice qui s'est
moul£e, peut-on dire, dans les interstices exislant entre
les fibres de la krokydolite. Les lames minces taillees
dans les quarlz chaloyanls, parallelemenl anx fibres,
montrent, malgre leur faible epaisseur, le jeu de lumtere
que presenlent d'une maniere si remarquable les cabo-
chonsceils-de-tigre; on voil au microscope que ces reflets
sont prod u its aux points ou les fibres s'inflechissent en
restant paralleles, determinant ainsi des zones avec reflets
plus ou moins brillanls. Sans nous arreler & expliquer
la cause de ces phenomenes lumineux, bornons-nous &
prouver, par la microslruclure, le point que nous venons
de signaler, relativement k Pinfiltration sans pseudomor-
phose par la matiore siliceuse.
Toutes les preparations que nous avons vues monlrent
une alternance de zones incolores et de fibres colorees.
Ce qu'il y a d'assez remarquable, e'est que jamais ces
■
dernieres ne perdenl leur individualile. On les voit des-
cendre a des proportions infinilesimales, au point qu'elles
se presenlent comme de simples traits irresolubles aux
(J) M. Wibel appuie cetie inter-relation par I'examen microscopique
des substances qu'il decrit (loc.cit., p. 579). II ne parait pas cependant
ressorlir des details microscopiques fournis par cet auteur une con-
tinuation de ce qu'il avance.
( 548 )
plus forts grossissemenls du microscope. Dans aucun cas,
elles ne se fondent dans la masse quartzeuse incolore
qui les enveloppe; on peut les suivre sur toute 1'etendue
de la lame mince; aux points ou elles s'infle'chissent, on
voit souventles faisceaux se rompre, et quelques filaments
. s'en detacher et poursuivre leur direction sans ployer.
Dans les echantillons de teinte brun&tre, la couleurde
ces filaments interposes dans le quartz, qui forme en
quelque sorte la masse fondamentale, est jaun&tre ou
brunatre; quelquefois ils sont opaques, et jamais on n'ob-
serve de phenomenes d'extinction ou de dicroscopisme,
qui pourraient aider a la determination specifique; mais
la forme est si nettement celle de la krokydolite, qu'on
n*h6site pas un instant k envisager ces traits fonc£s comme
etant des fibres de krokydolite plus ou moins d£compos£es,
et dont le fer s'est hydrate. On a la confirmation plus
£vidente encore de cefait, lorsqu'on 6tudie les preparations
taillees dans les echantillons de teinte verd&tre; au point
de vue de la structure, I'aspect microscopique est le
merne que pour les bandes brunatres, mais on y observe
encore certaines fibres qui revetent la couleur propre de
la krokydolite. En suivant sur leur longueur ces faisceaux
de fibres bleues dicroscopiques, on les voit sou vent passer
k la couleur verte et puis devenir franchement jaunatres
ou opaques line peut done resler de doute pour personne
que les fibres interposes dans le quartz ne soient de la
krokydolite plus ou moins alleree.
II reste k examiner les relations que pr£sente le quartz
avec le mineral fibreux. Les preparations taillees suivant
les fibres nous montrent le quartz interpose enlre les vides
formes par les faisceaux de filaments de krokydolite; il
p6n6tre lous les interstices et forme en quelque sorle une
( B49 )
■
masse fonclamen tale homog^ne. Les individus quartzeux,
qui se d£voilent k la lumtere polarisee, n'ont pas leurs
limites comprises entre deux groupes de fibres paralleles;
elles s'etendent beaucoup plus loin. Comme on peut tres
bien Fobserver dans les sections transverses, ces plages
quartzeuses sont irregulierement terminees; elles consti-
tuent des prismes canneles plus ou moins 6pais, parfaite-
ment independants des fibres qu'ils renferment. Somme
toute, nous avons sous les yeux deux mineraux nettement
separes par leurs caracteres : d'un cdte le quartz infiltre,
de Pautre les fibres de krokydolite; jamais le microscope
ne decele la moindre transition entre ces deux esp^ces.
Parmi les mineraux secondaires que Ton decouvre au
microscope dans ces preparations, signalons la magnetite
en sections plus ou moins regulieres et en filonnets, le
grenat en plages incolores isotropes, souvent localises
pres du fer magnetique, et enfin la goethite, qu'on apenjoit
dans certaines zones quartzeuses, sous la forme de prismes
aciculaires aplatis, enlrecrois^s, transparents avec teinte
jaune et eteignant en long.
Comme une des conclusions de ce travail, nous croyons
avoir etabli que les masses quartzeuses du Cap ne forment
pas de pseudomorphose sur krokydolite, ainsi qu'on Pavait
admis jusqu'ici, mais qu'elles ne sont autre chose que le
resultat d'une infiltration de matiere siliceuse, entre les
i
fibres du mineral asbestiforme. Un bain de silice incolore
a penelre les masses spongieuses de la krokydolite, dont
les fibres, enclavees dans le quartz, produisent les reflets
chatoyants jaune dore ou verdatre, suivant I'hydration plus
ou moins avancee du fer qui entre dans la composition de
ce silicate. II est a peine uecessaire d'ajouter que les modi-
fications subies par la krokydolite n'onl pas porte exec-
s'"" SERIE, TOME VIII. 57
550
sivement sur ce seul element, mais que des bases qui
entraient dans sa composition peuvent avoir ete plus ou
moins eliminees du mineral altere.
Les proprietes reductrices des graines et la formation
de la diastase; par A. Jorissen.
(Laboratoire de rinstitut pharmaceutique de l'Universite de Liege.)
En etudiant le role physiologique de Pamygdaline chez
les vegetaux, j'avais ete amene a examiner Paction de
Pacide cyanhydrique sur la germination, et des Pannee der-
niere, j'annoncjais (1) que des graines de lin humectees
d'eau et placees dans une atmosphere contenant de Pacide
cyanhydrique ne germent pas aussi longtemps qu'on les
maintient dans ce milieu, tandis que Pembryon se deve-
loppe normalement peu de temps apres que Pon a sous-
trait la graine a l'influence de cet anliseptique.
Cette experience prouve 6videmment que sans tuer Pem-
bryon, Pacide cyanhydrique empeche la germination, car
les graines d'orge, de fromenl, de mais, etc., se com portent
de la meme inaniere que les semences de Yin.
Apres avoir mentionne ce fail, je rappelais les expe-
riences de Schonbein sur la reduction des nitrates par le*
graines, en attirant Pattention sur cette observation du
meme chimisie, qu'en presence d'acide cyanhydrique, la
reduction des nitrates par les graines ifa plus lieu.
On peut dire que si le phenomene observe par Schon-
bein ne meritait pas de fixer oulre mesure Pattention des
(!) Bulletin de fAcaddmie royale de Belgique, 3 ro « serie, i. V, n° 6.
( 551
physiologistes k P6poque ou ce savant publia les resultats
de ses travaux (1868), il n'en est plus de meme depuis
que Ton a appris a connaitre Tiniportance du role pbysio-
logique des bacteries. On sail, en effet, que l'activile de ces
organismes semanifesle frequemment par des ph^nomenes
de reduction, et, comme dans le cas qui nous occupe, la
transformation des nitrates en nitrites ne se produit pas en
■
presence d'acide cyanbydrique, il etait vraisemblable d'at-
tribuer aux bacteries la reaction observee par Sehonbein*
Je crois devoir faire connaitre aujourd'hui les resultats des
experiences que j'avais entreprises depuis quelque temps
dans le but de verifier celte hypothese (1).
Ces experiences m ont permis de conclure que les pro-
prietes reductrices des graines sont ind^pendanles deTacti-
vit£ propre de celles-ci, el de constater qu'il existe une
relation entre le pbenomene de reduction menlionne par
Schonbein et la genese de la diastase.
A. — Reduction des nitrates par les graines.
Quand on place des graines de jin, de lupin, de chanvre,
de moutarde, d'orge, de froment, etc., dans une solution
de nitrate polassique alp. °/ , en vase bien convert, le
nitrate est peu k peu transforme en nitrite, de telle sorte
qu'apres vingt-quatre heures environ le liquide contient
deji une quantite nettement appreciable de ce dernier sel.
Le malt (Qrge germee et touraillee) se distingue par
Tenergie de ses proprietes reductrices.
(i) On sait que dans un memoire public en 1882 dans les Comptes
rendus des stances de rAcadtmie des Sciences de Paris, memoire sur
lequel dous revieudrons plus loin, M. Marcano *nnonce avoir conslate
^'existence d'un vibrion sur les teguments du mat's.
552
JI n'en est plus de merae si Ton place le vase contenant
les graines et la solution de salpetre sous une cloche, k
Tinterieur de laquelle on produit un degagement d'acide
cyanhydrique, en y inlroduisant, par exemple, une petite
capsule contenant une emulsion d'amandes ameres.
Dans ces conditions il n'est pas possible de constater la
presence de nitrites dans le liquide , meme apres deux
jours. Le resullat est le meme quand on agite prealable-
ment les graines avec de Tether.
On remarquera que les substances qui empechent la
reduction constituent des antiseptiques plus ou moins
£nergiques, et comme le sejour des graines dans une
atmosphere contenant de Tacide cyandydrique ne tue pas
Tembryon, puisque ce dernier se developpe normaleraent
quand on soustrait la graine k Tinfluence de Tantiseptique,
il semble que les proprietes r&luctrices des graines soient
independantes de Factivite propre de celles-ci.
Cette maniere de voir se justifie par les observations
suivantes:
1° Si, au lieu de plonger les graines entieres dans une
solution de salpetre, on y introduit les graines reduiles en
poudre, la reduction du nitrate a lieu egalement bien. Elle
ne se produit pas quand on expose le melange a Taction
des antiseptiques;
2° Si Ton dissoul du salpetre dans Teau qui a servi
au mouillage de Torge, dans les malteries, on remarque
qu'apres quelque temps le liquide donne nettement les
reactions des nitrites ;
i
3° Enfin, si Ton examine au microscope une goulte du
liquide qui a baigne les graines, on y constate la presence
de nombreuses bacteries. Du reste, les recherches de
M. Marcano ont mis hors de doute 1'existence d'orga-
nismes inferieurs sur les teguments du mais.
( 553 ,
B. — Influence de Vacide cyanhydrique sur la formation
de la diastase.
On sait que la diastase ne se produit pas settlement
dans les graines amylacees en germination, mais que ce
ferment prend £galement naissance quand on abandonne
b la putrefaction certaines substances organiques. II suffit,
par exemple, de conserver du gluten sous Feau pendant
plusieurs jours pour obtenir un liquide doue d'un pouvoir
saccharifiant tres 6nergique. On obtient le meme effet
quand on remplace dans ('experience precedente, le gluten
par de la farine d'orge ou de froment.
Tout autre est le r£sultat lorsque le melange est place
dans une atmosphere con tenant de Facide cyanhydrique :
de meme que, dans ces conditions, les propri£l£s reduc-
trices de la farine sont annihilees, de meme la formation
de la diastase n'a plus lieu. II exisle done, a ce point de
vue, une relation entre le phenomene de reduction donl il
a ete question plus haut et la genese de la diastase.
Dans un memoire publie recemment, M. Deltmer (1)
rapporte qu'ayant place des grains de froment humecles
d'eau, les uns dans une atmosphere normale, les autres
dans une atmosphere privee d'oxygene, il a pu constater
que les premiers gerniaienl parfailement et fournissaient
un ex trait doue (Fun pouvo ; r saccharifiant considerable,
tandis que'les seconds ne germaient point et ne conte-
naient que peu ou point de diastase. Ces derniers n'avaient
cependant pas perdu la faculty de germer, car Fembryon
se developpait normalemenl des que les graines etaient
(1) Botanische Zeitung, 1883
554 )
places dans un milieu convenable. On se rappellera a ce
propos que les choses se passent tout a fait de ia meme
facon quand les graines sonl soumises a 1'influence de
Facide cyanhydrique.
M. Deltmer ayant conclu de ses experiences que la
diastase ne prend naissance qu'en presence de Foxygene,
il y avait lieu de rechercher si le phenomene est d'ordre
pureraent chimique ou s'il est en relation avec un proces-
sus physiologique.
L'acide cyanhydrique, empechant la germination sans
tuer l'embryon, pouvaitetre employe pour ces recherches.
Or, si Pon dispose des grains d'orge ou de froment
humect6s,sous une cloche, dans une atmosphere contenant
une petite quantite d'acide cyanhydrique (1), il ne se
forme que peu ou point de diastase dans les grains apres
plusieurs jours, tandis que d'autres grains qui ont sejourne
pendant le meme laps de temps dans une atmosphere
normale, germent et fournissent un exlrait sacchariiiant
rapidement Tempois d'amidon.
La production de la diastase est done liee a un processus
physiologique et la substance qui met obstacle a Tappari-
tion du ferment dans la farine humide agit de la meme
facon sur les graines entieres. Cette formation de ia dia-
stase est done vraisemblablement independante de Tacti-
vit6 propre des graines et les experiences rapportees
plus haut confirment les r^sultats obtenus par Iff. Marcano.
Nous avons vu, en effet, que ce chimisle a constate
Texistence d'un vibrion sur les teguments du mais. Ce
vibrion, qui communique des proprieles diastasiques aux
(1) Cet acide etait produit par une emulsion preparee en broyant
quatre amandes ameresen presence d'une petite quantite d'eau.
555 )
liquides dans lesquels il se irouve, se developpe pendant
la germination des grains de ma'is, de telle sorte que si
Ton fait des coupes de ces grains, on y aper^oit au micro-
scope des myriades d'organismes. Ceux-ci existent aussi
dans la tige du ma'is el dans di verses graines en germina-
tion qui ont ete examinees.
On comprend, des lors, pourquoi I'acide cyanhydrique,
anliseptique puissant, non seulement empeche la reduc-
tion des nitrates par les graines, mais encore arrete la
formation de la diastase, tant dans lesseraences que dans
la farine humide (1).
De plus, on s'explique que s'il existe des bacteries dans
les graines en germination, il puisse se produire un fer-
ment diastasique dans des semences exemptes d'amidon,
comme Pa constate Gorup-Besanez.
Sur la forme quadrilineaire el les surfaces du (roisieme
ordre ; par C. Le Paige, professeur de geometrie supe-
rieure a TUniversite de Liege.
Dans un recent travail que FAcademie a bien voulu
+
accueillir dans son Bulletin, nous avons enonce ce theo-
reme :
« Une surface du troisieme ordre S 3 peut toujours etre
(1) Le dernier fascicule du Botanisches Centralblatt contient un
resume, sans indication d'experiences, d'une note preliminaire deM, Wfr-
gand de Marbourg sur ce sujet. Non seulement l'auteur attribue la pro-
duction de la diastase & 1'activite des bacteries, mais encore il pretend
que ces organismes prendraient naissance par generation spontanee
(anamorphose du protoplasme).
La publication de ce resume m'a decide a rediger cette note.
x me
engendree par les intersections des plans correspondants
de quatre faisceaux quadrilineaires dont les axes sont
situes dans un plan; ces faisceaux s'obtiennent par les
jonctions des quatre axes aux groupes de quatre points
marques par lous les plans de Tespace sur quatre
droites. *
line legere inexactitude, qui n'atteint en rien d'ailleurs
la conclusion, comme on le verra sans peine, s'est gliss6e
dans notre demonstration; nous demanderons k TAcad^mie
la permission de la signaler et de lui communiquer en
m6me temps quelques remarques sur le m£me sujet.
Le probleme fondamental que nous avions a traiter
6tait le suivant :
Etant donnee une forme quadrilineaire a covariants
biquadraliques carres
f= <*un XitjiZtUi -+- a mi XtyzZiUz -+- a mi x^z^ -+- a, iU x$jiZiU%
a nti x^y i z^v i -+- a Uii x^z^
Oil
fl «« "*• a i«t "*■ a mi ■*" fl «ll "*" a Mi "+" a tJ14 = 0,
la ramener au type normal.
(l i — d) (** — £s) 'iyi«t«i *■ (it — h) (*■ — *«) *i!/i^iWi
(li — l k ) (A 5 — kt) XtytZ&t -4- (fcj — k t ) (/, — /,) «£b*t«t
(*i — *s) & — '*) *#<**«, -t- (^i — **) (l, — l t ) £#,*,«•.
Pour cela, apres avoir pose"
(/, _ /,) = p, (/, _ / 3 ) = <jr, (/, _- / 4 ) = r;
(*, — A,) = p i} (A, — k z ) = gf„ (A, — £,) = r„
nous ecrivons les conditions
P (0i — >'«) = »hm, 7 ( r » — Pd = a ««it. r (P« — 9i) = a ««" f / A )
P« (</ — f) — a«„, ^, (r — p) = a,,,,, r, (p — q) = a,,,,.
( S57 )
Le mode d'elimination que nous avions employe, ne
reposant pas sur 1'emploi simultane de ces six equations
dont Tune est en realile superflue, — introduisait dans
)e r£sultat final une solution 6trangere et en masquait la
simplicity.
En effet, I equation a laquelle nous etions conduit
A qt l -*- 3 AtftV, -*- 5 Aj^n 1 + A z r { 1 = 0,
contient le facteur impropre [q t — r^).
Pour arriver k un r£sultat debarrass6 de cette solution
Strangle, observons que les deux identiles
(q — r) -*-(r — p) + (p — q) = 0,
P[q — r)+q{r — p) + r{p — q) = J
jointes aux equations A), nous donnent les deux condi-
tions :
°nn a *m a ut* ~
Pi 9i r,
a ati a nu a nn %i fl mi (hut
Pi (?i — r.) q { (r, — p, ) r i {p i —q l )
Nous simplifierons encore en ecrivant
\ \ 1
x, — = y, — = * ;
p, </i r *
ce qui nous conduit aux Equations :
a*m x -+- a wi y -*- a %m z = (1)
GHtt fl i«ll a !2«« a 2|2I #43*1 0*111
y — ^ * — x x—y
(2)
(358
La seconde equation developpee devient
2 2 1 f
#I1J2 #2211 & #1212 ^2121 V #1221 #2112 % *+" (#1122 #1214
~h a 12 |2 #2121 #1221 #2112/ ^V "+~ (#1122 #2211 "+" #1211 #2112
#1212 #212l) %Z -+-(#1212 #2121 "+~ #1221 #2112 #1122 #22 ll) |f# === "• (* )
Le discriminant de la forme ternaire que nous venons
d'ecrire est identiquement nul; il en r6sulle que Je premier
membre de Tequation 2') est decomposable en deux fac-
teurs du premier degre.
Au lieu du systeme 1), 2), nous aurons le systeme
. #2211 x -*- a 2 i2i y -+- <Z2m # = . . . . (B)
(ax h- Py -t- yz) (*'x -*- j3'y -*- y'*) = . . (C)
Les coefficients a, (3, y; a', (3', / s'expriment rationnel-
Jement au moyen des parametres de fel de la racine car-
ree de la fonction
2 ^2 . «2 ^2 . «2 _2
A = a ||J2 a 2211 "+- # 1212 # 2121 "*" # 122t # «U2 2 d lm #1211 #1211 #2121
2 a| 2l2 a^i a| M | a 2 n2 — 2 a i9ii a 2 ii2 #1122 #2211-
On en conclut immediatement que
a = a', {3 = (3', r = r '
des que A = 0.
Si nous convenons d'exclure, pour le moment, le cas oil
A = 0, nous voyons que Identification cherchee s'obtient
par Tun des syst^mes :
#«u * -*- #1121 y -*- #1112 z — 0, ax -*- py -t- yz = (A)
#2111 * -*- a uti y -+- a im z = 0, a'x +• |3'y -+- y'z = 0. (B')
On voit main tenant, comme nous le disions en com-
( 559 )
men<?ant, q ue Pinexactitude signalee n'alteint en rien
notre conclusion; seulement, nous arrivons a ce resultat
extremement simple, que la forme normale de /Vobtient
de deux manieres, par la resolution d'equations du pre-
mier degre , a condition que Yon s'adjoigne la racine
carree de A.
Nous n'avons pas insiste non plus, autant qu'il Feut
peut-etre fallu, sur la determination des droites x { , y u
&i, N fl necessaires pour completer le mode de generation
d'une S 3 lorsque Ton connait une configuration [15 6 , 20 3 ]
inscrite a la surface.
Supposons que Ton considere un des systemes A'), B')
seulement, ce qui revient a prendre j/a avec un signe
determine.
■
Nous en deduirons des valeurs parfaitement determi-
nees pour les rapports
p
Pi
r
r {
9
9
-~ >
•
7
9i
9
9i
Observons mainlenant que
P /, — / 2 l { — / 2 oo — I
___ -_— _ . . _ • _
q l t — h U — h <*> — I
(/„ oo, / 2 , / 3 ),
et de meme
7
r
(/i, oo, /,, / 3 ) etc
En consequence la droitegr appartient a deux complexes
tetraedraux. Chacun de ces complexes est forme par les
droites de Pespace qui rencontrenl trois des faces du
560 )
tetraedre PiQiRfSi et le plan & Pinfini en quatre poinls
dont le rapport anharmonique est donne.
II est facile, d'apres cela, de determiner Pordre et la
classe de Ja congruence h laquelle appartient g.
Considerons, en effet, un plan quelconque : les droites
du premier complexe, situees dans ce plan, sont tangentes
a une parabole qui touche les traces, sur ce plan, de trois
faces du tetraedre P|Q t BfS|^ une condition analogue a
lieu pour les droites du second complexe.
Les deux paraboles ayant deux tangentes communes, a
distance finie, la congruence k laquelle appartient g n'a
done qu'une droite dans chaque plan : elle est de la pre-
miere classe.
Si nous cherchons les rayons de la congruence, passant
par un point de Pespace, nous voyons que ce sont les
generatrices communes a deux cdnes du second ordre, de
meme sommet, et ayant en commun la parallele, men6e
par ce sommet, h Yune des aretes du tetraedre PfQiRiSf.
La congruence est done du troisteme ordre.
On demonlre de meme que g' appartient & une con-
gruence du troisieme ordre et de la premiere classe.
On suppose evidemment, dans tout ce qui precede, que
la correspondance enlre les faisceaux x y y, z, u et les
ponctuelles x u y u z 1 ,w 1 ait 6te etablie de telle fagon que
les paramelres soient les memes dans les deux cas.
II faut done que ar a soil le plan a Pinfini ; mais comme
une simple transformation collineaire ramene de ce cas
special an cas general, les modifications k introduire dans
nos raisonnements et dans les constructions qui en decou-
lent sont insignifiantes.
( 561
II existe un second mode de congruences associees,
dependant du systeme B') f ).
Nous avons vu que ces deux systemes deviennent iden-
tiques lorsque A=0. II est done int£ressant de chercher
la signification de celte condition.
Pour cela partons de la forme normale pour laquelle
nous avons :
*
Une verification facile nous montre que
a
£
3
A,
ft,
1
1
1
I*
k t i
1
Par consequent la condition A=0 est verifi£e lorsque
les rapports anharmoniques que nous avons d£signes pre-
c£demment par / et k sont 6gaux.
II en r£sulte alors que les quatre droites x i9 y i9 z u u {
appartiennent a un meme mode de generation d'un hyper-
boloide k une nappe.
II est assez facile de voir quelle particularity presente la
surface S 5 dans ce cas special.
Les generatrices du second mode de 1'hyperbolo'ide
O Ce travail etait termine lorsqu'une lettre de M. Schur, a qui nous
avions communique en partie les resul tats precedents, nous annonce qu'il
les a continues par une voie purement geometrique. M. Schcr, auquel
la geometrie est redevable d'importants travaux, a rencontre en outre
sur le meme sujet, dMnleressants theoremes qui seront publies prochai-
nement.
marquent sur x d , y u z u Uj quatre series projectives qui,
jointes aux quatre axes, donnent quatre faisceaux pro-
jectifs. Or, d'apres un th£oreme connu, quatre groupes de
plans concourent : chacun de ces groupes donne un point
repr£sentant un t£lraedre evanouissant inscrit k S$; la
surface engendree possede done quatre points doubles*
De plus , chaque generatrice donne naissance a un
tetraedre inscrit k S 3 : on en conelut, ce que Ton sait
d'ailleurs, que les cubiques gauches des deux systemes,
tracees sur S 3 , coincident.
Consid&rons quatre de ces tetraedres PiQiRjSi , P^QJ^Ss,
PsQsRsS^ P4Q4R4S4. Les faces correspondantescontinuent
k se couper suivant les axes des faisceaux.
Appelons T ik le centre d'homologie de deux tetraedres.
II est evident que T 12 , T 23 , T 3! sonl en ligne droite.
Les six centres d'homologie T 12 , T 34 , T 23 , T n , T 3i , T 24
sont done les sommels opposes d'un quadrilatere plan
inscrit a S 3 .
Ce quadrilatere joue alors le meme role que AA'BB'CC;
mais les seize sommels des quatre tetraedres s'associent
d'une autre maniere de fa<jon k former les tetraedres
P1P2P3P4; QiQiQsQ*; RiR 2 R 3 R4; 8,8,^84. W «mi asso-
ties deux k deux.
Si nous nous reportons aux resultats que nous avons
obtenus en £ludiant la forme quadrilineaire, on remarque
ais£menl que, dans !e cas acluel, les covariants biquadra-
tiques sont identiquement nuls, et qu'il exisle une infinite
de groupes neutres, en donnant ce nom aux groupes par-
ticuliers de quatre Elements.
On peut se demander s'il est possible de determiner une
forme quadrilineaire ayanl trois groupes neutres donnes a
priori.
( 563 )
Si nous prenons deux de ces groupes neutres pour Ele-
ments fondamentaux, la forme correspondante pourra
s'Ecrire :
*
Supposons que Ton veuille determiner la forme de telle
sorte qu'un groupe \ jx, v, p, soit neutre.
Un calcul, que nous ne reproduirons pas k cause de sa
simplicity montre qu'il suffit de faire :
A = v 9 (x — p) (y — P ); A f = > fi {X — ft) (v — P );
B = ^ P (x — v) ( P — ac); B, = iv (x — v) ( P — p.);
C^Acvfl— p)fa — v); C, = i P (> — p)(^— v).
On en deduit ce theoreme :
* fitant donn6s trois tetraedres T, T, T", dont les faces
correspondantes se coupent trois k trois suivant quatre
droites situ6es dans un plan, on peut faire passer par les
douze sommets des trois tetraedres, par les six sommets
du quadrilatere plan et par les trois centres d'homologie
des trois t&raedres pris deux k deux, une surface S 3 pos-
sedant quatre points doubles. »
( 564 )
CEASSE D£8 EETTRES.
I
Seance du 3 novembre 4884.
M. Wagener, directeur.
M. Liagre, secretaire perpetuel.
Sont presents: MM. Piot, vice-directeur ; Gachard,
P. De Decker, Ch. Faider, le baron Kervyn de Lettenhove,
R. Chalon, Th. Juste, Alph. Wauters, Alph. Le Roy,
£m. de Borehgrave, P. Wiflems, S. Bormans, Ch. Potvin,
J. Stecher, T.-J. Lamy, Aug. Scheler, P. Henrard, mem-
bres; J. Nolet de Brauwere van Steeland, Alph. Rivier,
associes; Ch. Loomans et A. Henne, correspondants .
CORRESPONDANCE.
M. le Ministre de ^Agriculture, de Tlndustrie et des Tra-
vaux publics demande que la Classe lui soumette : 1° une
liste de quatorze noms pour le choix du jury de sept
membres qui sera charg6 de juger la septieme periode du
concours quinquennal de litterature flamande, expirant
le 31 decembre prochain; 2° une liste de dix noras pour
le choix du jury de cinq membres qui sera charge de juger
la neuvieme periode du concours triennal de litterature
dramatique en Jangue fran^aise expirant a la m&ne date.
565 )
Le meme haut fonctionnaire envoie, pour ia Biblio-
theque de PAcademie, les livraisons 49 k 53 (inclus.) de la
Bibliotheca Belgica, publi^e par F. Vander Haeghen.
Remerciments.
La Classe re<;oit, a titre d'hommage, les ouvrages
suivants, au sujet desquels elle vote des remerciments aux
auteurs :
1° Etude lexicologique sur les poesies de Gil Ion Le
Muisit (preface, glossaire, corrections), par Aug. Scheler.
Bruxelles, 1884 ; extr. in 8°;
2° L'hexametre el I'alexandrin, par J. Delboeuf. Extr.
in-8°.
RAPPORTS.
Un predecesseur de Schelling au VII e Steele avant noire
ere; memoire par M. C. de Harlez, correspondant de
1'Academie.
Rapport de Jf. A. L* jRoy,
C est G. Pauthier, ou je me trompe fort, qui a prononce
le premier (1) le nom de Schelling k propos du pere de la
philosophic chinoise, Lao-Tse (2). M. de Harlez admet ce
(1) Dans un appendice imprime, avtc pagination speciale, a la suite
des Essais de Colebrooke sur la philosophic des Hindous (Paris,
F. Didot, 1834, in-8 , 2* partie, p. 19).
(2) Ce titre est communement decern* a Kong-Fou-Tse (Confucius) ;
mais d'une part, dit M. de Harlez, Confucius est moins un philosopbe
qu'un mora!iste;et, de I'autre, « sa naissance, la date de ses premiers
enseignements sont plus recentes que celles de son emule, bien qu'il Fait
devanc* dans la publicite donnee 4 ses theories •.
Z m * SfcRIE, TOME VIII. S8
( o66
rapprochement; seulement, h son sens, on a force la note.
Le systeme de I'auteur du Tao-le-king a ete mal appre-
cie : « S'il a des points de contact avec celui de Schelling,
c'est en matiere accessoire et plus souvent dans les termes
que dans les idees i>. Ex poser a nouveau, sans parti pris,
d'apres les textes, la doctrine du vieux penseur asiatique,
telle est la t&che ardue devant laquelle notre savant et
intrepide confrere n'a pas recule, et qui Fa conduit a cette
conclusion. On verra plus loin qu'elle eut pu donner lieu a
cfautres rapprochements, sans sortir de la philosophie
allemande. Dans tous les cas, Schelling n'esl ici qu'un
pretexle et une occasion : Finteret du memoire se con-
centre sur leTaoisme pris en lui-meme et sur son influence
directe ou indirecte, influence immense si Ton considere
qu'il a ouvert les voies au bouddhisme et lui a permis de
se repandre dans le Celeste-Empire et Lien loin au dela
de ses fronlieres. Malgre les alterations que cesanciennes
theories ont eprouvees dans le cours des temps, leur
etroite parent^ ne saurait etre meconnue et il vaut cerles
la peine de remonter aux idees fondarnenlales qui les
caraclerisent, puisque ces idees gouvernent encore des
populations evaluables a plus d'un tiers des habitants de
noire globe.
Lao-Tse est a la fois un fondateur de religion et un phi-
losophe (metaphysicien et moraliste); on ne Fetudie ici
que sous le second point de vue. Sa religion est aujour-
d'hui degeneree et n'a plus d'adherents que dans la basse
classe(l). Sa philosophie est relativement lombee dans
Foubli; mais elle merite d'en sortir: Ritter n'hesite pas k
(t ) Tcheng-Ki-Tong, La Chine et les Chinois (Revue des Deux Mondes,
iSmai J 884, p. 221).
( 567)
l'elever au-dessus de ses rivales (1). Elle est malheureu-
sement fort nuageuse, decousue, et ne parait pas issue d'un
developpement scientifique regulier. Une des principals
causes de son obscurite doit etre cherchee dans le Ian-
gage lui-meme: ayant k enoncer des conceptions nouvelles,
Lao-tse s'est vu force de donner aux anciens mots des
significations qu'ils n'avaient point eues jusqu'^ lui, et ses
disciples, modifiant de plus en plus sa doctrine, ont fini
par laisser sa tradition se perdre; enfin, la langue com-
mune n'est pas plus rest6e immobile en Chine que dans
les autres pays. II est bien malais£ de se passer des com-
mentateurs; il n'est pas moins dangereux de leur accor-
der toute confiance.
Avant de p£netrer au coeur du sujet, M. de Harlez s'at-
tache a la personnalite de Lao-Tse et esquisse un tableau
du milieu ou sa vie s'est ecoul£e. II n'etait pas hors de
propos de rappeler quelques-unes des legendes qui tien-
nenl lieu de biographie k Yenfant-vieillard (2); il 6tait
surtout utile de faire ressortir nettement, en le rappro-
chant de Confucius, le contraste de leurs points de vue.
Tandis que celui-ci se proclame « le continuateur des
anciens sages i et s'adresse aux lettr&s, Lao-Tse a les
yeux tournes vers l'avenir et se preoccupe de la masse du
peuple. En presence de la faiblesse et de la degradation
morale des derniers princes de la dynastie des Tcheou, en
presence des d&ordres de tout genre provoques et encou-
rages pour ainsi dire par leur mauvais exemple, il renonce
(1) Histoire de la philosophic, 1. II, ch. I.
(2) Lao-Tse, dit M. de Harlez, signifie simplement le vieillard ; mais
Tse, pris a la lettre, se traduit par enfant. (Test sur cette antithese que
rimagination populaire s'est exercee.
( 868
a l'espoir de gu£rir une societe gangrenee et reserve pour
les generations nouvelles le fruit de ses meditations soli-
taires; il se contente de confier sa pensee a quelques dis-
ciple? choisis, qui la r£pandront au loin quand I'heure sera
venue, 11 ne reve rien de moins que la regeneration uni-
verselle par la force (Tune doctrine qui remonlera jusqu'4
la racine du mal, pour I'extirper plus surement. Dans ces
conditions, rien d'ltonnant si de son vivant son individua-
lity passe presque inaper^ue, et si plus tard au contraire
on l'entoure d'une sorle d'aureole celeste.
Abordant enfin les questions thSoriques, notre hono-
rable confrere commence par deblayer le terrain. Les uns
ont interprets le systeme de Lao-Tse dans le sens d'un
pantheisme absolu; les atitres Font rapprochS de Pato-
misme epicurien; d'autres enfin, sous l'empire d'une
pieuse illusion, ont cru y rencontrer des idees chretiennes,
et tout d'abord le dogme de la Trinity divine et la theorie
du X6yo$. Les deux demises suggestions ne supportent
pas l'examen : les atomes eternels d'Epicure n'ont rien de
commun avec le Tao de Lao-Tse, premier principe immua-
d
Grece
tique qu'il faut Taller chercher. La supposition des mis-
sionnaires qui pretendirent retrouver le nom de Jehovah
dans les trois mots I-wei-hi, exprimant trois qualites du
Tao, n'est pas plus admissible, en depit d'Abel Remusat,
et bien que les livres de 1'Occident n'aient pas ete tout a
fait inconnus des Chinois. Enfin le Taon'est pas leXoyo; ou
ification
. *
raient l'avoir pense les traducteurs de la Bible anglicane
en chinois, si Ton en juge par leur version du premier
verset de Tfivaneile de S l Jean : « Au commencement etait
569 )
le Tao *. Le signe Tao a plusieurs acceptions; mais le
langage et tout le systeme de Lao-Tse proteslent contre
eelle-ci.
Le Tao-te-ki?ig ou le livre saer£ du Taoi'sme comporie
une ontologie, une morale et une doctrine politique. Cetle
division s'explique par la pensee ineme de Lao-Tse, qui
etait, corarae on l'a dit plus haut, de combattre la corrup-
tion de son siecle en dissipant les t£nebres de Hgnorance,
source de lous les vices, et en montrant aux hommes la
bonne voie, ainsi que les moyens d'y rentrer et de romp re
avec un passe anarchique. La connaissance des verites
premieres, de l'origine et de la fin de toutes choses, voila
*
Fessentiel, la premiere condition du perfectionnement
moral et social. Latitude du philosophe est nettement
indiquee par le litre de son ouvrage. Tao-te-king signifie;
le livre de Intelligence et de la vertu. On pense ici invo-
lontairement a Socrale qui, lui aussi, considera la sagesse
ou la science, <yo<p£a, com me le criterium de l'imputabilite
de nos actions (i).
La parlie la plus excellente du m£moire de M. de Harlez
est celle qui est consacr£e a Fexpose methodique des idees
de Lao-Tse. II s'agit d'abord de nous elever vers le Tao :
Vontologie du penseur chinois est la lout entiere. La notion
du Tt\ maitre souverain du Ciel et de la Terre, est con-
servee telle que ses adorateurs font toujours comprise;
mais notre philosophe ose entreprendre le premier d'en
chercher la provenance. Le Tao lui parait anterieur au Ti :
il est absolument le primordial, I'&ernel, Fimmuable, et
par consequent, en soi, au-dessusde la sphere de Taction.
(t) Les stoiciens pretendirent & leur tour « fonder la vertu sur la
science ».
370 )
Comme lei, il ne peut etre nomme ; on ne l'appelle Tao
que parce qu'il faut bien le designer. Plus on cherche a
l'atteindre, plus on le trouve indecouvrable; s'il pouvait
etre frequenle (nomme'), il aurait des formes sensibles et
ne serait pas l'immuable (1). En tant qu'inaccessibie et
sans nom, il est le pur principe, ne renfermant rien de
particulier, done vide. Comme tel, il est le non-etre, c'esl-
a-dire ni ceci ni cela, I'abime incommensurable d'ou sorli-
ront pourtant toutes les formes, ainsi qu'on va le voir. Ce
non-etre n'est pas le neant au sens ou nous Pentendons;
Lao-Tse veut designer la nature immaterielle du principe
qui, pour etre pur esprit, n'en est pas moins reel, substan-
tiel, concret, suivant noire auteur. Mais ce principe a un
double mode d'exislenee : comme non-etre il est immobile
en soi; mais il est aussi Yetre, anime du desir de pro-
duire. Sous ce dernier rapport, il peut etre qualifie par des
attributs, et il nous apparait comme infiniment fecond :
avec un nom, dit Lao-Tse, e'est la mere de tous les etres.
Soil que les idees voyagent, soil que Tesprit humain,
partout le meme au fond, fasse parlout les memes decou-
vertes ou se laisse conduire aux memes hypotheses par sa
logique ou par ses aspirations, toujours est-il que les
livres du Pseudo-Denys TAreopagite pourraient a beau-
coup d'egards servir de commentaire a Tontologie du
Tao-te-king. II y est formellement dit que Dieu est
au-dessus de loute affirmation et de toule negation, done
pas plus Tetre que le non-etre; mais qu'il est en meme
temps le principe, la cause, Pessence et la vie de toutes
choses; qu'au premier point de vue il n'a point de nom,
et que nous pouvons savoir seulement ce qu'il n'esl pas,
(i) Scholies de Kao-Chou-Tse sur le chapitre I du Tao-te-kiDg, dans
l*appendice de Pauthier, cite plus haut, pp. 4 et 5.
571
noil ce qu'il est. A ce litre, si Ton veut, il est pour nous
foi ov, non-etre ; mais, d'autre part, il se revele en toutes
choses, et a cet autre litre il est Raison el Providence, il a
tous les atlributs, il se pluralise sans cesser d'etre un en
soi; par contre, en tant qu'absolu il est au-dessus de toute
hypostases ce qui est precisement Poppose de la doctrine
chretienne, qui ne concoit comme concrete I'unite divine
que par la Trinite. C'est le theme de Plotin et la base de
la theorie de I'emanatisme, a laquelle M. de Harlez est
assez porte a ratlacher Lao-Tse*
Seulement, le philosophe chinois depasse Plotin en
elevant le Tao au-dessus de Vun lui-meme, lorsqu'il dit :
Le Tao produisit un ; un produisit deux ; deux produisit
trois ; trots a produit tous les etres. Done, distinction
supreme de PUn superieur d'a\ec la monade, conception
ultra-mystique, attribuee a tort ou a raison aux pythagori-
ciens (1). Comment faut-il l'entendre ici?D'apres les com-
mentateurs, un est la manifestation du Tao en dehors de
lui; deux sont les deux principes male et femelle sur
lesquels repose toute la philosophic chinoise; trois seraient
ces deux principes et le principe d'harmonie qui concilie
les deux termes de 1'opposition et procede de Tun et
de I'autre. Nous voila en plein pythagorisme, plus pres
de Pythagore certainement que de Schelling, bien que
M. de Harlez soil fonde a soutenir que c'est sur ce point
que Lao-Tse louche au fondateur du systeme de Videntite.
Dans un livre qui a ete fort remarque, M. Gladitsch (2)
(I) V. Zeller, La philosophic des Grecs, t. i. — Je pourrais citer
egalement ici Philon le Juif et surtout Numeuius iPApamee, qui se
represente le Dieu primitif, inactif, comme le pere du Dieu formateur
du monde,
(9) Die Religion und die Philosophic Breslau, 1852, io-8«.
( 572 )
s'est attache a etablir un parallele entre les idees chinoises
et celles de I'Ecole ilalique. On n'en saurait tirer aucune
consequence quant a la question d'origine; mais malgr6
les objections de M. Zeller, autoril6 imposante, je ne sau-
rais meconnaitre une similitude qui porte sur la theorie
fondamentale de la production des etres. L'impair et le
pair correspondent positivement au Yang et au Yn des
Chinois. Un et deux sont les deux principes immobiles et
perpetuels, d'oii sortent tous les etres contingents et passa-
ers, et le monde enlier est la manifestation de leur har-
monic Mais je ne veux pas m'etendre la-dessus, pas plus
que sur la doctrine du vieil Acusilaos, par exemple, qui
fait sorlir du Chaos Ffirebe, principe masculin, et la Nuit,
principe feminin, et leur donne pour fils Eros, Fa m our.
Encore moins remonterai-je jusqu'a Hesiode. Je tiens
simplement a signaler un fonds commun de conceptions
entre FOrient et FOccident.
Quelle que soit leur provenance, ces doctrines ont tra-
verse les siecles, et modifies, deform£es ou elargies chemin
faisant, elles sont arrivees jusqu'a Schelling, qui distingue
le mot absolu, accessible seulement k Fintuition intellec-
tuelle, du mot de la conscience vulgaire, oppose au ?ion-
moi. L'absolu, pour lui, est Fidentite meme du sujet et de
Fobjet, de la pensee et de Fetre; il est immanent comme
la substance de Spinoza, et comme celle-ci, n'est deter-
mine que dans son dedoublement; mais en lui-meme il
n>st ni positif, ni n^gatif, proposition reprise et preten-
dAment d6montr£e par Hegel, qui ne fait quun de la
logique et de la metaphysique. L'analogie avec le Tao
innommable est frappante sans aucun doule, et d'aulant
plus que le Tao, par rapport au monde, est represent^
comme direction supreme et soutien de tous les etres;
( S73 )
mais cette analogie pourrail etre signage entre tous les
syst&mes qui nous accordent une faculty de clairvoyance
sup^rieure k la raison. Revenons k Lao-Tse.
Une fois sorlis du sein du Tao, les elres particuliers
ont leur existence propre, si bien que le libre arbitre de
rhomme est haulement affirme. Nous passons de Pontolo-
gie k Vet hi que. L'homme est originellement bon: raais
Tapp&it des choses visibles, les d£sirs inassouvis, le bouil-
lonnement des passions Pont arrach6 a son calme et ont
engendr6 tous les vices. On etait d'abord tout naturelle-
ment vertueux, sans savoir ce que c'est que la vertu; il a
fallu que le mal envahit la terre pour qu'on en vint k
rechercher sciemraent le bien. La tache de rhomme est de
tendre a ce bien en etouffant ses d6sirs, c f est-a-dire en
imitant le Tao, en aspirant a Teternel repos de son indif-
ference. Pourquoi nous inquieter de ce qui passe et nous
lamenler sur notre sort? Le non-agir, tel est Tideal de la
perfection morale, perfection superieure meme a la pra-
tique de la vertu. La vraie sagesse est dans la science,
mais cetle science n'est pas la connaissance du monde
ext^rieur, qui doit avoir pour nous le moins de prix pos-
sible : le sage est celui qui s'est en quelque sorte depouilte
de lui-meme pour se plonger dans le Tao. II subira cette
vie sans murmurer, jouissant de la paix interieure et ne
cherchant point les choses difticiles. Le Tao, son modele,
sera son point d'appui, el sa fin supreme sera Vunification :
il s'abimera dans son principe, il jouira en lui du nirwdna
des Bouddhistes, c'est-i-dire d'une quietude parfaite.
Cet asc6tisme conlemplatif implique-t-il la croyance en
riramortalit^ ? Lao-Tse garde ici le silence; mais on con-
viendra que Pid6e du repos est tout autre chose que
eelle de Taneantissement.
574 )
La politique de Lao-Tse repose sur sa morale. Les
grands et les princes doivent imiter le Tao, qui est congu
ici comme la voie droite, la raison dirigeante, la perfec-
tion absolue. Le philosophe donne d'utiles conseils aux
gouvernants, qui ne doivent pas chercher des louanges,
raais travailler a Amelioration du peuple. Lorsque le roi
pratique le non-agir, au lieu de viser a la gloire, ses sujets
sentenl leurs passions s'amortir et en reviennent peu k
peu a la simplicity primitive. Le gouvernement doit
craindre la multiplicity des lois et ne point s'occuper des
petites choses. Son non-agir ne peut s'entendre d'ailleurs
d'une inaclivite complete; il est simplement question pour
lui de s'abstenir de tout exces.
M. de Harlez, en terminant, se demande si Lao-Tse a
puise ses idees dans l'lnde. II serait lemeraire de se pro-
noncer : ce qui est certain, c'est que Lao est bien pies de '
Fo ou Bouddha, et qu'il est permis d'admettre un lien de
filiation entre le bouddhisme et le systeme Sankhya. Mais
encore une fois, parlout se posent les memes problemes,
et revolution naturelle de la pensee humaine, sur diffe-
rents points du globe, amene forcernenl des rencontres.
Notre honore confrere a pu comparer Lao-Tse a Schel-
ling; il Pa fait avec une reserve que je ne saurais trop
louer, et nous y avons gagne une savante etude sur le vrai
sens de la doctrine orientale : tout & la fois une revision
des textes qui Fetablissent et la coordination de theses
^parses dont on etait jusqu'ici expose a meconnaitre le
vrai sens et la portee, faute d'un lien methodique. II a
ainsi rendu un veritable service h la science de l'hisloire
de la pensee humaine. Mais sur le terrain des rapproche-
ments, je I'avoue, j'aurais voulu le voir arriver jusqu'a la
philosophic conlemporaine, et se preoccuper du singulier
( 575 )
phenomene de I'apparition, en Allemagne, d'un nouveau
bouddhisme nettement caracterise. Je fais allusion a la
philosophie de la volonte et de la representation, qu'a per-
sonnitiee Schopenhauer, et& la philosophie de YInconscient,
fondee par M. de Hartmann, en un mot & I'ecole pessi-
miste. M. de Hartmann lui-meme fait remonter celte ten-
dance jusqu^Schelling(l). On la retrouve dans a: la pensee
blasee et desolee du commencement de ce siecle j>. Scho-
penhauer « est nourri de la lecture de Byron et de Lamar-
tine ». Mais il s'agil ici des theoriciens. La volonte univer-
se lie qui se determine dans les individus, chez le meme
Schopenhauer, est bien le principe passionne de la San-
khya de Kapila, mutatis mutandis, ou le Tao avec un nom,
anime du desir de produire. L'ame cherchant sa delivrance
dans la science, qui lui enseigne que rien n'existe, pas
meme elle, qu'elle ne doit s'atlacher k rien et se retirer,
c'est bien Fintelligence telle que la comprend Schopen-
hauer apres Bouddha et Lao-Tse, renongant k soi lors-
qu'elle est parvenue k reconnaitre I'identite de tous les
etres, le neant de tout atlachement, et se resorbant dans
le bleu ou Pincompr&iensible, dans le sein de Brahm,
dans le non-agir, le nirwdna, dans la contemplation du
Tao insaisissable, comme on voudra. Toutes ces doctrines
sont de meme famille, et Schopenhauer lui-meme proclame
sa philosophie la traduction de la religion bouddhiste.
Vlnconscient de M. de Hartmann, qui ne nous laisse
pas l'espoir d'une vie future, est encore plus nihiliste, si
l'on peut dire ainsi, le but de son inventeur etant d'abou-
tir a la cessation de toute vie et de toute existence. Ce
(1) Voir les passages cites dans Th. Ribot, La philosophie de Schopen-
hauer. Paris, Germer-Bailiiere, 1874, in-12, p. 172.
( 576
n'est pas ici le lieu d'insister sur ces doctrines; mais on
peut pressentir ce qu'il y aurait de hautement interessant
dans une etude approfondie de leurs antecedents histori-
ques ou de leur iiliation speculative.
M. de Harlez ne s'est place qu'incidemment a ce point
de vue : le philosophe a cede le pas b Porientaliste. Son
objectif principal a 6te Elucidation de la veritable th£orie
de Lao-Tse, restauree d'apres les textes. On sait quelle
est, en philologie et en linguistique, la rare competence
et I'autorite de ce maitre.
Inutile d'en dire davantage. Je propose k la Classe Pin-
sertion de son beau travail dans la collection in-8° des
Memoires de PAcademie. — Adopts.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Un ambassadeur du due d'Alencon a la cour d' Elisabeth;
par le baron Kervyn de Lettenhove, membre de TAca-
demie (1).
Jea
Simier, seigneur dudit lieu, baron de Saint-Marc, cheva-
lier de Pordre, son conseiller, chambellan et maitre de la
garde-robe de le representer pres de la reine d'Angle-
terre (2).
(1) Extrai t du tome V de Touvrage intitule : Les Huguenots et les
Gneux. Beyaert-Defoort, 6dileur, Bruges.
(t) Arch (PHatGeld; Record office.
( 577
Simier est Tun des ornements de la cour des Valois.
Camden l'appelle : le modele des courtisans, celui qui brille
entre tous par les badinages d'amour, les doux propos et
les plaisanteries fol&tres (i). II retracera avec le meme
succes la grace bruyante, la p£dante affeterie qu'filisabeth
a naguere tant admirees chez La Mole : c'est le Polydore
du roman du grand Alexandre.
Cependant le nom de Simier avait £te mel£, au moment
meme ou il s'associait k Pentreprise du due d'Alen<jon, k
une sombre aventure.
Tandis que la belle Chateauneuf poignardait un 6poux
infidele, Simier n'avait pas traite moins severement sa
femme issue de la maison de Daugeau. II Tavait irapru-
demment laissee dans son chateau sous la garde de son
frere, chevalier de Malte, qui chercha et r^ussit a lui
plaire. Un soir, quelques spadassins se presentment a
la porte du donjon. Le chevalier de Make vint lui-meme
Touvrir et tomba perce de coups; ils epargnerent la jeune
femme, mais elle disparut peu apres (2).
Simier annonce a Walsingham qu'il a une mission a
remplir pres d'filisabeth, mais c qu'il ne prendra qu'un
* train tres-modere, gardant toutes fois le respect qui
> est dil tant a la grandeur de la royne et du due qu'a
i l'importance de I'affaire *. II est done k desirer qu'il
n'y ait pas de vague rumeur c qui 6vente le negoce
et il ne peut y etre mieux obvi6 qu'en abordant sans
retard c les seuretes et les asseurances que Son Alteze,
* ing6nuement et de bonne foy, offre de donner et
»r
(i) A most choice courtier, exquisitely skilled id love toys, pleasant
conceits and court dalliances.
(2) Journal de Pierre de l'Estoile, t. I", p. 259.
578 )
* recepvoir *. — t La prudence commune, ajoute Simier,
m'a appris que la negotiation de tels affaires doibt ressem-
bler au foudre, duquel on a senty plus tost reflect qu'on
a veu Tesclair ou entendu le bruict (1). >
Le 4 Janvier 1579, Fenvoye du due d'Alen^on est arriv6
k Londres; il £crit k Walsingham qu'il desire le voir t afin
de s'ouvrir de plusieurs choses (2) >.
L'audience de la reine a lieu le 11 Janvier. Simier
lui remet une lettre ou la reine de Navarre, dans le
style elegant qui la distingue, exprime le voeu que son
frere parvienne k Tune felicite qu'elle sait etre pour lui
plus desiree que toute autre, e'est-a-dire a ses bonnes
graces (3).
Elisabeth est emerveillee de la courtoisie et de Pesprit
de Pambassadeur fran^ais; les jours suivants, elle le rap-
pelle pres (Telle pour Pentretenir sans t&noins (4).
Simier a eu audience cinq jours de suite et se trouve
constamment avec la reine (5) : elle le regoit, selon Fex-
pression de Pambassadeur espagnol, con grandes regalos y
sentimiento (6). « La reine, rapporte Gilbert Talbot, con-
* tinue a rechercher Simier, elle le voit trois ou quatre
fois par semaine et ne parait jamais plus gaie que lors
i
> qu'elle cause avec lui (7). » — « La reine, ecril a son
(1) Record office.
(2) Brit. Mus., Misc. papers.
(3) Record office.
(4) Letlres de Mendoga a Philippe II, du 15 et du 27 Janvier 1579.
(Arch, de Simancas.)
(5) Lettre de Mendoga, du 14 mai 1579 (Arch, de Simancas); Bibl.
Nat. de Paris, 5319, f. 12.
(6) Lettre de Mendoga, du 14 mai 1579 (Arch, de Simancas).
(7) Lettre de Gilbert Talbot, du 13 fevrier 1579.
V
>
579
tour Du Plessis-Mornay, confie ses secrets non seule-
ment a Monsieur, mais meme a un si triste compagnon
> que Simier (1). i>
Les fetes se succedent en Fhonneur du nouvel ambas-
sadeur. Elisabeth le choisit pour ouvrir le bal. Chaque soir
il s'embarque sur la Tamise et se rend aupres de la reine.
S'il est souffrant, cest la reine qui lui annonce qu'elle se
rendra elte-meme chez lui (2).
Simier ne neglige rien, quelle que soit la depense, pour
amuser la reine d'Angleterre, et ces deux lignes des
comptes du due d'Alen^on en 1579 donnent une idee du
caractere des divertissements qifil lui offrait :
« Au sieur de Simyer, chevalier de Ford re du roy,
d conseiller et premier gentilhomme de la chambre de
» Monseigneur, pour partie des frais qu'il a faicts en
» Angleterre, 400 ecus, d
« A M e Anthoine Baif, poete, compositeur de vers
» mesures pour la musique, 200 ecus (3). »
Ce fut probablement dans les entretiens d'filisabeth et
de Simier que fluent choisis avec soin les noms figures
qui devaient, dans les correspondances secretes, servir k
designer les pays el les personnages. S'agit-il de Geneve ?
e'est la Sentinelle; des Pays-Bas? e'est FAfrique, Farene
brtllante des ambitions contemporaines , Libya sitientis
arence; mais e'est surlout pour les personnages du XVI 6
siecle que Fimagination de Fauleur de cetle cle s'est mon-
tree feeonde. Elisabeth, e'est : le Soleil, la Perle, le Dia-
mant; le due d'AIencon, la Victoire* le Laurier, V Olivier;
(1) Mem. de Du Plessis, sans date. Record office.
(2) Lettres de Mendoga da 23 fevrier et du 9 juin 1579.
(3) Arch. Nat., Paris, KK. 237.
380
Henri III, Jupiter, Mars ou Mercure; Philippe If, Vulcain
ou Saturne; le roi de Navarre, la Pomme ou le Citron;
Je due de Guise, la Grele; le prince d'Orange, le Pigeon; le
due Casimir, le Corbeau ou I'Etourneau. Quant a Cathe-
rine de Medicis qui porte toujours le deuil de Henri II,
quant k la reine de Navarre si brillante par sa parure et
par ses charmes, Tune s'appellera le Souci ou le Cypres,
I'autre la Rose ou le Rubis. Et Siraier? Son nom est aise
a trouver : Sirnius, le Singe (1).
Nous vivons au milieu des emblemes all£goriques. Le
papier des lettres de Catherine de Medicis a Elisabeth en
est charge. Au-dessus une statue doree porte de la main
droite une torche allumee, de I'autre, une sphere : e'est
Venus. A droite et a gauche, on ne voit que des Amours
qui s'agitent au milieu des flammes (2).
La reine d'Angleterre est enchant^e de Simier. « Nous
» avons, £crit-elle, tout lieu d'etre satisfaite de lui (to
* like of him), tant il est zele, sage et discret. Que le
due d'AIengon est heureux de posseder un tel servi-
» teur! que nous serions heureuse qull fikt le ndlre! (3) *
Simier n'est pas moins ebloui par Taccueil qui lui est
fait. « Je vous jure, mande-t-il k un ami, que e'est la
f plus vertueuse et la plus honneste princesse du monde.
* Son esprit est admirable, et tant d'aultres parties se
» remarquenl en sa Majeste qu'il me faudrait beaucoup
p d'encre et de papier pour les exprimer. • Quelle £tait
la valeur de ce temoignage, et comment faut-il interpreter
la phrase qui s'y ajoute : c Ceux qui represented Faflec-
>
(i) Arch. d'Hatfield.
(2) Arch. d'Hatfield.
(3) Lettre d'Elisabeth k Amyas Powlet. Mem. of Cbr. Hatton, p. 106
D
(581
tion d'auitrui ne peuvenl en quelque sorte avoir souve-
nance d ? eux-mesmes? (1) >
Jusqu'ou alia la faveur de Simier? Avait-il pris, dans
lecoeurde la reine, la place qifil etait venu solliciter pour
le due d'Alen<jon ? Que faut-il croire de ces recits qui
nous represented Elisabeth ordonnant a Simier de quiller
I'hotel de Castelnau pour occuper une maison tout a cote
du palais de Greenwich, lui permeltantde penetrer le jour
chez elle par une porte secrete, le rencontrant la nuit
chez une dame d'honneur ? Nous aimons mieux nous
persuader que Simier ne servait qu'une cause, celle de
son maitre, et personne n'eul pu y porter plus de zele.
Simier est assez habile pour faire croire a Elisabeth
que si le due d'AIengon a quitte les Pays-Bas, e'est pour
lui etre agreable (2). A ceux qui reprochent a son mailre
d'etre catholique, il ne manque point de repondre qu'en
poursuivant ce mariage il a rompu a Paris avec le nonce,
diit-il encourir Texcommunication du pape (3).
Peu de jours avaient sufii pour qu'Elisabeth ne songeat
plus qu'A 6pouscr le due d'Alen^on. Elle demandait a ses
medecins si elle aurait des enfanls, et ceux-ci ne man-
quaient pas de le lui promettre. « Pour une vieillecomme
» rnoi, disait-elle & Mendo^a, il est grand temps de se
» marier (4). *
Le due d'AlenQon, ebloui par ces succes, chargea Simier
d'ex poser ce qn'il demundait : il voulait etre couronne,
partager avec Elisabeth le droit de disposer de ses
(1) Lettre de Simier h Des Pruneatix, du 12 avril 1579. Kecord office.
(2) Journal de Pierre de PKstoile, t. h P- 274.
(3) Leitre de Talbot, du 13 fevrier 1579. Lodge, I. II, p. 142.
(4) Lettre de Mendoga (Arch, de Simancas).
5 me SERIF, TOME VFII
39
582 )
domaines et de ses biens et de plus toucher one pension
de trois cent mille livres.
Pendant trois jours, le conseil d'Angleterre delibera :
il fiit d'avis de rejeter ces demandes comme excessives.
On appela Simier pour le Jui annoncer, mais celui-ci,
vivement irrite, alia aussitot se plaiudre a la reine, qui
s'ecria : a Le conseil ne me menera pas ainsi ; je me
d marierai (1) ».
Cependant, h mesure que le due d'AIengon se croit plus
certain de voir ses demarches agreees, ses pretentions
s'elevent : il reclame les duches d'York et de Lancastre. II
veut avoir a Londres sa cour franchise avec son faste et
ses plaisirs, en meme temps que sa garde frangaise qui ne
comptera pas moins de trois mille hommes (2).
Elisabeth trouve ce langage bien froid chez un prince
qui, dans ses lettres, parle sans cesse du feu qui le con-
sume. Kile lui ecrit elle-meme pour se plaindre « des mots
> assez geles d dont Simier fait usage (5). Elle s'explique
davantage a ce sujet dans une lettre a Amyas Povvlet, ou
elle dement certains bruits depuis longlemps repandus
contre elle, vante ses charmes et s'etonne qu'on puisse
rechercher sa fortune et non sa personne. Pourquoi le
due d\Alen?on hesile-t-il si longlemps a se rendre aupres
d'elle? Y aurait-il en ce voyage plus de deshonneur qu'en
celui des Pays-Bas (4) ? Ce qui la louche le plus, e'est le
(1) Letlre de Mendo$3, <lu 14 mai IS79 (Areh. de Simancas).
(2) Lettre de Mendoca, du 14 mai 1570.
(3) Lettre d'Elisabeth du 9 mars 1579. Record office.
(4) We will not say wilh so great dishonour than his late voyage
into the Low-Gouutries.
( 583 )
a
chagrin qu'elle fait a Simier; il parait si triste do ne pas
avoir reussi dans la mission dont il est charg6 (1)!
Simier croit voir le fruit de ses longs efforts compromis.
Elisabeth a-t-elle cede aux reproches de Leicester, le plus
constant de ses adorateurs, ou a ceux d'Haiton, le beau
danseur dont elle fera son chancelier ? Le moment est
venu de recourir aux moyens extremes en excitant loute
la jalousie, loutes les haines d'une femme trahie. Simier
declare sans detours k Elisabeth que ses deux amants sont
secretement maries. Leicester, notamment, a epouse Let-
tice Knollis, la veuve du comte d'Essex. La reine fond en
larmes et s'enferme pendant trois jours; mais sa colere ne
pardonne point et ses anciens liens sont rompus.
Quelques jours apres, Elisabeth se promenait sur la
Tamise. Simier, assis a cole d'elle, lui parlait sans doute
de la grandeur et de la gloire de son maitre, quand d'une
barque qui passait rapidement relentit un coup de feu.
L'un des rameurs de la nacelle royale fut atteint; mais
Simier avail echappe a la balle qui, sans doute, lui etait
destinee. 11 envia peut-etre le sort du pauvre maleJot qui
vit la Vestale de TOccident se pencher sur lui pour elan-
cher, de son mouchoir brode, le sang de sa blessure.
line lettre ecrite de la main d'Elisabeth appela bientot le
due d'Alen<;on en Anglelerre.
Telles sont les annales des badinages amoureux, toys of
love; mais, parrai les politiques plus circonspects et plus
froids, on cherche ailleurs Pexplication de ce qui se passe.
« Je crois, observe Languet, que le veritable but
» d'Elisabeth est d'empecher la France de s'allier &
* TEspagne (2). *
(i) Mem. of Chr. Ilaiton, p. 100.
(2) Letire de Languet du 29 octobre 1579.
584)
« A mon avis, ajoute le Venitien Michieli, Elisabeth ne
» veul pas I'accomplissement du manage. Ce qu'elle
» desire, c'est de voir un prince puissant la rechercher; et
» elle veut ainsi provoquer la jalousie de 1'Espagne (1). »
L'envoye de Florence Saracini porte a peu pres le merae
jugement. < On pense, e^rit-il, que celte xeine artifi-
» cieuse (2), si souvent invitee par le Parlement a se choi-
» sir un successeur, saisira celte occasion pour reclamer
» des subsides exlraordinaires; et puis lout s'en ira en
» fumee (3). »
Elections.
Conformement au desir du Gouvernement, la Classe
procede, par la voie du scrulin, a la formation des listes
pour la composition du jury quinquennal et du jury trien-
nal , dont la derniere periode de concours sera close le
31 decembre.
Ces deux listes seront transmises a M. le Minislre de
rAgriculture.
(1) Rel. de Michieli, 1578.
(2) Quel la regina arlitiziosa.
(3) Lettre de Saracini, du 9 mars 1579.
( 585
CLASSE DES BEAUX- ARTS
Seance du 6 novembre 4884.
M. Slingeneyer, directeur.
M. Liagre, secretaire perpeluel.
Sont presents: MM. Ad. ]?au\\,vice-directeur ; L. Alvin,
Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, Ed. Felis, le chevalier L. de
Burbure, Ad. Sirel, A. Robert, F.-A. Gevaerl, Ad. Samuel,
Godfr. Guffens, Th. Radoux, Peter Benoit, Jos. Jacquet,
J. Demannez, P.-J. Clays, Ch. Verlat, G.DeGroot, Gustave
Biot, membres; le chevalier X. van Elewyck, Joseph Stal-
laert, Henri Beyaerf, Edm. Marchal , H. Hymans et J.-B.
Meunier, correspondanls.
M. Chaloo, membre de la Classe des lettres, assiste k ia
seance.
M. Jos. Schadde ecril pour excuser son absence.
CORRESPONDENCE.
M. le Minislre de ['Agriculture, de I'lnduslrie et des
Travaux publics demande que la Classe lui donne son avis
sur le busle en marbre de feu le baron de Gerlache, ancien
membre de la Classe des lettres, execute par M. Hambresin
pour l'Acad6mie.
586
haut
theque de I'Academie, un exemplaire de la publication
musicale inlitulee : Tresor musical, par R. Van Malde-
ghem: parlie religieuse, annees 1882, 1885, 1884; parlie
profane, 1883 el 1884. — Remercimenls.
RAPPORTS.
11 est donne lecture du rapport :
1° De M. Hymans auquel a souscrit M. Demannez etde
celui de M. Riot, sur le cinquieme rapport semeslriel de
M. Louis Lenain, prix de Rome pour la gravure, en 1881 ;
2° De MM. Fraikin, Jacquet et De Grool sur le modele
du busle de feu Schmerling, commande par le Gouverne-
ment a M. Mignon, pour I'Academie.
Ces appreciations seront communiquees a M. le Minislre
de I'Agriculture, de I'lndustrie et des Travaux publics.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
La grand'mere de Van Dyck ; lecture par Henri Hymans,
correspondant de I'Academie.
La galerie royale d'Este, a Modene, possede un portrait
de vieille dame h Taspect severe et quelque peu claustral.
tlroitement emprisonne dans un bonnet de veuve, c'est
du fond de cette espece d'entonnoir que nous apparait un
visage que, des longtemps, semble avoir deserte le sourire.
587
Bier) que celte oeuvre ait pu etre jadis attribute a
Holbein, tout en elle accuse une origine flamande el
M. Adolphe Venturi, dans ses remarquables eludes sur la
galerie de Alodene (1), la rattache avec raison a Pecole de
P Pourbus. En effef, nousavons ici la physionomie complete
des personnages de la fin du XVI e siecle et le genre de
gravite propre a cette epoque troublee de noire histoire.
Une inscription fait connailre que la dame du portrait
se nomme Cornelie Pruystincx.
Pour quiconque s'occupe d'art en Belgique, e'est la un
nom familier. Cornelie Pruystincx, morle au mois de
decernbre 1591, etait, depuis le 3 mars 1580, veuve
d'Antoine Van Dyck, negotiant anversois, el, consequem-
menl, la grand'mere de TiJIuslre peintre de ce nom (2).
Les dates que je viens de rappeler nous privent de la
seduisante illusion de croire que Van Dyck aurait peint
d'apres nature le portrait de son a'ieule, par la raison fort
simple que, depuis plusieurs annees dej^, la vieille dame
avail ccsse de vivre lorsqueson petil-fils ouvril les yeux a
la lumiere.
Cornelie Pruystincx avait d'ailleurs, apres la mort de
son mari, et associee a ses enfants, poursuivi un commerce
d'eloffes, qui avait prospere. A toutes les epoques, e'est une
chose absolument ordinaire que la rencontre des portraits
de membres de la bourgeoisie anversoise. L'ceuvre presente
ne sera qu'un ecbanlillon de plus de cette categorie nom-
breuse de travaux.
(1) Adolfo Venttri, La R. Galleria Estense in Madena. Modene,
1 883, p. 440.
(2) Catalogue du Mus& d'Anvers, 5* edition, p. 452.
( 588
II y a, pourtant, relativement au portrait de la grand-
mere de Van Dyck, une circonstance assez speciale.
[/inscription, par son caractere, est en desaccord avec
la date de la peinture. Ainsi que I'observe fort justement
M. Venturi, c'est la de quoi faire rejeter d'emblee I'an-
cienne attribution a Holbein.
o mc
Les mots de Inscription sont necessairement traces
par une main du XVII e siecle. Vouloir rechercher si celle
main a pu elre celle de Van Dyck nous lancerait dans une
voie quelque peu aventureuse. Nous savons, loutefois, par
la signature des deux portaits du Musee royal.de La Haye,
par exemple, que lorsqifil soignait son ecriture, le grand
portraitiste n'etait pas un calligraphe malhabile, qu'il for-
mail tres bien ses lettres.
Mais, en presence du desaccord manifeste en tie le
caractere de Tinscriplion et la dale qu'il faut logiquement
assigner a la peinture, sachant l'epoque ou vivait la femme
quelle nous represente, on en arrive a se poser une autre
question.
Van Dyck, dont le talent precoce nous est connu, n'a-
t-il point, tout au debut de sa carriere, et, par maniere
d'exercice, retrace, d'apres une oeuvre plus ancienne, le
portait de son a'ieule?
Des circonslances de Pespece sont assurement tres fre-
quenles dans la vie des peintres; elles ont meme parfois
revele des vocations. L'ceuvre presente, envisagee h ce
589 )
point de vue nouveau, deviendrait un objet d'elude singu-
lierement interessant.
Quo i qu'il en soit, toute arriere-pensee de determi-
nation rnise a part, il m'a semble qu'un portrait de la
grand'mere de Van Dyek etait par lui-meme une oeuvre
tres digne d'etre signalee ik Pattention des curieux.
La Classe se conslitue en comile secret pour prendre
connaissance de la lisle des candidatures aux places
vacanles, presentees par les sections.
OUVRAGES PRESENTES.
Delhoeuf (J). — L'hexametre et l'alexandrin. Gaud, 1884;
extr. in-8° (52 pages).
Scheler {Aug.). — Etude Icxicologique sur les poesies de
Gillon le Muisit (preface, glossairc, corrections). Bruxclles,
1884; extr. in-8° (186 pages).
Vander Hueghen (F.). — Bibliothcca Bclgica, livr. 49-53.
In-12.
Albrechl (Paul). — Sur les homodynamies qui existent entre
la main et le pied des mam mi feres. Bruxclles, 1884; ext. in-8*
(10 pages)
Sur les elements morphologiques du manubrium du ster-
num chez les mammiferes. Bruxclles, 1884; in-8° (fig., 51 p.).
Ueberdiemorphologisehe BcdeutungderKiefer-, Lippen-
und Gcsichtsspalten. Berlin, [1884]; ext. in-8° (40 pages).
Maldeghem (R.-J. Van). — Tresor musical : musique reli-
gieuse, 1882-84; musique profane, 1883-84. Bruxclles, in-4°.
( S90 j
De Mont (PoL). — Carmen Sylva. Anvers [1884]; extr. in-8°
(15 pages).
Preudhomme de Borre {A .). — Tcntamen Catalogi lysio-
petalidarum, julidarum, archiulidarum, polyzonidarum, etc.
Bruxelles, 1884; extr. in-8° (41 pages).
Fraipont (/.). — Recherches sur le systeme nerveux cen-
tral et peripherique des archiannelides. Gand, 1884; ext. in-8°
(62 p , pi.).
Reychler (A.). — Les derives ammoniacaux des sels d'ar-
gent. Bruxelles, 1884; in-8°(70 pages).
Somzee (L.).— Pile voltaique. Bruxelles, 1881; in-8°(6p., pi.).
Moyens de prevenir les explosions dans les mines.
Schaerbeek, 1881 ; in-8° (55 p., pi.).
Nouveau procede d'eclairage electrique. Schaerbeek,
1880; in-8°(22 p., pi.).
Lampes regulatrices automatiques pour la lumiere elec-
trique par incandescence et arc voltaique. Bruxelles, 1 881 ; in-8°.
Appareils divers de TExposition internationale d'electri-
cite de Paris, 1881. Rapport. Bruxelles, 1882; in-8° (25 pages).
Ronkar (E<). — Sur un theoreme de meeanique applicable
aux systemes dont le mouvement est periodique. Bruxelles,
1884; ext. in-8° (16 pages).
Sur la conductibilite des corps gazeux pour la chaleur.
Bruxelles, 1884; extr. in-8° (6 pages).
Leboucq (//.). — Un mot sur la technique des coupes en
series. Gand, 1884; extr. in-8° (2 pages).
Errera (/,.). — Die grosse Wachsthumsperiode bei den
Fruehttragern von Phycomyces. Leipzig, 1884; extr. in-4°
(18 pages).
Rousseau (/?.). — Resume des conferences donnccs a la
Soeidte beige d'electriciens sur les unites electriques. Bruxelles,
1884; extr. in~8 u (45 pages).
Statuts de la Caisse de pensions du corps medical beige.
Bruxelles, 1879; in-8 # (12 pages).
591
Societe geologique de Belgique. — Catalogue des ouvrages
de geologic, de min&ralogie et de paleontologie ainsi que des
cartes geologiques qui se trouvent dans les principales biblio-
theques de Belgique (G. Dewalque). Liege, 1884; vol. in-8°.
Institut archeologique du Luxembourg. — Annales, t. XVI.
Arlon, I884;in-8°.
ALLEMAGNE ET AuTRICHE-IIoNGRIE.
Peschka (Ad. v.). — Darstellende und projective Geometric
nach dem gegenwartigen Stande dieser Wissenschaft, 3. Band.
Vienne, 1884; vol. in-8° (avec atlas).
Verein fur Geschichte der Mark Brandenburg. — iMarkischc
Forschungen, Band XVIII. Berlin, d884; in-8°.
*
Verein von Alter thumsfreunden im Rheinland, Bonn.
Jahrbucher, II. LXXVI und LXXVII.
Academie des sciences de Cracovie. — Annua ire, 1885.
Comptes rendus des seances : a. Mathematiques, t. X et XI;
6. Histoire et philosophic, t. XVII; c. de la section des sciences
naturclles, t. XVII; d. de la Commission anlhropologique,
t. VIII. Faits concernant la Pologne sous Stanislas-Auguste,
t. III. Archives pour servir a la litterature en Pologne, t. III.
Le Peuple, ser. XVI et XVII. Comptes rendus de la Commis-
sion pour l'etude de rhistoire de Tart en Pologne, t. Ill,
l re livr. Pokucie : Obraz etnogr., t. II. Monuments antiques du
droit polonais, t. VIII, I. Andrzej Patrycy Nidecki, etc. (Tra-
•ux enlangue polonaise.) —Acta historica res gestas Poloniae
\
illustrantia, vol. VI et VII.
Schlcsische Gesellschaft fur vaterlandische Cultur. — 61.
Jahresberichl. Brcslau, 1884; vol. in-8°.
JVuturivissenschaftlicher Verein fur Schleswig Holstein.
Schnften, Band V, ± H. Kiel, 1884; in-8°.
Academie des sciences de Hongrie, Budapest. — Almanaeh
592
1884. — Bulletin, 1883, 1-7; 1884, 1,2. — Bulletin archeo
logique, II, o; III, 1 et 2. — Bulletin mathematique et sciences
naturclles, t. I, 1-9; t. II, 1-9. — Annales, tome XVII, 1.
Communications (Kozlemenyek) : Philolog., t. XVII, 5; XVIII,
1. — Mcmoires ( Ertckezesek ) : a. Philol., t. XI, 1-10;
b. Sciences economiques, t. VII, 7; c. Histoire, t. XI, 1-6;
d. Malhemaliques, t. IX, 11-15; e. Sciences naturelles, t. XII,
/".
Monumenta comi-
tialia regni Hungariae , IX. — Archivum Rakoczianum, t. IX.
Ungarische Revue (Paul Hunfalvy), 1883, 4-10; 1884, 1-7.
Emlekbeszed,t. 1,0-10; II, 1 et 2. — Codex diplom. Hungaricus
Andegavensis, t. III.
Amerique.
Mendizabal Tamborrel (Joaq. tie). — Tesis leida en il
examen profesional de ingeniero geografo. Mexico, 1884;
in-8° (36 p., pi.).
Holmberg (Ed. Ladislao). — La sierra de Cura-Malal.
Buenos-Ayres, 1884; in-8° (81 p., cartes et pi.).
State board of health of the State of Michigan. — 1 1 th an-
nual report, 1882-85. Lansing, 1884; vol. in-8°.
France et Algekie.
Faye (//.). — Sur l'origine du monde. Theories cosraogoni-
qucs dcs anciens et des modernes. Paris, 1884; vol. in -8°
(260 p., fig.).
Gannal (le D r ). — Les cimetieres depuis la fondation de la
monarchic francaise jusqu'u nos jours : histoire el legislation,
l er fascicule. Paris, [1884] ; in 8°.
Calliburces (P.). — Recherches experimentalcs sur Tin-
( 593 )
flucnce du trailemcnt pncumatiqtic sur la fermentation des
jus sucres. Paris, 1884 ; br. in-8° (54 pages).
Description d'un nouveau systeme d'appareils d'evapo-
ration et de distillation. Paris, 1884; in 8°(15 pages).
Heron-Iioyer. — Cas tetratologiques observes chez quel-
ques tetards de batraciens anoures ct de la possibility de pro-
longer metbodiquement l'etat larvaire chez les batraciens.
Meulan, 1884; in-8° (7 pages).
Note sur quelques caracteres permettant de distinguer
facileraent Bufoviridis de Bufo calamita. Meulan, 1884; ext.
in-8° (3 pages).
Societe d'hisloire naturelle de Toulouse. — Bulletin, 1884,
2 d trimestre. In-8°.
Societe des anliquaires de France. — Memoires el Bulle-
tins, 5 me serie, t. IV. Paris, 1885; vol. in-8°.
Societe savoisienne d'hisloire, etc. — Memoires et docu-
ments, t. XXII. Chambcry, 1884; in-8°.
Societe de biologic — Comptes rendus et Memoires, 5 e ser.,
t. IV et V; 6 e serie, t. I-V; 7 e serie, t. I et II, 1872-80. Paris,
1874-81; 9 vol. in -8°.
Ministere de la Guerre. — Bibliothequc du Depot de la
Guerre, catalogue, tome II Paris, 1884; vol. in-8°.
Academie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen.
Precis analytique, 1882-83. Rouen, 1884; vol. in -8".
Societe des amis des sciences nalurelles de Rouen. — Bul-
letin, 1885, 2* sem. In-8°.
Academie d'Hippone. — Bulletin, n» 20,fasc. 1. Bone, 1884;
in-8°.
Academie de Stanislas. — Memoires, 1 885. Nancy ; in-8°.
Societe des sciences, belles-lettres et arts de Tarn-et-Garonne t
Montaubun. — Recueil, 1879-83; 2 vol. in-8°.
( 594 )
Grande-Bretagne bt Colonies britanniques.
Hinde (George Jennings). — On the structure and affinities
of the family of the Reeeptaculitidae, etc. Londres, 1884; ext.
in-8° (55 p. et 2 pi.).
Winnecke (Chas.). — South Australia : explorations during
1885. In-4° (14 pages).
Italie.
Omboni (Giov.). — Delle ammoniti del veneto ehe furono
descrittee figurate da T. A. CatuIIo.Venise, 1884; in-8° (41 p.).
Osservatorio di Iirera in Milano. — Pubblicazioni,n°XXIV.
Milan, 1885; in-4°.
Accademia d'agricollura orti e commercio di Verona.
Memorie, vol. LX delle serie III. Verone, 1885; vol. in-8°.
Pays-Has et Indus Nkerlandaises.
Kon. zoologisch Genootschap, Amsterdam. — Tijdschrift,
Jaargang V, l 8te aflev. — Bijdragen tot dc dierkunde, 10 dc af-
lcv., l sle gedeelte. 1884; cahier in-8° et cabicr in-4°.
Musee Teyler. — Archives, 2 e se'r., t. II, l re p. Haarlem,
1884;in-8°.
JVatuurk. Vereeniging 7 Balavia. — Tijdschrift, 8 9le serie,
dcel IV, 1884; in-8°.
K. Bibliotheek, 'S Gravenhage. — Verslag dcr aanwinsten.
1885. In-8\
595 )
Russie.
Ad mini sir at ion des mines en Finlandc. — Carte geologique
de la Finlande, livraison n° 7. Helsingfors, 1884; br. in-8° et
carte in-folio.
m m
Societe finlandaise des sciences. — Ofversigt, XXV, 1882-
1885. — Acta, t XIII. Helsingfors. 1884.
Societe imperiale des naluralistes de Moscou. — Bulletin,
1885, 2-4. — Nouveaux memoires, t. XV, livr. 1.
Academie des sciences de Saint- Peter sbourg. — Memoires,
tome XXXI, 9-16; XXXII, 1, 2. Bulletin, 1884.
Societe de geographic Societe de chimie. — Bulletin, 1884.
Societe des amis d'histoire naturelle, Moscou. — Memoires,
t. XXXVI, 2; XLIII, 1; XLIV, 1.
Suede, Norwege et Danemark.
Acta mathematica (G. Mittag-Lefller), IV, 1, 2, 4; V, 1.
Stockholm; in 4°.
Entomologisck Tidskrift, 1883, 1-4; 1884, 1 og 2. Stock-
holm ; in-8°.
Nordiskt Medicinsk Arkiv, XV, 1-3, Stockholm; in-8°.
K. Vitterhets, Historic och Antiqvitets Akademien, Stock-
holm. — Antiqvarisk Tidskrift, delen VII; VIII. — Manads-
blad, 1882, 1885. In-8°.
Academie royale de Copenhague. — Memoires, Classe des
lettres, vol. V, 5; Classe des sciences, 6 e serie, vol. 1, 9-10;
H, 6.— Oversigt, 1883, 5; 1884, 1, 2. — Regesta diplomatic*
historiae Danicae, ser. II, t. I, 3. Copenhague.
Societe des antiquaires. — Aarbogcr, 1883, 2; 1884, 1, 2.
Copenhague; in-8\
( 596 )
Universite d'Upsal. — Programmes, dissertations, etc.
1885-84; 50 vol et br. in-8° ct in-4°.
Velenskaps och Vitlerhets Samhallet. — Handlingar,
XVHI d « Haftet. Gothcmbourg, 4885; vol. in-8°.
Suisse.
Astronomische Mittheilungen (R.Wolf), LXI, LXIL Zurich;
in-8°.
■
Societe de geographic de Geneve. — Le Globe, t. XXII,
a) Bulletin, n os 1, 2; 6) Memoire. Geneve; in-8°.
Naturforschende Gesellschaft in Zurich. — Vierteljahr-
schrift, 28. Jahrgang, 4; 29, 1, 2. Zurich; in-8°.
Schlotel {W.). — Reise-Abenteuer eines Deutschen in der
Schweiz. Berne, 1 884 ; in-8° (1 28 pages),
Kammermann (A.). — Resume meteorologiquc de Pannec
1885 pour Geneve et le Grand Saint-Bernard. Geneve, 1884;
extr. in-8°.
Pays divers.
Societe khedivale de geographic — Bulletin , 2 e serie, n° li
LeCaire, 1884.
Gesellschaft fur Natur- and Volkerkunde Ostasiens.
Mittheilungen, 50 und 31. Heft, 1884. Yokohama; in-4.
TABLE DES MATIERES.
classe des scienges. — Stance du 8 novembre 1884.
Correspondance. — Celebration du 50 e anniversaiie cle la Societe des Naturalistes
de Bamberg. — Souscriplion au buste de J.-B. Dumas. — Appel du Comite
d'ornitbologie de Vienne pour Fetablissement d'un reseau de stations d'obser-
valions. — Restitution a M. F. Daury de sa notice sur Thomme tertiaire. —
Billets cachetes deposes par MM. Henrion, Catalan, Lagrange et Van Aubel. —
Ouvrages manuscrits de M. Delaey deposes aux archives. — Hommages d'ou-
vrages . 518
Rapports. — Rapports de MM. Morren, Gilkinet et Stas sur un travail de
M. Jorissen concernant les proprietes reductrices des graines et la forma-
tion de la diastase 521, 523
Rapport de M. Folie sur un travail de M. Le Paige concernant la forme qua-
drilineaire el les surfaces du o e ordre 524
Communications et lectures. — Communication verbale sur la scintilla-
tion; par Ch. Montigny
Sur Veffeuillaison d Longchamps-sur-Geer en 1884; par le B on de Selys
525
Longchamps 528
Sur la composition chimique de la krokydolite et sur le quartz fibreux du
Cap; par A. Renard el C Klement . . . . 530
Les proprMis reductrices des graines et la formation de la diastase ;
par A. Jorissen . . * 550
Sur la forme quadrilintaire et les surfaces du 8* ordre; par C. Le Paige, 555
classe des lettres. — Stance du 3 novembre 1884.
Correspondance. — Formation de la liste des candidals pour le choix
desjurys: 1° de la 7 e periode du concours quinquennal de litteralure
flamande ; 2° de la 9 e periode du concours triennal de litterature drama-
tique en langue frangaise. — Hommage d'ouvrages SM
Rapport de M. Le Roy sur un memoire de M. de Harlez concernant un
prtddcesseur de Schelling au VIl c Steele avant notre ere • 565
Communications et lectures. — Un ambassadeur du due d'Alengon a la
cour d" Elisabeth ; par le B on Kervyn de Lettenhove 576
Elections. — Candidate pour la formation des jurys des concours quin-
quennal et triennal precites ^84
classe des beaux-arts. — Stance du 6 novembre 1884.
Correspondance. — Demande d'avis sur le buste en marbre de feu
de Gerlache. — Hommage d'ouvrage 58S
Rapports. — Appreciation du 5 C rapport de M. L. Lenain; lectures par
MM. Hymans, Demannez et Biot •
Appreciation du buste de feu Schmerling, execute par M. Mignon; lecture
par MM. Fraikin , Jaquet et De Groot ib -
Communications et lectures. — La grancTmere de Van Dyck; par
H. Hymans **•
Ouvrages pr£sent£s. *****
586
ACADEMIE ROYAL E BE BELGIQUE
BULLETIN
DE
L'ACADEMIE KOYALE DES SCIENCES
1
DES
LETTKES KT DEvS I1EAUX-AKTS DE BELGIQliE.
53* auuee f 3* aette, tome 8.
La planche qui doit accompagner le travail de MM. Ed. Van Beneden et Julin
sur la Phallusia scabroides sera joinle a un prochain numero du Bulletin.
o
12.
BRUXELLES,
F. UAYEZ, INHUMEUR DE l'aCAD&MIE ItOYALE.
Rue de Louvain, 108.
1884
Par suite chute transposition, le carton ei-joiut doit rem placer les
pages 405-408 de ee volume.
BULLETIN
DE
L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
1884. — N° 12.
rXASSE DES SCIENCES.
Seance du 6 decembre 4884.
M. Dupont, direcleur, president de PAcademie.
M. Liagre , secretaire perpetuel.
Sont presents : MM. Ed. Morren, vice-directeur ; L.-G.
de Koninck, P.-J. Van Beneden , le baron Edm. de Selys
Longchamps, Melsens, G. Dewalque, H. Maus, E. Candeze,
F. Donny, Ch. Montigny, Ed. Van Beneden, C. Malaise,
F. Folic, Alph. Brian, Fr. Crepin, Ed. Mailly, J. De Tilly,
F.-L. Cornet, Ch. Van Bambeke, All. Gilkinel, G. Van der
Mensbrugghe, membres; E. Catalan, associe; M. Mourlon,
W. Spring, P. Mansion et A. Renard, correspondents.
3 me S£RIE, TOME VIII. 40
598
CORRESPONDANCE.
M. le Ministre de ^Agriculture, de l'lndustrie et des
Travaux publics envoie, pour la bibliotheque de PAcademie,
un exemplaire :
i° Du tome IV des Archives de Biologic, publiees par
fidouard Van Reneden et Charles Van Bambeke;
2° De la 4 e et derntere livraison du tome V, et de la
\™ livraison du tome VI des Annates du Cercle hutois des
sciences et beaux-arts. — Remerciments.
M. G. Van der Mensbrugghe presente, pour le
prochain Annuaire, la notice biographique de Joseph
Plateau, ancien membre de la Classe. — Remerciments.
M. le secretaire perpetuel donne lecture de la lettre
qu'il a regue du comite organisateur de la manifestation
projetee en I'honneur de M. Catalan, au sujet de son
6meritat, et faisant savoir que la remise de son portrait
■
aura lieu le dimanche 7 decembre, & midi, dans une seance
solennelle & la salle academique de FUniversile de Liege.
M. Liagre ajoute que, devangant les intentions de
FAcademie, il s'est empress^ d'ecrire que celle-ci s'associe
de tout coeur a la manifestation projetee. — Applaudis-
sements.
M. Catalan remercie la Classe du nouveau temoignage
de sympathie et d'estime qu'elle vient de lui donner.
Le comit6 promoteur de FUniversite de Pise, pour la
m6daille d'or a offrir au professeur Meneghini, fait savoir
que la remise de ce temoignage aura lieu le dimanche
( 599 )
14 d£cembre 1884, a midi et demi, dans la grande salle
(aula Magna) de I'Universile.
M. Luigi Calori remercie I'Academie pour les felici-
tations qu'elle lui a adressees k I'occasion du 40 f anniver-
saire de son election comme membre pensionnaire de
I'Academie des sciences de 1'Universite de Bologne.
La Classe accepte le depot dans les archives d'un
billet cachete envoye de Paris par MM. Alphonse Froville
et Achille Brachet.
Sur la demande de M. F. Folie, la Classe procede a
I'ouverture d'un billet cachete, depose" dans la seance du
l er juillet 1882. Ce billet a pour but d'assurer a M. Folie
la priorite de sa decouverle que « la direction plongeante
du vent est due principalemenl a la rondeur de la terre».
M. Folie fera une communication sur ce sujet dans la
seance publique du 16 de ce mois.
Les travaux manuscrils suivants sont renvoyes a
l'examen de commissaires :
1° Atlas d'analomie piltoresque du cheval, 15 planches
avec lexte explicalif, par M. Joseph Geefs, membre de la
Classe des beaux-arts. — Commissaires: MM. P.-J. Van
Beneden et F. Plateau;
2° Recherches sur le spectre des cometes (avec 3 plan-
ches), par M. Ch. Fievez, astronome, chef de service a
I'Observatoire de Bruxelles. — Commissaires : MM. Stas,
Liagre et Mcntigny.
- M. Gustave Retzius, docteur en m<kJecine et profes-
seur a rinstitutCarolinienmedico-chirurgicalde Stockholm,
adresse, a litre d'hornmage, le tome II de son ouvrage :
( 600 )
Das Gehororgan der Wilbelthiere. Morphologisch-histo
logische Studien.
Ce tome II a pour litre :
Das Gehororgan der Reptilen, der Vogel und der
Saugethiere. — Des remerciraents sont votes a 1'auteur
pour ce beau volume.
La Classe regoit encore, k titre d'hommages, les
ouvrages suivants, au sujel desquels elle vote des remer-
ciments aux auteurs :
1° a) Note sur le theoreme de Lambert; b) Problemes
et theor ernes de probability ; c) Quelques theoremes d'arith-
meiique. Trois extrails, par E. Catalan;
2° Note sur une forme nouvelle de rainette pour la
faune frangaise (Hyla Barytonus), par Heron -Royer.
Extr. in-8°;
3° La chaleur et le froid, i" suppl., par L. Vial.
CONCOURS POUR 1884.
MM. Catalan, De Tilly et Mansion donnent lecture de
leurs rapports sur le memoire portant la devise : Audaces
/*
la troisieme
question suivante du concours de cette annee:
Determiner geomelriquement ou analytiquement les
lignes de courbure de la surface des ondes.
Conformemenl au reglement, ces rapports ainsi que
le memoire resteront deposes sur le bureau, jusqu'a la
prochaine stance dans laquellc la Classe se pronoucera sur
l^s conclusions de ses commissaires.
601
ELECTIOiNS.
MM. Gltige, Mailly, Maus, Monligny et P.-J. Van Beneden
sont r6elus, par acclamation, merabres cle la commission
speciale des finances pour I'annee 1885.
RAPPORTS.
Stir un rapport verbal de MM. P.-J. Van Beneden et
Melsens, la Classe decide I'impression au Bulletin d'une
note de MM. A. Certes et D. Cochin stir Faction des hantes
pressions sur la vitalite de la levure et les phenomcnes de
la fermentation.
— Une decision analogue est prise au sujet des travaux
suivants examines par MM. fid. Van Beneden et Charles
Van Bambeke :
1° Sur la presence en Belgiqne de fAnchylostome duo-
denal, par M. Firket;
2° Sur la presence d'une glande coxale chez les Galeodes,
par M. J. Mac Leod.
Sur le giycogene chez les Basidiomyceles; par Leo Errera,
professeur & I'Universite de Brtixelles.
Hap/toft de M. Sl*»*.
Dans les m^moire el note intitules : L'epiplasme des
Ascomyceles et le Giycogene des vegetaux et le Giycogene
chez les Mucorinees, M. Leo Errera a essaye" de d^montrer
( 602 )
la presence du glycogene dans les champignons. Avanl la
publication de ces travaux 1'exislence de Tamidon dit
animal avail ele signalee par M. Kiihne dans la « fleur de
tan » (Aethalium septicum), qui, d'apres ce physiologiste,
en renferme de lr6s notables quan tiles. Ce dernier fail a
ele confirme depots par plusieurs observateurs el nolam-
ment par MM. Berend, Kulz, Reinke el Rodewald. Je dois
faire remarquer qu'il n'est pas elabli que la fleur de tan
puisse 6lre considered comme un vegetal. II importait de
rechercher, d'une part, si les champignons, v^getaux veri-
tables, contiennent du glycogene et, d'antre pari, la fonc-
lion qu'il remplitdans leurnutrition et leurdeveloppement.
C'est la le but que s'est propose M. \Ao Errera en entre-
prenant le travail qu'il soumel au jugemenl de la Classe.
Son memoire se compose de six sections distinctes :
deux sections, la premiere et la troisieme, sont consacrees
a I'expose des methodes suivies par lui pour deceler le
glycogene dans les champignons. Dans la deuxieme sec-
lion il enumerc les especes qui renlerment ou non du
glycogene; il examine dans la quatrieme la repartition et
le rdle du glycogene; dans la cinquieme son mode de
transport; entin, dans la sixieme section il cherche a
prouver que le glycogene dans les champignons remplit la
m6me lonction que la matiere amylacee dans les plantes
ordinaires. Les deuxieme, quatrieme, cinquieme et
sixieme sections elant du domaine exclusif de la phy-
siologic vegelale, el partanl de la competence de mes
confreres MM. Morren et Gilkinet, mon appreciation ne
doil porler que sur le conlenu de la premiere et de la
troisieme section, qui sont du ressort de la chimie.
La premiere m^thode, que M. Leo Errera designe sous
le nom de Melhode mkrochimique , consisle a observer,
( 603 )
sous le microscope, le tissu des champignons d'abord a
Fetat naturel et ensuile, apres avoir et£ mis successive-
menl a froid et a chaud en contact avec une solution
d'iode (a l / no ) dans l'iodure de potassium. On sail que le
glycogene, substance incolore, amorphe, refringenle, se
colore en rouge-brun par I'iode. Cette coloration palit
sous I'influence de la chaleur, pour disparailre complete-
ment vers 50 a 60° el reparaitre avec son intensite pre-
miere par le refroidissemenl, comme on le constate pour
une solution d'amidon bleuie par I'iode. Cette solution se
decolore par la chaleur et reprend sa couleur primitive
lorsqu'on a eu soin d'empecher la volatilisation de I'iode
lors de rechauffement du liquide.
La seconde methode, que M. Leo Errera appelle Me-
thode macrochimique , est celle employee par M. Briicke
pour I'exlraction du glycogene du foie des mammiferes.
Ce procede d'ex traction a deja ete utilise par I'auteur pour
rechercher et relirer le glycogene des Ascomycetes et des
Mueorinees. II ne constitue done rien de nouveau, si ce
n'est le nom que, pour ma part, je trouve peu justify, maisje
n'insiste pas. La methode de If. Briicke a permis a M.Leo
Errera de relirer de notables quantiles de glycogene de
deux Basidiomycetes ou la premiere methode avait revele
la presence de cette substance.
En comparant les proprietes de la matiere extraite par
M. Leo Errera du Cletocybe nebularis avec celles altri-
buees au glycogene du foie, on est amene a conclure a
1'existence dans ce champignon de ce polymere de I'amidon
des planles ordinaires. Cependant I'&at de nos connais-
sances sur le glycogene et sur la plupart des isomeres ou
polymeres de I'amidon n'est pas assez avance pour affirmer
que le glycogene est une substance a part et non pas une
( 604
simple modification physique de I'amidon des vegetaux.
On connait, en effet, la matiere amylacee a l'etat insoluble
et a l'etat soluble dans Peau froide. Sous ces deux etats
elle se colore en bleu par l'iode, sans changer de compo-
sition; I'amidon soluble a froid peut se colorer par Piode,
en violet, en rouge-brun, en rouge fonce, en rouge-jaune,
ou n'eprouver aucune coloration. II n'est nullement prouve
que ces transformations de la matiere amylacee ne s'ope-
rent point par degr£s insensibles. Celaetant,on risque de
se tromper en se fondant sur des phenomenes de colora-
tion pour conclure a la presence ou a Pabsence de Pun
des polymeres de I'amidon , lorsque Pexistence , comme
corps specifique, de ce poly mere n'a pas 6"te demon tree
avec certitude, ce qui est pour moi le cas en ce qui con-
cerne le glycogene, quelle que soit son origine.
C'est au point de vne des principes que je presenle les
doutes qui precedent et nullement dans le but d'amoin-
drir la valeur des recherches de M. Leo Errera. Je suis,
au contraire, complement de son avis pour conclure
a Pexistence, dans les champignons qu'il indique, d'un
hydrate de carbone identique a celui du foie ; resle a savoir
si ce dernier hydrate est un corps specifiquement distinct
de la matiere amylacee proprement dite. Des recherches
ullerieures diront si mes reserves sont fondees.
La parlie chimique du travail de M. Leo Errera me
parait executee avec beaucoup d'intelligence, de soin et
de conscience. Elle revele un experimenlateur sagace,
maniant habilement le microscope. Je propose a la Classe
d'ordonner Pimpression du travail de M. Leo Errera
dans les Memoires in-8° et d'adresser des remercimenls a
Pauleur. »
( 60S
MinppOi't tic M . Ef/. .*Toffe#»j ffetf&tf^roe con* t#i 1 *.« ft tV<».
M. Errera a voulu prouver Texislence du glycog^ne
dans les tissus des Basidiomycetes, mais, & mon avis, celte
preuve n'est pas faite par le travail dont il nous a commu-
nique les resultats, au moins n'est-elle pas suflfisante pour
ne pas laisser de place au doule. M. Errera attache une
grande valeur probante aux reactions microchimiques dont
il enumere complaisamment une longue serie d'exemples
tires des principaux groupes de la serie des Basidiomy-
cetes. La base de son travail ne me parait pas solidement
etablie au point de vue chimique. Quand il s'agitde com-
poses lels que les hydrates de carbone dont les caracteres
dislinclifs sont peu tranches, la production d'une couleur
sur le porle-objet du microscope ne peut avoir la valeur
probante que Tauteur semble y atlacher. Nimium credalis
color i ! (1)
II suffit de rappeler & ce propos que, parmi les muci-
lages, par exemple, celui que fournissent les pepins de
coings prend, en presence de I'iode, une teinte bleue tres
manifeste, tandis que celui qu'on retire des graines de lin
ne se colore en aucune fa<jon dans les memes conditions.
Le paragraphe intitule Extraction macrochimique du
glycogene relate seulement deux essais d'analyse imme-
diate operes sur des quantites insignitiantes de matiere el
n'avanl donne que des resultals douleux, pretant k la con-
troverse- Une belle el bonne analyse immediate vaudrait
mieux, & mon avis, que la longue serie des colorations
obtenues au contact de la solution iod£e au quatre cent
(i) Disait Linn6 (Phil bot , 266).
( 6u(> )
cinquanlieme. L'auteur aurait du s'attacher, de preference,
a relirer d'une espece quelconque une quantite de sub-
stance suffisanle pour en determiner exactement le pouvoir
rotatoire. L'aclion du glycogene sur la lumiere polarisee
constitue, en effet, run des rares caracteres de ce produit.
Admettant que 1'existence du glycogene soit demonlree,
M. Errera recherche Torigine et le role de celte substance
dans le corps des Myceles. 11 constate son abondance a la
base des fructifications dans lesquelles elle s'eleve pendant
la croissance, pour £lre employee sans doule comme matiere
respiratoirc et plaslique. II considere le glycogene comme
etant, chez les champignons, la forme de depot des hydrates
de carhone et il est dispose a croire que la mannite est la
forme sous laquelle ces hydrates voyagent d'un point a
un autre. II conclut en developpant celte these que le
glycogene est 1'amidon des champignons.
Quant a I'origine du glycogene des Mycetes, « ce corps,
dil textuellement M. Errera, est Tun des premiers qu'ils
forment au moyen des composes de carbone absorbed ».
« II semble, dit-il ailleurs, que le glycogene soit, comme
I'amidon, le premier produit" visible el bien deTini de ['as-
similation. »
II est, a mon avis, plus exact de dire, d'apres les expe-
riences de Boehm {Bot. Zeit., 1883) et d'autres, que le
premier produit bien defmi de rassimilation n'est par
I'amidon, mais le sucre glucose. Nous ne voulons pas nous
arreler a discuter le sens qu'il convicnl d'attacher aux
mots elaboration et assimilation.
On sail que chez les animaux le glycogene augmente
beaucoup et rapidement quand on injecte dans le sang du
sucre, du glucose ou de I'inuline. On a constate aussi
I'augmentation du glycogene dans le foie quand on
C07
-
alimente Tanimal ou qu'on lui injecle dans le sang de la
glycerine, de la gelatine ou des malieres albumino'ides.
On le irouve dans les muscles au moins pendant la diges-
tion et quelque temps apres. II diminue dans ces organes
par la diete el quand on empeche I'afflux du sang arteriel
qui ne contienl ni dextrine, ui sucre, ni glycogene.
On conclut de ce qui precede que le glycogene prend
naissance dans les muscles, non pas par une transforma-
tion du sucre ou de la dextrine, mais plulol aux depens
des matieres albumino'ides. En resume, le glycogene des
animaux procede, soil d'une simple transformation des
hydrates de carbone (Pavy, Dock, Luchsinger), soit d'un
dedoublement des malieres albumino'ides (S. Weiss, etc).
On doit, dans tous les cas, le considerer comme un produit
de metamorphose regressive.
C'est precisement pourquoi la presence de cette sub-
stance dans le corps des Myceles, si elle etait bien etablie,
n'aurait pas lieu de nous surprendre et d'autant moins
qu'ilssonl abondammenl pourvus de matieres azotees.
M. Errera a pu reconnailre, au cours de ses recherches,
la presence des matieres grasses dans les tissus des cham-
pignons. II conviendrait de rechercher si Torigine de ces
matieres n'est pas correlative de celle du glycogene
mycologique. M. N. Pfefler et Dettmer admettent que les
malieres albuminoides sont constitutes en parlie par
I'nnion d'un groupe amide (asparagine, leucine, tyrosine)
avec un groupe hydrocarbone (graisse ou sucre). C'est
pourquoi les graisses peuvent prendre naissance aux
depens des matieres albumino'ides, comme il arrive dans
la fermentation putride.
Quoi qu'il en soil des questions soulev£es et admettant
que Texislence du glycogene soit demontree par Kiihne
608 )
fi
par M. Leo
Errera chez la plupart des autres organismes de la classe
des Mycetes, on n'en pourrait pas conclure, a notre avis,
que le glycogene existe chez les vegetaux proprement dits.
Les Mycetes sont des organismes saprogenes, des
agents de fermentation et de putrefaction el leur biologie
ditfere beaucoup de celle des plantes pourvues de chloro-
phylls Nous ne voulons pas disserler ici a ce sujet, mais
nous croyons devoir constater que le glycogene n'esl pas
encore connu chez les vegetaux a chlorophylle ni meme
chez les plantes parasites proprement diles.
J'engage done M. Errera a poursuivre ses recherches
pour mieux demontrerla these qu'il soutientet, sous celte
reserve, je me rallie volontiers aux conclusions de notre
eminent confrere M. Slas, qui demande I'impression du
memoire dans notre recueil in-octavo »
Itnpitot-t de MM. Gilkiuel, ii-oitietn* cotntnissait'e.
Dans des travaux precedents, M. L. Errera a constat^
la presence du glycogene dans la famille des Mucorinees
et dans le groupe des Ascomyceles. Aujourd'hui l'auteur,
poursuivant ses recherches, nous fait connaitre qu'il a
rencontre le glycogene dans un grand nomhre de Basi-
diomycetes. Sur quarante quatre especes £tudiees, vingt-
neuf renferment positivement du glycogene; sa presence
est probable chez huit especes; chez sept d'entre elles
seulement cette substance n'a pu etre decelee. Les moyens
d'invesligalion employes par M. Errera sont de deux
natures : microchimiques et macrochimiques. Les pre-
miers onl 6te soigneusement decrits deja dans les prece-
dents memoires de I'auleur ; ils consistent dans I'emploi
( 609 )
d'une solution d'iode d'une concentration determine,
ainsi que dans les modifications apportees, par des alter-
natives de chaleur el de refroidissement, k la coloration
proriuite par l'iode au contact du glycogene.
Mais Pauteur ne s'en est pas tenu a ces caracteres. II a
isole le glycogene par la methode de Briicke et a constat^
qu'il presenlait les reactions suivantes :
II donne avecl'eau une solution opalescente.
Cette solution se colore en brun par l'iode, avec la
meme intensity qu'une solution de glycogene du chien
possedant le meme degre d'opalescence. La decoloration
k chaud el la reapparition de la couleur par le refroidisse-
ment se produisent en meme temps el k la meme tempe-
rature pour les deux glycogenes.
La solution trailee par le reactif cuprico-potassique se
colore en bleu, sans precipiler tVoxyde cuivreux a ('ebul-
lition, mais apres une ebullition de vingt minutes avec de
Tacide sulfurique dilue, elle reduit le reactif el perd la
propri^te de se colorer par l'iode. La salive produit une
transformation semblable. Enfin, la solution aqueuse est
dextrogyre.
Ces caracteres sont bien ceux que tous les physiologistes
onl attribues au glycogene et M. Errera me parait suffisam-
ment autorise a conclure a la presence de cet hydrate de
carbone. I/absence de reduction, a chaud, du reactif cupri-
co-potassique, ainsi que les colorations par l'iode, sont des
caracteres probants.
Sans doute, il eul ele desirable que I'auleur cut exacte-
ment determine le pouvoir rotaloire de son glycogene,
mais nous devons cependanl faire des restrictions au sujet
de ce caractere. D'abord, les auteurs ne sont pas d'accord
sur le pouvoir rotaloire du glycogene; les chiflres donnas
C 610 )
par Kiilz different de ceux qu'onl indiques Boehm et
Hoffmann ; en second lieu, on constate chez certains hy-
drates de carbone de grandes differences dans le pouvoir
rolatoire suivant le moment ou on les observe. Ainsi le
sucre glucose fraichement prepare possede un pouvoir
rolatoire de [«] D = -+- 104°. Apres un certain temps la
deviation est de moitie" moindre, elle n'est plus que de
[a] D = -h 52 85°. La dextrine presente egalemenl des
variations notables sous ce point de vue. Enfin, j'ajouterai
que la forte deviation vers la drpile ne caraclerise pas
exclusivement le glycogene ; le trehalose possede un
pouvoir rotaloire qui est a tres peu de chose pres aussi
considerable que celui du glycogene.
L'honorable deuxieme commissaire attache peu d'im-
portance aux reactions de couleurs. Je ne puis partager
entierement son avis. Lorsqu'il s'agit des hydrates de
carbone, les colorations produites par 1'iode sont cerlaine-
ment d'une importance tres grande, et d'autant plus que
les conditions dans lesquelles ces colorations se produisent
sont parfaitement connues. Certes, des mucilages se corn-
portent differemment en presence de I'iode, mais je trouve
dans ce fait la confirmation de ma maniere de voir. Pour
reprendre I'exemple cite par Thonorable deuxieme com-
missaire, le mucilage degraine de lin et celui des pepins
du coing sont deux substances de composition differenle,
possedant chacune leur formule propre (1) et qui se dis-
tinguent Tune de I'autre par le caractere le plus important.
Sous l'influence de I'acide nitrique le mucilage de lin
fournit de I'acide mucique, celui de coing n'en donne pas.
(1) Mucilage de lin : C'WO 45 (Kirchner et ToIIens).
de pepins de coing : C^WO" (id. id.).
( 6il
On comprend ainsi que Taction de l'iode soit differente
chez Tun et chez Taulre; a deYaut d'autre caractere, elle
pourrait servir a dislinguer deux produits reunis sous le
nom empirique de mucilage; la coloration qui se manifeste
avec le mucilage de coing et non pas avec celui de lin,
rSpond a une composition chimique entitlement differente.
Apres avoir monlre que la presence du glycogene est
pour ainsi dire generate dans la classe des champignons,
M. Errera formule les conclusions qu'il croit pouvoir
deduire de ses recherches : le glycogene remplacerait
dans les champignons Tamidon que renferment la plupart
des plantes a chlorophylle. De meme que Tamidon est
le premier produit visible et bien defini de Tassimilation
des plantes supcrieures , le glycogene est le premier
produit visible de Tassimilation des champignons ; Tun et
Tautre de ces hydrates de carbone se trouvent toujours
aux endroits ou Taccroissement des cellules est le plus
rapide. Enfln, de meme que beaucoup de graines ren-
ferment de Thuile formee aux depens de Tamidon, beau-
coup de spores renferment de Thuile formee aux depens
du glycogene.
Ces conclusions, comme on le voit, sont tres inteVes-
santes. fitant donne que le glycogene animal constilue
une reserve dans laquelle Torganisme puise entre deux
digestions, nous n'eprouvons aucune diffieulle a nous
ralliera la maniere de voir de Tauteur au sujet des fonc-
tions du glycogene vegetal.
L'honorable deuxieme commissaire presenle ici deux
objections : la premiere est relative a Texpression employee
par M. Errera, que Tamidon est le premier produit visible,
bien defini de Tassimilation. II serail plus exact de dire,
( 612 )
d'apres les experiences de Boehm, que le premier produil
de ['assimilation est le sucre glucose.
A mon avis, les experiences de Boehm, entreprises en
1857 et continuees jusqu'en 1883, ne sont pas decisives.
Boehm coupe des feuilles etiolees et les plonge, a I'obscu-
rite, dans une solution de glucose, puis il constate qu'il s'y
forme en peu de temps de notables quanliles d'amidon,
d'ou. il infere que le premier resullat de 1'assimilation est
le glucose, ce qui n'est pas la conclusion necessaire de
ses experiences. Du reste, ce point est tout a fail acces-
soire ; il est admis par tous les physiologistes que la
formation de I'amidon peut et doit elre le resultat de
processus chimiques complexes ; en 1861 deja Berthelot
et Kekule ont emis 1'opinion que la formation de I'amidon
etait pr6cedee par celle de 1'acide formique ou d'un terme
du groupe formyle;seulemenl, comme le dil M. Errera,
I'amidon est le premier produit visible, bien deTmi de
1'assimilation. Sachs disait encorerecemmenla cesujet(l):
« Les recherches recenles confirment le fait signal^
par moi il y a vingt ans, que I'amidon doit elre con-
sid^r^ comme le premier produil visible, reconnaissable,
de rassimilalion... J'ai dil autrefois qu'il est probable
» que I'amidon est precede par d'autres produits, que Ton
D
n'a pu deceler netlement jusqu'a present... »
En 1865 deja, dans sa Physiologie, Sachs disait :
« En considerant I'amidon comme 1'un des premiers
» produits de 1'assimilation, je n'entends pas dire que,
dans la substance chlorophyllienne, Panbydride carbo-
» nique et I'eau s'unissent d'emblee pour former une
(1) Voriesungen ueber Pflanzen Physiologie, 1882, p. 383.
D
»
613 )
molecule d'amidon, en degageant de I'oxygene... il est
possible et meme vraisemblable que le processus qui
donne naissance au d^gagement de I'oxygene est tres
5 complique' et que la formation de l'amidon r&ulte de
nombreuses metamorphoses chimiques. »
Dans son important travail sur la formation de l'amidon
Schimper (i) s'exprime exactement de la meme facon.
M. Errera elail done autorise" a nommer l'amidon le pre-
mier produit visible, bien defini de 1'assimilalion.
La seconde observation de l'honorable deuxieme com-
missaire a trait a la formation de la matiere grasse, que
Ton pourrait envisager comme provenant du dedoublement
de la molecule des albuminoi'des. En effet, il parait prouve
que les substances albuminoides peuvent, dans certains
cas, se deMoubler en fournissant un hydrate de carbone
ou une matiere grasse; mais il est non moins prouve par
des experiences d<§cisives de Sachs (2) que l'amidon forme
de I'huile et r£ciproquemenl que I'huile peut se transfor-
mer en amidon. Ainsi, beaucoup de graines ol£agineuses
ne renferment avant leur maturity que de l'amidon ou du
sucre ; on peut les enlever dans eel £tat, pour les s£parer
de la planle-mere, puis les abandonner a 1'air humide
(semences de pivoine, par txemple), l'amidon ne tarde pas
a disparaitre et a 6tre remplace parde I'huile. Lorsqu'elles
sont abandonn^es a la germination, ces graines huileuses
transforment leurs corps gras en hydrate de carbone.
En resume, je considere le travail de M. Errera comme
constiluant une contribution importante a la physiologie
vegetale generate. Certes, on peut faire a Pauleur diffe-
(1) Schimpkr, Untersuchungen richer Stdrkekorner, Bot. Zeit., 1880.
(2) Sachs, Ueber Bildung von Starke, Bot. Zeit., 1859.
3 m<: s£me, tome viii. 41
( 614 )
rentes objections, on peut diseuter ses conclusions, mais il
n'est peut-etre pas un seul point de la chimie physiolo-
gique vegetale au sujet duquel on ne puisse elever de
doutes. La question si ancienne deja de l'absorption de
I'azote par les feuilles n'est -elle pas encore diseut^e
aujourd'hui ?
Je me joins done aux deux premiers commissaires pour
reclamer l'impression du m6moire de M. Errera, et k
1'bonorable M. Stas pour proposer que des remerciments
soient adresses a Tauteur pour son int^ressante commu-
nication.
Stir les interpositions microscopiques de sagenite dans
Coligiste titanifere des phy Hades; par A.-F. Renard,
correspondant de PAcademie.
L'6tude des groupements cristallins a montre que, non
seulement les individus d'une meme esp£ce, mais des
cristaux de differentes especes sont susceptibles de s'acco-
ler, de s'entre-croiser et de se penetrer mutuellement, sui-
vant des lois cristallonomiques constantes. Bien avant que
Fexamen microscopique des mineraux reduits en lames
minces nous eut appris Pextreme frequence de ces asso-
ciations reguli6res, on avait signale de nombreux faits du
meme ordre. Je me borne k rappeler, comrae se rappor-
tant directement a mon sujet, les investigations de Breit-
haupt qui, d^crivant la combinaison cristallographique de
l'oligiste et du rutile, fit voir que les petits cristaux de cette
derniere espece son t disposes sur le ferspeeulairecristallis6,
avec leur axe principal et certaines de leurs faces paral-
( 615 )
leles aux axes interm&liaires et aux laces de 1'oligiste. II
n'existe peut-etre pas d'esp^ce minerale qui monlre d'une
maniere aussi classique, que le rulile et I'oligisle, ces
int^ressants phenomenes de combinaisons crislallogra-
phiques.
Dans cette notice, je n'ai pas k m'occuper des lois cris-
tallonomiques qui president a la disposition des crislaux
de rutile sur les faces de I'oligiste; mes observations se
rapportent pi u tot a la compensation de ces deux especes;
k cette categorie de fails, d£signes par Scherer sous le
nom ft interposition (Interponirnng), et qui consistent
principalement en ce qu'un individu cristallise renferme
un nombre plus ou moins considerable de lamelles ou de
prismes d'un autre mineral, intercal£s regulterement et
affeclant une orientation parallele. Ce travail a done moins
pour objet d'apporter de nouvelles donn^es relativement
aux principes crLstallonomiques des enlre-croisemenls de
cristaux d'oligiste et de rutile, que d'attirer ('attention des
micrographes sur Fexistence, en petit, des memes faits,
dans un grand nombre de roches phylladeuses. Je mon-
trerai, en me me temps, comment on peut faire servir ces
associations, pour la determination de paillettes microsco-
piques repandues dans les phyllades et les schistes et sur
la nature desquelles existaient encore bien des doutes.
Dans un travail publie il y a quelques annees, nous
avons fait connaitre la presence dans les phyllades arden-
nais, d'un mineral en paillettes noires brillantes, affec-
tant la forme et la disposition de I'ottrelite (1)- Dumont,
frapp£ des caracteres exlerieurs et de Tassociation de ces
(!) A. Regard el Ch. dk la Vallf.e-Poussin. Note sur Vottrelile. (Ann.
de la Soc. geol. de Belg., t. VI, Mem., p. 51, 1879.)
616
lamelles noires brillantes avec Fotlrelite, doit les avoir
confondues avec celte espece. Nous n'aurions pas hesit£,
tant les deux mineraux presentent d'analogies d'aspect, k
admetlre son interpretation, si nous n'avions constate, par
Pelude au microscope, des differences saillantes que Fexa-
men a Foeil nu ou a la loupe ne pouvait accuser. Plusieurs
geologues reconnurent apres nous, dans des roches schis-
teuses, ces paillettes, avec les caracteres que nous leur
avions assignes.On doit avouer, cependanl,que la specifica-
tion de cet element essentiel de nos roches avail echappe a
une determination rigoureuse. Poursuivant mes recherches
sur la structure et la composition des phyllades ardennais,
je fus amene a reprendre Tetude de ce mineral. Depuis les
publications auxquelles je fais allusion, de nombreuses
recherches ont elucide certaines questions connexes & celle
que je vais trailer, et de nouvelles preparations microsco-
piques, montrant des details qui m'etaient inconnus autre-
fois, permeltent de rapporter a Poligisle titanifere, ou
eventuellement a Tilmenite le mineral en question.
Les phj Hades ardennais, les roches siluriennes du Bra-
bant et celles de la zone m6tamorphique de Paliseul sont
i
souvent pailletes de petites lamelles extrememenl minces,
noires et brillantes, plus ou moins circulaires, qui rappel-
lent, en un mot, les ottrelites-type de la region d'Ottrez
etdeSerponl.Quoique presentant,jusqu'& un certain point,
raspect de Toltrelite, elles s'en dislinguent neanmoins par
des dimensions plus petites, par un aspect plus fonce, par
une durete plus faible.
Mais les differences sont mieux marquees encore, lors-
qu'on etudie ces paillettes au microscope; on voit alors
qu'elles n'onl de commun avec roltrelile qu'une ressem-
( 617
blance d'aspect. Aux faibles grossissemenls, ellcs appa-
raissent opaques, avec eclat brillant. Les sections les plus
frequentes sont celles perpendiculairesaux lamelles; elles
se montrent comme un trait noir, d'une longueur d'en-
viron 1 millimetre, sur une epaisseur de mm ,l. Jamais,
peut-on dire, elles ne se presentent comme des parallelo-
grammes reguliers; elles sont plus ou moins fusiformes :
vers le milieu du batonnet, s'observe un leger bombement,
qui s'attenue vers les deux bouts. On peut en deduire que
les lamelles en question sont diseoides. II arrive plus
rarement de voir, dans les lames minces, des sections
taillees parallelement a la grande face des paillettes.
On ne constate jamais alors de contours reguliers; les
bords, generalement dechiquetes, ne laissent entrevoir
aucune disposition rappelant des faces crislallines. Lorsque
nous avons signale pour la premiere fois la presence deces
lamelles dans les roches ardennaises, nous avons indique
quelles devaient leur eclat brillant a une mince couche
de matiere micacee incolore et transparente, qui recouvre
la lamelle. Le microscope fait voir, en effel, que, presque
toujours, elles sont revetues d'un enduil micac6 (i).
Je viens de rappeler les caracteres que nous avons cons-
tates lors de nos premieres recherches; ils elaient insuf-
fl^anls pour elablir une determination de Tespece; mais
ils permettaient au moins d'affirmer que ces sections ne se
rapportaient pas k I'oltrelite. Leur forme, leur teinle, leur
opacite justifiaient cette maniere de voir. Les points de
(t) Voir Renard et de La Vallee, Note sur Volume, p. 64, fig. 4
et A. Reward, Les roches grenatiferes ei amphiboliques de la region de
Baslogne (Bull. Mus. roy. d'hisl. nat. de Belg., t. I, fasc. 1*82), >p. 16
et 17, pi. I, fig 1.
( 6*8
comparison entre ces deux mineraux etaient d'ailleurs
tres aises a etablir; car nous constations, dans les memes
preparations microscopiques, les lamelles opaques asso-
ciees k d'aulres, qui raonlraient les caracteres bien nets
de I'oltrSlite.
On avait done d'abord laisse indecise la question rela-
tive & la nature mineralogique de ces paillettes, en se
bornant a indiquer leurs principaux caracteres micro-
graphiques. Mais, depuis ce premier travail, j'avais ren-
contre ce mineral dans un grand nombre derocbes beiges
et etrangeres; dans les roches a phyllite de Rhode-Island,
dans des phyllades pailletes reviniens, et clans certaines
roches grenatiferes de la region de Bastogne.
En decrivanl ces roches taunusiennes metamorphiques,
on devait tenir comptr, pour Interpretation des mineraux
constilutifs, d'une teneur assez elevee en carbone, accusee
par Panalyse (4.80 °/ C.) (1). C'est ainsi que, dans le
memoire sur les roches grenatiferes et amphiboliques de
la region de Bastogne, j'ai ete amene h rapporter au gra-
phite une poussiere noire et opaque, r£pandue entre tous
les mineraux, soulignant en quelque sorte les contours de
toutes leurs sections, penetrant entre les joints et les
clivages et quelquefois incluse, sous la forme de granules
microscopiques. S'il n'y a pas de raisons de modifier cetle
interpretation, je crois qu'il n'en est pas de merae pour ce
qui concerne les paillettes noires dont je vais parler. Dans
ces memes roches, on constatait des sections lamelliformes,
avec eclat brillant, opaques, a contours hexagonaux ; je
d6couvrais en meme temps, sous la forme de batonnets
(1) A. Re.nard, Les roches grenatiferes et amphiboliques de la region
de Bastogne, loc. cit, pp. 16 et 17.
( 619
en fuseau, des sections normales a ces lamelles ; j'ai cru
devoir les rapporter, ainsi que les granules irreguliers, au
graphite. Comme j'observais en outre la plus parfaite
analogie entre ces paillettes microscopiques des roches
melamorphiques et celles dont il avait ete - question dans
la notice sur I'oltreMite, je les rapportais toules a la meme
espece, et j'ajoulais que la cristallisation de ce mineral
lamelliforrae avait ete comme accompagnee d'un retrait;
que I'espace Iaiss6 libre aulour de ces paillettes avait ete
rempli, apres coup, de substance micacee et de quartz.
Si Ton tient compte des caracteres micrographiques du
graphite, de la forme des sections, de la teneur en carbone
attestee par 1'analyse, et de la nature melamorphique de
la roche ou j'observais ces paillettes, le rapprochement
entre ces lamelles brillantes microscopiques et le graphite
paraissait juslifie. Tout ce que Ton peut dire de plus
certain sur le graphite, lorsqu'on I'observe au microscope,
c'esl qu'il est en sections opaques et difficile a caracte"-
riser (1).
Ce qui rend encore celte determination plus difficile,
c'est qu'il existe plusieurs mineraux souvent associes a
celte espece, el qui monlrent quelquefois des particu-
larity analogues a celles des sections microscopiques de
graphite : je cilerai le fer oligiste, le fer tilane et, dans
certains cas, le fer magnelique. A leur tour, les especes
qui viennent d'etre enumereY-s pr6senlent entre elles des
traits communs, a tel point qu'il est souvent impossible
de les distinguer les unes des autres dans les lames minces,
(1) Rosekbusch, Mikroskopische Physiographie der petrographisch
wichtigen Mineralien, p. 211.
620 )
sans recourir a des reactions micro-chimiques (res deli-
cates.
Le fer tilane, isomorphe avec 1'oligiste, cristallise dans
le meme systeme que le graphite; comme ces deux der-
nieres especes, il se presente sou vent, dans les prepara-
tions microscopiques, sous la forme tabulaire en sections
noires, opaques; mais il ne parait pas cependant jouer le
role des lamelles de fer micace ou de graphite dans les
roches a structure schistoide. On sait que ces mineraux, en
paillettes tres minces, s'agencent & la maniere des phyl-
lites des masses cristallophyliiennes el qu'ils y remplacent
meme quelquefois les membranes micacees. Ce qui peut
encore servir a distinguer le fer titane, c'est que, surtout
dans les roches anciennes, il est, d'ordinaire, accompagn6
d'enduits blanchatres de leucoxene ou titanite (1). Je n'ai
(1) D'apres les recherches de Cathrein, le fer magnetique titanifereest
quelquefois entoure de leucoxene; Cathrein, Veber die mikroskopische
Verwachsung von Magneteisen mit Tilanit und Rutil, Zeit. kryst.,
8 vol., 4 fasc., p. 321, 1883) j mais nous montrerons qu'il ne peul s'agir,
dans uotre cas, de fer magnetique. Quant au fer titane, ce n'est pas abso-
lument la meme chose. II faut tenir compte ici d'une observation de
G. Rose; il a indique que les lamelles cristallines obtenues dans les perles
de borax etaient rouges, pour Toligiste, et brunes, pour le fer titane (Rose,
loc. cit., p. 356). Je dois ajouter aussi que la transparence des lamelles est
plutot dans les tons tirant sur le brun que dans les teintes franchement
rougeatres. En se plagant a ce point de vue, peut-etre pourrait-on etre
porte a substituer i la determination de fer oligiste celle de fer Ulane.
Je laisse cette question indecise dans cette notice preliminaire. Elle ne
peut etre tranchee que par une analyse des paillettes isolees de la masse
silicatee qui les ren ferment. Les resultats de cette recherche seront bien-
tirt puhlies dans les Bulletins du Musee royal d'histoire nalurelle. En
employant le boro-tungstate de cadmium, pour separer, d'apres la den-
site, les Elements miueralogiques de la roche contenant le mineral en
question, on est parvenu a Pisoler et a obtenir une substance assez pure.
Une recherche preliminaire a donne a M. Klement une teneur d'environ
( 621
jamais observe ce produit de decomposition, si caract^ris-
lique, a n tour des nombreuses sections dont il s'agit. Ceci
n'est pas une preuve absolue que le mineral en paillettes
n'appartient pas h une des nombreuses varietes de fer
titan£;.mais ce qui ne permet pas de les identifier h cette
espece, c'est qu'elles deviennent transparentes lorsqu'on
les reduit & une grande minceur. Les etudes de lithologie
micrographique, qui ont porte si souvenl sur le fer titane,
n'ont jamais demontre jusqu'ici qu'il puisse devenir trans-
parent, ni meme translucide, dans les lames taillees.
Ce qui ne permet pas d'y voir du fer magn£tique,
ce sont les contours des sections ; la magnetite appartient
au systeme regulier, dont les cristaux simples ne pre-
sentent pas la forme tabulaire. Or, c'est toujours, petit-on
dire, la disposition qu'affecte notre mineral lamelliforme.
Ajoutonsenfin que les paillettes en question ne sont pas
magnetiques.
II res tail k decider entre le graphite et le fer oligiste.
Comme je l'ai rappele, ces especes ont la meme forme
40 /° d'oxyde de fer. La determination du protoxyde de fer, qui serait
decisive, n'a pu etre faite encore, vu le peu de substance a notre disposi-
tion. II sera toujours difficile de preciser ce qui revient de titane aux
microlithes de rutile inclus et la teneur en TiO s entrant dans la composi-
tion clu mineral englobant. En attendant que ces points soient etablis, je
ne crois pas m'eearter beaucoup de la verite, si je designe ces paillettes
transparentes comme fer oligiste titanifere. Quand on tient compte des
liens intimes qui unissent, par tant de transitions, le fer titane et le
fer oligiste, on peut admettre cette determination preliminaire, justifiee
d'ailleurs par des caracteres specifiques essentiels; car si ces lamelles
doivent etre ratlachees h l'llmenite on aurait constate, pour la premiere
fois, la transparence de ce mineral reduit en lames minces. Voir sur I'asso-
ciation du rutile et du fer titane les remarquables travaux de M. Vom
Rath (Zeitschrifl fur Krystallographie, I, 15 et les observations micros-
copiques de M. Cathrein (Ibidem, 6, 248).
622 )
cristallographique; leurs sections ont un £clat qui se laisse
diflicilement distinguer, sur de peliles sections, a la lumiere
reflechie; elles sont toutes les deux opaques. II est vrai que,
bien souvent, I'oligiste se presente dans les roches sous la
forme de paillettes rougeatres, Iransparentes, avec leinte
brunatre, tirant sur le rouge cochenille; ces lamelles,
imparfaitement agregees, peuvent etre considered corarae
une forme de passage entre les varietes amorphes et cris-
tallines. Mais le meme mineral cristallise, comme fer
speculaire, se rapprochant par consequent des ecailles
noires foncees de certains phyllades, est loin d'offrir la
meme transparence, sauf le cas oil il est profondement
entame par le polissage (1). C'est pour avoir neglige de
tenir compte des faits relatifs a la transparence, qui restait
voilee sous les objectifs trop faibles employes dans mes
premieres recherches, et pour n'avoir pas recount a des
reactions micro-chimiques, que j'ai et6amene" a confondre
ces paillettes avec le graphite.
A la suite d'etudes recentes plus detaille*es, sur la
structure microscopique des phyllades ardennais, de nou-
veaux faits se sont presentes ; ils m'ont guide vers Tinter-
pretalion que je donne aujourd'hui. Ce qui m'a mis sur la
voie, c'est linterposition de crislaux microscopiques de
rutile, que j'ai constates dans les plages opaques. Outre
Pinterel qui s'attache a ce fait en lui-meme, ces observa-
tions offrent, me parait-il, un moyen de determiner facile-
ment les paillettes noires, si frequentes dans les roches
phylladeuses.
La description donn6e autrefois de ces lamelles, et que
(1) IIosenbcsch, Physiographie , I. p. 2H. — Voir aussi G. Rose,
MONATSBERICHTE DER K()S. ARAB. ZC BeRI.IM, 1 860.
V
623
j'ai rappelee plus haul, peul etre considered comme rendant
bien leur caraclere general. Je vais insisler sur cerlaines
particularites, que nous monlrent d'excellentes prepara-
tions des phyllades reviniens recueillis aux environs des
Forges de la Commune, dans I'Ardenne franchise, fitudiees
sous de forls objeclifs, les paillettes, taillees parallelement
a la large face, sont souvenl sillonnees par un reseau de
stries se croisant sous des angles d'environ 60°. Ces traits,
que Ton prendrait a premiere vue pour des places de
clivage, se delachenl nettement de la section opaque En
examinant avec plus d'attention, on se convainc bientdt
que ce ne sont pas des solutions de continuity ni des traces
de clivage, extrSmement rares d'ailleurs pour l'oligisleral,
mais des interpositions de prismes exlremement deli£s,
qui se croisenl sous des angles constants.
Je fus porle a rapprocher ces fails de ceux observes
par G. Rose (1). Cet illuslre cristallographe, dans un travail
ou il £tudie la compensation reguliere des divers micas, a
signale pour certaines muscovites des filats-Unis, I'inclu-
sion reguliere de lamelles de fer oligiste, qui, a leur lour,
renferment des intercalations lamellaires, disposees paral-
lelement aux cdt6s du crislal englobant. II considere ces
lamelles incluses comme se rapporlant au mica. Frappe
de 1'analogie que montraient les figures qui accompagnent
le memoire de Rose et de I'aspect microscopique des
paillettes noires des phyllades, je fus porle a envisager
cellcs-ci comme des lamelles d'oligiste tilanifere.
Les recherches que je lis en vue d'etablir cetle assimi-
(1) G. Rose, Ueber die regelmassige Vertvachsungen der verschie-
dener Glimmerarten untereinander sowie mil Pennin und Eisenglanz,
MOKATSBERICHTE DER KON. AKAD. ZV IJERLIN, i860.
624
lation vinrent me montrer qu'elle etait fondee. Traitees
sous le microscope par 1'acide chlorhydrique, ces paillettes
se dissolvent. Celte reaction montrait done a l'evidence
qu'elles n'etaient pas du graphite; mais cet essai ne prou-
vait point encore qu'elles ne se rapportaient pas a la
magnetite; toulefois, comme je I'ai deja dit, I'absence de
toute trace de magnetisme et la forme lamellaire semblaient
devoir ecarter cette hypolhese.
Une autre particularity ne tarda pas a me montrer
qu'il fallait definitivement I'abandonner. En eludiant ces
plages noires a I'aide de forts objectifs, je pus constater une
legere transparence sur les bords; dans certains cas meme,
lorsque la lamelle etait entaillee parallelernent a la large
face, la section tout entiere etait translucide dans les tons
bruns. Les sections fusiformes, seules, restenl opaques, sauf
a leur peripheric et surtout vers les deux bouts. Ce qui se
comprend du reste, quand on lienl comple de I'epaisseur
que conservent, dans la lame mince, les plages sectionnees
normalemenl a la face large des lamelles
Cette observation, repetee sur un grand nombre de
sections, 6liminait done d'une maniere peremptoire la
magnetite, dont on n'a jamais constate la transparence,
quelles que fussent d'ailleurs la tenuile et la minceur des
sections microscopiques. Ajoutons qu'il est facile de con-
stater aussi la translucidite, en broyant en poudre impal-
pable les paillettes noires extrailes de la roche. Cette
poussiere, 6"tudiee au microscope, est transparenle dans
les memes tons brunatres que les parlies les plus minces
des sections profondement en tail lees par le polissage.
Des essais par la voie humide el par la voie seche, sur
les lamelles noires isolees, donuerent la reaction du fer;
elles allestaient en meme temps la presence du titane.
( 625
Je vis d'abord, dans la reaction du litane, une confirma-
tion des fails que je viens de rappeler et qui me condui-
saient k considerer comme de J'oligiste les paillettes en
question. La presence du titane dans ce mineral est tene-
ment frequente,qu'on pourraitla considerer presque comme
caract6ristique de fespece. Tenant compte des observa-
tions relatives aux phenomenes de Vintercristallisation, si
je puis m'exprimer ainsi,de I'oligiste el du rutile, rappel^s
au commencement de cette notice, je fus amene k me
demander si I'oligiste des phyllades ne presenlait pas, en
petit, ce que les beaux cristaux de Cavradi, dans la valine
de Tavetsch, montrent a I'oeil nu ou k la loupe. On y etait
naturellement conduit, par le fait que les roches renfermant
les paillettes oligistiieres, sont exceptionnellement riches
en microlithes simples, macl6s et groupes de rutile-
Je ne m'arreterai pas a dScrire ces groupements de sage-
nite; depuis que j'ai attire raltention sur leur existence
dans les roches phylladeuses et queje les ai figures (1),
ils ont 6te Tobjet de longues discussions ; je crois qu'il
est pen de microlithes dont la nature mineralogique soit
mieux etablie quo. ceux en question. Outre les pelits
prismes bien connus de rulile, le phyllade revinien, ou j'ai
pu le mieux observer les entre-croisements d'oligiste et de
rutile, montre tres fr&juemment, au microscope, des agre-
gats capillaires, formes par un nombre plus ou moins con-
siderable de prismes de rutile, accoles el macles suivanl la
loi ordinaire : plan de made Poo se croisanl alors, d'apres
Kengott, sous un angle de 65° 35'. Dans d'autres cas, on en
(1) A. Renard, M4m. sur le Colicule (Mem. Acad. Belg., voir pages 31
••1 suiv., fig. dans le texte, et pi. 1, fig. ■* et 5).
( 626
observe, cristallises suivant la made en coeur, plan de
made 3 Poo , avec Tangle 54°. Mais ces derniers sont
moins frequents et les particularity que nous avons k
decrire se rapportent surtout aux groupes de cristaux
macles suivant Poo (\).
La moyenne des mesures, pour evaluer cet angle &
Paide de la piatine tournante, m'a donn6 62° k 63°. Ces
petits cristaux sont d'une teinte jaunatre; celle-ci est peu
prononeee pour les microlilhes isoles; mais elle se traduit,
lorsqu'ils se presentent comme la sagenite, en groupes
avec entre-croisement regulier; la polarisation chroma-
tique se traduit par des tons vifs, rouge et vert, sans
dicroscopisme sensible, avec extinction en long.
Ces cristaux groupes sont extremement frequents; on
les prendrait, a premiere vue, pour des plages striees longi-
tudinalement ; mais les individus qui viennent s'entre-croi-
ser r6gulierement presentent la disposition de la sagenite.
(1) Voir Tinteressant travail de Vanderwerveke, Min. petr. Mitth.
Neus Jahrb., 1880, 2, p. 281). A juger par les mesures prises k Taide de la
piatine tournante du microscope, Tangle forme par les entre-croisements
macles du mineral titanifere inclus dans Toligiste, m'a toujours paru ud
peu inferieur a 65°35'. Si ces observations goniometriques, dont je suis
loin d'exagerer Texactitude, repondaient a la reality, on pourrait bien se
demander, pour expliquer cet ecart angulaire, si la cristallisation de
roligisie n'a pas exerce une influence sur la deformation de Tangle de
made; car tout parait indiquer que, dans le cas en question, it s'agit d'une
cristallisation simultanee de Ja sagenite et du fer oligiste. Quand on tient
compte de la maniere dont un crislal, en se developpant, peut quelquefois
orienter les inclusions microscopiques, les forcer, en quelque sorte, k
Taligner dans des directions qui repondenl b ses axes ou a ses faces
externes, peut-etre n'est-il pas improbable que la sagenite cristallisant
avec la made de 65°35', les axes de Toligiste se croisant sous 60°,
Tinfluence moleculaire de celui-ci ne se soit fait sentir en rapprochant
de celte valeur angulaire la valeur normale de Tansle de la sagenite.
( 627 )
Tr6s sou vent ils sont accoles k des grains noirs opaques (1);
quelquefois ces granules torment le centre, ou ils sont
inlercaISs dans les mailles des reseaux de prismes de
rutile. Quelquefois on entrevoit que ces microlilhes
sont irregulierement entoures de plages, opaques aux
faibles grossissemenls, mais qui se raontrent transparentes
sous les forts objeclifs. On observe ainsi loutes les tran-
sitions jusqu'aux sections figurees ci-dessous.
Fig. i. Fig. 2.
Fig. 1. Section d'oligiste titanifere enclavant des cristaux de sagenite -^ dans
un phyllade revinien pailletS des Forges de la Commune.
Fig. 2. Section d'oligiste titanifere avec critaux de sagenite -^ dans un phyl-
lade revinien paillet^ de Laifour.
Ces figures ont &6 obtenues en photographiant directement la preparation
sous Tobjectif du microscope.
Nous allons decrire ces figures; elles mettent en relief
toutes les particularity que nous avons & exposer. La
lamelle d'oligiste (fig. 1) est taill^e parallelement k la
grande face; comme c'est presque toujours le cas, les
(i) Vanderweryeke, Min. petr. Mitth. Neues Jahrb., 2, 1880, p. 282, a
observe ces grains noirs accoles aii rutile dans ies schistes ottrelitiferes
d'Ottrez; il les determine comme se rapportant a la magnetite. Sauer
(Neues Jahrb. ftlr Min., 1879, pp. 280) a montre que souvent aussi ces
prismes sont accoles au fer oligiste titanifere. Catrein (Ueberdie mikros-
kopische Verwachsung von Magneleisen mil TUanit und Rutil. Zeitsch,
fur Krystal., 8 vol., 4 fasc., p. 326) fait connaitre les inclusions micros-
copiques de rutile dans le fer magnetique.
628 )
contours de la plage ne rappellent pas la forme cristalline;
la paillette est legerement transparente dans les tons
brans. Sur ce fond de teinte foncee, on voit se detacher des
lignes presque incolores; on dirait des decoupures dans la
section, et qui se croisent sous des angles d'environ 62°
en moyenne
de
1'appareil de polarisation, on constate non seulement
qu'elles se rapprochent, pour les valeurs angulaires, des
groupements du rutile isole dans la roche; mais ces petits
prismes inclus ont la meme teinte faiblement jaun&lre, les
memes tons de polarisation vert et rouge vif, et Pextension
en long.
Sou vent les microlithes de rutile sont enlierement
enveloppes dans la section d'oligiste; dans d'autres cas,
on les voit se prolonger en dehors des limites de la plage
fonc£e; il est tres facile alors d'y retrouver d'une maniere
incontestable tous les caracteres du rutile. Comme les
contours des sections lamelliformes ne sont pas indiques,
il est impossible de juger les relations existant entre les
axes du crislal englobant et des prismes de rutile qull
renferme.
Ce sont surtout les sections paralleles aux lamelles qui
montrent bien ces interpositions. Souvent, comme dans la
plage figuree, on voit neltement Pentre-croisement des
microlithes de rutile; dans d'autres cas, on ne distingue
qu'une serie de prismes paralleles (fig. 2). Pour les sections
plus ou moins fusiformes, perpendiculaires aux paillettes,
on observe quelquefois comme des traits incolores, qui les
traversent suivanl l v 6paissetir. Examines & la lumiere pola*
risee, ces microliihes de rutile sont identiques h ceux qui
se montrent reticules sur la grande face des paillettes. On
( 629 )
constate, par les entailles de l'oligiste, qu'il ne s'agit pas
seulement d'une superposition sur les faces, mais d'une
intercristallisation (1).
(1) On a rappele comment les interpositions, regulierement groupees
dans les lamelles noires des phyllades, avaient conduit & rapprocher
ces faits de ceux parfaitement decrits par G. Rose, et a substituer a la
determination de graphite celle d'oligiste, determination qui parait con-
firmee d'ailleurs par Fensemble des caracteres mineralogiques. Si Ton
compare ce que dit ce savant aux details qui ont ete observes, on
trouve des analogies si frappantes quMI ne parait pas sans inleret de
transcrire le passage en question : « Dans ces lamelles de fer oligiste
» (enclavees dans le mica), on peut voir a la loupe, et mieux encore au
» microscope, des cristaux aciculaires de couleur rougeatre peu foncee;
» ils sont souvent isoles, et orientes suivant trois directions paralleles
» aux cotes de Phexagone d'oligiste brunatre. Ces prismes, inclus clans ce
» dernier mineral, ont eux-memes la forme hexagonale; mais ils sont
» allonges de maniere a donner plutdt Timpression d'un trait, aux extre-
» mites duquel on constate deux faces. Souvent deux de ces cristaux sont
» groupes sous un angle de 60°. On les distingue parfaitement dans les
» parties de l'oligiste dont la teinte est foncee ; dans ce cas, ils se deta-
» chent tres nettement. A cause du grand contraste des couleurs, ils font
» Feffet d'entailles dans le fer spiculaire. » Rose est porte a considerer
ces cristaux inclus comme des lamelles micacees analogues a celles inler-
posees dans le mica de South-Burgess et de West-Chester; il ajoute que
ces inclusions sont encore plus difficilement solubles dans l'acide chlor-
hydrique que le fer oligiste qu'elles penetrent, et qu'elles resistent uieme
apres que ce mineral est entieremeut dissous par 1'acide. Ne paraitrait-il
pas, a lire cette description, que les inclusions rapportees au mica pour-
raient bien etre des cristaux microscopiques de rutile, comme ceux decrits
dans cette notice? Ce qui me porlerait a le penser, ce sont leur couleur,
leurs groupements, tels quMIs sont figures par Rose(/oc. cit., flg. 13), leur
resistance k Faction des acides, eufln leur forme prismatique, qui se
concilie mieux peut-Atre avec ce mineral qu'avec celle afTectee par les
micas.
5 m * SfeRIE, TOME VIII. 4~
( 630 )
M. Melsens rappelle que, dans la stance du 2 aout
dernier, il a demande a la Classe que Ie bureau veuille
bien apposer Ie cachet academique sur ses recherches,
entreprises depuis 1867, relatives a la « penetration des
» projectiles a travers les milieux resistants, sur la balisti-
» que experimental' el sur les plaies produites par les
» armes a feu. »
g
tir la priorite de ses recherches sur ce sujel, qui vient
d'etre I'objet d'une note presentee par M. Ie colonel Hen-
rard, dans la seance du 5 juillel dernier.
La note de M. Ie colonel Henrard, renvoyee a des com-
missaires, a 6te publiee , ainsi que les rapports, dans Ie
Bulletin de la seance du i\ oclobre, paru vers la fin de
novembre.
M. Melsens commence la lecture d'un travail, repondant,
dit-il, provisoirement a celte note; il demon ire, au
tableau, Ie but de ses recherches et insiste sur quelques
fails qui monlrent I'importance du r6le m£canique consi-
derable de Vairen mouvement; il fait passer sous les yeux
de ses confreres quelques-uns des resultats d'experiences
obtenus dans ses tire, resultats qui, d'apres lui, confirment
tout ce qu'il a deja dit el imprime sur le r6le de Vair en
mouvement, dans les effets mecaniques du tir !
M. Melsens termine en disant qu'il tient, au surplus,
tous les resultals de ses tirs a I'inspection, ou a la
disposition des commissaires que I'Academie voudra bien
nommer.
L'honorable membre continuera sa lecture dans une
seance prochaine.
La Classe nomme, des a present, MM. De Tilly, Brial-
mont el Liagre pour examiner le travail de M. Melsens.
M '.wdcBehf... ?Sfr,TmP.646.
6.
> ...--
....... Or.
K>.
63!
___.- CO.
^ _ :.V- ***-K/r
r.
'
am <a a *• •
Ml
Phallus i a . Scabwides . novspa :
63d
Les orifices branchiaux externes des Ascidiens et la forma-
tion du cloaque chez Phallusia scabroides, no v. sp. ;
par fidouard Van Beneden et Charles Julin.
Les dragages que nous avons ex£cut£s le long de nos
cdtes pendant les mois d'aout et de septembre derniers
nous ont r6ve!6 Texistence dans nos mers d'un nombre
considerable d'Ascidies simples et de Synascidies. Nous
avons enlrepris la monographic des Tuniciers de notre
littoral et nous esperons pouvoir terminer prochaine.
ment I'&ude des Ascidies simples. Nulle part on n'a
rencontre jusqu'ici, dans un district marin d'une etendue
aussi limitee et dans des conditions d'uniformite si grande
en apparence, pareille variele d'especes. Le nombre total
de nos Ascidies simples n'est pas inferieur b vingt-six
especes : neuf Molgulides, treize Cynthiades, quatre Phal-
lusiad£s. La plupart des especes sont representees par un
nombre ires considerable d'exeraplaires : nous avons par-
fois ramene des dragues remplies de Molgulides. La plu-
part des especes ont leur distribution geographique
spfoiale et se rencontrent sur des points et a des pro-
fondeurs determinees; quelques-unes au contraire vivent
indifferemment pres de la cdte et en pleine mer, a des
profondeurs tres differentes et sur n'importe quel fond.
Plusieurs de nos especes sont certainement nouvelles;
il en est ainsi d'une Phallusie tres commune, qui se fixe
de preference sur les colonies d'Alcyonidium hirsutum ;
elle ressemble a la Phallusia scabra que nous avons
trouv^e en grande abondance, il y a quelques annees, sur
Iesc6les de Norwege; mais elle en differe specifiquement
632
par plusieurs caracteres imporlanls : nous I'avons desi-
gnee sous le nom de Ph. scabroides. Les Synascidies ne
sont ni moins abondantes ni moins variees : la plupart des
types sont repr&sentes sur nos cotes; nous n'avons pas
trouv6 moins de six especes distinctes sur une seule
coJonie d'Alcyonidium hirsutum. Par contre nous n'avons
pu decouvrir jusqu'ici aucune forme appartenant au
groupe des Ascidies sociales. Les Clavelines et les Pero-
phores semblent manquer. Cependant, si Ton se rappelle
que la Clavelina lepadiformis se trouve en abondance a
Helgoland et dans la Manche, il y a lieu d'esp^rer que des
recherches ulterieures la feront aussi decouvrir dans nos
eaux.
La Phallusia scabroides, dont nous avons parle plus
haut, est en pleine reproduction pendant Y£\6. L'on trouve
fixes les uns k col6 des autres des exemplaires de toute
taille, depuis le volume d'une toute petite tete d'£pingle
jusqu'& des individus adultes qui mesurent 2 centimetres
de diam&tre. Les jeunes exemplaires sont d'une transpa-
rence parfaile; Ton croirait voir de petites perles de cris-
tal repandues k la surface du corps des Halodactyles.
Cette espece se prete done fort bien a l'etude du develop-
pement postembryonnaire. Nous avons constate chez elle
un certain nombre de faits que nous voulons faire con-
naitre des k present.
L'on sail, depuis la publication des beaux travaux de
Kowalewsky, qu'il existe, chez les embryons urodeles de
plusieurs Ascidiens, du cote du dos, a droite et k gauche
du ganglion visceral (Rumpfganglion de Kowalewsky) de
la larve, un petit orifice qui met en communication avec
Fexterieur les 6bauches des deux caviles peribranchiales.
Kowalewsky a vu quil se forme au prealable, a la place
( 633 )
qu'occupent plus lard ces deux orifices, des involutions
de l'gpiblaste. Jl a admis que l'epithelium qui tapisse les
cavites peribranchiales procede de ces diverticules et il
a et6 conduit & admettre que la cavite peribranchiale
des Tuniciers est homologue de la cavite peribranchiale
de YAmphioxus.
Dans son travail tout recent sur le developpement
embryonnaire des Clavelines, Seeliger soutient la meme
maniere de voir : chez les Clavelines, com me chez
Ph. mammillata, Pepilhelium peribranchial serait d'ori-
gine epiblastique.
Telle n'est pas notre opinion : nous avons resume dans
notre mfrnoire sur le systeme nerveux des Ascidies sim-
ples (1) les conclusions de nos eludes sur la genese de la
cavite peribranchiale. Nous nous sommes servis pour
6Iucider celte question du meme materiel que Seeliger et,
apres avoir constate Inexactitude des donnees de Kowa-
lewsky, en ce qui concerne la formation de la cavit6 peri-
branchiale chez les bourgeons de Perophore, nous avons
reconnu que le processus est le meme dans la lane urodele
des Clavelines; de part et d'aulre Pepithelium peribran-
chial est d'origine hypoblaslique; les involutions epiblas-
tiques de la larve ne donnent naissance qu'aux orifices
qui mettent les culs- de-sac hypoblastiques en commu-
nication avec Pexterieur et a la portion avoisinante des
cavils peribranchiales.
La question qui se pose des lors, et d'ou depend en
(1) Ed. Van Beneden et Ch. Julin, Le sysUme nerveux central des
Ascidies simples et ses rapports avec celui des larvcs uroddles. (Bulletin
de l'Academie royale de Belgique, 3 C s£rie, t. VIII, o° 7, 1884.— Archives
de Biologie, t. V, fasc. II, 1884.)
634 )
partie I'inlerpr^tation de Forganisme des Tuniciers, est
celle-ci : quelle esl la valeur morphologique des diverti-
cules hypoblastiques d'ou derivent les caviles peribran-
chiales? La solution qu'il convient de lui donner se lie
intimement a un autre probleme : comment se forme le
mSsoblaste chez les Ascidies?
A la suile de ses recherches sur le developpement
embryonnaire des Perophores Tun de nous (i) a annonce
qu'il se forme k une phase reculee de revolution deux
diverlicules endodermiques lateraux d'ou procedent d'une
part le mesenchyme secondaire, d'autre part les cellules
musculaires de la queue.
Nos etudes sur le developpement des larves de Clave-
lines ont pleinement confirme cette decouverte et Seeliger
vient d'arriver a une conclusion identique. II en resulte
clairement que les Tuniciers sont, comme les Vertebres,
de vrais Enteroceliens; mais Tenterocele disparait dans le
cours du developpement embryonnaire, en meme temps
que Pepithelium des diverticules coelojniques se resoud
partiellement en un mesenchyme secondaire. L'on ne peut
confondre Fespace interpos6 entre l'epiblaste et i'hypo-
blaste, espace dans lequel se repandent les cellules
mesenchymatiques et qui se reduit peu a pen, par suite de
la formation d'un vrai mesenchyme, pour ne persister enfin
que dans les lacunes sanguines, Ton ne peut confondre ces
cavites avec Penterocele primitif. M. Roule (2), dans son
recent memoire sur la Ciona intestinalis , a eu le tort dc
ne pas faire cette distinction.
(1) Ed.Van Benedej*, Existe-t-il un ccelome chez les Ascidiens? (Zool.
Anzeiger, u° 88, 1881.)
■
(2) Lotus Roule, Recherches sur les Acidies simples des cdtes de Pro-
vence (Phallusiadees). (Ann. du Musee d'hist. nat. de Marseille, 1884.)
( 635 )
S'il est etabli qu'il sedeveloppe, an debut de revolution
embryonnaire des Ascidiens, des diverticules coelomiques
homologues de Tenterocele des Vertebres, il devient Evi-
dent que les diverticules bypoblastiques qui engendrent
Tepithelium peribranchial ne peuvent etre identifies anx
culs-de-sac coelomiques des autres animaux, et qu'il ne
petit etre question de comparer I'espace peribranchial des
Tuniciers k un ccelome. M. Delia Valle (1 ), en faisant ce
rapprochement et en se livrant au sujet des observations
que nous rappelons a des critiques inconsiderees, n'a
prouve qu'une chose, c'esl qu'il ne stiffit pas d'avoirdecrit
quelques Ascidies composees pour discuter avec compe-
tence des questions de morphologie generate.
Quelle est la valeur morphologique des cavites peri-
branchiales primitivement separees des Tuniciers? Nous
fondant d'une part sur la connaissance de leur developpe-
ment chez les larves de Claveline el cbez les bourgeons
de Perophore, d'autre part sur le rapprochement que Ton
petit etablir entrela larveurodele des Ascidies et lesAppen-
diculaires,nons sommes arrives & cette conclusion que ies
cavites peribranchiales des Ascidies sont homologues & la
portion endodermique des fentes branchiales et que les
diverticules epiblastiques dorsaux des larves urodelessont
homologues aux orifices branchiaux externes des Appen-
diculaires. La genese des diverticules bypoblastiques des
Ascidiens est identique a celle des fentes branchiales des
Vertebres; il en resulte que pour nous les Tuniciers sont
(1) Della Valle, Nuove contribuzioni alia storia naturale delle Asci-
die composte del golfo di Napoli. (Serie 3 a , mem. dell, classe di scien. fls.
math, e nat, vol. X, 1881.)
636 )
fi
chiales.
Quelle est des lors la signification des stigmates des
Ascidies? Sont-ils homologues aux fentes branchiales
comme on I'admet aujourd'hui? Nous ne le pensons pas.
Chez les Clavelines la fente branchiale primitive (cavite
peribranchiale)se distend bientdt en un vesicule qui vient
s'interposer entre l'cpiblaste et l'hypoblaste de la portion
respiratoire du tube digestif futur. Des soudures s'etablis-
sent en divers points entre l'hypoblaste branchial et
l'hypoblaste peribranchial ; puis une perforation apparaft
dans la soudure.
Tout autre est le mode de formation des fentes bran-
chiales : d'une part un orifice de communication s'etablit
entre deux cavit^s hypoblastiques I'tine et I'autre, a la
hypobla
d
bra
suite
d'une soudure entre l'hypoblaste et l'cpiblaste. Von peut
ajouter encore que lorsqu'il s'agit de la formation d'une
fente branchiale de Vertebre, le processus debute par la
formation d'un diverlicule hypoblastique; c'est a peine si
Tepiderme se dCprime au point ou le cul-de-sac vient
aboulir. Au contraire, dans la formation du stigmate, le
processus debute par un epaississement, voire meme par
une Pagination de l'hypoblaste peribranchial- (Voir notre
travail stir le syst£me nerveux des Ascidies, pi. XIX,
fig. 30.) II n'existe done aucune analogie entre la formation
des fentes branchiales telle qu'elle se pr£sente chez les
Verlebres et la genese des stigmates des Tuniciers. Aussi
pensons-nous que les stigmates ne sont homologues ni aux
fentes branchiales des VertCbrCs, ni a celles des Cephalo-
( 637
chordes. Elles sont des formations toutes speciales propres
k certains Tuniciers, formees a la suite de Fextension
enorme qu'a prise chez ces animaux la fenle branchiale
unique de la larve, conserve dans sa forme primitive chez
les Appendiculaires. Les Vertebras sont, dans noire opi-
nion, des Chordes pourvus d'un petit nombre de fentes
branchiales (sept au maximum), les Tuniciers n'en ont
qu'une paire, les CEphalochordes un grand nombre.
Mais une difficult^ se prEsente, quand on compare une
larve urodele d'Ascidie k une Appendiculaire : chez toutes
les Appendiculaires les deux fentes branchiales s'ouvrenl
k la face ventrale du corps; Panus debouche directement k
Pexterieur, en avant de la ligne qui unit entre eux les
centres des orifices branchiaux externes. Chez les larves
urodeles des Ascidiens etudi^s jusqu'iei les involutions
epiblastiques sont dorsales et Pinlestin s'ouvre non pas
directement a Pexterieur, mais bien dans la cavite peri-
branchiale gauche,
L'on peut s'expliquer ces differences en admettant
que les orifices branchiaux externes, primitivement ven-
traux, se sont elev^s peu k peu le long des faces laterales,
de facjon k gagner enfin la face dorsale du tronc. Pour
completer Fhypoth^se, il faut admettre que I'anus a che-
mine avec Porifice branchial gauche et que, au lieu de
continuer a s'ouvrir directement k Pexterieur, il s'est rap-
proche peu a peu de Porifice branchial pour d£boucher k
Ja fin dans la depression £piblastique correspondant k la
cavity peribranchiale gauche.
Aucun fait en faveur de cette hypothese n'a ete signal
jusqu'a present. Chez les diverses lovmes qui ont servi
aux investigations faites jusqu'iei sur ce point les deux
invaginations Epiblastiques dorsales sont d6s le debut fort
rapprochEes Pune de Pautre et bien avant PEclosion de la
( 638 )
larve elles se confondent en une cavite commune, lecloaque
des Ascidies adultes. Nous avons publie (1) de nouvelles
observations sur la maniere dont s'accomplil chez la Cla-
veline la genese du cloaque; comme chez les autres
Ascidiens etudies jusqu'ici , les deux orifices primitifs y
disparaissent rapidement, apres s'etre confondus entre eux
pour former Tebauche du cloaque.
Nous venons de decouvrir chez la Phallusia scabroides
une serie de fails rendant eminemment probable Thy-
pothese que nous venons de formuler. Les deux orifices
branchiaux externes persistent bien longtemps apres l'eclo-
sion el la fixation de la larve; on les trouve, enormemenl
developpes et fonctionnant a la fa<jon des organes homo-
logues des Appendiculaires, alors qu'il n'existe dej& plus
aucune trace de la queue, alors que la larve fix^e a revetu
tous les caracteres d'organisation de Tadulte. D'abord ties
eloignes Tun de 1'autre, sur les faces lal6rales du corps,
ces orifices se rapprochent progressivemenl de la ligne
mediane et l'anus, qui s'ouvre dans la cavite peribranchiale
gauche, chemine avec I'orifice de cette derniere cavite,
L'intestin qui debouche d'abord sur la face laterale gauche
de la jeune Ascidie suit le deplacement progressif de
Porifice branchial et Panus finit par devenir median, ou a
peu pres median. Nous allons faire connaitre quelques-
uns des stades successifs que nous avons observes.
Dans le plus jeune stade, que nous avons represent^ vu
de dos (fig. 1) et de profil (fig. 2), les deux orifices bran-
chiaux exlernes, largement ouverls, ont une forme ova-
laire; leur grand axe est a peu pres transversal. Us siegent
sur les faces lat^rales de la jeune Ascidie, mais beaucoup
(1) Loc. cit.
; t>:9 )
plus pres de la ligne medio-dorsale que de la face ven-
trale. Les premiers stigmates, an nombre de quatre de
chaque cdte, sont fort etendus en hauteur, surlout le pre-
mier el le troisieme. Le deuxieme, le plus petit des quatre,
siege du cote de la face ventrale. Le premier et le
troisieme s'ele vent beaucoup plus haul et leurs extremites
superieures sont beaucoup plus rapprochees de la ligne
medio-dorsale que les orifices branchiaux externes. Ce fait
demonlre bien la lateralite des cavites peribranchiales et
des orifices de ces cavites.
L'on remarque, quand on voit I'animal de dos, que la
partie de la cavite peribranchiale qui avoisine I'orifice et
dans laquelle s'ouvre Tanus est assez nettement separee
du reste de cette cavite par un etranglement circulaire
qui se marque, dans la vue de dos, par le contour C. II est
probable que cette ligne marque la limite entre la partie
epiblastique et la partie hypoblastique de la cavite peri-
branchiale. Les stigmates s'ouvrent dans la premiere, Tin-
testin dans la seconde. Nous devons ajouter neanmoins
que I'epilhelium presenle le meme caractere dans toute
I'etendue de la cavite\ Si Ton admet que le plan median
du corps passe, d'une part, par I'axe du cerveau et I'ori-
gine du cordon ganglionnaire visceral, d'aulre part, par le
milieu de la gouttiere hypobranchiale, il faut dire que les
deux cavites peribranchiales et leurs orifices sont dissy-
metriques. La cavite et Torifice gauches sont notablement
plus voisins du plan median que la cavite et Porifice droits.
Cette dissymetrie se maintient a lous les stades subse-
quents.
Le tube digestif demerit une courbe Ires complexe : il est
presque tout enlier a gauche, sauf 1'enlree de Poesophage
qui est mediane. fl decril une premiere courbe dans un
640 )
plan vertical (oesophage et estomac); puis une deuxteme
courbe k peu pres horizontale dont la convexite regarde
en avant et k droite; puis une troisieme courbe tracee
dans un plan a peu pres vertical. La convexity de celle
derniere regarde en arriere et k gauche. Dans la concavity
de cette troisieme courbure, Tintestin est en rapport avec
la cavite peribranchiale gauche; Tepithelium peribranchial
tapisse Fintestin, et particulierement le rectum, du cdte
de la coneavite.
Tout Tintestin est rempli de matieres alimentaires au
milieu desquelles Ton distingue plusieurs especes de Dia-
tomees et des squelettes de Radiolaires appartenant tous k
une espece de Cyrtide indeterminee, de Ires minimes
dimensions.
L'anus est ouvert dans la cavite peribranchiale. Des
matieres fecales ont ete rejetees dans cette cavite et
etaient sur le point d'etre eliminees par Torifice branchial.
Les figures 3 et 4 representenl un individu un peu plus
Sge. Les orifices branchiaux externes sont beaucoup plus
nkiuits et de forme circulaire; il est probable que cette
particularity est due non pas a une reduction permanente
de ces trous, mais bien plutot a une contraction momen-
tanee. La presence de muscles radies et circulates, autour
de chacun des orifices, demoutre manifeslement qu'ils
peuvent changer de dimensions, peut-etre meme se
fermer, tout comme les orifices des siphons de Padulte.
L'on voitdistinctement chez certains individusdeux nerfs
collateraux partir de Texlremile posterieure du cerveau et
se dinger Tun vers Torifice droit, Tautre vers Torifice
gauche. Ces nerfs sont des filaments tres tenus et tres
p&les, ne presentant dans leur longueur aucune trace de
(641
noyaux cellulaires. Us ont tout h fait la constitution des
6bauches nerveuses que nous avons decrites chez une
larve de Glaveline. Nous n'avons pas pu les suivre jusqu^
leur terminaison; mais il n'est pas douteux qu'ils ne soient
homologues aux deux nerfs qui, chez les Appendiculaires,
se rendent aux canaux branchiaux. Fol a le premier fait
connaitre ces nerfs respiratoires des Appendiculaires. Ces
filets nerveux que nous venons de decrire chez les jeunes
Scabroides deviennent bien certainement les troncs ner-
veux qui, chez toutes les Ascidies, se distribuent au siphon
cloaca 1.
Dans toutes les jeunes Scabroides Ton voit partir de
Pextremile posterieure du cerveau tin cordon cellulaire
tres fin, qui se dirige en arriere, un peu a gauche de la
ligne m6dio-dorsale. Arrive au niveau de Tentree de Toeso-
phage, il s'ineline davantage vers la gauche, passe entre
cet orifice et Tanus et arrive ainsi dans la region viscerale.
Cest bien la T6bauche du cordon ganglionnaire visceral
que nous avons decrit chez la Molgule ampulloide et dont
nous avons 6tudi6 le developpement chez les Clavelines.
L'homologie avec le nerf poslerieur des Appendiculaires
(Fol), avec ce cordon nerveux, qui r£unit le cerveau au
premier ganglion de la moelle, saute aux yeux. Nous
ravons suivi tres loin en arriere chez beaucoup d'indi-
vidus; mais nous ne savons ni ou ni comment il se
termine. Les £bauehes de Porgane vibratile, de ia glande
adjacente au cerveau et du canal qui les reunit sont tres
dislinctes. Les deux orifices branchiaux externes sont pro-
portionnellement moins ecart^s Tun de Pautrequ'au stade
prudent.
La figure 5 repr6sente une coupe optique el en meme
temps la face anterieure du corps du meme individu
( 642
que nous axons repre'sente' figures 3 et 4. Or., orifices bran-
cbiaux externes. C. p. b. t cavils peribranchiales. C. B.,
cavile* branchiale. G. H., la gouttiere hypobranchiale vue
en coupe optique. G' H', la meme vue a son extr£mite
ant^rieure. 0. B., orifice buccal montranl d6ja les 6bauches
des huit festons labiaux et des muscles radies. C. c, cercle
coronal montrant les deux premiers tentacules (T), l'un
a droite et 1'autre a gauche, et deux aulres tentacules
medians a peine 6bauch6s T'. C. p. c, cercle pericoronal
e*largi aux cdtes el en arriere de l'organe vibralile en une
plaque e"pitheliale arrondie en arriere. G., cerveau. H.
£bauche de la glande adjacente au cerveau. C. g. v., coupe
optique du cordon ganglionnaire visceral.
II existe a ce stade six stigmates. Un nouveau stigmale
a apparu entre le deuxieme et le troisieme du stade prece-
dent, et un autre en arriere du quatrieme, a la limite
posterieure de la cavit6 peribranchiale. Le premier et le
quatrieme sont beaucoup plus £tendus que lous les autres.
Puis viennenl, en les rangeant d'apres leurs dimensions
relatives, le cinquieme, le deuxieme, le troisieme et le
sixieme. Ceci exprime probablement 1'ordre suivant lequel
ils se forment. Entre les stigmates se voient de minces
replis de r^pithelium branchial, adjacent a Perithelium
peribranchial dans les espaces inlerstigmatiques, les epi-
theliums n'&ant s£par6s Tun de 1'autre que par un espace
iacunaire sanguin. Les bords des stigmates sont formes par
un epithelium d'un caractere tout particulier. Les cellules
allongees et en forme de Mtonnets sont rang^es regultere-
ment en series transversales les unes a cote des autres.
Leurs noyaux forment par leur juxtaposition r£guliere des
stries tr6s apparentes dans les preparations colorees et
monies dans le baume (voir les figures 3, 4 et 5, E. S.).
En P et P' se voient des saillies papillaires proeminentes
( 643 )
dans la cavit^ branchiate; ce sont les ebauches des cdles
longitudinales. L'on observe toujours une accumulation
considerable de globules sanguins suivanl une bande
transversale perpendiculaire k la goultiere hypobranchiale.
Elle passe sous cette derniere.
Les figures 6 et 7 representent un individu notableraent
plus age, vu de profil (fig. 6) et de dos (fig. 7). Les ori-
fices branchiaux externes sont toujours bien nettement
separes. Relativement au volume de Pindividu, ils sont
beaucoup plus rapproches 1'un de l'autre qu'aux stades
precedents; ils siegenl d£ja a la face dorsale. Mais cela
resulle seulement de ce que la face ventrale de Panimal
s'^tend beaucoup, tandis que sa face dorsale ne se d6ve-
loppe pas dans le sens transversal. En realite r^cartement
absolu des deux orifices est reste a peu pres le meme
qu'aux stades precedents.
Chaque orifice montre trois festons faisant d£ja forte-
ment saillie a I'exlerieur (tig. 6). L'un de ces festons est
externe, un autre anl^rieur, le Iroisieme posterieur. II
n'existe pas de saillie en dedans. Entre les deux orifices
regne, du cote du dos, une depression en forme de goul-
tiere transversale, dont les limites anteneure el post£rieure
ont 6te representees (fig. 7). Celte goultiere reunit entre
eux les deux orifices et se continue a ses extremites dans
chacun de ces derniers. Elle conslitue, avec les orifices
et probablement la portion avoisinante des cavils peri-
branchiales, 1'ebauche du cloaque. Les deux cavils pe>i-
branchiales sont encore completement separ^es.
H ressorl manifestement de la comparaison de la
figure 6 avec les profils des deux stades precedents que
chacun des stigmates primitifs se subdivise en plusieurs
stigmales superposes, par simple dedoublement, chaque
( 644 )
s6rie occupant la place d'un stigmate primitif. II en resulle
la formation de six rangees de stigmates. Le processus
est indique a son debut dans le stigmate aux depens
duquel se developpe la cinquteme rangee. Ce stigmate est
encore indivis, mais en voie de division (fig. 6).
Ce meme dessin montre aussi tres bien la genese des
cotes longitudinales. Sur les eminences papillaires signa-
ges au stade precedent se developpent deux bourgeons,
1'un anl£rieur, V autre posterieur. Ces deux bourgeons s'al-
longent et se soudent par leurs bouts aux elements simi-
laires procedant des tiges intersligmatiques precedentes
et suivanles. Les ebauches de la glande stomacale, G. st.,
des organes g6nitaux (68) et du cordon qui en part
C. G., et de nombreuses vesicules renales (V. R.) sont deja
constitutes (fig. 6 et 7). Les organes genitaux et les vesi-
cules renales se developpent aux depens de petils amas
de cellules conjonctives, entre lesquelles se forme une
cavite. Les cellules refoulees k la peripheric s'aplatis-
sent et donnent lieu a un epithelium plat. Cependant
dans la vesicule sexuelle, comme on peut le voir k la
figure 8, les cellules d'un cote de l'ampoule deviennent
euboides. L'evolution ulterieure de I'ebauche sexuelle est
la meme que chez la Perophore. (1) Les testicules et Fovaire
naissent de la meme ampoule primitive.
L'ebauche sexuelle occupe la meme position que chez
Perophora Listeri. Elle siege dans la concavite de Tin-
testin, au voisinage de la glande stomacale.
Les ampoules renales sont disseminees sans ordre dans
le mesenchyme. Cependant les premieres apparaissent
toujours entre I'oesophagc et Tintestin. II n'y en a d'abord
qu'une seule ; mais leur nombre s'accrolt rapidement.
. (1) Ed. Van denedex . ZooL Anzeiger, n° 88, 1881.
( 645 )
La figure 8 montre un slade ulterieur du developpement.
La distance entre les deux orifices branchiaux externes a
diminue^ non seulemenl relativement, mais aussi absolu-
ment. Chacun d'eux a la forme d'un fer a cheval k conca-
vity dirigee en dedans. Chaque fer k cheval presente trois
lobes saillants vers le haut, un externe, un anterieur et un
post^rieur. II n'existe pas de lobe interne. La goultiere
transversale , qui reuiiit entre eux les deux orifices, est
devenue beaucoup plus profonde el plus courte. Les deux
cavites peribranchiales, encore bien s£parees I'une de
Fautre, se sont cependant rapprochees de la ligne mediane,
la gauche entrainanl avec elle Tanus (A).
La subdivision des stiginates primitiTs a fait des progr^s;
les six rangees sont tres distinctes. Les series sont trans-
versales. Au stade precedent, les stigmates secondaires
6taient encore lous allonges dans le sens vertical. Main te-
nant, un grand nombre d'entre eux ont leur grand axe
antero-posterieur.
La figure 9, dessin^e d'apres un individu dont la face
dorsale etait dirigee en bas, montre les deux orifices bran-
chiaux externes confondus en un orifice unique quidevient
Pouverlure du siphon cloacal. Des six festons labiaux,
trois proviennent de Torifice branchial droit, les trois
autres de Porifice branchial gauche. Ces six festons sont
laUSraux.
Les deux cavites peribranchiales communiquent main-
tenant Tune avec Tautre par la goultiere cloacale, dont le
fond est considerablement descendu. Cest dans le plan-
cher de cette goultiere, devenue maintenant la portion
mediane du cloaque, que court le cordon ganglionnaire
visceral.
3 mc s£rie, tome viii. 43
646 )
II est absolument certain, d'apr^s cela, que c'est bieo
I'epiblaste qui tapisse sur la ligne mediane ie plancher du
cloaque et cette partie de la voute de la cavit6 branchiate
n'est autre chose que la paroi primitive du corps, qui subit
un mouvement de descenle lent et progressif, en meme
temps que les orifices branchiaux externes se rapprochent
Fun de l'autre pour se confondre dans Forifice unique du
siphon cloacal de Fadulte.
i
Tous les dessins ont ete faits a la chambre elaire, au meme grossisse-
ment (obj. B Zeiss) d'apres des individus colores au carmin boracique et
montes dans le baume.
Sur quelques animaux nouveaux pour la faune littorale
beige, formant une faune locale toute particuliere au
voisinage du Banc de Thornton; par £d. Van Beneden,
membre de FAcademie.
En attendant que je presente k la Classe un rapport
general sur les resullats des recherches effectuees sur
noire littoral pendant la derniere campagne, je liens a
signaler, d&s k present, une decouverte faunistique fort
inattendue. Adjacent au versant meridional du banc de
Thornton, par 28 a 29 metres d'eau, se trouve, sur une
6tendue fort limitee, un fond de vase compacte dans
laquelle vit une faune toute particuliere.
La plupart des animaux qui babitent cette station n'ont
&e trouves nulle part ailleurs et, par conlre, on n'y
observe guere de represenlants des especes animales qui
abondent dans des fonds voisins. La plupart des formes
que nous avons recueillies en ce point sofit completement
nouvelles pour notre faune et appartiennent a des types
dont aucun representant n'avait ete jusqu'ici signal^ dans
C 647 )
nos eaux. On y trouve, en fait de crustac^s decapodes, le
Gebia dellura. Leach, dont la taille s'approche de celle de
nos Ecrevisses d'eau douce et qui, par son aspect, rappelle
k premiere vue la Taupe grillon de nos campagnes. Les
Gobies sont de vrais fouisseurs vivant dans des galeries
qu'elles se creusent dans la vase. Avec elles vit la Callia-
nassa subterranea, dont les mceurs sont assez semblables
a celles des Gebies. Les Callianasses, contrairement a ce
qui s'observe chez les Gobi